Ronelda S. Kamfer, Le Cantonnement, parution originale 2021, traduit du kaaps par Georges Lory, paru en Suisse aux éditions Zoé.
Le roman est constitué de très courts chapitres, racontés majoritairement par Nadia, mais aussi quelquefois par son cousin Xavie. Nous sommes en Afrique du Sud, dans un cantonnement, c’est-à-dire un ensemble d’habitations regroupées sur une grande propriété agricole appartement à un Blanc, mais aussi dans des ghettos du Cap. La famille est Métis et Nadia et Xavie sont nés dans les années 80 – c’est l’Afrique du Sud d’aujourd’hui, pauvre et bordeline.
Je peux vous dire ce qu’étaient les foutues années 1990 dans les Cape Flats. Humiliantes, poussiéreuses, lentes et merdiques. Des pères et des mères toxiques, des enfants élevés sans religion. Mandela a proclamé la paix, et puis le temps a passé. Mbeki a annoncé la Renaissance africaine. Notre horizon, c’étaient plutôt les sangles de bottes et des trucs similaires.
Nadia et Xavie ne racontent pas dans l’ordre. Depuis la grand-mère Silvia, ils passent d’une tante à l’autre, puis à un oncle, et à leur génération, celle des cousins. Un arbre généalogique guide le lecteur au début – mais est-ce bien si important ? Peu à peu se trace le portrait d’une grande famille dysfonctionnelle. Les hommes y tabassent femme et enfant, les femmes sont toujours méprisées, les enfants goûtent tôt aux drogues et à l’alcool, etc. etc.
Le monologue de l’oncle Cannettes pendouille comme la bite d’un ivrogne qui a oublié de refermer sa braguette.
Dans le lointain j’aperçois s’approcher de sombres nuages, telle une immense fin du monde. Je sais bien que le monde s’achève depuis des années, chaque jour marque la fin de quelqu’un.
Le kaaps ? C’est un dialecte issu de l’afrikaans, dont le nom même indique où il est majoritairement parlé : dans la province du Cap. Pour tout vous dire, j’ai déjà commandé un autre livre de Kamfer, car je suis curieuse d’en lire davantage. Je vous en reparlerai.
La musique est omniprésente dans ce roman. Des tas de noms que je ne connais pas, mais aussi Creep de Radiohead, Oasis... Je retiens When you'e gone cette chanson des Cranberries que les cousins chantent en cœur à l’arrière d’un taxi en se rendant à l’enterrement d’un oncle inconnu.
Avec cette lecture je participe au Mois africain organisé par Jostein, mais aussi à Sing me a song de Sunalee, et à Sous les pavés les pages, puisque nous plongeons au coeur des ghettos du Cap et aussi de ce cantonnement, qui est une sorte de mini agglomération sous contrôle du propriétaire blanc. Il y a le nom dans le titre et c'est en Afrique du Sud – Athalie, Ingannmic, ça fait au moins 15 points tout ça !!!



C'est une plongée dans un tout autre monde, on dirait ! Merci pour la participation !
RépondreSupprimerOui, tout à fait, ça change complètement, ça m'a beaucoup plu.
SupprimerPas 15 mais 4 ? Pour le nom, il faut que ce soit celui de la ville.. en tous cas, tu atteins grâce à ce billet l'échelon ultime, félicitations !
RépondreSupprimerMe serais-je emballée dans le comptage des points ? Je reconnais avoir peu de livres sur les villes non européennes, je suis assez contente de moi. L'année prochaine, j'essaierai de prospecter.
SupprimerUne sacrée trouvaille en tout cas ! J'aime beaucoup l'idée générale et les extraits sont savoureux.
RépondreSupprimerC'est un peu fouillis au début, mais je trouve que ça prend bien.
SupprimerEn tout cas les extraits donnent envie (hélas pas à mes biblis ^_^)
RépondreSupprimerQuel dommage ! Les excellentes éditions Zoé.
SupprimerMerci pour cette participation. Ce roman me fait un peu penser à La promesse de Damon Galgut.
RépondreSupprimerDu coup, je suis allée regarder de quoi il s'agit et j'en avais entendu parler à sa sortie. J'ai l'impression que la langue est moins haute en couleur.
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