La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



mardi 9 juin 2026

Ce n’est pas important, l’essentiel est d’aimer ce matin.

 

Aharon Appelfeld, Histoire d’une vie, parution originale 1999, traduit de l’hébreu par Valérie Zenatti, édité en France à L’Olivier et au Seuil.

Ce n’est pas un roman. Appelfeld raconte sa vie, en une suite de chapitres courts, depuis son enfance dans l’actuelle Roumanie jusqu’à son âge mûr, écrivain israélien reconnu. Il raconte ou il ne raconte pas, choisissant de mettre l’accent sur tel ou tel moment.

D’abord l’enfance avec ses parents et ses grands-parents, l’attachement à la famille. Des années de guerre, il en donne quelques aperçus sans se soucier d’entrer dans les détails. Le meurtre de la mère, les enfants dans le ghetto (c’est tout ce que l’en saura), une marche interminable avec son père, une fuite d’on ne sait pas d’où vers la forêt, la vie dans la forêt, l’attente sur les rivages italiens, puis les premières années dans ce qui n’est pas encore l’état d’Israël. L’accent est mis sur le portrait des personnes lumineuses, sur ce dont le corps se souvient – lui-même était trop petit pour avoir une compréhension consciente et complète des événements.

Plus de cinquante ans ont passé depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le coeur a beaucoup oublié, principalement des lieux, des dates, des noms de gens, et pourtant, je ressens ces jour-là dans tout mon corps. Chaque fois qu’il pleut, qu’il fait froid ou que souffle un vent violent, je suis de nouveau dans le ghetto, dans le camp, ou dans les forêts qui m’ont abrité longtemps. La mémoire, s’avère-t-il, a des racines profondément ancrées dans le corps. Il suffit parfois de l’odeur de la paille pourrie ou du cri d’un oiseau pour me transporter loin et à l’intérieur.

Une grande partie du propos porte sur la langue, ou plutôt les langues : allemand avec les parents, ruthène avec les paysans et la bonne, yiddish avec les grands-parents, langues qu’on lui enjoint d’oublier ensuite pour se concentrer sur l’hébreu, alors une langue militaire et de construction nationale, pas une langue affective, pas encore une langue de littérature pour lui – elle l’est devenue. À cet égard, il est aussi question des générations et de leur rapport différent à la mémoire et à l’oubli.

Soulages, Peinture, 1963, Rodez Musée Soulages


Enfin, le passage qui a motivé ma relecture : la littérature. Appelfeld refuse d’être un écrivain de la Shoah, il ne raconte pas comme un témoin, il écrit des romans mettant en scène la vie des hommes et des femmes avant et après la Guerre. Ce positionnement lui fut reproché, mais il choisit de parler des premiers écrivains israéliens qu’il a rencontrés, et notamment Agnon.


La pensée que mes parents m’attendaient m’a protégé durant toute la guerre.
Je me dis que Des jours d’une stupéfiante clarté raconte ce qui n’a pas pu avoir lieu : la longue marche d’un homme qui sort des camps et qui rentre chez lui et qui retrouve ses parents.

Sur la Seconde Guerre mondiale, on écrivait principalement des témoignages. Eux seuls étaient considérés comme l’expression authentique de la réalité. La littérature, elle, apparaissait comme une construction factice. Moi, je n’avais même pas de témoignage à offrir. Je ne me souvenais pas des noms de personnes ni de lieux, mais d’une obscurité, de bruits, de gestes. C’est uniquement avec le temps que j’ai compris que ces matières premières étaient la moelle de la littérature et que, partant de là, il était possible de donner forme à une légende intime.

C’est une relecture, motivée par une raison précise dont je vous parlerai dans quelques semaines.


Appelfeld sur le blog : 

Histoire d'une vie : texte autobiographique et c'est le premier que j'ai lu, il est très beau, allez-y !
Des jours d'une stupéfiante clarté : pour moi, un magnifique roman. Son titre dit tout.
Mon père et ma mère : des vacances avant la guerre au bord du Pruth

Les Partisans : pendant la guerre, la résistance des juifs

La Stupeur : les Juifs ont disparu et Irina erre sur la terre
Katerina : un récit d'apprentissage
La Ligne : une errance brumeuse dans l'Europe d'après l'extermination




samedi 6 juin 2026

De Ravenne à Parme

 
Le blog a donc passé quelques billets à Ravenne.
J’y ai passé une journée et demie en avril. J’en rêvais depuis longtemps. Ces mosaïques ont 1500 ans, mais la fraîcheur de leurs couleurs, la netteté de leur dessin, leur éclat leur donnent une présence unique. Elles se tiennent là, devant nous, avec toute leur immédiateté et leur évidence. Le passage des siècles ne se voit pas, sinon dans leur étrangeté. Que nous sommes loin des représentations médiévales ou des peintures issues de la Renaissance, dont nous avons davantage l’habitude. Elles sont étranges et étrangères, venues intactes depuis un autre temps.
La voûte aux canards de la Chapelle Sant'Andrea

Arrivée un mercredi après-midi, je bois un café, accompagné d’un sandwich, et je m’installe. Il convient de caler certaines visites, car quelques sites sont de très petite taille et le nombre de visiteurs y est limité. La dame qui s’en charge parle uniquement italien, mais nous y sommes arrivées à force d’efforts.
Première visite. Petit tour en ville, glace à la noisette, achat de baci et de ravioli. La ville est agréable, bâtie en briques, avec de nombreuses places, assez petite. Il est plaisant de s’y promener. Elle héberge aussi la tombe de Dante et des églises qui ne sont pas classées à l’Unesco, mais qui ne doivent pas être laides.
Ravenne en brique

Le lendemain, journée complète. J’enchaîne les monuments les uns après les autres, tout en essayant de prendre le temps et l’attention nécessaires pour chacun d’eux, en me disant qu’il va falloir se rappeler de tout, de l’ambiance des lieux, de l’effet produit. Je glisse aussi un cappuccino ici, un café là, une glace, une pizza…
J’ai repéré une excellente boulangerie, avec des gâteaux traditionnels. Je craque notamment pour un amor polenta, un gâteau polenta et amande, englouti joyeusement. J'ai noté la recette et j'en ai refait (avec quelques gouttes de liqueur d'amande), c'est un gâteau très réconfortant.
Les portes de Ravenne sur le tracé de l'ancien rempart.

Le lendemain, dans le train, cap sur Parme.
J’y étais déjà passée il y a quelques années, mais dans des conditions moins agréables (moins de temps, pluie…) et j’avais donc très envie de pouvoir y séjourner plus longuement.
Deux jours et demi pour un séjour privilégié après Ravenne qui m’en avait mis plein la vue. Ici, c’était moins inhabituel, on est dans la peinture occidentale et l’Émilie-Romagne. Alors ?
C'est toujours l'Italie du Nord, c'est toujours la brique

Le programme de Parme :
  • Dégustation de glace à la noisette ;
  • Achat de risotto et de polenta rustique, de bresaola et de fromage, de caponata et de conserves – la région s’enorgueillit de son agriculture alimentaire ;
  • Visite du baptistère, de la cathédrale et de quelques églises supplémentaires. Visite de la fondation Stuard (dispensable) et de la Pilotta, immense palais ducal abritant une bibliothèque, un théâtre, plusieurs musées (mais pas de café !) ;
  • Balade dans le parc avec ses étendues d’herbes ouvertes, accessible jusqu’à minuit ;
  • Au bord de la rivière Parma les hérons et les aigrettes pêchent, les corneilles mantelées enquiquinent les canards et les merles furètent avec ardeur.
  • Point de chartreuse ni de violettes ni de jambon.
Il y a un musée Boldoni - oui, comme la police, car monsieur Boldoni avait son atelier à Parme.

Ici j’achète une sbrisolona, un gâteau aux amandes qui s’émiette, mais qui arrivera intact à Marseille.
Je repars le lundi alors que la pluie commence à tomber. C’est parti pour 12 heures de trajet.
Vous avez déjà eu les billets de Ravenne et je vous proposerai deux billets parmesans.




Addendum sans aucun rapport : Avis de lecture commune ! Le 30 juillet, Ingannmic et moi-même vous proposons de lire un titre au choix de William Faulkner. Si vous êtes tenté, mais ne savez pas quoi lire, n'hésitez pas à aller fureter sur la page "Tous les auteurs" à la lettre F.



jeudi 4 juin 2026

Le monde des Anciens de mon peuple et celui des Espagnols n’appartenaient-ils pas tous deux au passé ?

 

Romain Bertrand et Jean Dytar, Les Sentiers d’Anahuac, 2025, édité par La Découverte et Delcourt.

Une BD de vulgarisation historique où tout est réel.

Au Mexique, 20 ans après la conquête par les Espagnols, Antonio, un petit garçon issu d’une famille noble aztèque, entre comme novice chez les moines franciscains. Il apprend le latin, mais surtout rencontre le père Bernardino de Sahagún. Ce missionnaire estime que, pour convertir efficacement la population au christianisme et extirper toute trace d’idolâtrie diabolique, sans laisser la moindre chance au syncrétisme, il convient certes de parler le nahuatl, mais aussi de comprendre les croyances et le monde de ces gens. Voilà notre padre lancé dans une grande entreprise de collecte et d’enquête qui débouchera sur L’Histoire générale des choses de la Nouvelle-Espagne.

L’album raconte tout cela : le projet de Sahagún qui, s’il fait preuve de sincère curiosité, ne se veut pas un érudit ethnologue, mais vise bien le triomphe du christianisme, le rôle des anciens qu’il consulte, la façon dont les récits (création du soleil et de la lune, calendrier, pratiques religieuses, rôle de l’empereur, les rites, les boissons, etc.) sont recueillis, traduits et mis par écrit en étant insérés dans le paradigme chrétien. Il raconte aussi les états d’âme d’Antonio (Antonio Valeriano a réellement existé, on connaît son parcours officiel, mais pas son individualité) et des autres novices, nés après la conquête, qui découvrent leur propre histoire, s’interrogent, sont tiraillés entre différents mondes.

Ce ne serait rien sans l’extrême réussite graphique de l’album. Ici les dessins racontent et mettent sous les yeux. Ils reprennent tantôt l’esthétique des gravures sur bois occidentales du 16e siècle, tantôt celle des glyphes et des codex, montrant ainsi la contradiction ou la superposition ou la coexistence des différentes pensées. Une image raconte la vie d’Antonio à Mexico en reprenant ainsi le plan de la ville tel qu’il nous est parvenu dans un codex. C’est tellement inventif, créatif et efficace ! Voilà, c’est ça les BD qu’on veut !

Saint Michel face à une divinité païenne - tempête sous les crânes !


Vous pouvez regarder à quoi ressemble le vrai codex de Sahagún, une colonne en nahuatl, une colonne en castillan (il faut chercher « codex florentine »).


Romain Bertrand est historien et déjà bien présent sur le blog :

Jean Dytar est bédéiste, j'ai essayé de lire Florida, mais sans succès.




mardi 2 juin 2026

Alors, Nana devint une femme chic, rentière de la bêtise et de l’ordure des mâles, marquise des hauts trottoirs.

 

Émile Zola, Nana, 1880.

C’est le roman d’une prostituée, Nana, à la conquête de Paris – engloutir les hommes les uns après les autres.
Je dois bien avouer qu’il s’agit d’un des romans les plus réussis de Zola. Malgré la misogynie et l’antisémitisme, et malgré surtout la lourdeur d’écriture (mais c’est quoi tous ces imparfaits ?) qui m’a fait passer quelques pages, j’ai vraiment apprécié ma lecture.
La réussite provient du fait que Zola ne raconte pas, comme à son habitude, une ascension et une chute, mais une ascension, un peu chaotique certes, et davantage qu’un triomphe, le moment où Nana surplombe Paris, telle une divinité lascive et cruelle – une vision fantasmatique originale et haute en couleur.

Elle devenait une force de la nature, un ferment de destruction, sans le vouloir elle-même, corrompant et désorganisant Paris entre ses cuisses de neige, le faisant tourner comme des femmes, chaque mois, font tourner le lait.

Les hommes y sont portraiturés, à quelques exceptions près, comme autant d’êtres vulgaires et faibles, en proie aux sens et à l’orgueil – les hommes de l’Empire.

Il le sentait, sur un signe de Nana, prêt à s’allonger pour lui servir de tapis.

Parmi les différentes scènes du roman, je retiens certes celle du Grand Prix hippique, avec cette belle évocation des courses, mais surtout celles du théâtre et de l’Opéra comique. Difficile évidemment de ne pas penser à certaines pièces d’Offenbach où la mythologie grecque est passée à la moulinette de la bourgeoisie, mais ici le spectacle est aussi celui du roman et des relations entre personnages. Le monde du spectacle est aussi celui de la prostitution et de l’argent, on y entretient son actrice ou on y vend sa fille, les corps et les désirs cavalent dans les couloirs, Son Altesse côtoyant les filles et les bassines d’eau sale. Zola est complaisant bien sûr (ce voyeurisme ayant aussi contribué au succès du livre), en rajoute dans l’abaissement des élites, ce qui donne toute leur puissance aux filles, grandes et petites. L’entrecroisement des répliques de scène, des dialogues nécessaires au roman et des portraits satyriques est très réussi.
(Bon, le thème de la corruption morale de la société est bien lourdement traité.)


Le roi Dagobert est dans le corridor, qui demande à trinquer avec son Altesse Royale.

Je note la présence d’un homme discrètement homosexuel, ami de confiance des affaires des dames. En revanche l’homosexualité féminine est très présente, mais contrairement à , il s’agit ici d’une perversion et d’un abîme de soi.

Étonnamment la mort de Nana, misérable et conservant son mystère, entourée de ses amies, coïncide avec la déclaration de guerre de 1870. Une énergie furieuse envahit alors les rues. Les personnages du roman ne le savent pas encore, mais tout le régime est sur le point d’être balayé – le lecteur le sait, lui. 

Devant eux, une queue s’écrasait au contrôle, un tapage de voix montait, dans lequel le nom de Nana sonnait avec la vivacité chantante de ses deux syllabes. Les hommes qui se plantaient devant les affiches l’épelaient à voix haute ; d’autres le jetaient en passant, sur un ton d’interrogation ; tandis que les femmes, inquiètes et souriantes, le répétaient doucement, d’un air de surprise.
Nana, c’est un nom et un corps, des cuisses un peu fortes et des cheveux blonds, une chair comme dit Zola.

On piétinait sur la légende, on cassait les antiques images. Jupiter avait une bonne tête, Mars était tapé. La royauté devenait une farce, et l’armée, une rigolade. Quand Jupiter, tout d’un coup amoureux d’une petite blanchisseuse, se mit à pincer un cancan échevelé, Simonne, qui jouait la blanchisseuse, lança le pied au nez du maître des dieux, en l’appelant si drôlement « Mon gros père! » qu’un rire fou secoua la salle. Pendant qu’on dansait, Phébus payait des saladiers de vin chaud à Minerve, et Neptune trônait au milieu de sept ou huit femmes, qui le régalaient de gâteaux.

À Cherbourg, il avait vu le nouveau port, un chantier immense, des centaines d’hommes suant au soleil, des machines comblant la mer de quartiers de roche, dressant une muraille où parfois des ouvriers restaient comme une bouillie sanglante. Mais ça lui semblait petit, Nana l’exaltait davantage ; et il retrouvait, devant son travail, cette sensation de respect.

Note. Nana est un prénom, diminutif d’Anna (même si le vrai prénom de Nana est Thérèse). Dès la seconde moitié du 19esiècle, le prénom désigne une concubine ou une prostituée, puis une femme en général. Le roman a grandement contribué à la généralisation du mot.

Assiette en faïence, où les livres de Zola attirent les mouches comme de la m***, 1898-1899 Musée de la faïence de Quimper


Zola, Une page d'amour, 1878.

C’est le volume précédent Nana, mais on peut pas dire que c’est une réussite.

Le roman se tient à Passy et raconte la brève passion d'une femme de la bourgeoisie pour un médecin, sachant que sa fille est d'un tempérament nerveux et maladivement possessif (héritage familial). En raison d'un ennui croissant, je l'ai abandonné rapidement. Je note quand même le récit d'une séance de balançoire, où l'on voit une jeune femme avide d'air et de liberté, mais prenant garde à bien lier ses jupes pour rester décente, ainsi que la brillante description de Paris, en panorama lointain, qui se répète au fil des journées et qui reflète le fil des pensées de l'observatrice. La fin, avec sa neige et sa présence obsédante du blanc, est particulièrement évocatrice.

La Fortune des Rougon : ascension d’un couple à l’occasion du coup d’état du 2 décembre et constitution de la famille Rougon-Macquart. Un très bon volume. La Curée : à Paris l’enrichissement permis par la spéculation immobilière et une chair triste (un certain dégoût). Le Ventre de Paris : le commerce de bouche aux Halles, la symphonie des fromages et on est un peu écoeuré de toute cette nourriture. La Conquête de Plassans : une vue de la société de province. La Faute de l'abbé Mouret : on frôle le conte de Daphnis et Chloé dans un jardin enchanté, mais le retour au naturalisme est brutal. Son Excellence Eugène Rougon : un bon roman sur le personnel politique de l'Empire. L'Assommoir : une lecture ratée, c'est sans moi.


samedi 30 mai 2026

Ravenne, les moutons de Sant' Apollinare-in-Classe

 

Le blog est à Ravenne.

La semaine dernière, nous avons vu que la construction de la basilique San Vital a été soutenue financièrement par un certain Julianus.

Julianus finance aussi la construction de l’église Saint-Apollinaire in Classe et de l’église Saint-Michel in Africisco que je n’ai pas visitée.

Il est argentarius, c’est-à-dire qu’il est responsable du change entre les pièces d’or et la petite monnaie quotidienne en bronze, mais il est aussi impliqué dans le commerce maritime, notamment dans les assurances des biens transportés et des vaisseaux. Cette activité est déjà bien connue à Alexandrie et il est possible que Julianus ait été un Grec, ou du moins un homme de culture grecque, peut-être de Constantinople. En tout cas, il était riche et chrétien.

Aujourd’hui, dernière étape, nous sommes donc à Classe (10-15 minutes de Ravenne via le bus 4) et nous visitons l’église Sant’Apollinare in Classe, la fameuse église avec les moutons, inaugurée en 549 par l’évêque Maximien.

Classe est une subdivision de la ville de Ravenne, correspondant au port, du nom Civitas Classis, « ville de la flotte », port ouvert sur l’Adriatique, indispensable pour les échanges avec l'empire de Constantinople et le reste du monde.

Apollinaire rassembla la première communauté chrétienne de Ravenne et en fut le premier évêque. La basilique de Classis fut bâtie sur son tombeau, mais au 9e siècle ses ossements furent transférés à Saint-Apollinaire-le-Neuf. Mais au 6e siècle, le corps du saint était encore là et le port était un lieu fondamental pour les gens de Constantinople, ce qui justifiait que notre financier et co-armateur investisse pour bâtir cette nouvelle église.

C'est beau, c'est grand, c'est clair et nous admirons l'extraordinaire mosaïque de l’abside du choeur.

                                        (on clique sur les photos pour les agrandir)

Wahou donc.

La partie supérieure présente au spectateur la Transfiguration. On voit la Croix, l'acrostiche de Jésus et la main de Dieu sortant des nuées d'or, le tout encadré par les prophètes Élie et Moïse.

En-dessous, Saint Apollinaire est représenté en orant, accompagné d'agneaux et de brebis. Il se tient dans un jardin idyllique : vert anglais, petits arbres, oiseaux, lys et autres fleurs, rochers bien sages. Ce n'est pas la nature sauvage, c'est un jardin ordonné et bien ratissé - et l'herbe a l'air si moelleuse !

Évidemment on couvre les moutons de photos, parce que clairement on a envie de gambader dans cette herbe, parmi les moutons et les oiseaux.

En dessous, un niveau alternant des fenêtres et des représentations d'évêques de Ravenne (je ne crois pas en avoir pris des photos).

Le décor de l’arc triomphal a été modifié aux 7-9e siècles. Aujourd'hui on voit le Christ bénissant, le tétramorphe, 12 agneaux symbolisant les apôtres sortant de Jérusalem et de Bethléem pour rejoindre Jésus, des palmiers chargés de dattes de chaque côté et les archanges.

Et des bandeaux à motifs floraux ou géométriques, parce qu'on en a toujours besoin.



Encore une fois, les couleurs des mosaïques sont incroyables de fraîcheur. Elles sont si présentes devant nos yeux !
Les semaines précédentes : l'impératrice romaine Galla Placidia et le mausolée ; le roi des Goths Theodoric et la basilique Sant'Apollinare-nuovo ; les baptistères, les chrétiens et les ariens ; la basilique San Vitale et Justinien empereur de Constantinople ;
La semaine prochaine : billet de transition Ravenne-Parme.