William Faulkner, Le Hameau, rédigé de 1931 à 1939, publication originale 1940, traduit de l’anglais par René Hilleret, édité en France par Gallimard/Folio.
Ce roman est un peu déroutant, manquant de construction, les scènes se suivant sans forcément une réelle articulation, et même, disons-le, un peu décevant pour du Faulkner. Et pourtant je ne l’ai pas lâché. Wikipedia m’apprend que l’auteur l’a rédigé en reprenant des textes parus en nouvelles indépendantes, ce qui explique mon impression. C’est d’ailleurs après coup que l’idée lui vient de rédiger une trilogie, le roman étant au départ autonome.
Un des points forts est constitué par le point de vue de biais. Il est rare que l’histoire nous soit racontée du point de vue des personnages principaux, le fils Varner ou Flem Snopes, au point où le personnage principal semble en réalité Ratliff, un vendeur itinérant de machines à coudre et arrangeur de toutes sortes d’embrouilles, qui s’absente et revient, et raconte les événements à d’autres – ou pas. Rien d’étonnant à ce que l’on ne comprenne pas tout. Ratliff raconte des histoires interminables dans lesquelles on s’embrouille, surtout ces histoires d’argent et de prêts dont on ne sait qui signe quoi, sans parler du fait que les cousins Snopes semblent se multiplier (j’ai franchement un doute sur la qualité de relecture de Gallimard, j’ai l’impression de n’avoir pas été la seule à mélanger tous les Snopes). Ce sont des histoires tortueuses et enveloppantes, qui n’expliquent rien et qui embrouillent, qui racontent toute une société. Ce point de vue bancal traduit aussi toute la maîtrise de la narration par Faulkner.
| Girouette 19e siècle, Musée américain de Bath |
Je note l’intérêt presque irrépressible pour les chevaux, avec des scènes de vente et de maquignons, et des poulains sauvages. Je note aussi la violence, contre les femmes qui ne sont rien, contre les animaux à peine plus importants. Il y a au milieu du roman la lumineuse échappée d’une vache et d’un simple d’esprit.
L’air vif et très chaud, qui semblait rempli par la lente et pénible plainte des chariots chargés, sentait le coton brut, des brins de coton s’attachaient aux herbes du bord de la route raidies de poussière et s’incrustaient sous les sabots et les roues, dans la poussière foulée par les pieds.
Il remarque alors le retour de ce qu’il a découvert pour la première fois trois jours auparavant : que l’aurore, la lumière, ne vient pas du ciel sur la terre mais est produite par la terre elle-même, comme si elle soupirait.
Parce qu’un roman moyen de Faulkner, ça reste un roman de Faulkner, je suis prête à lire la suite de la trilogie. Aujourd'hui, c'est une lecture commune avec Ingannmic : son billet est super ! Et il s'ouvre par une incroyable citation.
Faulkner sur le blog :
Sanctuaire : le deuxième plus facile pour commencer, mais il est sombre, sombre.
Me voilà prévenue, mais quand vais je caser un Faulkner, récemment j'ai bien vu une LC, et puis que choisir? (ta réponse prévisible : 'faut tout lire' ^_^)
RépondreSupprimerComment ça "que choisir" ? Mais à quoi ça sert que je donne des pistes en fin de billet ?
SupprimerD'autant qu'on fait la trilogie à un rythme tranquille, volume par volume.
SupprimerJ'ai vu la LC aussi et j'ai même hésité à me lancer dans cette trilogie... ton billet reflète assez bien ce que je pensais. Il faut se donner du mal pour lire Faulkner mais ça en vaut la peine.
RépondreSupprimerMais il est très bien ce billet, qui pour le coup restitue l'aspect a priori foutraque du texte :). C'est drôle parce que j'ai personnellement trouvé la construction ingénieuse, comme une forme de triptyque dont certains échos se répondent, alors que si je comprends bien, l'auteur a monté son intrigue avec des morceaux disparates... comme toi, j'ai trouvé certains passages complètement opaques et j'avoue en avoir fini certains en diagonale, notamment celui que tu évoques, sur ces histoires de prêts complètement imbuvables !
RépondreSupprimerL'histoire est racontée de biais, voire franchement de travers. C'est ce qui en fait tout le charme, mais c'est très déstabilisant. Le truc de la vente de cheval au début là... quel tunnel !
SupprimerUn "Faulkner opaque", comment dire ... Déjà que les non opaques me perdent en route ... J'ai retenté Sanctuaire et Tandis que j'agonise un nombre incalculable de fois. Et en plus, tu dis que ce sont les deux plus faciles ^-^.
RépondreSupprimerAh oui, j'ai même prêté avec succès Tandis que j'agonise. Je comprends pas comment ce livre peut te perdre... vraiment tu n'es pas faite pour l'auteur.
Supprimerje vais suivre tes conseils et commencer par Sartoris bien que le Bruit et la fureur me parle(le titre)
RépondreSupprimerSartoris est un très bon roman, très complet, très réussi. J'espère qu'il te plaira.
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