La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



jeudi 21 septembre 2017

C’est curieux, mais l’oreille apprend à reconnaître le bruit exact que fait la mort en survenant.

Dan Simmons, Le Grand amant, traduit de l’américain par Monique Lebailly, parution originale 1993, édité en France chez ActuSF.

Écrire de la poésie dans les tranchées de la bataille de la Somme.

(Ne faites pas comme moi : ne sautez pas le « prologue de l’éditeur » qui fait pleinement partie du livre). Nous lisons le journal d’un lieutenant anglais, perdu dans la guerre de tranchées de la Première guerre mondiale. Il raconte les combats, les morts, les blessures. Il est poète et des vers viennent interrompre le cours du récit. Il y a aussi une mystérieuse dame au parfum de violette. Ce journal aurait été publié longtemps après la mort du jeune homme et l’éditeur vient parfois le commenter.

C’était un bruit constant, mais il s’élevait et retombait comme les caprices, composés avec précision, d’un ressac lancé par le vent, ou le bruissement d’un million de feuilles un soir d’automne, dans le Kent. Seulement, il n’y avait rien d’apaisant ou de méditatif dans ce bruit : c’était celui d’un millier de dents grinçant sur une centaine d’ardoises ; celui d’ongles cassés grattant la terre ; c’était le sifflement et le gargouillis et les halètements grinçants des gazés luttant en vain pour respirer avec des poumons encombrés de mucosités.
C’était le bruit que faisaient nos centaines de gars blessés dans le no man’s land.

En voilà un curieux petit roman, tout à fait déstabilisant pour le lecteur. Ce journal déchiré, plein de trous, raconte la guerre, a priori comme d’autres témoignages. Il y est question de l’absence d’organisation, de l’incurie des généraux, des poux, des rats qui engraissent. Certaines scènes sont vraiment peu soutenables (elles sont mêmes assez nombreuses), notamment à propos des gaz ou de la décomposition des cadavres. La poésie semble y apporter une respiration. L’apparition mystérieuse est plus inquiétante et on craint pour la vie du héros. Qui est donc l’officier qui a écrit ces lignes au milieu des tranchées ? Le personnage principal exprime un attachement irrépressible à la vie, parce qu’il a envie de finir son livre et parce qu’il est dégoûté à l’idée qu’un mulot puisse vivre plus longtemps que lui.
Beckmann, La grande opération, 1914, pointe sèche.

C’est un roman bien sûr, mais les poèmes sont vrais. Les notes du vrai éditeur nous permettent d’identifier les auteurs de ces vers dont plusieurs sont morts pendant la guerre.
Un roman très troublant, car le lecteur hésite à identifier ce qu’il a sous les yeux : un roman, un témoignage, une reconstitution ? S’y mêlent un accent de vérité et un sentiment de détachement, d’irréalité, de merveilleux. C’est un bel hommage rendu aux soldats et aux poètes des tranchées, peu connus pour la plupart d’entre eux (surtout pour nous puisqu’il s’agit de poètes de langue anglaise).

Ce que j’ai aimé, le voici :
Les porcelaines blanches, qui rayonnent
Cerclées de bleu ; la poussière impalpable et féérique ;
Les toits mouillés sous les réverbères ; la croûte dure
Du pain ami ; les mets aux saveurs multiples ;
L’arc-en-ciel ; et l’âcre fumée bleue du bois ;
La pluie brillant en gouttes dans la tiédeur des fleurs,
Les fleurs aussi, se courbant au soleil,
Et rêvant des phalènes qui les boivent sous la lune…



mardi 19 septembre 2017

Merci, berger, de m'avoir fait voir ta pitié avant de partir.

Jean Giono, Le Grand troupeau, 1931.

Un grand roman sur la Première guerre mondiale.

Le roman commence alors que les jeunes hommes viennent juste de partir au front et il s'achève avec leur retour, mutilés mais vivants, vivants parce que mutilés. Le roman ne raconte pas seulement la guerre et les soldats mais aussi la vie des civils à l'arrière et montre comment tout le pays a vécu ces années.

Puis ça revenait au silence, non pas au beau silence des bruits d'herbe, mais à ce silence épais et lourd, ce silence de dessous de couvercle, cet air étouffé entre la terre gorgée d'eau morte, noyée, et les lourds nuages à gros muscles qui semblaient mouiller la lessive du monde. On ne voyait pas les nuages dans cette nuit. On les sentait, on les entendait passer et se tordre ; on en avait le poids sur les épaules et le cœur.

Nous suivons donc Joseph et Olivier partis combattre. L'horreur des obus, des tranchées, les copains qui meurent dans les bras, les cadavres qui remontent de la terre, les rats et les corbeaux qui mangent, les chevaux qui meurent aussi, les hommes qui parlent aux fantômes... Giono raconte ce qu'il a vu. Peu de combats, il y a tout juste un Allemand dans ce roman, mais des hommes qui avancent sans savoir dans quelle direction, qui sont bombardés, déchiquetés, qui se vident dans la boue. Pendant ce temps, en Provence, les céréales et les bêtes ont été réquisitionnés. On guette et on craint l'employé de la mairie chargé d'annoncer les morts. Les champs sont abandonnés et les mauvaises herbes recouvrent les chemins. Les femmes se languissent de leurs hommes et des catastrophes peuvent parfois se produire.
Otto Dix, La guerre, 1923-24, eau forte.

La guerre, c'est aussi le mal que les hommes font à la nature, aux bêtes et au monde, la plongée dans un monde de technique et de barbarie, l'oubli de la terre et des étoiles. À cet égard, l’évocation du grand troupeau de moutons dans les premières pages est magistrale pour traduire la violence généralisée de ce monde-là. La guerre est vue comme une malédiction que les êtres humains envoient à la Terre, mais ici, ce sont des paysans qui font la guerre et eux, justement, ne s'intéressent qu'à la terre, dans toute sa richesse.

Le tout porté dans la langue magnifique de Giono.

Ah ! l'autre fois, elle en avait lâché la fourche, et puis, en se baissant pour la ramasser, elle s'était emplie d'odeur à ras bord et le geste avait fait tourner sa chair au fond des linges, une chair grenue comme la peau des poules et toute prête à s'épanouir et qui languissait. Et ça avait été pour elle comme si elle avait eu la tête perdue dans des feuillages et culture vent. À quoi bon fermer les yeux et se faire raide depuis le talon jusqu'au cou, puisque ça traversait les paupières et que ça connaissait les charnières qui font plier le corps, puisque, somme toute, c'était bon, puisque, tout compte fait, ça n'était pas défendu.




dimanche 17 septembre 2017

Je me raconte... été 2017

 Cet été ? Je n'ai pas fait que lire (même si le bilan des lectures est impressionnant). J'ai aussi fait du tourisme. J’ai découvert les villes de New York et de Philadelphie. Un long et beau voyage… Je suis partie en compagnie de l’amie Magali pour arpenter ces deux villes et c’était superbe !


D’abord nous avons passé les contrôles sécurité des aéroports en mode yolo trop facile et trop rapide.
Et New York… C’était étrange de marcher dans une ville tant de fois vue à la télé, aux infos, dans les films ou dans les livres. Les mêmes taxis jaunes, les mêmes gratte-ciel et les immeubles en brique, les gens ultra pressés (trop de gens !) avec leur boisson dans le gobelet… comme c’est étrange ! Ils existent en vrai !
Et nous avons vu :
Des bleuets et des fruits des bois cultivés dans le Vermont tous les matins dans les céréales.
Un homme armé pour venir boire son café.
Des pancakes avec de la banane chaude écrasée.
La statue de la Liberté et Ellis Island.
Des merles d’Amérique, des écureuils et un cardinal.
Un panneau interdisant d’entrer dans les toilettes avec son arme.
Un Américain ne cuisinant jamais et s’extasiant devant des tomates.
D’autres Américains qui ont eu un ours noir dans leur potager.
Plein de trucs au maïs.
Des gâteaux à la banane !!!!
Un gâteau choisi à la couleur, purple cake, ce n’était pas mauvais.
Des impressionnistes, des Renoir et des Cézanne par dizaines, des Picasso entrecoupés de Kandinsky et de deux ou trois autres du même calibre.
Pas assez de peinture américaine des années 20 ou 30.
Des employés de musée qui assurent au moins trois fois que l’on est very welcome. Et bah, ça fait plaisir.
Et encore de la peinture impressionniste.
Le métro new-yorkais… toute une légende.
Et le train… Je comprends que les touristes américains soient un peu paumés chez nous, faut être gentil avec eux !


Et Philadelphie. Une vieille ville (chut, les Marseillais, on ne ricane pas) avec la plus vieille rue des États-Unis et des bâtiments historiques : ici se sont joués la Révolution américaine et plusieurs événements liés à l’indépendance et à l’écriture de la constitution.
Et encore de la peinture impressionniste. Interrompue par quelques Matisse.
Et des fenêtres à guillotine !!!! Non, mais quitte à virer les Anglais, vous auriez pu virer les fenêtres, quoi !
Rocky.
Tout est trop salé, trop sucré, trop épicé.
Sauf le café qui n’est pas trop caféiné.
Du cheddar, plein de cheddar ! C’est bon la campagne.
Et encore des contrôles aéroport en mode yolo (sérieux, on a dû y passer 20 minutes) et même un RER B vide, propre et à l’heure. (avec le recul, je pense que c’était un voyage publicitaire) 


Bien entendu, je vous montrerai des photos.