La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



mercredi 17 octobre 2018

La forêt t’accueillera.

Jirô Taniguchi, La Forêt millénaire, traduit du japonais par Corinne Quentin, édité en 2017 par Rue de Sèvres.

Tout commence par un séisme qui transforme la forêt (mais on ne sait pas comment). Puis arrive dans la petite école du village un nouvel élève venu de Tokyo, Wataru, dont la mère est hospitalisée et qui habite chez ses grands-parents. Il s’efforce de se faire une place dans ce nouveau monde et constate qu’il entend la forêt, les arbres, les animaux lui parler.
Les dessins sont de douces aquarelles. La forêt est une étendue de vert frais et clair, touffue. Les grandes planches consacrées à la forêt montrent aussi des animaux étranges, pas tout à fait comme ceux que nous connaissons.
Pour moi qui ne connaît pas grand-chose au Japon, cette histoire est sous le signe des dessins animés des studios Ghibli, surtout pour ce qui est des animaux et de la force mystérieuse qui semble animer cette forêt, tout en me rappelant le roman de Kenzaburô Ôé qui met lui aussi en avant le lien entre les grands-parents et la forêt. C’est très apaisant.
Cet album est inachevé. Il s’agit de la première partie d’une histoire que Taniguchi n’a pu terminer, à cause de la maladie et de la mort. La Forêt millénaire restera donc en suspens.


lundi 15 octobre 2018

À force de me frapper, peut-être, je trouverai la place de son cœur.

Jules Barbey d’Aurevilly, Un Prêtre marié, 1865.

En Normandie profonde, en terre boueuse et marécageuse, un homme vient d’acheter le château du Quesnay. Il s’agit de Jean Gouges, l’abbé Sombreval, l’ancien prêtre de la paroisse, défroqué par son mariage. Veuf, il vient s’installer avec sa fille, la belle et pure Calixte, dont tombe éperdument amoureux le jeune Néel, rejeton d’une digne famille aristocratique, tel qu’il n’en existe plus depuis la Révolution. Tous les éléments du drame sont en place. En effet, une ancienne sorcière revenue à Dieu l’a annoncé : Néel, Calixte et l’ancien prêtre mourront. Et chacun avance sur la voie de sa destinée sans trembler ni dévier d’un pouce.

Je suis donc dans votre destinée, et, si vous mourez, je dois mourir. Nous boirons la mort ensemble au même verre, et jamais je n’aurai bu rien de meilleur que cette mort que vous me faites aimer.

Petit bémol tout d’abord. Les réflexions racistes de l’auteur sur les noirs (Jean Gouges ayant deux serviteurs noirs) et sur la race slave (la mère de Néel étant polonaise) sont affligeantes. Plus ambiguë est la position de Barbey quant à son personnage principal : l’athéisme n’est dû qu’à l’orgueil. De plus, athée et criminel, c’est un peu la même chose, n’est-ce pas. Toutefois, Barbey fait du rejet de l’athée un véritable motif de son roman : l’homme inspire horreur et répulsion à toute la région, bien décidée à ne pas l’accepter. Finalement, cette vision un peu caricaturale devient un moteur de la narration (du coup, pourquoi pas ?). De plus, Calixte est pieuse et prie ardemment pour la conversion de son père. J’ai par exemple trouvé très touchante la description que donne Barbey du curé, un jeune homme sensible, sincèrement convaincu que l’hostie est le corps du Christ, décidé à sauver son dieu des atteintes de l’impie et à soutenir le vœu de Calixte.
Disons que je trouve que Barbey a su créer un roman qui transcende ses opinions réactionnaires.

Calixte souffrait dans son corps et dans son esprit : dans son corps par la maladie et dans son esprit par son père, mais elle n’en était que plus belle. Elle avait la beauté chrétienne, la double poésie, la double vertu de l’Innocence et de l’Expiation... Les pâleurs de la colère de Néel n’étaient que des roses lavées par les pluies en comparaison de la pâleur surnaturelle de Calixte.

Le caractère plutôt mystérieux du récit est amplifié par le dispositif d’ouverture : le narrateur avoue sa fascination pour un pendentif porté par la femme qu’il courtise. Un autre homme, mêlant le français et le patois normand, raconte l’histoire. Quel est son lien avec tout cela ? On n’en saura pas grand-chose.
Sombreval n’est pas sans rappeler Faust, car c’est un chimiste, ce qui le rend particulièrement inquiétant. L’athée n’aurait-il pas en réalité vendu son âme au Diable ?
Le roman est conduit d’un ton exalté, tout à fait surprenant. Néel se réjouit à l’idée de mourir pour sa Calixte, tandis que celle-ci s’inscrit dans les pas des saintes et des martyrs chrétiennes. La communion qui est décrite à la fin du roman semble s’inspirer de certaines statues baroques où l’extase côtoie le plaisir et la souffrance. Ce ton extrêmement particulier contribue à la réussite du roman et fait passer par-dessus les invraisemblances, les faiblesses ou les exagérations. On est en plein mysticisme, au-dessus du monde terrestre.
Ce gros roman, plutôt sombre, se lit donc plutôt avec plaisir, sans être colossal.
Maître à la Chandelle, Italie 17e, Saint Sebastien soigné par Irène, Bordeaux BA.

De la place où Néel et Calixte se trouvaient, on voyait la campagne s’étendre et fuir au loin, rouge de ses sarrasins coupés qui lui donnent cette belle nuance de laque carminée, en harmonie avec la feuille rousse de ses chênes, les branches pourpres de ses tilleuls défeuillés et les tons d’ocre hâve de ses ciels au soir, en cette saison qui est elle-même un soir - le soir de l’année !

Ce ciel bas, d’un gris de plomb sillonné de grandes nuées noires, que l’ouragan pelotonnait et emportait de ce ciel immobile, qui restait gris comme l’âme triste, lorsque les malheurs sont passés ; ce hurlement monotone du vent qui ressemblait à celui des chiens, quand ils pleurent, et quelquefois, vous le savez, ce hurlement des chiens, de ces bêtes de la fidélité, a la douceur et la tendresse aux abois du roucoulement des tourterelles... tout cela infligeait sa tristesse au cœur de Néel de Néhou.

Lecture commune avec Inganmic.

samedi 13 octobre 2018

Chez les Haidas, les objets en pierre


Plat en argilite, ornement en coquillage. Aigle et deux orques.
Retour chez les Premières Nations et chez les Haidas, avec de magnifiques objets en pierre.
Les outils en métal se multiplient à partir de l’arrivée des Européens sur la côte ouest. Ils permettent de développer la taille d’une pierre dure, l’argilite. D’autant que les Haidas, progressivement dépouillés de leur territoire et de leur mode de vie, alors que le commerce de la fourrure décroît du fait de l’extinction de plusieurs espèces animales, se rendent compte que certains objets sont particulièrement appréciés des blancs. Ils développent donc ce type d’artisanat et de commerce.
Et notamment des pipes ! Un objet tout à fait familier à la fois pour les Haïdas et pour les occidentaux. Pour tout le monde, fumer ensemble est signe de bonne entente, voire permet de conclure un accord.

Toutes ces pipes datent du XIXe siècle.

D’une certaine façon ce sont des objets fabriqués spécifiquement pour l’exportation ou pour le tourisme (pour les blancs), qui montrent la parfaite adaptation des Haidas aux envie et besoins des nouveaux arrivants. On est donc loin du peuple moribond et dégénéré. Plusieurs d’entre eux réussissent parfaitement à se tirer d’affaire en développant une nouvelle activité et une nouvelle branche artistique. Ces objets sont donc tout à fait importants pour connaître l’histoire de cette première nation.

En 1884 les potlachs sont interdits. C’est aussi l’époque où les totems sont abattus, se dégradent ou sont placés dans les musées. C’est pourquoi plusieurs artistes Haidas vont créer de petits totems en pierre. C’est une façon de perpétuer les formes, les symboles, les mythes. Ces objets sont facilement achetés par les blancs qui les trouvent décoratifs et de cette façon les artistes autochtones préservent leur héritage culturel. Je dois dire que l'art décoratif Haida m'a impressionnée. Une telle capacité à développer les motifs, à les superposer, avec une élégance des formes et des proportions, quel raffinement !
Représentation de chaman et mini-totems.


Bien entendu je vous parlerai plus longuement des totems (et peut-être aussi des masques).

Pour mémoire :  présentation de Vancouver ; brève histoire de Vancouver ; les peuples autochtones canadiens ; Nation Haidala vannerie.
Photographies prises au musée d'histoire de Vancouver et musée royal de Colombie-Britannique.

jeudi 11 octobre 2018

Ils se croyaient libres et personne ne sera jamais libre tant qu’il y aura des fléaux.

Albert Camus, La Peste, 1947.

Il s’agit de la chronique d’une année de peste, à Oran, pendant l’Algérie française, en 194.. La ville est close. Nous suivons quelques personnages symboliques : le docteur Rieux qui se voue aux malades, le curé, des hommes se trouvant là par hasard, ainsi que la population face au malheur.

Une manière commode de faire la connaissance d’une ville est de chercher comment on y travaille, comment on y aime et comment on y meurt. Dans notre petite ville, est-ce l’effet du climat, tout cela se fait ensemble, du même air frénétique et absent. C’est-à-dire qu’on s’y ennuie et qu’on s’y applique à prendre des habitudes.

Troisième lecture pour moi de ce chef d’œuvre de la littérature française. En revanche, je ne sais pas quoi bien vous raconter. Bien sûr, la peste est l’allégorie du nazisme et de l’Occupation. Toutefois, ce placage symbolique est très réducteur. Plus généralement, la peste, c’est le malheur qui s’abat sur une ville ou sur une personne, qui la coupe du monde et isole les êtres les uns des autres. Les personnages peuvent distinctement entendre le fléau tourner au-dessus de leurs têtes. Dans cette population, peu de franches crapules, peu de héros flamboyants, mais des gens qui tâtonnent, font vaille que vaille leur devoir, hésitent entre leurs préoccupations personnelles et l’idée qu’ils se font du courage ou du devoir, essaient d’allier humanisme et principes… On est dans l’ordinaire de la tragédie, un quotidien, une habitude qui ne laisse pas de place aux grands éclats.

- Oui, approuva Tarrou, je peux comprendre. Mais vos victoires seront toujours provisoires, voilà tout.
Rieux parut s’assombrir.
- Toujours, je le sais. Ce n’est pas une raison pour cesser de lutter.
- Non, ce n’est pas une raison. Mais j’imagine alors ce que doit être cette peste pour vous.
- Oui, dit Rieux. Une interminable défaite.

À ma première lecture, les réflexions théoriques m’étaient un peu passées par-dessus la tête (et elles continuent toujours, même si elles volent plus bas – je n’ai pas la tête théorique), mais elles habitent véritablement ce roman, en font une sorte de fable universelle sur l’être humain (même si je comprends tout à fait que l’on trouve le texte trop didactique). Ici il est question de la confrontation à l’injustice suprême, à savoir la mort d’un enfant, d’un plaidoyer contre la peine de mort, de la nécessité de se souvenir et de raconter. L’administration prend en charge l’extraordinaire, à sa manière, avec des décisions raisonnables et des fiches. Faut-il en pleurer ou s’en féliciter ? Tant qu’il reste une administration qui enterre les mots, c’est que la peste n’a pas imposé totalement son empire. La routine est un moyen de sauver les hommes.

C’est que rien n’est moins spectaculaire qu’un fléau et, par leur durée même, les grands malheurs sont monotones. Dans le souvenir de ceux qui les ont vécues, les journées terribles de la peste n’apparaissaient pas comme de grandes flammes somptueuses et cruelles, mais plutôt comme un interminable piétinement qui écrasait tout sur son passage.

Un homme essaie d’écrire un roman et réécrit sans cesse la première phrase. C’est l’irruption d’une belle cavalière dans une petite chambre, par la magie des mots et du papier.
Un bémol tout de même (désolée Albert) : c’est quand même un roman de mecs (ça connote son époque).
 
A. Marquet, Balcon avenue de Versailles, 1904 Havre MuMa.
Car, étrangement, ce qui montait alors vers les terrasses encore ensoleillées, en l’absence des bruits de véhicules et de machines qui font d’ordinaire tout le langage des villes, ce n’était qu’une énorme rumeur de pas et de voix sourdes, le douloureux glissement de milliers de semelles rythmé par le sifflement du fléau dans le ciel alourdi, un piétinement interminable et étouffant enfin, qui remplissait peu à peu toute la ville et qui, soir après soir, donnait sa voix la plus fidèle et la plus morne à l’obstination aveugle qui, dans nos cœurs, remplaçait alors l’amour.

Car il savait ce que cette foule en joie ignorait, et qu’on peut lire dans les livres, que le bacille de la peste ne meurt ni ne disparaît jamais, qu’il peut rester pendant des dizaines d’années endormi dans les meubles et le linge, qu’il attend patiemment dans les chambres, les caves, les malles, les mouchoirs et les paperasses, et que, peut-être, le jour viendrait où, pour le malheur et l’enseignement des hommes, la peste réveillerait ses rats et les enverrait mourir dans une cité heureuse.

mardi 9 octobre 2018

Le vent soulevait des feuilles jaunes et boueuses qui nous attaquaient telles d’étranges chauves-souris.

Olga Tokarczuk, Les livres de Jakób, traduit du polonais par Maryla Laurent, parution originale 2014, édité en France par Noir sur Blanc.

Tout commence par une noce juive dans une petite ville de Pologne au XVIIIe siècle. Tout le monde est réuni et après un certain nombre d’épisodes (l’apparition d’un prêtre catholique, une grand-mère qui meurt et qui ne meurt pas) survient Nahman, un homme savant et marchand qui a des nouvelles surprenantes à propos de Jakób Frank, un membre de la famille. Il s’est écoulé un peu plus de 100 pages à ce moment et l’histoire commence seulement.

Il commence par un profond soupir, après lequel s’instaure un silence absolu. L’air qu’il inspire et expire aussitôt de ses poumons provient indéniablement d’un autre monde – le souffle de Nahman grandit comme la pâte à levure de la brioche tressée, se dore et dégage une odeur d’amandes, il resplendit du chaud soleil méridional et porte l’odeur d’un fleuve qui s’étale généreusement – car c’est l’air de Nikopol, une ville valaque dans un pays lointain, et le fleuve, c’est le Danube qui l’arrose.

Nous allons suivre la longue vie de Jakób et de ses proches. Nous sommes parmi les juifs de Pologne, certes, mais parmi les vrais croyants, c’est-à-dire de ceux qui pensent que le Messie est arrivé quelques années plus tôt, a été emprisonné et s’est converti à l’islam (et était peut-être une femme). Jakób, lui, prend la suite. Le Talmud est l’ancienne loi et il ne sert plus à rien de respecter la loi de Moïse. Il se convertit à l’islam et au christianisme, il est peut-être lui-même le dernier Messie, va avec les femmes et organise la vie de ceux qui le suivent.

Il arrive à Dieu d’être las de sa luminosité et de son silence, l’infinitude lui soulève le cœur. Alors, telle l’huître gigantesque et suprasensible dont le corps si dénudé et délicat perçoit la plus infime vibration des particules de lumières, Dieu se rétracte en lui-même et laisse un peu d’espace, où, du plus parfait néant, le monde apparaît aussitôt. Délicat et blanc, il rappelle d’abord une moisissure, mais il croît rapidement et ses fibres s’unissent pour former une texture solide.

Le lecteur doit accepter de se perdre dans ce gros roman d’un peu plus de 1000 pages. Perdu dans la géographie, puisque nous circulons entre la Pologne, l’empire russe, l’empire ottoman, l’Autriche… sauf si vous savez où se trouvent Varsovie, Smyrne, Salonique, le Dniestr et le Danube. Tous ces gens voyagent, au gré de la fortune et des persécutions, des opportunités et des menaces. Perdu dans les langues, yiddish, polonais, latin, hébreu, turc, allemand… Jakób est vêtu à la turque, mais autour de lui on parle toutes les langues, y compris le ladino, la langue des juifs espagnols dispersés en Europe après 1492. Sa troupe amène un parfum d’Orient dans les pauvres campagnes polonaises avec les dattes, les figues, le miel, le haschisch, la cuisine épicée, la soie, les tapis. Perdu dans l’onomastique, car tous les personnages au nom juif (nom, prénom, surnom) se feront baptiser et changeront de nom et se marieront et nous suivrons leur descendance dotée de noms en -ski. Les figures secondaires sont nombreuses : celle de Nahman bien sûr, mais aussi un charmant prêtre catholique érudit et aimant le jardinage, qui échange de longues lettres avec une poétesse, et un polyglotte à la vie mille fois réinventée et la noblesse polonaise aussi. Perdu enfin dans toutes ces croyances. Car qui sont ces gens ? Rejetés par les juifs et par les chrétiens à la fois, ils naviguent dans une cosmogonie bizarre (mais c'est aussi un temps d'hérésies chrétiennes). Perdu dans cet immense sous-titre : Les Livres de Jakób ou Le grand voyage à travers sept frontières, cinq langues, trois grandes religions et d’autres moindres, rapporté par les défunts, leur récit se voit complété par l’auteure selon la méthode des conjectures puisées en divers livres, mais aussi secourues par l’imagination qui est le plus grand don naturel reçu par l’homme.
A. Vallayer-Coster, Nature morte aux pêches et raisins 1770, musée d'Ottawa.
Si l’on accepte de ne pas tout comprendre, le roman se lit avec grand plaisir. C'est un roman d'aventure, le récit d'une quête, une évocation historique. Entre les marchés turcs et le petit peuple de commerçants de Pologne, parmi les dignitaires catholiques et les rabbins qui cherchent sans cesse le meilleur protecteur, parmi les femmes qui sont ravies de pouvoir changer d’amant si elles le veulent, et les hommes aussi, au milieu d’un continent où l’identité de chacun est impossible à saisir. On est au XVIIIe siècle, l’esprit critique s’attaque aux livres saints, y compris au Talmud, les francs-maçons font leur apparition, les identités sont mobiles et les vieilles hiérarchies de la société tremblent. Au milieu de tout cela, la figure de Jakób demeure insaisissable. Messie, saint, charlatan, son destin a entraîné derrière lui tout un peuple persécuté, mais plein d'espoir. Et le roman s’achève par un authentique miracle de la caverne.

Nul n’est prophète en son pays : cela reste une grande vérité, il faut qu’un prophète soit un étranger en quelque sorte. Il doit venir d’une terre lointaine, tomber du ciel, avoir un air insolite, improbable. Un mystère doit l’entourer, comme celui, chez les goyim, d’être né d’une vierge. Il doit marcher autrement, parler autrement. (…) Mais ce n’est pas complètement vrai non plus. Un prophète doit aussi faire partie de la communauté, avoir un peu de notre sang, être le lointain parent d’une personne que nous aurions pu connaître, mais dont nous aurions oublié à quoi elle ressemblait.

Nahman lui livre une explication tortueuse. Moliwda est obligé de la passer au tamis de sa propre langue parce qu’ils discutent un peu en hébreu, un peu en polonais. En hébreu, tout est compliqué parce que toujours polysémique. Mais ce que dit Nahman en polonais, d’une voix chantante comme s’il récitait des ouvrages de mémoire, est également difficile à comprendre. Les mots leur manquent pour débattre de pareilles questions. La langue polonaise y est peu habile, elle ne connaît rien à la théologie. Voilà pourquoi, en Pologne, toute hérésie est aussi superficielle que nulle. À vrai dire, dans cette langue, aucune hérésie ne peut être élaborée. Par nature, la langue polonaise obéit à l’orthodoxie quelle qu’elle soit.

Des femmes écrivains. J'ai hâte de lire Sur les ossements des morts qui a plu à plusieurs blogs amis.
Jakób Frank a existé et a une notice sur Wikipedia.
Merci à Babelio et aux éditions Noir sur Blanc grâce à qui j'ai lu ce roman.