La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



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jeudi 5 octobre 2017

Je connais les mots. Quand je les lis, je ne les reconnais pas.

Agota Kristof, L’Analphabète, 2004, édité chez ZOE.

Agota Kristof raconte, en français, comment elle a appris à lire auprès de son père instituteur en Hongrie, appris à écrire à l’internat, comment, en fuyant la Hongrie communiste, elle a ensuite appris le français. Elle raconte surtout comment la langue hongroise a quasiment disparu de sa vie, la coupant de sa culture et la plongeant dans la solitude, alors même que sa connaissance du français est due au hasard et à l’apprentissage.
Un livre très court, mais assez riche et émouvant, car les souvenirs se mêlent aux réflexions et aux interrogations. Chaque chapitre transcrit une étape : la lecture en hongrois, la découverte du russe, le français appris par le hasard de la migration, avec un aller et retour entre le passé et le présent. On parle d’un moment où l’Europe accueillait véritablement les réfugiés.
Si Kristof éprouve un attrait irrésistible pour l’écriture, elle raconte aussi le désert qu’il faut traverser pour quitter une langue et en trouver une autre. On est loin des déclarations d’amour à la langue française, on est plutôt ici dans l’ennemie qu’il faut apprivoiser pour pouvoir vivre et écrire à nouveau. Une parole rare et intéressante.
Picasso, La Lecture, 1934, NY Met, M&M.

Au début, il n’y avait qu’une seule langue. Les objets, les choses, les sentiments, les couleurs, les rêves, les lettres, les livres, les journaux, étaient cette langue.
Je ne pouvais pas imaginer qu’une autre langue puisse exister, qu’un être humain puisse prononcer un mot que je ne comprendrais pas.

Kristof est une auteure suisse, de naissance hongroise et de langue française.

ZOE est l’éditeur d’octobre pour « Un mois Un éditeur », malheureusement je risque de peu lire en octobre. Donc un peu de patience…