Joseph Roth, La Marche de Radetzky, parution originale 1932, traduit de l’allemand par Olivier Mannoni pour les éditions Garnier/Flammarion.
Roth excelle à représenter des personnages un peu paumés dans leur époque, attachés à un souverain qu’ils devinent vieux et d’une époque passée ; pas un personnage qui ignore que l’empire est finissant. À cet égard, l’épisode où le régiment campé à la frontière finit par apprendre l’assassinat à Sarajevo de l’héritier au trône constitue un véritable basculement.
Tous sentirent qu’il avait invoqué la mort. Elle planait au-dessus d’eux et elle ne leur été nullement familière. Ils étaient nés en temps de paix, ils étaient devenus officiers en se livrant à des manœuvres et à des exercices pacifiques. Ils ne savaient pas encore à l’époque que chacun d’entre eux, sans exception, rencontreraient la mort quelques années plus tard. Aucun n’avait l’ouïe assez fine pour entendre déjà le grand rouage des hauts moulins cachés qui commençaient à meuler la Grande Guerre.
De Joseph Roth j'ai aussi lu :
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| Franz Marc, École d'équitation, 1913, Gemeentemuseum La Haye |
Bon. Et la musique ?
Joseph Radetzky était un maréchal autrichien qui s’est tristement fait connaître par sa mise au pas de l’Italie au moment du printemps des peuples en 1848 (il a tenté de bombarder Venise par montgolfière et c’est seulement grâce au vent que ça a pas marché – tu parles d’un titre de gloire). C’est en son honneur que Johann Strauss compose une fameuse marche, qui tient autant du cirque que de la parade militaire. Dès le début, il semble que les officiers aient pris l’habitude de la scander en tapant dans leurs mains.
Dans le roman, La Marche de Radetzkyi retentit à plusieurs reprises, le dimanche midi sur la place ou le soir quand les officiers vont au bordel. Autant dire qu’elle relève plus de la familiarité que de la solennité. À vrai dire, elle m’a fait penser à la musique de Nino Rota pour La Dolce vita, avec cet aspect de farce mélancolique.
Son chef comptait encore au nombre de ces musiciens militaires autrichiens auxquels une mémoire précise et un besoin toujours vif de nouvelles variations sur d’anciennes mélodies permettaient de composer une nouvelle marche chaque mois. Elles se ressemblaient toutes comme des soldats. La plupart commençaient par un roulement de tambour, reprenaient l’air du couvre-feu en accéléré pour être au rythme de la marche, envoyaient les fières cymbales lâcher un rire retentissant et s’achevaient avec un grondement de tonnerre de la grosse caisse, joyeux et bref orage de la musique militaire.
En 1946 La Marche de Radetzky est incorporée au programme du Concert du Nouvel An du Philharmonique de Vienne (1e édition du Concert en 1939 dans la Vienne nazie).
J’ai choisi la version du Concert du Nouvel an 2026, avec le chef Yannick Nézet-Séguin qui la dirige au milieu du public.
Ceci constitue donc une très belle participation au défi Sing me a song de Sunalee.
C'est aussi le dernier billet avant le départ en vacances ; on se retrouve à la fin du mois ! Portez-vous bien.

Merci pour la marche (un peu kitsch) en fait je l'avais déjà en tête.
RépondreSupprimerQuant au roman, je me souviens l'avoir démarré... (oups)
La musique est assez rengaine !
SupprimerCe roman m'avait émue, totalement par surprise... la manière dont l'auteur décrit, pourtant indirectement, comment le père est démuni face à la détresse du fils, j'avais trouvé ça bouleversant..
RépondreSupprimerOui, c'est très bien raconté, et très touchant. Très humain.
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