Guillaume de Rubrouck, Voyage dans l’empire Mongol, 1253-1255, traduit du latin par Claire et René Kappler, édité à plusieurs reprises chez Payot (avec une très bonne introduction et d’excellentes notes complémentaires).
Guillaume de Rubrouck est un moine franciscain envoyé par Saint Louis vers l’Orient, le vrai, le lointain, le sauvage, vers Mog et Magog, les Mongols. S’il porte les lettres du roi, il n’est pas pour autant un ambassadeur officiel, les précédents contacts ayant été mitigés.
Nous entrâmes dans une plaine vaste comme une mer.
À pied et à cheval à travers l’immensité de la steppe, le voyage le mène jusqu’à Qaraqorum (dans l’actuelle Mongolie), et au retour il publie une longue lettre racontant tout ce qu’il a vu, dit et entendu.
Entre les Francs et les Mongols, l’entente est impossible. Pour les Mongols, les chrétiens ne sont pas des gens d’une religion donnée, mais un peuple parmi d’autres, à soumettre (et une fois soumis, la sécurité leur est garantie). Les Francs, eux, s’interrogent sur la possibilité d’une alliance contre les puissants sarrasins – on est en plein âge d’or perse et islamique et en pleine croisade.
Pourtant on n’est jamais en territoire totalement inconnu. Rubrouck succède à d’autres envoyés ou ambassadeurs. Surtout il y a là-bas des chrétiens : des vrais si l’on peut dire, des Hongrois emmenés en esclavage pour apporter leur savoir-faire au service de l’empire Mongol, et des nestoriens, indispensables intermédiaires et traducteurs, mais ennemis irréconciliables du franciscain.
En été, tant qu’il ont du comos (= du lait de jument fermenté), ils ne se préoccupent d’aucune autre nourriture. D’où, s’il arrive que meure un bœuf ou un cheval, ils sèchent la viande : ils la débitent en tranches minces qu’ils suspendent en les exposant au soleil et au vent, de telle sorte qu’elles sèchent aussitôt sans sel et sans dégager la moindre odeur. (…) Des peaux de bœuf ils font de grandes outres qu’ils sèchent de façon étonnante à la fumée.
Le moine rencontre Möngke, le khan de ce temps-là, et il reste près de quatre mois à sa cour. Ce qui est intéressant, c’est que Rubrouck constitue une source particulièrement fiable sur le mode de vie et l’organisation des Mongols. Il est d'ailleurs cité à plusieurs reprises par Marie Favereau. Les yourtes en feutre, les déplacements sur les chariots, le lait de jument fermenté, les pratiques des chamans, les superstitions, la place des femmes, la liberté religieuse (ne croise-t-il pas des moines bouddhistes, des chamans et même un lama du Tibet), la diversité des peuples présents en ces confins… il raconte tout cela, vu à l’occasion de ce périple unique.
Il nous fallut deux mois et dix jours pour arriver chez Batou, sans voir jamais aucune ville, ni les traces d’aucun édifice, hormis des sépulcres, à l’exception d’un petit village, où nous ne pûmes trouver de pain. Et jamais nous n’eûmes de repos pendant ces deux mois et dix jours, sauf un seul jour où nous n’avions pu avoir de chevaux. Notre retour se fit en grande partie par les mêmes peuples, mais en général à travers d’autres régions.
Et maintenant, je m’en vais dénicher quelque chose sur Marco Polo.
| L'exploration de l'ordinateur en quête d'une illustration pertinente ayant fait chou blanc, je me suis dit que cette représentation de Saint Jean (Tapisserie de l'Apocalypse d'Angers) figurerait bien notre moine. |
Oh mais personne ne m'a dit que le 4e opus des aventures de Bruna Husky avait paru en France !!
RépondreSupprimerIl est paru la semaine dernière je crois et je me suis précipitée dessus ! Je guette la traduction depuis l'année dernière, je l'avais vu en librairie à Madrid en février 2025.
SupprimerAh oui je repère aussi ce 4ème tome!
RépondreSupprimerFigure toi que le livre dont tu parles est présent à ma bibli et ... emprunté déjà par un usager (m'enfin!). Ce nom de Karakorum me dit quelque chose, j'ignore pourquoi, je viens de vérifier, je ne suis semble t il pas allée là (en Mongolie, si).
Marco Polo? Tu vas bien trouver...
Soit attentive, la dame d'Elche est mentionnée et grâce à ce blog, tu sais de qui il s'agit !
SupprimerLe nom de la capitale Mongol doit se trouver dans plein de livres, et si tu es allée en Mongolie, même sans aller sur site, tu as dû en entendre parler. Il est représenté sur les billets de banque paraît-il.
cela me plairait bien!
RépondreSupprimerPour Marco Polo attention aux éditions numériques, je suis tombée sur un truc illisible et très décevant parce que j'avais dans la liseuse en Ouzbekistan dans une panne d'électricité, et que cette lecture aurait été bienvenue dans le noir.
J'ai déjà essayé de le lire mais ça m'est tombé des mains. C'est pourquoi je vise plutôt un livre sur Polo.
SupprimerJ'avoue que je ne saisis pas le rapport avec la série de Montero ... Du coup ça m'embrouille la tête !
RépondreSupprimerAh ah parce que quand les filles ont commenté, la rubrique "je suis en train de lire et je vous en parlerai peut-être" montrait le dernier livre traduit en français de Montero (elles s'en fichait totalement des Mongols).
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