Banana Yoshimoto, Kitchen, parution originale 1988, traduit du japonais par Dominique Palmé et Kyôko Satô, édité en France par Gallimard/Folio.
Dans ce court roman, Mikage, la narratrice, est orpheline, puisque sa grand-mère (qui l'a élevée) vient de mourir. Mikage est quasi-recueillie par Yûichi, un jeune homme, et sa mère, l'éclatante Eriko. Sauf qu'Eriko est un homme, devenu femme, qui travaille dans un bar, et que la vie est violente pour les transexuels.
Pourquoi Kitchen ? Parce que Mikage trouve l'apaisement dans une cuisine bien propre, rangée, au frigo plein, parce qu'elle est passionnée par la confection de petits et de grands plats, parce qu'elle trouve sa voie et se reconstruit par la cuisine. Et que c'est peut-être ainsi qu'elle parviendra à sauver aussi Yûichi de sa tristesse.
Pourquoi a-t-on si peu le choix ? Même si on se sent écrasé comme un vermisseau, on s'entête à préparer des repas, à manger, à dormir. Tous les gens qu'on aime meurent les uns après les autres. Et pourtant il faut bien continuer à vivre.
L'édition japonaise est une grande pourvoyeuse de courts romans qui ne sont pas à proprement parler des livres feel good, mais des jolies histoires, où des personnages plus ou moins paumés trouvent une façon de vivre à partir des livres, de la cuisine, des chats, des plantes... Je me demande si Kitchen n'en est pas l'un des premiers, et peut-être l'un des plus sombres. Il met en scène la vie dans une grande ville contemporaine, avec des personnages seuls, en proie au deuil, au chagrin et surtout à la solitude. Comment trouver un sens à sa vie quand on a absolument aucune famille ? Le sentiment de perte est un puits sans fond, mais pourtant, Mikage se raccroche et tente ce qu'elle peut, cahin-caha.
Je me souviens avoir lu ce livre à sa sortie en poche en France (peu après 1994 donc) et j'avais bien aimé (ma mère aussi). À l'occasion de cette lecture commune, je l'ai relu avec plaisir, retrouvant ce qui m'avait plu à l'époque : un relatif dépaysement (en 1994, je n'avais aucune idée de ce qu'était un katsudon, maintenant je sais que c'est bien bon), l'attachement à une jeune héroïne à la fois triste et déterminée (j'étais encore ado), le monde de la très grande ville (je vivais en forêt à l'époque). Cette notion de trans m'était également très peu connue.
Ce côté sain, c'était ce que j'aimais en lui, c'était quelque chose que j'enviais, et je m'en voulais presque de ne pas être à la hauteur. Autrefois.
Electra et Miss Sunalee ont programmé une lecture commune de Kitchen pour le 28 février, mais le samedi, c'est billet touristique sur le blog, je me suis donc permis de prendre un peu d'avance. Merci à elles, je suis bien contente de ma relecture !
| Rideau de restaurant, Paris, 13e |







