La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



jeudi 16 août 2018

La barrière sonore est refermée

Philippe Jaccottet, poème tiré du recueil Pensées sous les nuages, 1983.

     Je ne crois pas décidément que nous ferons ce voyage
à travers tous ces ciels qui seraient de plus en plus clairs,
emportés au défi de toutes les lois de l’ombre.
Je nous vois mal en aigles invisibles, à jamais
tournoyant autour de cimes invisibles elles aussi
par excès de lumière…
                                   (À ramasser les tessons du temps,
on ne fait pas l’éternité. Le dos se voûte seulement
comme aux glaneuses. On ne voit plus
que les labours massifs et les traces de la charrue
à travers  notre tombe patiente.)

Jan Brueghel, dit de Velours et Hendrick von Balen, Allégorie de la Terre détail, musée de Nice .

jeudi 9 août 2018

Les coulisses du blog

Je profite des vacances pour répondre à ce questionnaire qui m’a été adressé il y a quelques semaines déjà par Lili. Il s’agit de présenter les coulisses du blog. Genre, je révèle tous mes trucs !

Avis, critique, recension et/ou ressenti ?
Je rédige des billets qui correspondent à mes impressions de lectrice. Il n’est pas facile de savoir quoi penser d’un livre et d’identifier les raisons de telle ou telle préférence. Donc je m’attache à mettre en avant les points forts et les points faibles – selon mon point de vue.
Utile précision : je ne fais pas un blog d’histoire littéraire. S’il s’agit de replacer une œuvre dans son contexte ou de reconstituer ce qu’a voulu faire l’auteur, il y a Wikipedia ou les services de presse d’éditeur pour cela. Je me refuse à faire un laïus intelligent sur le drame romantique quand je parle d’Hernani (que j’ai dégommé, à l’indignation de certaines) ou de Ruy Blas (dont je dis le plus grand bien, donc là ça va). Et ça ne veut pas dire que je n’y connais rien en histoire littéraire, loin de là.
De même, je m’exprime en tant que lectrice. Mes rapprochements seront fonction de mes lectures antérieures, ils peuvent quelquefois être inattendus. Ce joyeux petit désordre constitue tout le charme de la lecture pour le plaisir.

Le choix du livre
Mis à part l’été où je me fixe une liste, le reste de l’année j’alterne entre les livres que l’on me prête, les livres des lectures communes diverses et variées, les petits défis personnels et le hasard : je peux choisir un livre les yeux fermés en me plantant devant la bibliothèque. 
Toutefois, hors de question de parler de toutes mes lectures sur ce blog. Il y a les livres dont je n’ai rien à dire. C’est souvent le cas des livres d’histoire (je ne vais pas vous raconter l’histoire une seconde fois, hein) (même si certains s’en tirent bien) et des bandes dessinées (qui donnent lieu à des billets intéressants sur d’autres blogs et je n’ai pas toujours un truc fin à ajouter), mais aussi de quelques romans. Il y a aussi les livres que je n’aime pas. Je sais que certains professent des choses comme : les critiques négatives sont aussi intéressantes que les positives et puis ça changerait parce que les blogs littéraires sont d’un enthousiasme parfois lassant. Pour ma part, je tiens ce blog pour mon plaisir, il n’y a pas place pour un sentiment d’obligation, et je ne me sens pas astreinte à passer du temps en compagnie d’un livre déplaisant, que ce soit pour le lire ou pour en parler. Je fais la distinction avec les avis mitigés, il y en a ici un certain nombre. Mais il y a tant de bons livres dont personne ne cause ! Autant laisser toute la place au plaisir de lecture.
Petite bizarrerie : si je relis un livre, il peut m’arriver d’avoir envie de rédiger un nouveau billet. Certains romans sont donc très bien servis (comme Les Fous de Bassan par exemple).

Cas particulier : parfois, pas besoin de choisir, les livres viennent à toi via les SP ou services de presse.
Cela fait des années qu’il n’y a plus de service de presse sur ce blog, mis à part les masses critiques de Babelio.

Mettre ou ne pas mettre la quatrième de couverture ? That is the question.
Non. Ça n’a aucun intérêt.

Prise de note
Non plus, mais voici ce qui se passe.
Je lis une bande dessinée : je déchiquète des petits bouts de papier pour marquer la page. Je lis un livre que l’on m’a prêté : je note le numéro de page sur le carnet préposé à cet effet. Je lis un de mes livres : je corne la page. Je lis un livre numérique : je place un signet numérique.
Mais quelle page marquer ? Ahhh, tout est possible. Je marque les pages où il y a une citation intéressante, où il y a un truc ( !) intéressant dont il faudra que je parle dans le billet, une information bizarre à vérifier, une musique mentionnée parce que je participe au croisillon #EntenduDans ou n’importe quoi de vaguement notable sur lequel il faudra que je me penche une fois ma lecture terminée.
Le carnet avec les numéros de page.

Rédaction
Un jour ou deux après ma lecture, à tête reposée, je rédige le billet sur un document word, avec tout ce qui me semble nécessaire, mais dans le désordre, un peu comme cela me vient à l’esprit. Je reprends le livre à toutes les pages marquées et je recopie les citations. Je consulte la page Wikipedia s’il y en a une (c’est souvent le cas des classiques). La publication interviendra… entre deux jours et un an après, selon une chimie pas très bien définie. J’essaie de respecter une alternance entre classiques et choses plus récentes ou originales, mais tout cela fonctionne à l’humeur du moment.

Serré ou plutôt long ?
Je dirais serré. D’ailleurs je suis très fière de mon résumé des Misérables en six lignes.

Divulgâcher, moi ! Jamais.
Jamais. D’ailleurs j’évite au maximum de raconter l’histoire et essaie plutôt d’avancer par points forts (ou faibles) : la narration, les personnages, la langue, l’univers évoqué…, mais évidemment quand on lit des classiques, on n’a pas besoin d’en dire autant parce que tout le monde connaît plus ou moins le ressort de l'intrigue. J'ai d'ailleurs inventé le syndrome Dr Jekyll/Mr Hyde pour désigner ces romans dont tout le monde connaît parfaitement le pourquoi du comment, mais qui restent palpitants.

Ils en pensent quoi les autres blogueurs ?
Je mets quelquefois un lien vers l’avis d’un autre blog, mais rarement.

Citation
Alors, là, oui. Depuis ma maîtrise jusqu’à ma thèse, et y compris sur ce blog, plusieurs personnes ont vanté mes choix de citations. Je ne sais pas vraiment ce que recouvre ce don particulier, mais j’aime prendre des citations (j’en trouve même dans les livres que je n’aime pas) au point où je me demande si ce blog n’est pas un carnet de citations augmenté. J’ai eu plusieurs carnets de citations, mais je les ai tous laissé tomber, car je ne les ouvrais jamais. Donc mes billets comportent souvent plusieurs citations, c’est un grand plaisir pour moi de les recopier.

Taguer ses billets
Je n’ai jamais rien compris aux catégories, même si je suis fermement convaincue de leur existence. Mes étiquettes se limitent donc : au nom de l’auteur (scénariste et dessinateur pour les bandes dessinées), à la date d’écriture (et pas celle de la traduction en français), quelquefois la date de l’action du roman en cas de récit historique, le pays de l’auteur et/ou sa langue d’écriture en cas de divergence (Oscar Wilde écrivant directement Salomé en français, cela fait toujours quelque chose), voire le pays du récit. Parmi les catégories supplémentaires : Destination PAL en été et les femmes écrivains, les écrivaines, les autrices, les auteures, pour attirer un peu de lumière sur elles !

Noter ses lectures
Non, à part sur Babelio.

Les affiliations
Niet.

La reconnaissance
Hein ? Les rares commentaires de ce blog sont le fait d’une quinzaine de groupies, mais moi-même commente rarement les blogs que je suis, je ne vais donc pas râler. De toute façon, on peut parler le plus génialement du monde du livre le plus génial, une simple recette de gâteau raflera tous les suffrages. De plus, la faible visibilité de ce blog me donne un sentiment de grande liberté : puisque personne ne me lit, je peux bien parler de ce que je veux. Je ne me sens aucune obligation (et oui, je l’ai déjà dit).

Illustration 
Cette catégorie n’existe pas dans le questionnaire d’origine et c’est bien dommage. La plupart des blogs se contentent de poster la photo du livre plus ou moins mis en scène (mention spéciale pour Lili où de lecture en lecture nous suivons le sommeil des chats), quelques-uns se risquant à proposer la tête de l’auteur ou une photo du lieu du récit – mais heureusement il y a Dominique qui fournit de belles images ! Je trouve ça triste. Pour ma part, je prends beaucoup de photos des lieux que je visite et j’aime à réutiliser ce stock d’images qui envahissent l’ordinateur. Lors de la publication d’un billet, je prends donc le temps de farfouiller pour trouver une image qui aura un (vague) rapport (tout à fait arbitraire) avec ma lecture. C’est un de mes grands plaisirs, même si certains romans semblent vouloir résister à l’exercice (allez savoir pourquoi, j’ai toujours beaucoup de mal avec Balzac).

Je me rends compte en me relisant que mes réponses ne donnent peut-être pas une image très sympathique de moi. Pourtant, en vrai, je suis plutôt gentille. L’essentiel est que chacun se sente libre sur son propre blog et surtout s’y sente à sa place. 

Profitez du mois d'août ! Le blog présentera quelques poèmes pendant que j'arpenterai une terre située très loin de Marseille.

samedi 4 août 2018

L’incarnation même de la science indomptable et triomphante.

Jack Black, Yegg. Autoportrait d’un honorable hors-la-loi, traduit de l’américain par Jeanne Toulouse, publication originale 1926, édité en France par Les fondeurs de brique.

Le narrateur, à l’âge de la maturité et bibliothécaire, nous raconte sa vie depuis ses 14 ans. Une existence de voleur, petit ou grand : voler une bijouterie, cambrioler, faire sauter le coffre des banques, faire le hobo (= traverser le pays de train en train, surtout sans payer, et en déjouant la surveillance des employés du chemin de fer et de la police), aller en prison, jouer, fuir la police, aller encore en prison… 
C’est un document, un témoignage, qui raconte une vie d’errance et de liberté. Nous découvrons toute une faune diversifiée : les hobos, les mendiants, les policiers de toute nature, les cambrioleurs à toute phase de leur carrière, les Chinois de San Francisco ou de Vancouver, les prostituées prisonnières de matrones… Exotique. C’est aussi une autre époque des États-Unis, celle où il n’y a pas encore d’empreintes digitales, où la justice est à géométrie variable, celle où les différentes monnaies émises pendant la guerre de Sécession n’inspirent pas confiance.
J’ai trouvé cela très intéressant, mais je me suis lassée. Le ton est assez plat, ironique certes, mais sans engagement psychologique et l’ensemble est assez répétitif.

Je baignais tellement dans le monde du crime que je ne songeais pas une seconde à entreprendre quoi que ce soit d’honnête. J’ai laissé filer quantité d’occasions splendides dans ces villes de l’Ouest en pleine expansion, parfaitement conscient de leur valeur. Non que j’étais paresseux ou indolent mais je ne voyais vraiment pas l’intérêt qu’il y avait à faire des affaires et accumuler de l’argent.

Merci @HarounAlRachid  pour la lecture.
 
Créature bizarre, Vitrail provenant de Saint-Denis, 1324, musée de Cluny.


Robert W. Chambers, En quête de l’inconnu, traduit de l’américain par Jean-Daniel Brèque, parution originale 1904, édité en France par Le Visage vert.

Le narrateur est un naturaliste du Bronx Park à New York. Il voyage partout dans le monde à la recherche d’animaux étranges, rares, que l’on croyait disparus (mammouth, pingouin géant…). Ce sont des nouvelles qui se suivent comme autant d’excursions dans les mondes perdus(oui, Doyle n’est pas loin). Ce sujet m’avait bien bottée, mais l’écriture est hyper datée. Clichés et préciosités s’enchaînent… mais il y a aussi beaucoup d’ironie du narrateur qui n’hésite pas à se mettre en scène et à se moquer de lui-même. Ce n’est pas si mauvais !

Il est des spectres sonores qui vous hantent longtemps après que le son n’est plus. C’étaient ces spectres muets d’une voix trépassée qui faisaient frémir le silence transparent et entonnaient des mélodies atonales.
Je pense avoir été clair.

On croise donc un homme avec des branchies qui tombe amoureux d’une infirmière et des créatures invisibles qui adorent les tartes aux pommes et d’autres choses plus bizarres encore. Nous sommes à la fois dans un roman d’aventure, un roman feuilleton, une science-fiction naturaliste, mais il y a beaucoup trop d’adjectifs.

Comme je viens d’écrire, je venais juste de rentrer de Java, porteur d’une précieuse collection d’isopodes non répertoriés à ce jour – un ordre de crustacés édriophtalmes pourvus de sept somites thoraciques indépendants et de quatorze pattes. Que le lecteur me pardonne, mais il est nécessaire que l’auteur de ces lignes fasse preuve d’une exactitude absolue dans les détails, car le récit qui suit entraîne certains risques pour l’homme de science qui le rédige, vu l’énorme quantité d’histoires à dormir debout et de mauvaise littérature qui circulent de nos jours en se faisant passer pour des récits d’aventures scientifiques.




mercredi 1 août 2018

Si tu tombes tu deviens de la cendre et le vent t’emportera.

Italo Calvino, Le Baron perché, traduction de l’italien de Juliette Bertrand revue par Mario Fusco (non, ce n’est pas la nouvelle traduction), parution originale 1957.

Nous sommes en 1767, en Italie, dans une famille de nobliaux un peu bizarres. Un jour, Côme, le fils aîné, décide de monter dans un arbre et d’y rester. Il ne touchera plus le sol jusqu’à sa mort.

Baptiste était parvenue à décapiter je ne sais combien d’escargots, et elle avait piqué ces têtes molles de petits chevaux, avec un cure-dent, je pense, sur autant de beignets : quand on les servit à table, on crut voir une troupe de cygnes minuscules. Ce qui impressionnait plus encore que la vue de semblables friandises, c’était de penser au zèle, à l’acharnement avec lesquels Baptiste les avait préparés, d’imaginer ses mains fluettes aux prises avec ces menus corps d’animaux.

C’est un conte philosophique comme le XVIIIsiècle a pu en concevoir. Une histoire où le héros hésite entre la sociabilité humaine et la solitude, l’action politique et collective et le refuge dans la pensée. C’est aussi un roman d’aventures où le héros cherche l’amour, relève des défis, se bat contre des pirates turcs, s’engage dans la Révolution française et rencontre Napoléon. C’est une aventure personnelle, un roman d’apprentissage où le génie du héros s’applique tour à tour à tous les domaines de l’activité humaine. C’est un conte mélancolique où il est question d’un monde disparu, où les arbres d’essence variées couvrent un large territoire, où l’homme parle le langage des oiseaux et des écureuils, où les loups viennent en hiver. C’est un roman où l’on raconte des histoires et des légendes.
La narration est menée sur ton doux et triste à la fois, avec beaucoup d’humour. Il y a de l’ironie contre les normes sociales, l’orgueil, les ridicules des riches et puissants. 
Beaucoup de personnages attachants, dont un cruel bandit qui adore les romans feuilletons de Richardson (l'auteur a décidément beaucoup d'humour).
Donc... c'est vachement bien ! Côme est très attachant dans sa quête éperdue, là-haut sur ses arbres. C'est aussi un roman très poétique et tout en douceur de vivre.

Une belle écorce d'arbre.
La lune se leva tard et brilla sur les branches. Les mésanges dormaient dans leurs nids, pelotonnées comme lui. Cent murmures, cent bruits éloignés traversaient la nuit, le plein air, le silence du parc ; et le vent passait. De temps en temps parvenait jusqu’à nous un mugissement lointain : la mer. De ma fenêtre, je prêtais l’oreille à cette haleine entrecoupée, j’essayais de me représenter ce qu’elle pouvait être quand on la percevait hors de l’abri familial : j’imaginais ce qu’on pouvait éprouver à quelques mètres de là, entièrement livré à ce souffle et tout environné par la nuit, sans autre objet amical à enlacer qu’un tronc d’écorce rude parcouru par de menues, d’interminables galeries où dorment des larves.

Sachez que Le baron perché est aussi le nom d'un excellent restaurant marseillais.

Une magnifique dernière page.

lundi 30 juillet 2018

Je ne m’habitude jamais à rien. Ceux qui s’habituent pourraient aussi bien mourir.

Truman Capote, Petit déjeuner chez Tiffany, traduit de l’américain par Germaine Beaumont, parution originale 1958.

Vous avez vu le film ? Et bien c’est très différent.
Le narrateur s’entretient avec un barman d’une certaine Holly Golightly, qu’ils ont connue jadis et qui se trouverait peut-être en Afrique. Alors il plonge dans ses souvenirs… Au temps où il était écrivain fauché à New York et qu’il vivait dans une vielle maison. Sa voisine du dessous était cette Holly, immenses yeux, grandes lunettes noires, toujours chic, une femme libre, imprévisible, un peu enfant, en proie au cafard. Le narrateur raconte cette période où ils ont été amis, la façon dont elle jouait de la guitare, ses fêtes, les hommes qui tournent autour d’elle, ses conversations, son passé, l’apparition brusque d’un mari. Et puis, elle s’évanouit un jour de pluie.

Je veux être encore moi-même quand je m’éveillerai un beau matin pour prendre mon petit déjeuner chez Tiffany.

Au début, j’avais les images du film et de l’inoubliable Audrey Hepburn un peu trop dans la tête. Bien sûr, ça ne colle pas vraiment. Le film est beaucoup plus léger et amusant, alors que le roman est peu à peu contaminé par une immense mélancolie et une véritable une tristesse. Les amis trahissent, les femmes libres disparaissent, le narrateur vieillit. Les souvenirs ont un goût amer. Pourtant, nous avons là un beau portrait de Manhattan et surtout un beau portrait de femme. Holly est libre, n’obéit pas aux conventions, mais elle est élégante et elle-même en toute circonstance. Sincère, de cette sincérité qui désarçonne tout le monde. Est-ce elle qui s’échappe ou le monde qui s’effiloche en lambeaux à côté d’elle, qui est si vraie ? On ne sait pas trop. Tout file si vite. 
C’est écrit comme un portrait, plein de vie et de réalité. Il s’agit en réalité d’une longue nouvelle, comme Capote en a composé tant. Le volume contient également le portrait d’une prostituée de Haïti et surtout un très beau conte de Noël. Après sa lecture, on ne confectionnera plus de cake aux fruits de la même manière !
 
Atelier Tiffany, Vitrail, Vue sur une baie, 1908 Met.
Dès qu’elle vit la lettre, elle loucha et ses lèvres se tordirent en un dur petit sourire qui la vieillit terriblement. « Chéri, me dit-elle, peux-tu atteindre le tiroir là-bas, et me donner mon sac ? Une fille bien ne lit pas ce genre de lettres sans se mettre du rouge aux lèvres.

J’ai aussi lu récemment Musique pour caméléons, un autre recueil de nouvelles publié en 1980. Certaines nouvelles prennent place dans le sud des États-Unis, le lieu de l’enfance de l’auteur, d’autres dans les Caraïbes, d’autres à New York (celle avec Marilyn Monroe est très réussie). Plusieurs récits ont pour cadre des prisons ou des enquêtes policières, qu’il s’agisse de fiction ou de réalité. Capote a étudié très sérieusement le milieu carcéral et pas seulement pour De sang-froid.L’ensemble montre à la fois une capacité à tenir un récit et à camper des personnages, avec un vrai sens des dialogues.