Pages
samedi 20 juin 2026
À Parme avec le Corrège
mercredi 17 juin 2026
Et ainsi, je me mis à chanter pour le monde entier.
Halldór Laxness, Les Annales de Brekkukot, parution originale 1957, traduit de l’islandais par Régis Boyer, édité en France par Zulma.
J’ai pris plaisir à la lecture de ce roman. La construction en est peut-être assez lâche, mais les portraits sont réussis. Plus ou moins affabulateurs peut-être, à moins que ce ne soit le petit garçon qui ne comprenne pas tout très bien, mais sincères et solidaires. Pour eux, la modernité est un objet inconnu et exotique.
L’automne avait soufflé dans notre direction la veille au soir, mais le lendemain matin, il était reparti. Les gouttes de pluie scintillaient dans les touffes d’herbe, entre les dalles du pavé, sur les pissenlits optimistes de cette fin d’été et sur les écailles de poisson dans le marécage. Et l’éclat du soleil teintait les tanaisies de rouge.
Surtout, on découvre la future capitale de l’Islande (celle-ci n’est pas encore indépendante), ses personnages, ses codes sociaux, ses aspirations sociales et culturelles… On devine la volonté d’évoquer l’époque des derniers petits pêcheurs, des dernières maisons de tourbe, bientôt remplacées par la brique et la pierre, de l’omniprésence des saga dans l’imaginaire de chacun, des chansons traditionnelles, etc. Il y a aussi un extraordinaire débat municipal sur les horaires de travail des barbiers (mais il est également question du Barbier de Séville, le plus grand barbier du monde).
![]() |
| Zorn, Magda Geber, 1891 Mora Zornmuseet Zorn est un peintre suédois mais je pense qu'une jeune fille du roman se verrait bien en Magda. |
Quelle qu’en soit la cause : ce petit grand peuple, longtemps roide parce qu’ossifié pour avoir été l’incarnation de tout ce qui est vrai et juste dans une petite grande ville par-delà des mers, ces classes supérieures islandaises éduquées sans culture musicale avant qu’on nous considère comme peuple, cette foule de gens les plus dépourvus de musique qui se soient jamais assemblés sur terre – ils se mirent tous à écouter.
Évidemment au vu du sujet, la musique est importante et le roman me permet de participer au défi Sing me a song de Sunalee. Je retiens Le Roi des Aulnes de Schubert qui joue un rôle important dans la narration.
L’Islande est une île (incroyable !) et le roman est marqué par l’arrivée et le départ des bateaux vers Copenhague, qui amènent et emportent tel ou tel personnage, jusqu’au narrateur. C’est donc une participation de choix pour les escapades européennes de Cléanthe, qui part dans les îles ce mois-ci (d’autant que mes étagères portent plusieurs romans islandais).
De Laxness j’ai également lu l’excellent La Cloche d’Islande. L'auteur a reçu le Prix Nobel de littérature en 1955.
lundi 15 juin 2026
Le dîner à la villa Salina était servi avec le faste ébréché qui était alors le style du Royaume des Deux-Siciles.
Giuseppe Tomasi di Lampedusa, Le Guépard, publication originale posthume 1958, traduit de l’italien par Jean-Paul Manganaro, édité en France au Seuil.
En 1860, alors que le Risorgimento bat son plein, l’aristocratique famille Salina s’interroge sur son avenir dans la nouvelle Sicile au sein de cette nouvelle Italie. Le prince, désenchanté, un peu paternaliste, un peu tyrannique, comprend qu’il est dépassé et qu’il est temps de faire la place à des familles dites arrivistes, des gens qui ne cachent pas la poursuite de leur intérêt derrière les bonnes manières. Son neveu Tancredi est ambitieux et il tient à conserver ses privilèges. Le nouveau régime et un mariage bien choisi le lui permettront.
« Si nous voulons que tout reste tel que c’est, il faut que tout change. », vous vous souvenez ? C’est là-dedans. Cette profonde pensée politique, qui ressort chez les éditorialistes à chaque changement de régime, pourrait être la devise du brillant Tancredi, si insouciant en apparence, si habile dans tout ce qu’il entreprend.
Comme c’est, au fond : rien qu’une lente substitution de classes. Mes clés dorées de gentilhomme de chambre, le cordon cerise de l’Ordre de Saint-Janvier devront rester dans le tiroir, puis ils finiront dans une vitrine du fils de Paolo, mais les Salina resteront les Salina ; et ils auront même quelques compensations : le Sénat de Sardaigne, le ruban pistache de l’Ordre de Saint-Maurice. Breloques les unes, breloques les autres. »
| G. Gardet, Chien danois, 1898, marbre Lyon BA Parce que le chien danois Bendicò joue un rôle important dans le roman. |
Et pourtant, le roman s’inscrit explicitement dans le moment de son écriture. Le « nous » qui raconte fait allusion aux films d’Eisenstein et à la Seconde guerre mondiale. Tout ce beau monde est bien mort depuis longtemps, mais la Sicile semble quand même éternelle. Et le point de vue exprimé est nettement celui d’une raillerie du Risorgimento.
J’ai vu le film il y a plusieurs années. Il me semble très fidèle au livre, même s’il l’a un peu phagocyté. Difficile désormais de ne pas voir Tancredi avec le regard bleu de Delon.
Et ce guépard ? Un fauve exotique et mystérieux, bien fait pour donner une once d’étrangeté à ces aristocrates. Dans le roman, le blason de la famille Salina représente l’animal dansant, comme une silhouette élégante et inatteignable. Dans la vraie vie, l’ancêtre de l’auteur avait dans son blason un léopard rampant, c’est-à-dire, en héraldique, un lion à la tête de face et le corps vertical (appelé aussi lion léopardé) – sans doute une affectation « à la normande » dans le choix de ces armes, tout comme ce prénom de Tancredi. Voilà sans doute ce qui explique que Il Gattopardo soit traduit The Leopard en anglais.
Pour cette première escapade européenne, Cléanthe nous propose de faire escale dans les îles. Devant l’abondance archipélagique de ma bibliothèque, j’ai retenu deux lectures. La première se situe donc en Sicile, mais notez que vous pourriez aussi lire ce roman pour la thématique des révolutions et des soulèvements. La seconde… dans deux jours.
samedi 13 juin 2026
Le baptistère de Parme
| La cathédrale et le baptistère |
jeudi 11 juin 2026
Ana Maria, est-ce que tu es sûre, absolument sûre que nous sommes seuls sur cette île ?
Couleur : Julien Maffre, Bastien Bazar, Karamba Dramé et Croque-Forme.
L’album peut se lire comme cela, pour le plaisir de voir cet Elijah Stern, grand maigre silencieux, aux yeux gris clair, se tirer d’affaire des bagarres, cautériser une blessure, rencontrer une femme fascinante et surtout se plonger dans la lecture. Ah ! Se plonger dans un roman sans être dérangé, voilà l’objectif réel du héros !
Mais il s’agit aussi d’une série, celle du croque-mort mélancolique qui se retrouve toujours au coeur de toutes les explosions et qui traîne un passé très lourd derrière lui. S’il n’aspire qu’à la compagnie des morts et à la lecture, il lui faut hélas rencontrer ses contemporains. J’aime bien le contraste entre ce tempérament et le « ça part complètement en waï ».
J’ai pris grand plaisir à ma lecture. Je me rends compte que j’ai chroniqué les quatre premiers albums sur le blog, mais pas le cinquième qui, effectivement, m’avait un peu déçue.
Stern. Le croque-mort, le clochard et l'assassin
Stern. La cité des sauvages
Stern. L'Ouest, le vrai





