La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



samedi 5 septembre 2026

Visite de Canterbury

 

Canterbury donc. Je ne gardais pas vraiment de souvenir de la ville, je suis donc heureuse d’avoir pu m’y promener à nouveau. Des rues anciennes, agréables, qui, le week-end, sont envahies par la foule.

Le premier soir, je marche jusqu’au portail de la cathédrale. Je vérifie un détail de la façade où sont sculptées tous les rois d’Angleterre : comme en 2016 les monarques vont de Guillaume le Conquérant à Elisabeth II, sans ajout de nouvelle figure.🤭 

Je me souviens que lors de mon premier voyage j’avais été étonnée par l’importance de Guillaume le Conquérant, bien plus grande qu’en Normandie.

C'est de la pierre de Caen !

Le lendemain matin, les courses au marché (fromages, fruits et légumes du Kent) et j’arpente, je prends mes repères. Canterbury compte deux gares, C. East qui est située près de mon logement et C. West qui est plus éloignée, mais qui est la gare principale, où je me rendrai presque tous les jours.

Je retrouve ces beaux murs en silex, avec leurs irrégularités, brillants sous le soleil.Il y a un vieux donjon normand dont il ne reste pas grand-chose, un mur d’enceinte médiévale, de vieilles églises. Le Roman Museum évoque la période Dunovernum Cantiacorum, mais je ne l'ai pas visité.

À gauche, la West Gate.

Canterbury est une capitale ecclésiastique presque depuis ses débuts. En effet, après une première fondation romaine au 1er siècle, c’est en 597 que Rome envoie un moine, Augustin, pour convertir les païens saxons au christianisme.
L’église Saint Martin (aujourd’hui à la sortie de la ville), fondée par Augsustin, est l’église la plus ancienne d’Angleterre.

Le roi saxon d’alors donne à Augustin les terrains nécessaires pour bâtir une abbaye et une cathédrale, la première de l’île (notez qu'au-delà de l'Angleterre, le premier monastère chrétien de Grande-Bretagne aurait été installé aux Hébrides).

Au 12e siècle, les relations entre l’Église et la monarchie deviennent à ce point conflictuelles que l’archevêque Thomas Becket est assassiné dans la cathédrale par quatre chevaliers envoyés par Henri II Plantagenêt. Ensuite, Thomas est canonisé et sa tombe devient le lieu d’un pèlerinage très populaire.

En 1538, Henri VIII décide la fermeture de tous les monastères et des abbayes, il s’empare des richesses de la cathédrale et de la châsse de Becket.

Aujourd’hui encore, la cathédrale de Canterbury marque l’une des extrémité du Pilgrim’s Way qui conduit jusqu’à Rome. Le site est classé à l’Unesco pour la cathédrale, l’abbaye Saint-Augustin et l’église Saint-Martin. C'est le siège de l'Église d'Angleterre.

Une porte monumentale, la Christ Church Gate, construite au début du 16e siècle, donne accès à la cathédrale, aux bâtiments administratifs (notamment la King's School) et aux logements ecclésiastiques, tout un quartier fermé.

King's School

Les églises se sont succédées au fil des siècles et des incendies, et l’édifice actuel a été construit du 14e au 15e siècle (avec l'achèvement d’une tour au 19e) dans le style gothique Early English.

le choeur (plus ancien que la nef)

La nef, très haute et large, avec sa très belle voûte, est due à l’architecte Henry Yevele.

La voûte de la tour centrale (à la croisée du transept) est dite en éventail - ça c'est vraiment beau. Toute cette jolie dentelle.

Le grand cloître est en style Perpendicular. Plus de 800 armoiries décorent les voûtes - c'est toute l'Angleterre qui est représentée !

Une chapelle de la cathédrale accueille le culte français des huguenots depuis le 17e siècle.

La ville poursuit son essor au fil des siècles : commerces, mise à bas des remparts médiévaux, construction d’une université, attractivité touristique… aujourd’hui c’est la grande banlieue de Londres, accessible en seulement une heure de train. Et toutes les 15 minutes un bus vous emmène au bord de la mer.

Christopher Marlowe, célèbre dramaturge contemporain de Shakespeare, est né ici.
Chaucer a composé les fameux Contes de Canterbury.

On peut également visiter la chapelle des franciscains (les Greyfriars), la chapelle d'un hôpital médiéval et la Beaney House of Art and Knowledge, à l'architecture néo-Tudor, qui abrite la bibliothèque municipale et le musée (archéologie, histoire naturelle et art, en petit format, façon cabinet de curiosité).


Les rives de la Stour ont été aménagées, non pas seulement pour offrir des espaces de promenade, mais aussi pour permettre la circulation quotidienne des vélos et des piétons à l’écart des voitures, dans toute la ville et entre la ville et les villages. De même, des allées et des chemins passent à l’arrière des maisons, relient les quartiers les uns aux autres ; les public footpaths sont le coeur de l’Angleterre (je vous en reparlerai).



Difficile de ne pas repenser à la fin de La Voie des pélerins d’Abdulrazak Gurnah quand le personnage principal, si souvent rejeté, visite enfin la cathédrale, là où l'Angleterre contemple son nombril et la grandeur de son empire (je vous engage fortement à lire cet excellent roman d'un excellent écrivain, prix Nobel de littérature).

Dans la nef, il tourna les yeux vers les cieux avec une incrédulité éhontée. Les colonnes survivraient à Dieu lui-même, songea-t-il.

C'est pour cette raison que les pèlerins affluaient et qu'ils étaient si passionnés, pas comme ces badauds qui fixent bouche bée tout ce qu'ils ont sous le nez. (...) Ensuite, ils découvraient ces voûtes incroyables, bâties par des gens qu'ils ne connaissaient pas. Ils devaient se rendre compte alors, ils devraient savoir que cette foi qui les avait poussés à entreprendre ce pèlerinage était aussi celle qui était à l'origine de cet édifice en pierre où ils venaient se recueillir. Ce n'était pas Dieu le sujet. C'était l'ingéniosité qui avait permis de bâtir quelque chose d'aussi immense et sublime, un monument monstre à la souffrance et à la douleur liées au voyage de plusieurs milliers de kilomètres, accompli pour se recueillir devant un banal lieu saint. Et cela se reproduit continuellement.

Il était arrivé, chargé d'un passé vivant, source de force et de réconfort, mais il lui avait fallu tant de temps pour comprendre que ce qu'il avait apporté ne parvenait plus à atteindre ses racines. Puis cela s'était mis à suinter, à exsuder, à pourrir. Cela s'était transformé en une chose véreuse et difforme, une torture. Et il avait commencé à se considérer comme un corps meurtri et bouffi échoué sur une plage, nu parmi des inconnus. (...) La réalité était bien plus banale. Il était venu pour le même genre de raisons qui avaient incité l'homme-loup barbare à ériger ce monument de pierre, il s'inscrivait dans la même lutte douteuse de la psyché humaine pour échapper à ses névroses et à ses peurs.

Je note qu'en anglais le titre original du roman est d'ailleurs Pilgrims Way - les lecteurs anglais savent avant même d'ouvrir le livre qu'il se déroule à Canterbury, contrairement à nous.

En 2016 j'avais composé deux billets sur Canterbury : un sur la cathédrale et un autre avec des photos de l'abbaye et des églises anciennes.

Cette année, il y a eu un billet introductif. La semaine prochaine nous irons au bord de la mer.

Ceci constitue ma première participation à l'activité Sous les pavés, les pages d'Athalie et d'Ingannmic.



jeudi 3 septembre 2026

On l’appela Thormod Scalde de Kolbrun. Mais les femmes disaient qu’il eût mieux mérité d’être appelé poète du cul de charbon.

 

Halldór Laxness, La Saga des fiers-à-bras, parution originale 1952, traduit de l’islandais par Régis Boyer, édité en France par Anacharsis.

L’éditeur présente ce roman comme un pastiche de saga islandaise. De fait, nous sommes en Islande et nous suivons la jeunesse de deux imbéciles, Thormod et Thorgeir, élevés dans les récits à la gloire des hommes féroces qui dévastaient les terres, les hommes et les femmes, mais aussi les dragons, et qui faisaient régner la terreur. L’un, Thorgeir, se promet d’être un immense guerrier au service d’un grand roi et l’autre, Thormod, lui promet d’en être le scalde, celui qui composera le poème qui transmettra sa gloire à sa postérité.

Ils ne cessaient de parler de la mesquinerie qui allait toujours croissant en Islande, puisque des hommes libres s’y adonnaient à la pêche à la ligne ou à la garde des moutons au lieu de faire fortune par le combat, la vaillance et le meurtre. (…) Ils étaient d’accord pour mener la vie des fiers-à-bras, sans se soucier de ce que les manants et les esclaves en pensaient, pour se faire des ennemis à la mode des braves et pour faire fortune par leur vaillance.

Le souci est qu’à l’exception de deux femmes qui se disputent Thormod, une à la forme de cygne et une sorcière, tout leur entourage est plutôt enclin à penser que vivre en paix avec ses voisins est une bonne chose et que le christianisme n’est pas si mal. Les débuts de leur existence héroïque est donc plutôt miteuse, à pourchasser des pouilleux, jusqu’à ce que Thormod s’embarque et rejoigne la grande troupe de Thorkell qui met régulièrement à sac l’Angleterre.

Ici la lectrice française découvre ce que les lecteurs islandais savaient sans doute depuis le début : le pastiche est aussi un roman historique. Nous voici aux alentours de l’an mil, avec le pillage de Canterbury par les vikings et la mise à mort de l’archevêque, la constitution du royaume de Knut, puis les raids en Normandie en compagnie des descendants de Rollon, et enfin les guerres entre les royaumes de Norvège, de Suède et du Danemark – ce roman est aussi un pastiche hommage à la grande Saga de saint Olaf de Snorri Sturlusson.

C’est qu’ici le grand récit chrétien de la conversion des peuples en prend pour son grade. Les moines de Normandie trouvent conforme d’incendier la cathédrale de Chartres et de piller et tuer tous les habitants, procèdent à des baptêmes collectifs expéditifs ; Grimkell, premier évêque de la Norvège, a été ordonné par des Arméniens dans une écurie ; le pape illettré ne s’intéresse qu’à l’argent ; Olaf le Gros, roi tyrannique, est transformé en saint patron de la Norvège par un obscur poète boiteux.

Il y en avait qui avaient accroché à leurs frusques des pichets émaillés et autres vaisseaux à boire, des chapelets, des colliers d’ambre ou de corail, des chaussures de femmes, brodées d’argent, du petit-gris, voire des rouleaux de tapisseries artistement exécutées. Certains avaient pendu à leur ceinture les têtes des femmes qu’ils avaient violées dans la journée. Ils trouvaient que la vie valait la peine d’être vécue. (…) Certains firent serment de ne plus jamais se battre pour un autre roi que le Christ qui leur avait donné de saints dogmes à servir par les armes.

Quelle bonne blague, ces sagas, et ces histoires nationales, semble nous dire Laxness. Les héros, les rois, les poètes, toute la matière des mythes et de l’histoire sont raillés de la plus belle façon. Les lecteurs islandais doivent évidemment avoir une lecture bien plus informée que moi, mais j’apprécie la façon dont l’auteur apparaît à plusieurs reprises dans le récit pour justifier ses choix entre des sources contradictoires. La voix de Laxness perce notamment quand il explique qu’un roi craint particulièrement, non tel ou tel ennemi, mais que le peuple découvre pouvoir vivre sans aucun roi (rappelons que l’Islande a vécu durant plusieurs siècles sans aucun roi).

Il faut peut-être être un peu familière des histoires des vikings et des sagas pour apprécier le roman ; j’ai trouvé qu’il se lisait avec beaucoup de plaisir, même si l’écriture de Laxness n’est pas très prenante. Après ma lecture, j’ai consulté Les Peuples du Nord de Lucie Malbos (Belin, collection Les Mondes anciens, 2024) et j’ai pu constaté que l’auteur semble avoir respecté les principales étapes historiques.

C’est aussi un roman d’ampleur, puisque nous voyageons d’Islande en Norvège, en Angleterre et en Normandie, à Kiev, mais il y a aussi une longue incursion au Groenland, d’abord aux côtés des scandinaves qui tentent d’y vivre, puis des Inuits vivant heureux sans roi, sans héros et sans scalde.

Tête de Viking, 11e siècle Suède, bois de cervidé, musée de Sigtuna


Il y a deux fiers-à-bras qui se sont rendus célèbres plus que les autres dans les Fjords de l’Ouest : ce sont les frères jurés Thorgeir Havarson et Thormod Bessason et, comme on peut s’y attendre, il court force récits sur leur compte dans le Djup, où ils ont grandi, de même que dans les Fjords du Glacier et sur les Rives du Horn ; aussi faut-il dire qu’en tous ces lieux, ils ont accompli de hauts faits.
C’est le début.

Vieillards, mendiants et voleurs mutilés combattaient avec leurs béquilles, et les enfants avec leurs jouets. Les pierres pleuvaient dru sur les vikings. Se précipitaient sur eux de dignes dames. Vierges intactes et putes se tenaient côte à côte, déversant sur les vikings de l’urine bouillante tandis que d’autres les aspergeaient de goudron en fusion ou d’eau tirée du fleuve.
C'est le récit de la résistance des habitants de Canterbury contre les vikings.

Et quand, avec quelques compagnons, nous passâmes par le Verdal un jour, quelques mille ans après, et vîmes vers l’est les landes montagneuses bleues d’où, pour la dernière fois, descendit vers la Norvège le roi, sans clercs, loin des scaldes, abandonné de ses amis et de ses maîtresses, uniquement soutenu par une armée de païens étrangers, les pierres, en vérité, étaient silencieuses à Stiklarstadir, et, de la Saga du roi Olaf, ne survivait que le bruissement dans les feuilles.
À la fin le pastiche rejoint le souffle ténu de la légende et l’on ne saura rien du grand poème composé par Thormod à la gloire de Thorgeir et de son roi.

Laxness a reçu le prix Nobel de littérature et sur le blog il y a :


mardi 1 septembre 2026

Le balancier va et vient en ronronnant, découpe en douceur de fines tranches de temps dans le jambon de l’éternité.

 

Terry Pratchett, Le Faucheur, traduit de l’anglais par Patrick Couton, parution originale 1991.


Les entités qui régissent le monde ont décidé que La Mort devait prendre sa retraite, parce qu’il* est devenue une personnalité, au lieu de rester un simple opérateur technique, ce qui est totalement regrettable et contraire à sa fonction. Voici La Mort devenu donc mortel, comme tout le monde, mais conservant sa forme de grand squelette et sa curiosité. Il découvre le temps qui passe, le sommeil et les rêves.
Or, donc, La Mort trouve un emploi d’ouvrier à la ferme. C’est la saison des moissons, il faut faucher et rassembler la récolte ; il sait faire.

Il se demandait s’il avait déjà éprouvé des sensations de vent de rayons de soleil par le passé. Oui, il les avait éprouvées, sûrement. Mais jamais de cette façon-là ; la sensation du vent qui vous poussait, la sensation du soleil qui vous donnait chaud. La sensation du temps qui passait.
Qui vous emportait.

Toutefois, du fait de cette absence de mort et en attente du remplaçant, le mage Pounze qui devait mourir devient un zombie. En plus le monde connaît un afflux de fluide vital qui ne sait par où s’épancher et qui finit par prendre la forme la plus décatie de la vie, à savoir… les caddies et un immense centre commercial. Un parasite en plastique et en métal, un prédateur, un monstre froid contre lequel se liguent des mages, notre zombie, un vampire, une louve-garrou et quelques autres créatures. Si vous n’avez jamais eu peur d’une armée de caddies...
Évidemment tout finira bien.

Madame Cake pouvait lire l’avenir dans un bol de porridge. Avoir une révélation dans une poêlée de bacon frit. Elle avait passé son existence à mettre son nez dans le monde des esprits, sauf que l’expression « mettre son nez » ne s’appliquait guère au cas d’Evadne Cake. Elle n’était pas du genre à mettre son nez dans le monde des esprits. Plutôt à mettre les pieds dans le plat et à demander à voir le patron.

Si ce livre est aussi réussi, c’est d’abord parce qu’il a pour personnage principal La Mort, qui observe les humains sans les juger, qui sait que le bien et le mal n’existent pas, mais qui sait aussi que tout bon faucheur doit s’intéresser à sa moisson. On fauche, mais on regarde chaque tige de blé.
Et puis les mages sont réussis, avec leur chef dont les gros mots s’incarnent dans un essaim de petites créatures volantes, et leur doyen qui lance des « yo ! » guerriers. Et puis il y a un zombie qui aimerait bien mourir pour de bon.
Il y a aussi Cyril, un coq dyslexique, et un tas de compost qui est assez vivant pour dévorer son jardinier, et l’adorable Mort aux Rats qui fait couiiii.

* Par convention, La Mort est un personnage masculin s’exprimant en petites capitales d’imprimerie.

Des tables sur tréteaux croulaient sous des plats qu’on associe traditionnellement aux banquets : pâtés en croûte à l’air de fortifications militaires vernissées, jarres d’oignons démoniaques au vinaigre, pommes de terre en robe des champs baignant dans des océans cholestéroliques de beurre fondu.

T. Pratchett et Stephen Briggs, Carte du Disque Monde, 1995 BNF

Des volumes des Annales du Disque-Monde, je vous en ai parlé de certains d’entre eux, mais pas de tous, en fonction de mes préférences. Jusqu’ici ceux que je mets en avant sont La Huitième couleur (c’est le premier, on y découvre tout l’univers du Disque, avec son inénarrable touriste) les Trois sœurcières (au programme : château hanté, sorcières et théâtre shakespearien) et Au guet ! (si vous voulez tout savoir sur le métabolisme du dragon). Aujourd’hui, un nouveau titre à conseiller à ceux qui veulent découvrir sans tout lire : Le Faucheur.

Je lis Pratchett rituellement dans le TGV du retour de vacances. C’est une lecture bonne apaisante et distrayante, pleine d’affection pour les êtres humains et les êtres vivants en général, elle permet de ne pas voir passer les heures.

Détail de la carte




samedi 29 août 2026

Retour de vacances, retour d’Angleterre

 

Retour de vacances, retour d’Angleterre. Ce n’est pas la première fois. Je suis désormais incapable de compter mes voyages outre-Manche ; je sais en revanche que j’y retournerai en janvier.

Envie de verdure et de fraîcheur – ça a totalement foiré.

Envie, 10 ans après, de revenir dans le Kent et d’y passer plus de temps.

Le Kent ? Le Kent, Garden of England. Il s’agit de la région située au sud-est de Londres. En 2016, c’était mon premier voyage en dehors de Londres et d’Oxford, en dehors des villes donc. Je voulais voir des jardins anglais. À l’époque, je ne connaissais pas grand-chose de l’Angleterre, je m’étais organisée surtout en fonction du Guide vert : deux nuits à Canterbury, trois nuits à Royal Tunbridge Wells et deux nuits à Douvres. Je n’étais pas très au point sur les transports en commun et sur ma capacité à trouver les châteaux dans la campagne.

Ce fut un émerveillement, une découverte enchantée. Le National Trust, les possibilités de circuler dans les champs et dans les prés via des footpaths reliant une gare à un village, les incroyables jardins… les transports en commun avec des toilettes gratuites et propres dans les gares et dans les trains, les mûres que l’on peut cueillir tous les jours. J’étais conquise. Et j’ai nourri depuis l’envie d’y revenir, d’y passer plus de temps, pour mieux profiter et visiter ce que j’avais alors négligé.

J’ai attendu car je savais que la région est chère, très touristique, et assez chaude – pas facile de rivaliser avec le Yorkshire.

Je me suis décidée pour cet été 2026.

Dans les rues de Canterbury

Sauf que cette année, j’avais envie de villégiature, de me poser 10 jours sans faire, défaire et refaire la valise. J’ai donc naturellement choisi Canterbury.

Sauf que… un point de géographie s’impose. Le Kent est la région de la pointe Est de l’Angleterre, celle qui est entourée par la mer de trois côtés. Les châteaux et les incroyables jardins ne se trouvent pas là, mais plutôt dans le Sussex, voire l’Essex – le centre du pays, comme m’a dit un local – ce qui explique qu’ils soient plus accessibles depuis Tunbridge Wells que depuis Canterbury.

Sauf que cela n’aurait pas été aussi gênant sans l’irruption d’une invitée totalement malvenue, j’ai nommé la chaleur. À cause d’elle, je suis arrivée épuisée comme jamais, l’herbe était rase et jaune pâle, les pommiers perdaient leurs fruits du fait de la sécheresse, se promener dans la campagne était un enfer et attendre le bus une corvée. La chaleur a complètement gâché ces vacances et pesé sur mon moral, parce qu’on ne parle pas de chaleur, mais de changement climatique et je ne vois aucune mesure prise pour enrayer le mouvement. À vrai dire, j’en sors assez déprimée.

Ce qui ne m’a pas empêchée de voir de belles choses et de découvrir des paysages. Mais il y aura un seul jardin.

Les beaux murs en silex

Concrètement ?

Le voyage aller s’est déroulé sans problème. Un premier TGV jusqu’à Paris, puis l’Eurostar avec mon Tupperware et ma petite salade. Arrivée à Londres, je prends le temps d’acheter le thé que je boirai pendant mes vacances et je me dirige vers le train suivant. Canterbury est desservi depuis plusieurs gares londoniennes (au moins 4), mais depuis Saint-Pancras ce sont des trains express, qui mettent seulement une heure (et moi, je n’ai pas eu besoin de reprendre le métro pour changer de gare, c’est moins fatiguant). Vendredi 16h, tous les londoniens qui s’apprêtent à passer le week-end à la campagne ou au bord de la mer sont à bord. C’est le foutoir, mais tout le monde fait preuve de patience, sans crier.

À Canterbury je gagne mon logement. Excellente surprise cette année. La location touristique ne prend pas la place d’un logement pour un habitant puisqu’il s’agit d’un ancien wagon, situé au fond d’un jardin, et aménagé en studio cosy. Il y a un petit jardin fréquenté par un rouge-gorge et des merles, des écureuils et un renard ( je leur ai mis de l’eau dans un plat pour qu’ils puissent boire). Idéal pour une villégiature bourgeoise.

Début des visites la semaine prochaine sur le blog !

Gâteau noix et café ; soda chimique à la rhubarbe


lundi 24 août 2026

Programme d'automne du blog

 

Bonjour tout le monde,

J’espère que vous allez bien. Je suis revenue à la maison, mais heureusement je ne reprends pas le travail tout de suite, j’ai encore du temps pour me reposer et lire.

Voici quelques annonces concernant les billets à venir.

Je participerai à la Rentrée à l’Est de Sacha, avec deux pays au menu cette année, la République tchèque et la Slovaquie. Je me rends compte qu'elle se déroule du 15 au 30 septembre, mais que dans ma tête, j'avais noté du 1er au 15. Mmmm... va falloir trouver de quoi meubler en attendant !

Sacha a programmé une lecture commune Karel Čapek le 15 septembre, un auteur abondamment représenté sur le blog. Je participerai donc, mais sans doute le 17.

En effet le 15 du mois sera consacré aux escapades littéraires européennes de Cléanthe (et il devrait en être ainsi tous les mois). Les thématiques à venir sont les suivantes : les Balkans en septembre, puis viendront les migrations et les déplacements, Kafka, Naples, l'hiver, etc.

Ce 15 septembre sera chargé puisque c’est également le début de Sous les pavés les pages, le défi urbain d’Athalie et d’Ingannmic (jusqu’au 15 novembre). Si vous parvenez à lire un livre de Čapek ayant pour thématique les Balkans et se déroulant en ville, vous gagnez le Super Banco !

Par ailleurs, novembre, retour des Feuilles allemandes avec Eva et Patrick.

Mais le 26 novembre, retenez la date, ce sera au tour de William Faulkner. Ingannmic et moi vous proposons de lire un titre au choix de ce fabuleux auteur américain. Si vous ne connaissez pas et si vous ne savez pas avec quel titre vous lancer, rappel des suggestions les plus fréquentes : Tandis que j’agonise, Sartoris et Lumière d’août. Pour notre part, nous serons plongées dans le troisième volume de la saga des Snopes.

J’en reparlerai, mais sachez d’ores et déjà que je reconduis la semaine consacrée à l’Holocauste pour la dernière semaine de janvier 2027.

Et les billets touristiques, me direz-vous ? Ils reviennent, eux aussi. Dès ce week-end, nous serons en Angleterre.

La belle verrière de la gare de Saint-Pancras, lieu de tous les possibles.