La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



lundi 13 juillet 2026

On assure qu’il était de bonne souche, et la chose est croyable, à en juger par sa passion pour le vin.

 

Francisco de Quevedo, El Buscón. La Vie de l’aventurier Don Pablos de Ségovie, écrit vers 1603-1608, circulation manuscrite clandestine, première impression en 1626, traduit de l’espagnol par Rétif de la Bretonne (ou presque : traduit par Nicolas Vaquette d’Hermilly, avec la relecture et la fluidité de Rétif), paru en France aux éditions Sillage.

C’est un classique de la littérature picaresque espagnole – car l’Espagne semble avoir eu le goût des romans se passant sur ses routes poussiéreuses.

Le narrateur est un jeune homme de basse extraction (père voleur, mère sorcière, oncle bourreau distribuant les coups de fouet en fonction des pot-de-vin reçus) et il raconte ses aventures et ses efforts (dénués de succès) pour s’enrichir et se faire passer pour gentilhomme. D’auberge en auberge (c’est qu’il s’enfuit assez souvent), il rencontre un moine tricheur aux cartes, un soldat fou, des bandits, un moine poète fou, etc.

L’ensemble se veut comique, farcesque, et très critique envers la société, mais je l’ai trouvé aussi très sombre. Les coups y sont sanglants et les blagues y sont violentes.

C’est aussi un roman à la langue rapide, sans portrait psychologique. J’avoue m’être lassée de passer d’épisode en épisode sans réel suivi. J’ai nettement préféré La Vie de Lazarillo de Tormes, où les déboires du narrateur sont racontés avec davantage d’humour et d’autodérision, et moins de noirceur, où le ton est plus cocasse, et où avec une trajectoire plus positive, la charge contre la société est aussi forte.

Vous connaissez peut-être Pablo sans le savoir puisqu’il est le héros de l’album Les Indes fourbes d’Alain Ayroles et de Juanjo Guarnido.

On convainquit mon père que, dans le temps qu’il lavait le visage de ceux à qui il allait faire la barbe, et qu’il leur faisait lever la tête pour cette opération préparatoire, un petit frère que j’avais, âgé de sept ans, leur enlevait adroitement ce qu’ils avaient dans le fond de leurs poches. Aussi ce petit saint est-il mort martyr sous les coups de fouet qu’on lui donna dans la prison.


Dalí au musée de Figueres. Une autre façon de réinventer son identité.

Ceci constitue une première participation à l’étape dans les Espagnes pour les escapades littéraires de Cléanthe. La seconde, mercredi.


samedi 11 juillet 2026

On va voir les gladiateurs !

 

La semaine dernière, nous étions au Circus Maximus pour des courses de chars. Sensations fortes garanties ! Aujourd’hui, rendez-vous au Colisée pour un bon spectacle de gladiateurs. Spectacle, sport ou combat ? C’est bien un sport spectacle où les blessures et la mort sont au rendez-vous (mais pas systématiquement).

Les gladiateurs sont des combattants professionnels, qui se battent avec des armes bien codifiées. Ce sont aussi des stars et l’iconographie est abondante à leur sujet. Je vous recommande la page Wikipedia qui est très complète.


À côté des mosaïques avec des courses de char que je vous montrais la semaine dernière, le Musée archéologique de Madrid conserve également des mosaïques avec des gladiateurs.

Sur celle-ci, on commence par le registre inférieur. Deux gladiateurs de la catégorie des equites sont en train de se combattre, avec leur petit bouclier rond, leur épée courte, leur casque (avec des ailes ? Pour faire exotique ?) et les jambières de protection. Notez qu'ils sont identifiés par des inscriptions et encadrés par deux arbitres - celui de droite tient un petit bâton dont on devine qu'il peut permettre d'arrêter le combat ou de séparer les adversaires.

Il s'agit d'un affrontement régulé, ce qui n'empêche pas sa cruauté. La présence des arbitres indique bien qu'il existe des règles et une manière de se battre. Personne ne paierait sa place si le combat durait 5 minutes et ne montrait aucune passe d'arme et personne ne financerait les jeux si la moitié des combattants était mort à la fin. De plus, il y avait de très nombreux paris et ces arbitres pouvaient aussi avoir pour rôle d'encourager ou d'aiguillonner les guerriers un peu trop faiblards.

En effet, au registre supérieur, on voit l'un des deux combattants, Maternus gisant à terre, dans le sang. Il vient d'être tué.

 (Rappel : si vous cliquez sur les images, elles seront plus grandes et vous verrez les détails.)

 


Cette seconde mosaïque est construite un peu de la même façon.
En bas, le combat entre Kalendio et Astyanax. Kalendio est à droite. C'est un rétiaire, dont les armes sont le filet et le trident. On voit son petit bouclier sur l'épaule. En face de lui, Astyanax, un secutor, c'est-à-dire un gladiateur combattant avec un grand bouclier, un casque et une épée. On voit aussi qu'il a une jambière d'un côté, alors que le rétiaire est ici jambes nues. Pour le moment Astyanax semble mal en point puisque le rétiaire vient de lui jeter son filet dessus, mais de ce fait ce dernier vient de perdre l'une de ses armes les plus efficaces... (et sur le côté un arbitre).
Au registre supérieur, Kalendio est à terre, blessé, le sang imprègne le sable. Son nom est suivi de la lettre Ɵ, ce qui indique qu'il est sur le point d'être tué. A contrario, le nom d'Astyanax est accompagné de la mention vicit, c'est le vainqueur.

Les arbitres, le producteur de spectacle et le public peuvent intervenir et jouent un rôle pour décider de la mort ou non d'un combattant vaincu.

Ici la statuette en bronze d'un secutor (vous reconnaissez le grand bouclier, le casque rond et le glaive). Elle est visible au musée de l'Arles antique. Et elle est d'un très grand réalisme.

Vitrine d'à côté (toujours à Arles), des lampes illustrent le goût que les Romains avaient pour ces jeux. Sur la lampe de devant, le combattant de gauche est un thrace, c'est-à-dire qu'il se bat avec un petit bouclier, un casque à large bord et une épée recourbée. Toute cette collection de lampe est d'une grande qualité : on distingue très bien les différentes armes et les casques et les silhouettes sont en pleine action.




Qui dit jeux du cirque, dit aussi combats d'animaux (oui, les Romains étaient de vrais barbares). Cette plaque d'ivoire fait partie d'un diptyque représentant le consul Areobindus (consul à Constantinople en 505) et conservé au musée de Cluny.
(on clique sur l'image, on agrandit)
Les hommes et les femmes se pressent autour d'une enceinte. Sur l'arène s'affrontent des humains (l'un d'eux, en bas à droite, porte un casque) et des fauves : un lion, un taureau, un cheval et trois ours. La scène est violente, mais la représentation est virtuose, avec toutes les figures qui s'emboitent avec dynamisme les unes dans les autres.

En la matière, notre imaginaire visuel est grandement imprégné par le 19e siècle, notamment par les peintures de Jean-Léon Gérôme, inventeur de plusieurs types iconographiques à succès. 

Pollice verso ou Pouce vers le bas (1872, musée de Phoenix USA, image Wikipedia) montre un gladiateur puissamment caparaçonné (regardez cette armure du bras, comme les écailles dorées d'un dragon), qui a le pied posé sur le cou d'un collègue et semble consulter la foule. Foule évidemment représentée de la façon la plus sauvage qui soit, demandant massivement la mise à mort. Derrière lui, la tribune de l'empereur offrant ce spectacle sanglant aux Romains.

Tout ceci n'est pas vraiment conforme à la vérité archéologique et historique, mais c'est une sacrée image, avec ce casque aveugle qui fait face à la foule. La lumière et les couleurs sont éclatantes.

Le tableau a eu tellement de succès que Gérôme en a tiré une sculpture en bronze.


Ave Caesar, morituri te salutant (Salut César, ceux qui vont mourir te saluent) (1859, Art Gallery de Yale). Vous croyez connaître la formule... Le soleil tape sur le Colisée, même si un beau vélum (orné de fauves et d'éléphants ?) a été tendu pour protéger la foule. Des combats semblent avoir déjà eu lieu, au vu des corps sur le sol. D'ailleurs à l'arrière plan on évacue les morts. Un groupe de gladiateurs, avec toutes leurs belles armes, vient saluer l'empereur.

En réalité, la fameuse formule est citée uniquement par Suétone et pas du tout à propos de gladiateurs.

Les peintures de Gérôme allient un impressionnant réalisme (les objets, les armes, la reconstitution des lieux, le moindre détail) à une scénographie puissante (cette courbe du Colisée, le contraste entre les différentes figures) et à un sens certain de la couleur (cet emploi si savant du rouge impérial et sanglant) et de la lumière. Mais elles ne sont pas du tout réalistes. Ce sont d'incroyables images créées par un peintre très savant dans son art (et je vous passe les chrétiens dans l'arène avec les lions).

Rien d'étonnant à ce que Henryk Sienkiewicz, l’auteur de Quo Vadis, et surtout Hollywood lui aient tout piqué.

La semaine prochaine... un sport complètement différent !!!


jeudi 9 juillet 2026

J’ai aussi inventé certaines choses, sans nul doute : il est difficile pour un myope de se rappeler les détails.

 

Vicente Luis Mora, Mitteleuropa. Les carnets secrets de Redo, publication originale 2020, traduit de l’espagnol par François-Michel Durazzo, édité en France en 2025 par Maurice Nadeau.


Un roman espagnol intitulé Centroeuropa ? Tiens, tiens.

Nous lisons le récit rétrospectif d’un certain Redo qui s’est installé sur les rives de l’Oder pour y cultiver la terre à sa trentaine, venant alors de Vienne et transportant le corps de sa femme décédée pendant le trajet – et on est quelque part dans le milieu du 19e siècle. Sauf que Redo écrit tout de suite qu’il doit prendre garde à ne pas se trahir et à adopter un comportement le plus normal possible. Qui est-il ?


Nous traversons des temps nouveaux, ajouta Altmayer, qui resta à me dévisager un instant, comme s’il y avait quelque chose d’étrange en moi, quelque chose de faux, une imposture.
Et, comme c’était le cas, bien qu’il ne pût ni de dût le savoir, je gardai le silence, contrôlant mes nerfs, retenant ma voix, de peur qu’elle ne sortît involontairement de ma gorge, ou proférât des incohérences qui eussent pu me trahir.

Les premières heures, tout se passe bien. Redo s’installe sur sa terre et fait connaissance avec ses voisins. Mais au moment de creuser un trou pour enterrer dignement sa chère et tendre, voilà qu’il tombe sur un cadavre impeccablement congelé de soldat prussien. Bon, cela arrive. Il creuse un peu plus loin et… deux soldats napoléoniens. Un autre trou et… les légions de Varus ! Les derniers soldats découverts seront encore d’une autre époque, bien connue du lecteur.
C’est la cata. Comment cultiver une terre qui est un cimetière ? Que faire de ces corps dont personne ne veut ? Que font-ils là ? Et pour la discrétion, c’est raté.

Les cadavres brillaient. Nous, les vivants, au visage altéré, nous ressemblions, sous nos vêtements sombres, à des ombres.

Le roman est assez court (moins de 200 pages pas serrées), mais il raconte à la fois cette première année et celles qui ont suivi, et ce qui a précédé. On se hasarde à faire des hypothèses sur l’identité de Redo et le fin mot de l’histoire nous sera donné (j’avais trouvé) (mais je regrette un peu que la clé de l’énigme soit livrée). En revanche, on ne saura pas pourquoi les corps de ces soldats congelés pour l'éternité s’accumulent à cet endroit au fil des siècles. Le narrateur y voit pourtant un sens : sur cette terre qui a été le lieu d’innombrables guerres, montrer toute l’horreur de ces jeunes gens tués dans la force de l’âge. Dénoncer la guerre ?


D’abord, je trouve très intéressant qu’un Espagnol d’aujourd’hui (Mora est né en 1970), parfaitement inséré dans le monde littéraire de son temps, souhaite écrire sur ce mythe européen exemplaire, celui du milieu de l’Europe. Toutefois, pas question de rêver sur une hypothétique époque de coexistence pacifique entre les peuples.
Le roman insiste sur le fait que l’on se situe à un moment charnière, celui où des non-nobles comme Redo obtiennent le droit d’acheter des terres et d’être des propriétaires libres. Les vieux pouvoirs se demandent comment se débrouiller de cette nouvelle réalité ; bientôt la fin de l’ancien monde. À cet égard le choix des titres espagnol et français est révélateur : il s’adresse à nous, nous gavés de littérature et susceptibles de nous intéresser aux mythes constructeurs de cette vieille Europe, mais le roman choisit de mettre en avant le thème de l’horreur de la guerre et celui des individus libres de toutes attaches qui se reconstruisent une vie choisie – en dissimulant deux-trois détails.

Je pense que c’était la première fois que quelqu’un m’appelait Monsieur. La vérité, c’est que personne en Prusse ne savait encore comment désigner les paysans libres.

Enfin, c’est un roman qui est écrit d’une plume enlevée et qui se lit avec beaucoup d’entrain. Il y a une scène impressionnante avec les castors, mais il y a surtout la présence fleuve Oder et de ses rives, de ses paysages, champs et bois, cultivés, théâtres de l’histoire des hommes.


Celui qui trouve un corps enseveli dans son champ, sur son propre terrain, suppose que ce ne doit pas être le seul. En quelque sorte, celui qui tombe sur un cadavre craint ou s’imagine que d’autres corps se tiennent peut-être là, immobiles, qui attendent leur tour. Après le premier mort, on ne regarde plus du tout les terres d’une région de la même façon, elles ne ressemblent plus vraiment à de riants paysages, mais plutôt à des cimetières.
C’est presque le début.

P. Krøyer, Taverne, 1886, musée de Philadelphie




mardi 7 juillet 2026

Il veut bien essayer encore. Il remonte l’allée centrale en compagnie de cette petite force têtue – oh, arrêtez tout.

 

Jean Rouaud, Les Champs d’honneur, 1990, Éditions de Minuit.


Un récit familial qui commence par l’évocation presque simultanée de la pluie en Loire-Atlantique, du grand-père à l’éternelle cigarette, et de la 2CV qui laisse passer l’eau. Il est aussi question de la grand-mère, mais on apprend incidemment que le père du narrateur est mort jeune, à 40 ans. Puis c’est un autre portrait, celui de la tante bigote et de sa litanie de saints, attachante, qui confond peu à peu les âges et les générations et se remémore ses deux frères, Émile et Joseph, tués pendant la Première guerre mondiale. Il s’est aussi passé quelque chose à Commercy. Puis c’est la vie qui continue, un grenier à ranger, des anecdotes, des figures du village. Au dernier chapitre, tout sera raconté en un souffle en un récit bouleversant.
Un grand petit livre.

Grand-mère jugeait ces pluies ineptes. Pour elle, il devait pleuvoir une fois pour toutes et qu’on n’en parle plus. On lui confiait la responsabilité du régime des pluies, elle bloquait huit jours dans l’année pour y faire tomber la quantité d’eau étalée sur douze mois et partageait le reste entre saison chaude (pas trop) et froide (pas trop non plus).

Sa force provient de sa construction. Il semble au premier abord que l’on soit dans un portrait de famille, dans un village de l’Ouest, petits commerçants, rapports entre des générations qui se comprennent plus ou moins. Mais le récit se focalise progressivement sur des décès, et sur des traumatismes – qu’est-il arrivé à la tante quand elle avait 26 ans ? Sur une boîte contenant des lettres. Après toutes ces hésitations, et ces façons de tourner autour, les événement nous seront finalement racontés avec une infinie délicatesse.
Délicatesse qui n’empêche pas l’évocation concrète de la vie dans les tranchées, et de l’asphyxie par le gaz, alors une nouvelle façon de tuer.


C’était la loi des séries en somme, martingale triste dont nous découvrions soudain le secret – un secret éventé depuis la nuit des temps mais à chaque fois recouvert et qui, brutalement révélé, martelé, nous laissait stupides, abrutis de chagrin.
C’est le début.

L. A. Moreau, Nappe de gaz, La Contemporaine 

Elle a tiré un à un les fils et recomposé le canevas de sa mémoire. Tout y était. La petite tante n’avait perdu la tête que pour mieux la retrouver. La confusion ne venait pas d’elle, mais de nous, de notre lecture de ses visions. Le nœud de l’affaire, c’était que, tout à notre chagrin, nous faisions comme si papa était le seul Joseph à être mort depuis les débuts officiels de l’univers, c’est-à-dire jusqu’où portaient nos souvenirs. Pour la tante, il était le second : Joseph blessé en Belgique, transporté à Tours où il meurt, Joseph le frère aîné, à vingt et un ans, le 26 mai 1916.

Ce n’est pas tant la confirmation de cette mort qu’elle a de toute façon apprise il y a douze ans maintenant, mais ce trait final qui clôt l’attente, cette porte qui se referme. Elle fait le compte de son bonheur au cours de sa jeunesse enfouie, et le bilan est si pauvre, si maigre : voilà bien de la peine pour bien peu de profit.

Keisha adore Jean Rouaud, et il y a quelques lignes au sujet des Champs d'honneur ici.



samedi 4 juillet 2026

La course de chars

 

Et c’est parti pour un des sports préférés de nos amis les Romains : pousser des hurlements frénétiques en regardant des chars attelés de chevaux tourner dans une enceinte.


Bon, la course de chars existait aussi chez les Grecs et les Byzantins, mais c’est moins iconique. Et pourtant… le quadrige dit des Chevaux de Saint-Marc que les Vénitiens ont piqué à Constantinople ornait à l’origine l’hippodrome de la ville. Les courses ont perduré à Constantinople jusqu’à la fin du 12e siècle, même si elles étaient devenues beaucoup moins fréquentes.
Et chez Homère, les jeux funéraires célébrant Patrocle intègrent une épreuve de course de chars. Les Jeux olympiques et panhelléniques en comportaient également une. Que ce soit chez les Grecs ou les Romains, la course s’inscrit parmi des fêtes religieuses, avec défilé, chants, musique, etc.


Avant d’être une course de chevaux, c’est un spectacle. Les risques de chute et de blessure en font pleinement partie.
J’ai souvenir d’un documentaire télé où l’objectif était de reconstituer à l’identique un char romain (peut-être seulement à deux chevaux) grâce aux méthodes de l'archéologie expérimentale. Quand il a finalement pu le tester, le conducteur était sidéré par la légèreté de l’engin et sa capacité, non pas à aller vite, mais à procurer des sensations fortes et à être en direct avec l’allure des chevaux. Il faut contrôler la trajectoire, notamment dans les virages, conserver son équilibre sur un truc totalement instable (le panier repose sur l’axe des roues) et maîtriser les animaux (2, 3 ou 4 chevaux au galop dans un contexte ultra stressant).


On commence par ce relief (terre cuite, fabriqué en Italie au 1er siècle, conservé au British Muséum), qui est très pédagogique. On voit le quadrige. Le char semble être réduit à une paire de roues (on comprend qu'il ne s'agit pas réellement d'un véhicule).
Le conducteur est un aurige (souvent un esclave) et regardez-le bien : on voit distinctement que les guides des chevaux sont enroulés autour de son corps (pour éviter de les perdre) et qu'il porte une sorte de pièce de cuir par-dessus la tunique pour se protéger des frottements des lanières. La pression exercée sur le corps de l'aurige par les chevaux devait être énorme. Tenir l'équilibre dans ces conditions... Il lève aussi un fouet d'assez courte taille (non pas de grand machin qui claque comme dans les films).

Et à droite, un concurrent vient déjà de tourner autour des trois bornes marquant l'extrémité de la spina (ce muret séparant la piste). On semble bien être dans le Circus Maximus.


Sur ce vase (fabriqué à Athènes, 400 av.JC, conservé au British Muséum), il y a seulement deux chevaux et on voit bien la borne. On voit aussi très bien le char - très utile pour l'archéologie expérimentale et les reconstitutions - il y a deux roues, une planche horizontale, une planche verticale et un timon. Et regardez l'aurige : il ne porte pas les guides enroulés autour du corps. Ce serait en effet les Étrusques qui auraient inventé cette technique et ce vase grec est bien plus ancien que notre relief.

Vous avez peut-être vu l'Aurige de Delphes ou son moulage.



La lampe de gauche (1er siècle de notre ère, musée de Lattes) représente un char en pleine course. Faute de place, les traits sont assez stylisés. On voit surtout les pattes, les guides, le fouet.
La lampe de droite (Italie, 2-3e siècle, British Muséum) est particulièrement intéressante (cliquez sur l'image pour l'agrandir). Sur une aussi petite surface, tout est représenté : 4 chars à 4 chevaux et tout autour le Circus Maximus. Sur l'arc de cercle en haut à gauche : le public. Sur l'arc de cercle en haut à droite : les portes d'où sont sortis les chars. Sur l'arc de cercle du bas (à l'envers pour nous) : la fameuse spina. Ce muret divise la piste en deux et il est rythmé par des sculptures diverses, un obélisque, des bornes. En l'occurrence on voit bien l'obélisque, pile au milieu. Les chars doivent effectuer sept tours complets de piste.

À Rome, il y a quatre écuries ou factiones : les Blancs, les Bleus, les Verts et les Rouges. Chaque faction porte le nom de son propriétaire. Financer une écurie et une course constitue une démonstration de richesse et de prestig – c’est le propriétaire qui est réputé remporter la course et pas son esclave.
L'aurige et les chevaux sont ornés aux couleurs de leur écurie.

Une mosaïque du Musée archéologique de Madrid (Rome, 3e siècle) représente ces équipes et donne les noms de plusieurs chevaux. À gauche, de face, les Rouges ! Les chevaux sont fiers comme tout. À droite, la faction Prassina - les Verts ! Avec quatre jolis chevaux, le conducteur a le corps ceint par les guides, la tête protégée par un genre de casque (ou de bonnet en cuir). Il tient la palme de la victoire - mais sur la mosaïque, toutes les factions sont victorieuses. Il y a aussi des employés/esclaves de l'écurie.

J'ai commis un billet sur une mosaïque conservée à Gérone montrant une course de chars en son entier.


Et nous avons un vainqueur ! Cette lampe (fabriquée en Italie au 1er siècle et conservée au British Muséum) montre un seul cheval, peut-être faute de place, mais notez que plusieurs noms de chevaux particulièrement performants nous ont été transmis (tout comme le nom de plusieurs auriges). Devant lui marchent deux employés/esclaves de l'écurie portant un panneau avec le nom de la faction victorieuse. Derrière lui, un supporter remercie les dieux et exprime sa joie en levant les bras (on a gagné ! on a gagné !) et d'autres hommes (employés ? esclave ? supporters enthousiastes ? parieurs heureux ?) portent les palmes de la victoire.

À la semaine prochaine pour d'autres émotions fortes.