La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



samedi 12 juin 2021

Jean Ranc

 Une série sur l’art du XVIIIe siècle français.

Aujourd’hui, le peintre Jean Ranc (né à Montpellier 1674 et mort à Madrid 1735).

Fils d’un peintre de Montpellier, il fut l’élève et le gendre de Hyacinthe Rigaud, grand portraitiste par excellence. C’est de Rigaud que vient la touche baroque de plusieurs peintres du XVIIIe siècle. Rigaud qui avait un sens de la couleur inégalé.

Donc, tout d'abord, quelques tableaux de Rigaud (il n'y a pas que le portrait de Louis XIV).


Rigaud, Études de mains (1715 musée Fabre). Fascinant n'est-il pas ? Ici plusieurs études de mains, dans diverses positions, prêtes à réutiliser par le maître ou par ses élèves dans d'autres compositions, moyennant quelques adaptations.


Rigaud, Portrait de Gaspard Rigaud (1691, Perpignan Musée Rigaud). Un dandy ! Regardez-moi ce jaune ! Et même un jaune et un doré (ça c'est chic, le manteau d'un noir profond qui souligne la blancheur du teint et la doublure dorée qui renvoie la lumière et qui est riche, riche).


Revenons à Jean Ranc. Il débute sa carrière en France et à Paris, où il peint la belle société.

Ranc, Portrait d'homme en cuirasse (1700 coll. privée). Qui est ce beau militaire ? La cuirasse est rutilante. L'or, le bleu roi, le rouge (notez les reflets de lumière sur le velours : en blanc), ça claque !

Ranc, Portrait de Nicolas Van Plattenberg dit Platte-Montagne (1703 Versailles). Ce digne monsieur a de belles mains bien fines et bien mises en valeur par le poignet de dentelles. Les grandes vagues du manteau rouge donne de l'ampleur à sa silhouette et fait ressortir le camaïeu de bruns.


Ranc, Portrait de Mme Dupuy (1700 Musée Fabre). Ce sont les mêmes couleurs. Les tons sombres font sérieux (hem - souligne la dignité) et mettent en valeur la pâleur du teint et la blancheur de la dentelle. En tout cas, le visage de cette dame est à la fois réaliste (les rides, le menton, l'affaissement de la peau autour des yeux) et un peu idéalisé avec ce teint uni, cette gorge lisse et ce regard bien droit.


Ranc, Portrait de Jeanne Catillon (1706 coll. privée). J'aime beaucoup le luxe et la délicatesse de ce corsage (parce que le satiné de la peau me semble trop lisse). Mais le peintre a très bien rendu les mystères de ces profondeurs qui se dévoilent et se cachent sous la dentelle !


Les Bourbons d’Espagne déploraient que leur cour ne possédât point de portraitiste satisfaisant. Ils auraient voulu qu’on leur envoie le meilleur du meilleur, mais ce fut finalement Ranc, élève de Rigaud, qui leur fut adressé. Ranc est donc l’auteur des portraits d’une bonne partie de la famille royale espagnole et de l’élite espagnole. Les tableaux sont à Madrid.

Ranc, Portrait de Philippe V roi d'Espagne (1723 Prado), DÉTAIL. Oui, parce que tous ces tableaux espagnols, apparemment je n'ai photographié que ce garde à cheval, à l'arrière-plan de son souverain dont on aperçoit un bout de bras... Écoutez... C'est un très beau cheval gris et j'aime bien la silhouette au tricorne du cavalier, le visage ensoleillé, devant un arc-en-ciel.


Ranc, Vertumne et Pomone (1710 musée Fabre). C'est le tableau le plus célèbre de Ranc, son chef-d'oeuvre, qui illustre la fable de Vertumne et Pomone. La belle est illuminée, avec une robe somptueuse et un bouquet au corsage.

Le musée Fabre de Montpellier avait consacré une belle exposition à Jean Ranc en 2020 (j’y étais).
La série de billets sur l'art français du XVIIIe siècle est terminée. Avouez qu'il y avait de belles choses.
Vous avez pu voir : les portraits au pastel ; le château de Champs-sur-Marne ; le style rocaille et le rococo ; la porcelaine ; les portraits de Carmontelle
Prochaine série... je ne vous dis rien, mais elle vous plaira !

ADDENDUM FRONT : J'ai une date d'opération !!!! Un peu moins de 3 semaines !!! C'est un peu plus tôt que ce que je pensais, je suis folle de joie ! Le moment venu, vous verrez donc ce blog faire une petite pause.

jeudi 10 juin 2021

Commère, on vente pas tous du même vent !

  

Maria Borrély, Sous le vent, 1930, aux éditions Parole.

 

Dans une ferme de la montagne de Lure, Marie est heureuse auprès des siens. Elle est belle, elle est jeune, elle est rayonnante, mais un jour elle croise le chemin d’Olivier. Ils s’embrassent et puis il s’en va. Alors tout va mal.


- Il s’en passe dans le monde.

- Plus que dans une courge.


C’est le roman d’une passion malheureuse, d’une femme qui se meurt d’amour, qui découvre, après une étincelle, qu’elle ne veut pas de cette vie dans le village, ménage et travaux des champs, où les femmes sont assujetties à la maison. C’est aussi le roman d’un pays comme l’on dit, avec sa langue, sa nourriture, ses pierres, ses plantes, un pays disparu. Un village où rien ne va plus, les maisons tombent en ruine, car les habitants sont partis, le sol est sec parce que l’on arrache les arbres pour cultiver la terre.


Une rafale mourait sur les confins de la plaine. L’instant d’après, il l’avait pris sur un autre ton. C’étaient des râles courts, rapprochés, comme ceux d’une horde féroce, carnassière.

On s’amusait de sa façon d’enrager.


C’est un roman beau et tragique, plus sombre que d’autres, poétique et ancré dans le concret et la vie quotidienne d’une ferme (les amandes, les olives, le blé, la céramique de Moustiers…). Le vent est une image des tourments de l’âme, des angoisses qui vous saisissent la nuit, des inquiétudes et des questions sans réponse. C’est le mistral, le vent qui rend fou.

On a des tournures de langage, celles des paysans. Mais la langue n’est pas réaliste. Borrély a fait le travail pour la rendre plus poétique, plus imagé, plus sobre – plus taiseuse – qu’elle n’est en réalité. Elle recrée un monde de poésie qui a sa profondeur et son destin.

 

Seyssaud, Labourage, dépôt de la régie culturelle régionale au musée de Martigues
Elles étaient dans leur bien, mauvais terrain pendant, à la terre blanchâtre, plantée d’une centaine de pieds d’oliviers.

Ce sont de petits arbres ramassés, puissants, et vieux et vieux. Les souches noires en sont cagneuses, crevassées. Les dures racines ondulées, soudées, font éclater la volonté de vivre.

Ils ont l’air de nains difformes gesticulant sous la clarté d’argent du feuillage.

 

Le sommeil n’est pas toujours le bain tiède où on laisse la crasse de sa fatigue et de son souci. Il y a de mauvais sommeils qui fatiguent, encrassent la cervelle et le sang.

Ceux qui sont comme des gouffres où l’on tombe et d’où l’on est rejetée, éperdue, nageant dans sa sueur…

 

Une écrivaine.

Je crois avoir lu tous ses romans (et vous aucun !!!).

L'Homme semence : à titre de curiosité
Le dernier feu : c'est le premier que j'ai lu, il m'a séduite. Il y a la musique d'une rivière et la renaissance d'un village. C'est peut-être mon préféré avec ce Sous le vent.
Les Mains vides : l'errance tragique de 3 hommes sans travail (ce n'est pas le meilleur)
La Tempête apaisée : un huit-clos dans une ferme.
Les Reculas : quand les gens des Hautes-Alpes découvrent les vraies Alpes. Le récit d'un hiver en montage, avec beaucoup de sensualité.




mardi 8 juin 2021

Des vacances me donneront plus de forces à consacrer à ma vie de névrosé.

 Saul Bellow, Herzog, parution originale 1961, traduit de l’américain par Jean Rosenthal, édité en France par Gallimard.

 

Moses Herzog est le personnage principal de ce roman (pas vraiment un héros). Il écrit des lettres imaginaires à tout le monde, mort ou vivant, célèbre ou inconnu, et fait du sur-place après deux divorces et une ruine intellectuelle. Un genre de dérive affective. Pourtant, il y a la belle Ramona, ses enfants, ses frères et une certaine énergie, bancale, mais énergie quand même.


Moses ! écrivit-il, qui gagne tout en pleurant et qui pleure tout en gagnant. Évidemment il est incapable de croire aux victoires.

Attelle ta souffrance à une étoile.


Les malheurs d’Herzog nous en rappellent d’autres, que ce soient celles des personnages de Philip Roth ou des héros de Woody Allen, ces juifs américains, intellectuels, jamais en phase avec leur époque. Pourtant Herzog échappe en partie à ces caractéristiques. D’abord il est bel homme. Il est beaucoup question de son corps et de son élégance et il a beaucoup de succès auprès des femmes. Et puis il n’est pas strictement newyorkais ni même urbain. Une certaine maison au milieu de nulle part tient beaucoup de place.

Et il y a les souvenirs d’enfance, au Canada, avec un père bootlegger raté, petit combinard, la pauvreté, les ruelles sales, et toutes ces vieilles tantes avec leurs souvenirs, les roubles tsaristes et autres. Les frères d’Herzog se sont enrichis et ont choisi la voie concrète, solide et raisonnable, américaine pourrait-on dire, alors que lui semble désespérément ancré dans une dimension européenne, trop sensible, trop à côté de la plaque, trop juif sentimental.


Quand un homme sent sa poitrine comme une cage dont tous les oiseaux noirs se sont envolés… il est libre, il est léger. Et aussitôt il aspire à retrouver ses vautours. Il veut les luttes auxquelles il est habitué, son labeur innommable et vain, sa fureur, ses afflictions et ses péchés.


Un roman qui vaut par sa galerie de personnages (juristes, avocats, médecins, psychiatres, tous conseillent Herzog, sans grand effet), mais aussi par sa peinture des États-Unis des années 60. Les souvenirs de la misère urbaine de l’entre-deux-guerres ne sont pas loin. Et à deux reprises Herzog est en situation d’observer de très près la justice de son pays, celle des pauvres, celle de la misère sordide, et de mesurer la distance qui le sépare, lui, avec tous ses malheurs, de ces pauvres diables.


C’est moi-même qui me suis attiré tout ça en racontant à Ramona l’histoire de ma vie… comment, partant d’une humble origine, j’ai grimpé tous les échelons jusqu’au désastre total. 

Colville, Navire et observateur, 2007, coll. privée


Avec les vrais héros, on ne fait pas de bons romans. Moses Herzog est un personnage difficile à suivre, qui se scrute dans le miroir, et très attachant. Il ne s’aime pas vraiment et il est fier de lui. Il s’inquiète beaucoup de sa sexualité et puis il veut être un père pour ses enfants.

C’est un roman avec pas mal d’humour, car Herzog hésite à se prendre au sérieux, porte un regard caustique sur lui-même et sur ceux qui l’entourent, attentif au jeu de masques de la comédie humaine et aux petits détails de l’apparence. Il y a des formules tout à fait croustillantes, alliant la poésie à la cruauté, mais l'art de rire de soi-même est plein d'élégance. Et de l'ironie pour traiter la litanie des conseils que l’on donne aux autres, sans se les appliquer, sans les écouter.

 

Seul un métallurgiste croate grisé par les dollars aurait acheté une chemise à rayures comme ça.


La lecture n’est pas forcément aisée, surtout celle des lettres qu’Herzog multiplie (en imagination) à droite et à gauche pour développer une vision philosophico-politique. C’est assez touffu. Mais progressivement, l’horizon s’éclaircit. Alors qu’il fait d’abord du sur place, le voici capable d’aller dîner avec Ramona, puis d’aller voir sa fille, ses amis, et de récupérer ses esprits. En zigzagant, avec des retours en arrière, sans certitude, et avec beaucoup d’efforts, parce qu’Herzog n’est pas un héros, que l’avenir ne lui apparaît pas comme une avenue droite ou un soleil radieux, mais qu’à force de tâtonnements, on finit par trouver un chemin.

 

Herzog écrivit :  Ne comprendrai jamais ce que les femmes veulent. Que veulent-elles ? Elles mangent de la salade verte et boivent du sang humain.

Le long du chenal de Long Island, l’air s’éclaircit et devint peu à peu très pur. L’eau était calme et lisse, d’un bleu doux et l’herbe brillait, parsemée de fleurs sauvages : des myrtilles en abondance parmi la rocaille et les fraisiers sauvages en fleur.

 

Pourquoi faut-il que j’aie tout le temps le cœur battant… Mais c’est un fait, je suis comme ça, et on ne dresse pas les vieux chiens. Mon moi est comme ça et continuera à être comme ça. Pourquoi le combattre d’ailleurs ? Mon équilibre vient de mon instabilité. (…) Je suis obligé de jouer de l’instrument que j’ai.

 

Ma première lecture semblait inachevée et j'avais eu un peu de mal à apprécier, tout en percevant qu'il y a "quelque chose". Me voici bien plus convaincue. Cette fois, je suis fermement décidée à me procurer d'autres romans de l'auteur !

 

samedi 5 juin 2021

Les portraits de Carmontelle

Une série sur l’art du XVIIIe siècle français.

Le château de Chantilly a organisé une exposition pour montrer sa collection de peintures de Carmontelle. J’ai eu la chance de la visiter en octobre 2020 (un jour sur le blog, un billet consacré au château). Donc aujourd’hui les petites gouaches de Louis Carrogis de Carmontelle (1717-1806).

Cet homme de lettres était attaché à la maison du duc d’Orléans (quand on n’était pas rentier, on avait intérêt à se trouver un patron).

Carmontelle, Autoportrait, musée Condé


Je cite Wikipedia : « Carmontelle se fait cependant apprécier pour son esprit et pour son habileté à portraiturer les personnages, petits et grands, qui fréquentent la cour. Son principal emploi consiste à orchestrer les fêtes et les divertissements dont raffole la noblesse. À l'aide d'un dispositif qu'il a lui-même inventé, il fait défiler des paysages transparents devant les invités du duc. Il improvise des comédies dont les acteurs sont choisis parmi l'assistance. »

À la mort du duc d’Orléans, il entre au service de son fils, le futur Philippe Égalité, pour le compte duquel il dessine l’aménagement du parc Monceau. Après la mort par guillotine de son protecteur, il se retire dans un petit appartement parisien.

Carmontelle, Les Gentilshommes du duc d'Orléans portant l'habit de Saint-Cloud (coll. privée). Les historiens ont bossé et ont des noms, mais ce qui compte ce sont ces silhouettes d'un rouge éclatant, sur le fond vaporeux. Unies, mais individualisées.


Carmontelle laisse de petites pièces de théâtre et des proverbes (et un peu de critique d’art), productions destinées à distraire la famille d’Orléans, et de nombreux portraits. S’il est un bon dessinateur, ce n’est pas un grand portraitiste. L’essentiel pour lui est de parvenir à proposer l’évocation reconnaissable d’une société, grâce à l’attention portée à un certain nombre de détails. C’est un art réaliste qui donne l’impression d’un grand naturel et qui est, pour nous, plein de charme.

Il a réalisé 750 portraits, me dit Wikipedia, aux crayons et à la gouache. L’ensemble forme une galerie, où les personnes sont peu individualisées et qui constitue une image ressemblante de l’élite sociale parisienne. La majeure partie est répartie entre le musée Condé à Chantilly et le musée Carnavalet. Plusieurs ont été reproduits par la gravure.

Carmontelle, Narcisse jeune serviteur des Orléans (musée Condé). C'est une autre peinture de Carmontelle, toujours avec Narcisse, qui fait la couverture de L'Art et la race d'Anne Lafont, vous l'avez peut-être vue en librairie. Pour la haute aristocratie, posséder un jeune serviteur noir était un signe de richesse. Posté à côté de sa maîtresse au teint diaphane, il apportait une touche d'exotisme.


Madame la marquise de Rumain et ses filles, au clavecin et à la tapisserie (1768, musée Condé)
Madame D'Esclavelles et Monsieur de Linant jouant aux échecs, sous le regard de Madame Michel (1760, musée Condé).
Les occupations de l'oisiveté. Mais ce qui fait la réussite de ces dessins, c'est la justesse des attitudes et des costumes (les perruques, les bonnets, les dentelles, les motifs des tissus). Ce sont des instantanés de vie.

Madame de Moracin (1776, musée Condé). Je viens de relire Le Grand Sommeil de Chandler et j'ai envie de dire comme Marlowe : "Elle ne doit pas être de tout repos." Elle est belle, elle est élégante et elle le sait ! Les couleurs sont éclatantes.

Deux messieurs : Marie-Joseph Savalette de Buchelay fermier général (1758, musée Condé) et L'abbé Xaupi (1760, musée Condé). L'un prend la pose dans son cabinet d'histoire naturelle. Vous voyez sur la table un machin typique de la mode du temps où un coquillage est placé sur une monture en métal, avec des branches de corail. Le tout sur une pile de livres et un adorable guéridon. Le monsieur est en tenue décontractée : savates, les bas pas encore attachés, la robe de chambre à doublure fleurie, genre le regard rêveur. L'abbé est un érudit de Perpignan. Il se tient strictement assis, vêtu de noir, dans une bibliothèque, mais on voit bien ses jolies jambes fines. L'attitude est très bien choisie.

Comtesse de Boufflers-Rouverel (1760, musée Condé). J'aime ce regard perdu dans le vague. Elle a lâché son livre et oublié son thé fumant. Très jolie porcelaine soit dit en passant. Et cette robe vaporeuse blanche.

L'exposition a donné lieu à un petit livre, dont Miriam a parlé il y a peu de temps.  Sachez que l'exposition est prolongée jusqu'au 1er août, donc allez-y !

Les semaines précédentes : les portraits au pastel ; le château de Champs-sur-Marne ; le style rocaille et le rococo ; la porcelaine

La semaine prochaine, dernier billet sur le XVIIIe siècle et nous parlerons d’un peintre.


jeudi 3 juin 2021

Il y a aussi l’histoire de l’ouvrier sur le toit qui est tombé directement dans la machine.

 Guy Delisle, Chroniques de jeunesse, 2021, Delcourt.

 

Un album où Delisle raconte quelques étés de sa jeunesse, ceux passés à travailler dans une usine à papier de Québec, pour pouvoir financer ses études. Les machines, les ouvriers, les horaires, les gestes du métier, la sociabilité (ou pas) entre collègues… Une culture bien différente de celle d’un blanc-bec des années 80. Ici, les combats ouvriers (pour la sécurité, pour avoir des consignes en français) sont encore vivaces. Ici, ne travaillent que des hommes. Ici, on évite d’être différent. Une plongée dans le monde de l’usine et c’est assez intéressant, même si le ton est très sobre et distancié. 

J’aime bien tout ce qui concerne les gestes techniques, professionnels, qui s’apprivoisent, s’apprennent, se transmettent, mais qui ne laissent pas forcément de traces (ah ! ce tuyau rangé comme un lasso). J’aime aussi les portraits d’ouvriers. Quiconque a déjà mis les pieds dans une usine sait que l’on y croise des personnages, des façons de parler, des façons de se tenir, qu’on ne voit pas forcément ailleurs. Il y a quelques figures qui se démarquent, comme celle de Marc qui fait de la muscu.

En parallèle, Delisle raconte comment il dévalise la bibliothèque du quartier pour découvrir les auteurs qui seront autant de modèles pour lui (et à qui son style d’amibe ne rend pas vraiment hommage). À l’arrière-plan il y a la relation avec son père, surtout faite de silence et de solitude.

C’est intéressant, sans être totalement palpitant non plus. C’est peut-être trop distancié et d’un ton trop uniforme. Les moments se succèdent sans réelle articulation ni construction. On devine que le personnage ne souhaite pas s’impliquer dans ce qui n’est pour lui qu’un travail d’été, en dépit de la sympathie qui peut le pousser vers tel ou tel.

L’album est en gris, avec des taches orange qui se baladent.



Merci Estelle pour la lecture !

L’avis de Jérôme assez mitigé et l’avis de Karine qui a davantage apprécié. 


Guy Delisle sur le blog :

Pyongyang
Chroniques birmanes