| La cathédrale et le baptistère |
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samedi 13 juin 2026
Le baptistère de Parme
jeudi 11 juin 2026
Ana Maria, est-ce que tu es sûre, absolument sûre que nous sommes seuls sur cette île ?
Couleur : Julien Maffre, Bastien Bazar, Karamba Dramé et Croque-Forme.
L’album peut se lire comme cela, pour le plaisir de voir cet Elijah Stern, grand maigre silencieux, aux yeux gris clair, se tirer d’affaire des bagarres, cautériser une blessure, rencontrer une femme fascinante et surtout se plonger dans la lecture. Ah ! Se plonger dans un roman sans être dérangé, voilà l’objectif réel du héros !
Mais il s’agit aussi d’une série, celle du croque-mort mélancolique qui se retrouve toujours au coeur de toutes les explosions et qui traîne un passé très lourd derrière lui. S’il n’aspire qu’à la compagnie des morts et à la lecture, il lui faut hélas rencontrer ses contemporains. J’aime bien le contraste entre ce tempérament et le « ça part complètement en waï ».
J’ai pris grand plaisir à ma lecture. Je me rends compte que j’ai chroniqué les quatre premiers albums sur le blog, mais pas le cinquième qui, effectivement, m’avait un peu déçue.
Stern. Le croque-mort, le clochard et l'assassin
Stern. La cité des sauvages
Stern. L'Ouest, le vrai
mardi 9 juin 2026
Ce n’est pas important, l’essentiel est d’aimer ce matin.
Ce n’est pas un roman. Appelfeld raconte sa vie, en une suite de chapitres courts, depuis son enfance dans l’actuelle Roumanie jusqu’à son âge mûr, écrivain israélien reconnu. Il raconte ou il ne raconte pas, choisissant de mettre l’accent sur tel ou tel moment.
D’abord l’enfance avec ses parents et ses grands-parents, l’attachement à la famille. Des années de guerre, il en donne quelques aperçus sans se soucier d’entrer dans les détails. Le meurtre de la mère, les enfants dans le ghetto (c’est tout ce que l’en saura), une marche interminable avec son père, une fuite d’on ne sait pas d’où vers la forêt, la vie dans la forêt, l’attente sur les rivages italiens, puis les premières années dans ce qui n’est pas encore l’état d’Israël. L’accent est mis sur le portrait des personnes lumineuses, sur ce dont le corps se souvient – lui-même était trop petit pour avoir une compréhension consciente et complète des événements.
Plus de cinquante ans ont passé depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le coeur a beaucoup oublié, principalement des lieux, des dates, des noms de gens, et pourtant, je ressens ces jour-là dans tout mon corps. Chaque fois qu’il pleut, qu’il fait froid ou que souffle un vent violent, je suis de nouveau dans le ghetto, dans le camp, ou dans les forêts qui m’ont abrité longtemps. La mémoire, s’avère-t-il, a des racines profondément ancrées dans le corps. Il suffit parfois de l’odeur de la paille pourrie ou du cri d’un oiseau pour me transporter loin et à l’intérieur.
Une grande partie du propos porte sur la langue, ou plutôt les langues : allemand avec les parents, ruthène avec les paysans et la bonne, yiddish avec les grands-parents, langues qu’on lui enjoint d’oublier ensuite pour se concentrer sur l’hébreu, alors une langue militaire et de construction nationale, pas une langue affective, pas encore une langue de littérature pour lui – elle l’est devenue. À cet égard, il est aussi question des générations et de leur rapport différent à la mémoire et à l’oubli.
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| Soulages, Peinture, 1963, Rodez Musée Soulages |
Enfin, le passage qui a motivé ma relecture : la littérature. Appelfeld refuse d’être un écrivain de la Shoah, il ne raconte pas comme un témoin, il écrit des romans mettant en scène la vie des hommes et des femmes avant et après la Guerre. Ce positionnement lui fut reproché, mais il choisit de parler des premiers écrivains israéliens qu’il a rencontrés, et notamment Agnon.
Sur la Seconde Guerre mondiale, on écrivait principalement des témoignages. Eux seuls étaient considérés comme l’expression authentique de la réalité. La littérature, elle, apparaissait comme une construction factice. Moi, je n’avais même pas de témoignage à offrir. Je ne me souvenais pas des noms de personnes ni de lieux, mais d’une obscurité, de bruits, de gestes. C’est uniquement avec le temps que j’ai compris que ces matières premières étaient la moelle de la littérature et que, partant de là, il était possible de donner forme à une légende intime.
C’est une relecture, motivée par une raison précise dont je vous parlerai dans quelques semaines.
Appelfeld sur le blog :
samedi 6 juin 2026
De Ravenne à Parme
| La voûte aux canards de la Chapelle Sant'Andrea |
| Ravenne en brique |
| C'est toujours l'Italie du Nord, c'est toujours la brique |
- Dégustation de glace à la noisette ;
- Achat de risotto et de polenta rustique, de bresaola et de fromage, de caponata et de conserves – la région s’enorgueillit de son agriculture alimentaire ;
- Visite du baptistère, de la cathédrale et de quelques églises supplémentaires. Visite de la fondation Stuard (dispensable) et de la Pilotta, immense palais ducal abritant une bibliothèque, un théâtre, plusieurs musées (mais pas de café !) ;
- Balade dans le parc avec ses étendues d’herbes ouvertes, accessible jusqu’à minuit ;
- Au bord de la rivière Parma les hérons et les aigrettes pêchent, les corneilles mantelées enquiquinent les canards et les merles furètent avec ardeur.
- Point de chartreuse ni de violettes ni de jambon.
| Il y a un musée Boldoni - oui, comme la police, car monsieur Boldoni avait son atelier à Parme. |
jeudi 4 juin 2026
Le monde des Anciens de mon peuple et celui des Espagnols n’appartenaient-ils pas tous deux au passé ?
Romain Bertrand et Jean Dytar, Les Sentiers d’Anahuac, 2025, édité par La Découverte et Delcourt.
Une BD de vulgarisation historique où tout est réel.
Au Mexique, 20 ans après la conquête par les Espagnols, Antonio, un petit garçon issu d’une famille noble aztèque, entre comme novice chez les moines franciscains. Il apprend le latin, mais surtout rencontre le père Bernardino de Sahagún. Ce missionnaire estime que, pour convertir efficacement la population au christianisme et extirper toute trace d’idolâtrie diabolique, sans laisser la moindre chance au syncrétisme, il convient certes de parler le nahuatl, mais aussi de comprendre les croyances et le monde de ces gens. Voilà notre padre lancé dans une grande entreprise de collecte et d’enquête qui débouchera sur L’Histoire générale des choses de la Nouvelle-Espagne.
L’album raconte tout cela : le projet de Sahagún qui, s’il fait preuve de sincère curiosité, ne se veut pas un érudit ethnologue, mais vise bien le triomphe du christianisme, le rôle des anciens qu’il consulte, la façon dont les récits (création du soleil et de la lune, calendrier, pratiques religieuses, rôle de l’empereur, les rites, les boissons, etc.) sont recueillis, traduits et mis par écrit en étant insérés dans le paradigme chrétien. Il raconte aussi les états d’âme d’Antonio (Antonio Valeriano a réellement existé, on connaît son parcours officiel, mais pas son individualité) et des autres novices, nés après la conquête, qui découvrent leur propre histoire, s’interrogent, sont tiraillés entre différents mondes.
Ce ne serait rien sans l’extrême réussite graphique de l’album. Ici les dessins racontent et mettent sous les yeux. Ils reprennent tantôt l’esthétique des gravures sur bois occidentales du 16e siècle, tantôt celle des glyphes et des codex, montrant ainsi la contradiction ou la superposition ou la coexistence des différentes pensées. Une image raconte la vie d’Antonio à Mexico en reprenant ainsi le plan de la ville tel qu’il nous est parvenu dans un codex. C’est tellement inventif, créatif et efficace ! Voilà, c’est ça les BD qu’on veut !
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| Saint Michel face à une divinité païenne - tempête sous les crânes ! |
Jean Dytar est bédéiste, j'ai essayé de lire Florida, mais sans succès.









