La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



jeudi 31 janvier 2019

Personne là-bas n’a oublié, mais on ne se rappelle pas.

Amos Oz, Soudain dans la forêt profonde, traduit de l’hébreu par Sylvie Cohen, parution originale 2005, édité en France chez Gallimard.

C’est un conte. Nous sommes dans un village triste et silencieux, d’où tous les animaux ont disparu. Tous : le bétail, les chiens, les chats, les cafards, les fourmis, les papillons, les oiseaux, les poissons du ruisseau. C’est au point où les enfants doutent de l’existence de ces animaux. Les adultes savent et ne disent rien, ont oublié, se forcent à oublier, mais se rappellent brusquement… C’est aussi un village très conformiste où tous ceux qui sont un peu différents sont abondamment raillés. Mais il y a trois enfants à part : Nimi qui se prend pour un poulain et Matti et Maya bien décidés à savoir ce que cache la forêt interdite.

Il avait même installé un épouvantail au milieu de son potager, dans l’espoir de vivre assez longtemps pour voir revenir les oiseaux ainsi que les autres animaux disparus. Il lui arrivait de discourir pendant des heures avec son épouvantail, il s’entêtait, tempêtait, puis, découragé, il allait chercher une vieille chaise, s’y asseyait et, avec une patience infini, il revenait à la charge pour tenter d’amadouer son épouvantail ou, au moins, lui faire reconsidérer ses idées fixes.

Nous sommes bien loin ici de la fresque familiale et historique d’Une histoire d’amour et de ténèbres. Ce conte traite de la cohabitation des humains et des animaux (mais aussi des animaux entre eux), du plaisir qu’il y a à caresser un simple chaton et à écouter le bruit des insectes dans l’herbe, de la beauté incomparable d’un poisson entraperçu dans un torrent et du silence terrible qui s’abat sur un lieu déserté par les animaux. Il y est aussi question du bouc-émissaire, de la difficulté qu’éprouve une communauté à accepter les gens pas comme tout le monde, de la solitude et du pardon.
Les héros sont les enfants. Nimi apparaît comme un simplet au début, puis il devient un être libre et enfin… on a comme un doute. Maya est une petite fille obstinée, sincère et courageuse. Elle tire par la main Matti, moins courageux, mais soucieux d’être à la hauteur de son amie qu’il aime vraiment bien.
Une sittelle torchepot chez maman.
La fin… est ouverte. Rien n’est résolu, mais pourtant l’espoir a montré le chemin. Rien ne garantit la réussite, mais si l’on se montre suffisamment bienveillant et obstiné, peut-être que…
Un conte, une fable qui s’adresse aussi bien aux petits qu’aux grands. Il faut avoir foi dans l’humanité, car aucun personnage n’est très mauvais, mais il faut quand même faire des efforts pour avancer dans la bonne direction. C’est aussi une réflexion profonde sur les méandres de la mémoire et de l’oubli, qui apparaît comme un commentaire des autres textes d’Oz, ceux où il explore l’histoire des familles, des individus, de son pays.
Il y a aussi une vache très digne et majestueuse.

Lecture commune hommage un mois après la mort de ce grand écrivain. Le bouquineur a lu Vie et mort en quatre rimes. Le cri du lézard a lu Scènes de vie villageoise. Miriam a lu Une panthère dans la cave et La Boîte noire. Ingannmic a lu Une panthère dans la cave. Aifelle a lu Ailleurs peut-être.

Les méandres de la mémoire villageoise étaient pour le moins curieux : des souvenirs que les gens s’évertuaient à conserver leur échappaient parfois pour se dissimuler sous les sédiments de l’oubli. En revanche, les événements qu’ils avaient décidé d’occulter remontaient à la surface. Parfois, ils se rappelait en détail quelque chose qui n’avaient pas vraiment existé. Ou bien un incident qui s’étaient effectivement produit un jour. Ils en étaient peinés, attristés, mais à cause de la honte ou du chagrin ils décidaient une bonne fois pour toutes qu’ils avaient rêvé.


11 commentaires:

  1. Screugneugneu test commentaire !

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  2. lu il y a bien longtemps, il ne m'a pas laissé de souvenir marquant mais tu me donnes envie de le relire

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    1. C'est une petite chose en effet, bien moins remarquable que ses grands romans, mais cependant très réussie.

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  3. Encore un livre au style différent... Cela donne envie ! :)

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    1. Ouiiiii plein de titres à découvrir !

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  4. Ton billet me donne l'impression que c'est à la fois triste et beau... Il semblerait en tous cas qu'Amos Oz avait un certain talent pour varier les genres. Je relirai sans doute Une histoire d'amour et de ténèbres, dont je ne me souviens pas, mais que je sais avoir aimé. C'était un peu trop juste pour cette LC, je me suis contentée d'un texte plus court...

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    1. Une histoire... est magnifique, mais en effet une sacrée longueur qu'il faut prendre le temps de déguster.

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  5. C'est le premier texte de Oz que j'ai lu. J'ai tenté plus tard "Une histoire d'amour et de ténèbres" mais pas au bon moment (pas assez de temps, de dispo intellectuelle). Avec les titres proposés aujourd'hui en LC, je vais pouvoir choisir mon prochain Oz !

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    1. Oui je me souviens que tu n'avais pas apprécié Une Histoire... (ça ne m'avait pas dérangé de ne pas comprendre les références à l'actualité, mais je crois que tu avais peiné à cause de ça). Pour moi aussi cette LC est l'occasion de noter plein de titres !

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  6. Je n'ai jamais lu Amos Oz. Le propos de celui-ci m'interpelle vivement (évidemment...)

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    1. Ce roman est une petite chose, une fable, mais très réussie, qui amène beaucoup de questions.

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