La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



samedi 31 janvier 2026

Le Camp des Milles

 

Aujourd'hui, nous sommes un peu au milieu de nulle part (ou presque – il y a une mairie et des habitants), dans une vaste zone commerciale et industrielle, seul endroit où le foncier est vaguement accessible pour les entreprises entre Aix-en-Provence et Marseille, au confluent de plusieurs autoroutes.
À l'époque, c'était un autre genre de nulle part. Loin de la ville, au milieu des collines desséchées, coupé de toute vie, impression d'être oublié du monde, relégué – prisonnier.
Nous sommes au Camp des Milles.


La commune des Milles est située à quelques kilomètres d'Aix-en-Provence. En 1882 une tuilerie s'y installe. À proximité de la rivière de l'Arc, d'une carrière d'argile et d'une petite gare (importante la gare, pour la suite de l'histoire). Elle fournit du travail pour environ 80 ouvriers, un travail difficile (chaleur des fours, froid extérieur, poussière permanente, travail physique), et répond à la forte demande de matériaux de construction (tuiles et briques alvéolées).
La tuilerie ferme en 1937 pour des raisons économiques et techniques.

Le lieu est réquisitionné en septembre 1939, puis loué, pour y enfermer les ressortissants des puissances ennemies, allemands et autrichiens. C'est le début du camp d'internement pour environ 1 500 individus.
Y sont enfermés des hommes, majoritairement des réfugiés ayant fui le Reich, même si les sympathisants nazis ne sont pas non plus absents. Ils restent enfermés durant tout le temps qu'il faut à l'administration pour vérifier leur identité et évaluer la menace qu'ils représentent pour le pays. Ils sont donc progressivement tous libérés.

Oui, mais en mai 1940, tous les ressortissants du Reich sont à nouveau emprisonnés. Ils sont environ 3000 hommes à ce moment là, tandis que les femmes et les enfants sont enfermés dans des hôtels réquisitionnés à Marseille. À l'été 1940 et après l'armistice, le camp est à nouveau presque vide. Entretemps, les autorités nazies ont passé en revue tous les dossiers des personnes détenues dans tous les camps français pour repérer celles qui devaient leur être remises – livrés sur demande – heureusement un certain nombre réussit à s'enfuir à temps.

Les latrines. Très peu nombreuses alors que plusieurs personnes souffrent de la dysenterie.

À l'automne 1940 ce sont tous les étrangers en instance d'émigration qui y sont enfermés. Tous ceux qui attendent leurs papiers, le bateau, l'argent, l'aide qui leur permettra de fuir. Encore une fois les hommes au camp et les femmes et enfants dans les hôtels à Marseille. À ce moment, le gouvernement français n'est pas enclin à retenir tous ces indésirables, qui ont quand même attendre des visas et tenter de s'échapper, plus ou moins légalement.

La HICEM est une organisation juive chargée de faciliter l'émigration des réfugiés. Les démarches administratives nécessitent tant de temps que l'escargot a loupé le bateau, alors même qu'un petit fonctionnaire cherche à l'expulsion du camp, symbolisé par la brique et les barbelés.

À l'été 1942, le Camp des Milles devient le lieu d'emprisonnement de tous les juifs qui ont été raflés dans la région, avant leur départ vers Drancy puis vers Auschwitz. À ce moment-là la Provence se trouve encore en zone dite libre, administrée par le gouvernement français. Environ 2 000 personnes (hommes, femmes, enfants) sont enfermées, déportées et assassinées depuis les Milles. 
Presque vide, le camp est fermé fin 1942.
À partir d'août 1942 les oeuvres de secours tentent de convaincre les parents d'abandonner leurs enfants pour les sauver. Des formulaires et des affichettes sont à disposition dans le camp. Les États-Unis ont accordé 1000 visas pour des enfants recueillis de cette façon.


Et après guerre ? Les propriétaires (qui ont bien perçu le loyer pendant la guerre) rouvrent la tuilerie. C'est l'époque de la reconstruction et on a nouveau besoin de tuiles et de briques. L'entreprise fonctionne jusqu'en 2006. De fait la toiture de ma maison porte des tuiles fabriquées aux Milles. En 50 ans, les propriétaires ont changé à plusieurs reprises (je repère notamment Lafarge, toujours dans les mauvais plans). C'est à partir des années 80 et 90 que d'anciens ouvriers et internés se battent pour que l'histoire du lieu soit enfin pleinement reconnue. Le musée actuel a ouvert fin 2012.

Les galeries autour des fours ont servi de dortoirs mais aussi de réfectoire.


Il s'agit donc d'un des lieux de la déportation et du crime contre l'humanité commis par l'État français. Bien sûr, l'apparence du bâtiment est totalement inoffensive : des murs, des portes laissant passer la lumière, des poutres... un endroit idéal pour entasser les gens. Sa visite peut être déceptive, puisqu'il n'y a littéralement rien à voir. C'est un immense hangar vide situé à quelques mètres d'une gare.
En réalité, l'exposition est extrêmement pédagogique et tous les panneaux sont vraiment bien conçus. Il faut compter au moins 1h15 pour la visite, mais on peut facilement y rester deux heures. En semaine il y a de nombreux groupes scolaires.

Les dortoirs du premier étage. Il faut imaginer les gens entassés, des tissus formant rideaux, de la paille au sol... l'enfer. Et la poussière d'argile partout.

Le lieu est connu pour avoir enfermé de nombreux artistes allemands et on peut s'attendre à voir quelques unes de leurs œuvres. À vrai dire, on entend souvent parler du camp des Milles sous cet angle-là : « le camp où des artistes allemands ont été enfermés et ont eu recours à l'art pour tenir et s'évader psychologiquement », en premier lieu Max Ernst. Pourtant nous verrons peu d'oeuvres pendant la visite. La plupart des dessins ont été repris par leurs auteurs et sont aujourd'hui conservés dans des musées. Sur place il reste les peintures du réfectoire des gardiens et quelques graffitis.



1940. Les internés créent une sorte de cabaret nommé Die Katakombe, lectures, théâtre, chansons... du nom d'un cabaret berlinois fermé par les nazis.



Plusieurs piliers portent des peintures de fleurs, bleues ou rouges. L'historienne de l'art Angelika Gaussant a fait l'hypothèse qu'elles avaient été peintes par Julius Mohr, un peintre polonais interné en 1941 et déporté en 1942.
Et une étoile de David.


Le réfectoire des gardiens est orné de peintures, sans doute réalisées à la demande de la Direction en 1940 et 1941. Au moins deux peintres en seraient l'auteur, dont peut-être Karl Bodek, juif autrichien déporté vers Drancy en 1942.

Cette étrange parodie de la Cène de Léonard installe à la même table des hommes venus de toute la planète, mais représentés à la fois avec humour, à la fois en reprenant les clichés racistes (un noir torse nu avec une sagaie, un Chinois à la Fu Manchu, un genre de François Ier, un Esquimau, un cow-boy et un ascète indien), le tout sous la figure d'un terne et triste bureaucrate.

Si vos assiettes ne sont pas très garnies, puissent nos dessins vous calmer l'appétit (les assiettes des gardiens étaient apparemment assez pauvres).



Ces peintures, d'un style totalement différent, rappellent le constructivisme russe. Les petits personnages transportent les victuailles : saucisse géante, tonneau de vin, artichaut, raisin, fromage... Le pas est martial, mais il est aussi ridicule, d'autant que plusieurs personnages semblent saouls et que l'un d'eux risque de trébucher sur une brique.

Entre 1939 et 1946 la France aura compté plus de 200 camps sur son territoire.
En tout, environ 10 000 personnes furent emprisonnées au camp des Milles – dont 2 000 juifs livrés aux Allemands et déportés.
Le lieu fait une apparition remarquée dans plusieurs de mes lectures :


Et comment on y va ? En prenant le bus 4 à la gare routière d'Aix-en-Provence. Et soyez prévoyants : le lieu n'est ni chauffé ni climatisé.

En mémoire : une semaine consacrée à l'Holocauste.


jeudi 29 janvier 2026

Nous étions partis six cent cinquante, nous revenions trois.

 

Primo Levi, La Trêve, parution originale 1963, traduit de l'italien par Emmanuelle Genevois-Joly, édité en France par Grasset/Livre de Poche.

Le livre commence là où s'achève Si c'est un homme : l'Armée rouge est enfin arrivée au complexe concentrationnaire d'Auschwitz. Et le livre raconte ce qui suit, jusqu'à l'arrivée à la maison.


C'étaient quatre jeunes soldats à cheval qui avançaient avec précaution, la mitraillette au côté, le long de la route qui bornait le camp. Lorsqu'ils arrivèrent près des barbelés, ils s'arrêtèrent pour regarder, en échangeant quelques mots brefs et timides et en jetant des regards lourds d'un étrange embarras sur les cadavres en désordre, les baraquements disloqués et sur nous, rares survivants.
Ils nous semblaient étonnamment charnels et concrets, suspendus (la route était plus haute que le camp) sur leurs énormes chevaux, entre le gris de la neige et le gris du ciel, immobiles sous les rafales d'un vent humide, annonciateur de dégel.
C'est presque le début.

Car il ne faut pas s'imaginer que les survivants ont été immédiatement soignés, remis sur pied et renvoyés chez eux, hop, en un tourne-main. Après les jours et les semaines où chacun réussit à échapper au typhus, à l'épuisement généralisé des corps et des têtes, commence une longue errance (neuf mois quand même).


L'administration russe s'occupait si peu du camp qu'on aurait douté de son existence : mais elle bien exister puisqu'on mangeait tous les jours. En d'autres termes, c'était une bonne administration.
Le récit est en effet empreint d'un certain humour quand il s'agit en effet d'évoquer l'organisation aléatoire de l'armée russe, et de la comparer à l'organisation allemande, notamment à l'occasion des transports ferroviaires.

Des camps de réfugiés sont constitués par nationalité. Les Italiens ? Soldats et officiers de l'armée en déroute (l'Italie étant alliée de l'Allemagne) (et de fait on n'est pas loin de croiser Mario Rigoni Stern), prisonniers des camps de concentration, juifs notamment, résistants ou maquisards, volontaires ou réquisitionnés du travail obligatoire, fonctionnaires venus collaborer avec le régime roumain (et ayant fondé famille), hommes et femmes aux trajectoires diverses – tous italienski pour les Russes.


L'errance est sans aucune visibilité. Un train qui transporte les réfugiés, mais qui s'arrête la nuit en plein hiver. Un camp au milieu de la steppe où l'on reste des mois sans savoir ni quoi ni quand. Un très long voyage en train sans aucune organisation, la nourriture arrivant un peu hasard, le convoi avançant au gré des disponibilités des voies.
Levi raconte cette existence dans le néant (et la carte sur la page Wikipedia donne idée du trajet parcouru), traçant des portraits à la fois durs et attachants de ses compagnons et des soldats russes. Lui-même exprime sa mélancolie et sa nostalgie de son pays, mais fait aussi preuve de patience et de capacité d'adaptation. Les sentiments se mêlent sans cesse. On préfère ne pas trop savoir ce qu'ont fait les personnes les plus débrouillardes pour survivre au camp. Celles dont l'esprit semble parti loin, loin, ne sont pas si déraisonnables. Les figures sont hautes en couleur, mais tout le monde réussira à arriver à bon port.
Miller, Enfants mangeant de la soupe (Vienne 1945), Lee Miller Archives East Sussex


Il y avait soixante wagons, wagons de marchandises plutôt disloqués, arrêtés sur une voie de garage. Nous en prîmes possession avec une fougue délirante et sans disputes. Nous étions mille quatre cents, c'est-à-dire de vingt à vingt-cinq hommes par wagon, ce qui, à la lumière de nos précédentes expériences ferroviaires, laissait présager un voyage commode et reposant.
L'humour noir pratiqué de façon pudique.

Cependant, la fin du livre est marquée par une gravité croissante. Au fur et à mesure qu'un train bringuebalant dont le plafond laisse passer la pluie ramène les Italiens chez eux, Levi se rapproche du moment où la brutalité de la réalité s'imposera : l'infime nombre de survivants.


Il y a aussi l'injustice particulière pesant sur les femmes (travailleuses volontaires en Allemagne ou prisonnières survivantes) dont beaucoup ont besoin d'un « protecteur », qui semble plutôt un propriétaire, et qui sont harcelées par les soldats, toujours craintes d'être violées. La prostitution est d'ailleurs abordée et je n'ai pu m'empêcher de penser à ce que disait Appelfeld, de ceux qui cherchaient à enlever des enfants en vue d'obscurs trafics. Heureusement, d'autres femmes, souvent russes ou polonaises, font preuve d'une belle liberté.

Nous étions contents parce que ce jour-là (demain, nous ne savions pas ; mais ce qui peut arriver le lendemain n'a pas toujours d'importance) nous pouvions faire des choses dont nous étions privés depuis très longtemps, comme boire l'eau d'un puits, nous étendre au soleil au milieu de l'herbe haute et vigoureuse, humer l'air de l'été, allumer un feu et cuisiner, aller dans les bois pour chercher des fraises et des champignons, fumer une cigarette en regardant loin au-dessus de nos têtes un ciel purifié par le vent.

Plusieurs passages sont dignes du théâtre, comme une discussion en latin avec un prêtre polonais, seule langue en commun, pour demander son chemin, la description pittoresque du marché noir, seule solution pour manger à sa faim.

Ce récit très vivant et plein d'humanité est porteur d'espoir et d'une insondable tristesse.

Comme si une digue s'était ouverte, juste au moment où toute menace semblait s'évanouir, où l'espoir d'un retour à la vie cessait d'être insensé, j'étais en proie à une douleur nouvelle, plus grande, enfouie d'abord aux frontières de la conscience sous d'autres douleurs plus urgentes : celle de l'exil, de la maison lointaine, de la solitude, des amis perdus, de la jeunesse enfuie et de la multitude de cadavres autour de moi.

Nous nous sentions vieux de plusieurs siècles, écrasés par une année de souvenirs sanglants, épuisés et sans défense. Les mois, que nous venions de passer à vagabonder aux confins de la civilisation nous apparaissaient maintenant, en dépit de leur rudesse, comme une trêve, une parenthèse de disponibilité infinie, un don providentiel du destine, mais destiné à rester unique.

Miller, Petits évacuées réfugiés (Luxembourg 1944) Lee Miller Archives East Sussex


Suite à la lecture de ce billet du blog Anath&Nosfé, consacré au thème du retour après le camp de concentration, j'ai parcouru rapidement les dernières pages d'Être sans destin d'Imre Kertész. En effet, le même volume raconte l'arrestation, la déportation et le retour, jusqu'au seuil du logis maternel, puisque que d'autres gens vivent désormais dans l'appartement de son père (alors que Levi rentre chez lui, à Turin, où il retrouve sa mère et sa soeur). Ce retour semble bien plus rapide et mieux organisé, il faut dire que le trajet est beaucoup plus court, mais il n'est pas pour autant plus facile.


Je suis rentré chez moi à peu près à l'heure où j'étais parti.
(...)
On ne peut pas tout me prendre, il m'est impossible de n'être ni vainqueur ni vaincu, de ne pas pouvoir avoir raison et n'avoir pas pu me tromper, de n'être ni la cause ni la conséquence de rien ; je les suppliais presque d'essayer d'admettre que je ne pouvais pas avaler cette fichue amertume de devoir d'être qu'innocent.

De la vie d'après il en est également question dans Le Pain perdu d'Edith Bruck.

Je n'oublie pas l'extraordinaire roman d'Aharon Appelfed, Des jours d'une stupéfiante clarté, ainsi que Histoire d'une vie.

En mémoire : une semaine consacrée à l'Holocauste.







mardi 27 janvier 2026

Mais je suis patient. Je peux attendre des heures sous la pluie.

 

Patrick Modiano, Dora Bruder, 1997, paru chez Gallimard/Folio.


Le narrateur et auteur, Modiano, part, si l'on peut dire, sur les traces d'une jeune fille, Dora Bruder, après avoir lu une petite annonce dans un journal parisien de décembre 1941. Elle a fugué et on la recherche.


« Paris
On recherche une jeune fille, Dora Bruder, 15 ans, 1 m 55, visage ovale, yeux gris-marron, manteau sport gris, pull-over bordeaux, jupe et chapeau bleu marine, chaussures sport marron. Adresser toutes indications à M. et Mme Bruder, 41 boulevard Ornano, Paris. »
Ce quartier du boulevard Ornano, je le connais depuis longtemps.
C'est presque le début.

D'emblée, la chronologie est brouillée. Le roman date de 1997, le journal de 1941, il a été lu 8 ans avant, mais l'auteur s'appuie sur ses propres souvenirs (les années 60, les années 80), mais aussi sur les souvenirs de la guerre que lui a racontés son père... Les rues de Paris se marchent, se transforment, disparaissent... Avec ce roman nous plongeons dans la dure époque de l'Occupation et de l'État vichyste, celui qui enferme les enfants et pourchasse les Juifs. Cette époque où certains se sont contentés d'obéir aux ordres, mais ont quand même bien pris soin de détruire les registres pouvant les accuser – on n'est pas si bête.

En 1965, je ne savais rien de Dora Bruder. Mais aujourd'hui, trente ans après, il me semble que ces longues attentes dans les cafés du carrefour Ornano, ces itinéraires, toujours les mêmes (…) et ces impressions fugitives que j'ai gardées (…), tout cela n'était pas dû simplement au hasard. Peut-être, sans que j'en éprouve encore une claire conscience, étais-je sur la trace deDora Bruder et de ses parents. Ils étaient là, déjà, en filigrane.

Les informations réunies par Modiano sur Dora Bruder et ses parents sont bien minces. Il y a de nombreux noms de lieux, comme autant de détails auxquels se raccrocher, noms de personnes, silhouettes plus ou moins marquées. Le livre constitue en réalité une marche à la fois sans fin et hésitante, reculant au maximum le moment du point final, celui de l'assassinat à Auschwitz, marche nourrie par les innombrables souvenirs d'un auteur qui se rappelle sa propre jeunesse, sa propre fugue, ses propres errances dans le quartier.

Ce sont des personnes qui laissent peu de traces derrière elles. Presque des anonymes. Elles ne se détachent pas de certaines rues de Paris, de certains paysages de banlieue, où j'ai découvert, par hasard, qu'elles avaient habité. Ce que l'on d'elles se résume souvent à une simple adresse. Et cette précision topographique contraste avec ce que l'on ignorera pour toujours de leur vie – ce blanc, ce bloc d'inconnu et de silence.

C'étaient les traces de chambres où l'on avait habité jadis – les chambres où vivaient ceux et celles de l'âge de Dora que les policiers étaient venus chercher un jour de juillet 1942. La liste de leurs noms s'accompagne toujours des mêmes noms de rues. Et les numéros des immeubles et les noms des rues ne correspondent plus à rien.

Une plaque de rue à Antibes.

Modiano sur le blog :

Rue des boutiques obscures : un homme amnésique remonte le passé à la recherche et se rapproche des années d'Occupation
Villa Triste : un été dans une station balnéaire quand on était jeune
La Danseuse : souvenirs vagues d'une danseuse

En mémoire : une semaine consacrée à l'Holocauste.






dimanche 25 janvier 2026

En mémoire

 

Il y a 81 ans était libéré le camp d’Auschwitz (en vrai, je me demande si le monde a jamais été libéré d’Auschwitz) - le camp, disons, était ouvert.


En mémoire, durant une semaine, à partir de demain lundi 26 janvier au dimanche 1er février, je vous propose de lire – ou de regarder des films, des expositions, ou d'écrire – sur le désolant vaste sujet de l’Holocauste, des camps, des génocides. Nous avons malheureusement le choix.


Je regrette de ne pas avoir passé un rappel au début du mois - toutes mes excuses, parce que mon billet d'annonce est en effet un peu lointain.

Vous pouvez poser le lien de votre billet en commentaire et je rassemblerai le tout ici même. Libre à vous de copier la page, de mettre un lien, ou de ne rien dire et de vous contenter de lire les autres.


Le lien vers la page de 2025.


Documentaires et enquêtes


Le photographe inconnu de l'Occupation : un podcast (5 fois 30 minutes) et une enquête pour identifier l'inconnu qui a photographié Paris pendant l'Occupation et qui en est mort

Dora Bruder de Patrick Modiano : à la recherche d'une jeune fille fugueuse, dans un Paris disparu - mon billet


La saga de l'Orchestre philharmonique de Vienne : un podcast (2 heures) pour suivre l'évolution de l'orchestre de 1939 à 1945 avec la naissance du Concert du nouvel An.


Les enfants cachés de Prélenfrey : un podcast (2 fois 30 minutes) qui raconte comment tout un village de l'Isère a caché des familles et des enfants juifs pendant la guerre


La Shoah des ghettos : un documentaire sur Arte sur les ghettos juifs créés en Europe pendant la guerre


Un podcast de 30 minutes sur l'archéologie d'Auschwiz-Birkenau


À la recherche d'Eva Kotchever : podcast (2 fois 30 minutes) sur une juive polonaise, lesbienne, anarchiste, figure de New York dans les années 30, expulsée des États-Unis, réfugiée en France, assassinée à Auschwitz.


Le Crépuscule des hommes d'Alfred de Montesquiou : récit sur le procès de Nuremberg depuis le point de vue des journalistes - billet de Keisha - et le billet de Sandrine

Un documentaire sur le procès de Nuremberg

Juger les crimes de guerre, anatomie d'un combat moral, podcast (6 fois 13 minutes) : à partir de Nuremberg jusqu'à 2025


Les survivants, l'impossible départ : volet 1 (1945) et volet 2 (1946-1950) : deux documentaires d'Arte sur le devenir des rescapés juifs d'Europe de l'Est qui ont vécu dans des camps pendant plusieurs années après la guerre avant de pouvoir rejoindre le nouvel État d'Israël


Le marché des nazis pilleurs d'art : un documentaire d'Arte sur les années d'après-guerre et sur les oeuvres spoliées


Les secrets du crématorium de Prague : un documentaire d'Arte sur le sauvetage des cendres des déportés


Témoignages


Rachel Ertel : un podcast (5 fois 30 minutes) où Rachel Ertel raconte son rapport à la langue yiddish et à son activité d'enseignante et de traductrice du yiddish


Milena, livre de Margarete Buber-Neumann : l'autrice y raconte sa rencontre avec Milena Jesenská au camp de Ravensbrück, mais aussi toute la vie passionnante de cette dernière (même si elle est surtout connue pour être la dernière compagne de Kafka). Un billet de Miriam.


La Trêve de Primo Levi : le récit du long retour à la maison après la fin du camp de concentration. Mon billet.


En classe avec Anne Franck de Theo Coster : un camarade de classe d'Anne Franck se souvient et raconte ce qui est arrivé aux Juifs des Pays Bas pendant la guerre. Le billet de Keisha.

Quand tu écouteras cette chanson de Lola Lafon : la romancière passe une nuit au musée Anne Franck et raconte, raconte. Le billet d'Ingannmic.


Oeuvres laissant leur part à la fiction


Deuils d'Eduardo Halfon : court roman, sorte d'auto-fiction familiale, autour de la famille de l'auteur, d'un côté des origines juives polonaises, de l'autre une enfance pendant la guerre civile au Guatemala : billet de Sacha


Médaillons de Sofia Nalkowska : recueil de textes d'une autrice polonaise. Billet de Passage à l'Est.


Danser encore de Charles Aubert : récit romancé sur le destin du boxer allemand tzigane Johann Rukeli Trollmann. Billet d'Ingannmic.


Visite


Visite du Camp des Milles en Provence. Mon billet.




samedi 24 janvier 2026

À Beaucaire et Tarascon, au bord du Rhône

 

Le blog se trouve dans les Bouches-du-Rhône.

Si vous avez déjà pris le train entre Arles et Nîmes, vous aurez peut-être levé le nez au moment de passer le Rhône. À cet endroit, deux forteresses médiévales se font face, chacune sur une rive du grand fleuve. Vous sentez instinctivement que vous êtes sur une (ancienne) frontière. Un jour, vous vous organisez différemment et vous voici sur le quai de la gare, prête à explorer cet endroit si particulier, j'ai nommé Beaucaire et Tarascon.

Tarascon tout d'abord. Tarascon est célèbre pour Tartarin, héros de Daudet (jamais lu) et pour la Tarasque, monstre dompté par Sainte Marthe.

Les rues donnent l'impression d'une splendeur passée un peu ruinée. Je suppose que dans quelques années le mouvement de rénovation urbaine l'aura atteint, mais pour le moment c'est plutôt mort.

Je découvre sur Wikipedia l'existence du quartier Kilmaine et son impressionnant grand manège construit au 19e siècle.

Le puissant château de René d'Anjou abrite un musée que je n'ai pas visité. Il garde le comté de Provence et le royaume de France depuis le XVe siècle. Cette forteresse est dans un très bel état de conservation.

Sainte Marthe est patronne de la cité et les pèlerins sont venus en masse pendant des siècles pour prier sur sa tombe. De ce fait, la collégiale Sainte-Marthe abrite une très belle (et très bien mise en valeur) collection de peintures françaises des 17e et 18e siècles. Le corps de la sainte repose dans un sarcophage du IVe siècle, situé dans la crypte.

Les rues abritent le magasin d'usine Souléiado pour acheter de merveilleux tissus provençaux, mais j'ai bien pris soin d'éviter cet antre du démon.

Et puis vous passez le pont et vous rejoignez Beaucaire, le Languedoc, l'Occitanie.

Elle a totalement disparu, mais la foire de Beaucaire fut un lieu essentiel du commerce du 13e au 18e siècle : indiennes, marchandises venues de Flandres, d'Italie, d'Espagne, des côtes barbaresques, du Levant, tout affluait ici et s'échangeait. Le Rhône reliait la Méditerranée aux riches villes du Nord, aux draps de laine d'Angleterre et des Flandres et depuis l'Italie - Venise - les soieries arrivaient d'Orient. Et depuis la région de Toulouse c'était l'indigo aussi !

Les façades des anciens hôtels particuliers témoignent de cette époque, tout comme l'immensité de l'ancien champ de foire maintenant désert.


Depuis le 19e siècle, le Canal du Rhône relie Beaucaire au Canal du Midi via Sète. Aujourd'hui, c'est un petit port de plaisance.

Ceci est la belle collégiale Notre-Dame-des-Pommiers, datant du 18e siècle.

L'église est ornée par les beaux tissus de Souléiado, souvenir d'une époque fastueuse...

Comme chez sa voisine d'en face, la forteresse (avec son donjon triangulaire) domine le Rhône et rappelle que nous sommes sur le domaine des comtes de Toulouse. Le château abrite le musée d'histoire et d'archéologie que je n'ai pas visité (peut-être pour une prochaine fois ?). 

Beaucaire, le château à l'arrière-plan et le port de plaisance sur le canal du Rhône.

Il y a à 5 km du centre, à une heure de marche, l'abbaye romane troglodytique de Saint-Roman. Ce sera aussi pour une prochaine visite, mais je suis bien curieuse de voir de quoi il s'agit !




Deux photos prises du train.

Cette exploration de la région PACA a commencé à Menton, tout à l'est, et se termine fort logiquement à son extrémité occidentale. Il est temps de reprendre le train pour Marseille (la gare est à Tarascon, il faut retraverser le pont).

Si vous souhaitez prolonger ce séjour dans cette belle région, je vous propose de lire au choix un titre de Jean Giono pour le jeudi 2 avril.

Néanmoins, la semaine prochaine, nous resterons dans les Bouches-du-Rhône. Ensuite nous entamerons une tournée européenne (rien que ça), c'est-à-dire un billet espagnol, un ou deux billets belges, un ou deux billets parisiens, deux billets britanniques ( = on vide l'ordinateur).