La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



samedi 4 décembre 2021

Château de Chantilly

 Dernière excursion en Île-de-France : aujourd’hui nous partons au château de Chantilly.

Chantilly, c’est d’abord le domaine de la famille Montmorency, puis à partir du XVIIe siècle celui de la famille de Condé. La personnalité marquante (si l’on peut dire, parce que le Grand Condé, ce n’est pas rien) est toutefois le duc d’Aumale au XIXe siècle, qui accumule une prodigieuse collection d’art et qui aménage le château. À sa mort, il lègue l’ensemble à l’Institut de France, qui en est donc l’actuel propriétaire, pour en faire un musée et un lieu de travail. Ce sont les collections du musée Condé. Le legs du duc interdit tout prêt des collections, ce qui empêche le musée de participer à des expositions, et tout déplacement des œuvres, dont la présentation obéit donc à une esthétique assez ancienne (1898).

Il s’agit d’un des plus beaux musées de France : 3 tableaux de Raphaël, 5 de Nicolas Poussin, des dessins, 760 manuscrits, 600 incunables, des livres précieux, les Très riches heures du duc de Berry, des objets des arts décoratifs, des noms prestigieux, etc.

Si vous avez l'oeil perçant et si vous êtes super forts en histoire de l'art, vous pouvez reconnaître quelques chefs d'oeuvre.


La galerie de peintures avec son éclairage zénithal et la rotonde. Poussin, Rosa Bonheur, Le Déjeuner d'huîtres de de Troy...


La Tribune dont le plan s'inspire de La Tribune de la Galerie des Offices de Florence (oui, les musées se rendent hommage entre eux) et qui abrite primitifs italiens et tableaux d'Ingres.


Pièce dite de la Grande singerie avec un décor attribué à Christophe Huet (1737) et qui rappelle évidemment - évidemment enfin ! - le salon chinois de Champs-sur-Marne dont je vous ai parlé. Des fantaisies élégantes.


Quand je l'ai visité, le château accueillait deux expositions : l'une consacrée à Carmontelle et l'autre à la porcelaine. C'est le XVIIIe siècle, donc je vous en ai parlé aussi (on ne se refait pas).

La visite se poursuit à l'extérieur ! Ici encore Le Nôtre a aménagé une partie des jardins : un canal, des parterres à la française, un hameau, un jardin anglais...




J’ai eu un coup de cœur pour le parc. D’abord il faisait beau (je suis faible). Et puis il y a surtout un parfum d’Angleterre dans l’aménagement de cette prairie arborée, entre jardin et forêt, avec des courbes soi-disant naturelles, mais réellement pleines de charme. En plus, j’y ai vu mon premier martin pêcheur, ce qui signale la bonne qualité des eaux. Il y a aussi plein de palmipèdes.

J’y ai passé une journée enchantée.

En plus il y avait des oies sauvages...


Il y a aussi le musée du cheval et les écuries, mais le bâtiment était en travaux, donc je ne l’ai pas vu.


Et comment on y va ? Alors si vous êtes à Paris, il faut aller Gare du Nord, prendre le train « grande ligne » et descendre à Chantilly-Gouvieux. Mais notez que le RER D dessert aussi cette gare. Il faut gambader environ 20 minutes dans le sous-bois pour rejoindre le château.

 

Pour les prochaines visites, nous irons en PACA.

 

jeudi 2 décembre 2021

Comme lui, plus d’un ramena ses contradictions à un dénominateur, et c’était : la vie continue.

 Günter Grass, L’Appel du crapaud, parution originale 1992, traduit de l’allemand par Jean Amsler.

 

Au marché de Dantzig, en 1989, un veuf rencontre une veuve. L’entente est immédiate et après une marche au cimetière local émerge cette idée : donner aux Allemands exilés loin de Dantzig la possibilité d’être enterrés dans leur ville natale et que les morts trouvent la paix, la réconciliation. C’est aussi une histoire d’amour entre ces deux-là. L’entreprise naît bientôt et se développe tellement qu’elle échappe à nos deux héros. Le tout raconté a posteriori par un homme à qui tout le dossier a été transmis.


Voici du moins qui est exact : ils se rencontrèrent le 2 novembre 1989 par temps ensoleillé, peu de jours avant qu’à Berlin le mur ne devînt caduc. Quand aurait pu commencer une histoire banale, le monde, ou une partie de ce monde immuable, se mit à changer, et ce sans ambages, hors plan en plein, au galop piqué.


Un roman quelquefois un peu difficile à saisir. Je me suis rendu compte que ces réalités de l’Europe du mur, des exilés allemands, des Polonais, de la réunification, etc. étaient quand même un peu éloignées de moi. La langue de Grass ne coule pas de source, elle est rude et rugueuse – c’est ce qui donne au livre son ton si particulier.


Et quand Marian Marczak jeta dans le silence : « Personne ici n’est sans préhistoire », et baissa aussitôt les yeux, on l’approuva.


Spencer, La résurrection à Cookham, 1924 Tate 
C’est que nous sommes souvent proches de la satire. Ces deux amoureux sont touchants certes, mais on peut s’amuser des travers de l’un ou de l’autre. Il y a aussi cette étrange idée de la réconciliation des cimetières avec des champs illimités de morts. Les portraits des personnages secondaires : une vieille dame qui parle un allemand qui n’existe plus, un Bengali qui fait fortune en lançant des rickshaws à Dantzig, des pique-niques et de longues marches dans les églises et les cimetières.

Les événements de la grande histoire forment l’arrière-plan de ce roman, mais comme un fond ouaté et brumé, pas important et un peu menaçant. Le Mur tombe presque sans que l’on s’en aperçoive, les Polonais veulent se débarrasser des Russes et ont un complexe vis-à-vis des Allemands, le deutschemark est la devise phare de la région, la réunification fait craindre une Allemagne trop forte qui écrabouillerait ses voisins. Le pessimisme de l’auteur est certain et prend les allures d’un récit grinçant.

Je trouve le roman très intéressant et riche de réflexions, même si je ne suis pas vraiment séduite par la dimension littéraire. Mais j’aime cette utopie des cimetières.

 

Dès la fin juillet, il devint nécessaire d’aménager un champ d’urnes dans le cimetière de la Réconciliation, car un nombre croissant de « candidats à l’inhumation » tenait à la crémation. Beaucoup d’inscriptions venues des pays du machin est-allemand désormais dépourvu d’existence politique demandaient l’incinération et renonçaient aux rituels chrétiens.

 

 Seconde participation aux feuilles allemandes !

 

Désolée pour l’aspect fragmentaire de ce billet : si le roman manque de séduction, je l’ai lu en étant sans doute beaucoup trop fatiguée et j’ai un peu de mal à m’en faire une idée. Gros besoin de repos ici.




 

mardi 30 novembre 2021

Pas besoin de te dire que tu tiens ça mort.

 Lise Tremblay, L’Habitude des bêtes, parution originale 2017, édité en France par Delcourt.

 

Le narrateur est un ancien dentiste qui a quitté Montréal et une vie composée de boulot et de chasse, pour s’installer dans un chalet au cœur du Saguenay, avec son chien Dan.

Las. Nous sommes des années plus tard. Dan est vieux et est sur le point de mourir. La fille du narrateur va être opérée après de lourds troubles de l’identité et de longues années d’éloignement. Des loups font irruption sur le territoire de chasse des humains et s’en prennent aux orignaux. Les chasseurs deviennent fous et tout le monde a beaucoup trop d’armes. Le narrateur erre entre ses souvenirs, ses amis d’ici, la vieille Mina et René, les tensions entre les gens d’icitte et ceux de la ville… Il se fait vieux.


Tu sais comment y parle en long. Y’a commencé par me dire : « Madame Sirois, vous savez que c’est mon devoir », pis là, je l’ai arrêté tout de suite. Je lui ai dit qu’il faisait sa job, mais que moi, je ne voulais plus y aller. C’est tout. Je voulais juste mes pilules. Il a fini par dire OK.


C’est un roman huis-clos, dans un petit groupe villageois. Tremblay fait très bien ressortir les tensions entre les habitants de la ville et de la forêt. Tout ce monde ne se comprend pas. Il n’y a pas ici la dimension homme-femme, l’accent est davantage mis sur les générations. Entre René et son neveu Patrice, qui connaissent aussi bien l’un que l’autre la forêt et les animaux, la rupture est réelle. Les anciens pratiquent la culture de l’entre-soi : on se venge, on subit la loi du plus fort, on n’appelle pas la police. Pour le narrateur, on subit comme les bêtes.

Un roman moins fort que La Héronnière, mais tout de même très marquant.

Et puis, l’attachement unique d’un homme pour son chien.

 

Fabre, Portrait du beau Pyrrhys, 1823, Fabre
Je me levais, me faisais un café et m’installais dans la verrière pour essayer d’apercevoir le loup. Le jour se levait, le lac apparaissait et les épinettes dessinaient à nouveau ses contours. Je savais que tout ça me serait enlevé et je me révoltais. Je me jugeais aussi. Ce n’était pas la peur de la mort, c’était l’incapacité à accepter de ne plus pouvoir admirer le lac, de ne plus voir sa couleur changer, de ne plus le regarder se figer pendant l’hiver et de ne plus surveiller le moment de sa libération au printemps. Et tout ça m’était atrocement douloureux.

  

Une autrice. Une seconde participation au mois de novembre au Québec.


 

samedi 27 novembre 2021

Château de Fontainebleau

 Aujourd’hui nous partons en excursion… à Fontainebleau !

Le château de Fontainebleau trouve ses premières origines au Moyen Âge et c’est dès le départ un château royal, mais c’est François Ier qui imprime vraiment sa marque sur le lieu. Il conserve le donjon, mais fait construire un nouveau bâtiment, qui sera décoré par des artistes italiens et leurs élèves. Vasari consacre Fontainebleau comme une nouvelle Rome. C’est un peu trop flatteur, mais notez que nous sommes après le sac de Rome de 1527 : ils sont nombreux à avoir fui et à avoir contribué à la diffusion du savoir italien dans toute la péninsule et plus largement en Europe.

On a tendance à minorer les périodes postérieures et pourtant le château est resté utilisé par tous les monarques jusqu’à 1871. Il a également accueilli des événements diplomatiques pendant tous ces siècles. Et il y a quelques pièces remarquables.


Chambre à coucher d'Anne d'Autriche.

Une salle entre le trône et la parade, à usage diplomatique, utilisée sous l'Ancien Régime, mais que Napoléon a restaurée en en respectant l'allure générale. Une certaine continuité.


Boudoir de la Reine. Pièce décorée pour Marie-Antoinette vers 1777 avec des arabesques et des motifs à l'antique. Le secrétaire avec la marqueterie en nacre réalisé par Riesener est une merveille.

Salon des jeux pour Marie-Antoinette, salon pour l'Impératrice ensuite. Pièce décorée à l'antique en 1786, avec des motifs rappelant les découvertes d'Herculanum et de Pompéi.


C'est juste un cabinet de 3 mètres carrés. C'est le XVIIIe siècle, c'est magnifique (objectivement). Des peintures d'oiseaux et de fleurs.

Galerie des cerfs. Sur le mur des peintures représentant 13 demeures royales.


Le clou de la visite est constitué par la galerie François Ier. Construite entre 1528 et 1530. Le décor a été supervisé par le génial Rosso Fiorentino : peintures, boiseries, stucs, fresques, le tout dû à plusieurs artistes. L'ensemble campe une iconographie savante pour la gloire du roi.



Des fresques rectangulaires sont accompagnées chaque fois de façon différente, par un couple d'allégories, peintes ou sculptées. Le cadre peut être peint ou sculpté également. Le visiteur se perd dans les détails et revient sans cesse sur ses pas pour revoir telle figure, telle vue d'ensemble.

Il y a une page Wikipedia sur la Galerie et de nombreux livres. Je me contenterai de montrer quelques détails. Regardez à droit cet Enlèvement d'Europe assez virtuose, avec un beau raccourci.


Des chiens et des animaux de toute sorte.
Un écho certain entre la peinture et la sculpture.


Je n’ai pas de photos de la chapelle, mais elle est très belle. Et la salle de bal qui est superbe était fermée lors de ma visite. Snif !

 



Et comment on y va ? Ah ça… Les trains partent de la gare de Lyon. Ils partent d’en haut, secteur des grandes lignes. Mais il s’agit du Transilien R (le rose) qui a pour terminus Montereau ou Montargis et les billets se prennent sur les automates bleus en bas (c’est bon ?). Vous descendez à Fontainebleau Avon et vous gambadez environ 30 minutes un peu en ville, un peu dans le grand parc forestier pour rejoindre le château.

Merci cher Moana de m’avoir guidée et accompagnée jusque-là. Qu’est-ce qu’il faisait froid ce jour-là !

 

La semaine prochaine, un autre château francilien - avec le soleil !