Le blog est à Ravenne. La semaine dernière, je vous parlais de Galla Placidia et du début du 5e siècle. Aujourd’hui, c’est au tour de Théodoric (455-526), roi Ostrogoth, roi d’Italie, dirigeant de l’empire d’Occident, reconnu par l’Empereur romain d’Orient, de confession chrétienne arienne, ayant mené les Goths depuis la Thrace jusqu’à l’Italie.
Quand Théodoric s’empare de Ravenne pour y installer le centre de son pouvoir, il entreprend de grands travaux pour doter la ville de lieux de culte ariens, agrandir le complexe palatial, réparer l’aqueduc, installer de nouveaux égouts, restaurer les thermes et créer des greniers à grain. Nul doute qu’il a dû être frappé par l’opulence des édifices existants et qu’il a souhaité s’inscrire dans cette lignée.
Édifice de brique, on entre dans la lumière.
Entre 493 et 526 Théodoric lance la construction d’une grande basilique, jointe au palais, dédiée au Christ Sauveur, dite aujourd’hui Saint-Apollinaire-le-Neuf. Elle était dotée à l’origine d’un plafond doré et de trois registres de mosaïques à fond d’or courant sur toute la longueur, méritant donc son surnom de Coelum Aureun, basilique au Ciel d’Or.
Il en reste les mosaïques de la nef qui font la célébrité du lieu.
Au niveau supérieur une série de scènes de la vie du Christ, miracles d’un côté et Passion de l’autre. Entre chaque panneau, colombes, croix et gloire céleste. À l'époque l'iconographie de la vie du Christ est plutôt nouvelle sur le sol italien.
Au registre médian des apôtres et prophètes, coiffures élégantes et grandes toges blanches à la romaine. Ils ressemblent beaucoup aux figures du Mausolée de Galla Placidia, des philosophes d'un nouveau genre.
Au niveau inférieur on voit aujourd’hui deux processions de saints, hommes et femmes, rejoignant les icônes du Christ et de la Vierge Marie, mais ce troisième registre a été abondamment restauré et modifié. Il y avait à l’origine des scènes propres à l’arianisme, et sans doute Théodoric et sa cour d’un côté, sa femme ou sa fille de l’autre, menant les processions. Ils ont été effacés et remplacés vers 560. Les mosaïques que nous voyons sont donc plus récentes que celles du niveau supérieur.
Et aux extrémités, la Vierge à l'enfant d'un côté et le Christ de l'autre.
À l’extrémité ouest, les représentations de deux architectures se font face.
D’un côté le palais impérial de Ravenne, avec un portique ouvert et la salle du trône. On sait que Théodoric avait fait réaliser un portique tout autour du palais, où il pouvait paraître pour recevoir les acclamations de ses sujets. Une représentation du roi et des dignitaires de sa cour se tenait probablement là, à l'entrée de l'édifice, mais là encore ils ont tous été effacés et remplacés par des rideaux vers 560 quand l’évêque catholique a pris possession des lieux. Restent des bouts de doigt ou de pied... Paradoxalement l'absence de Théodoric, avec ce mur d'or, rend encore plus manifeste sa présence, lui qui est l'auteur de l'édifice.
Derrière, on aperçoit les fortifications de la ville.
De l’autre côté, le port de Classe (Classe étant relié à Ravenne par un canal) et les navires à l’ancre, avec de hauts fonctionnaires, eux aussi effacés et transformés en mur d'or.
Des pages entières ont été écrites pour savoir si les mosaïques ont été réalisées par des artisans de Constantinople ou de Rome, ou de Ravenne. Des matériaux de construction romains sont identifiés, ainsi que des chapiteaux et des colonnes en marbre du Proconnèse, travaillés par des Grecs et importés depuis Constantinople. Théodoric a voulu le meilleur pour sa basilique.
Théodoric a vécu à la cour de Constantinople et a parcouru l’empire romain d'Orient et d'Occident et il avait vu Rome. Il connaissait le pouvoir et l'impact des images régaliennes pour affirmer son pouvoir et sa légitimité. C’est pourquoi il insiste pour que les guerriers goths viennent en ville pour recevoir leur solde, guerriers qui peuvent assister aux célébrations religieuses dans cet édifice et admirer sa statue équestre à quelques mètres. Les archéologues ont relevé des inscriptions en son honneur dans tout le royaume (à Pavie notamment). La statue équestre a tellement impressionné Charlemagne (témoignage direct de l’habileté technique des artisans romains et de la continuité de l’empire) qu’il l’a prise pour l’installer à Aix-la-Chapelle – la continuité impériale, maintenant, c’était lui.
Et Saint Apollinaire ? Premier évêque de Ravenne, mais ses reliques y sont arrivées seulement au 9e siècle, donnant son nom actuel à la basilique.
Quant à la mosaïque du choeur, un tremblement de terre l’a détruite avec toute l’abside au 8e siècle.
Théodoric meurt en 526, après 33 ans de règne.
Si à Ravenne, le matériau de construction est en général la brique, il choisit de se faire construire un mausolée en pierre blanche d’Istrie. L’édifice est spectaculaire, avec son dôme monolithe de 300 tonnes. Le corps du roi a été déposé dans un grand sarcophage en porphyre (mais les restes en ont été dispersés après 540 et la prise de la ville). Théodoric avait vu le mausolée de Constance à Rome, celui de Dioclétien à Split et ceux des empereurs d’Orient dans l’église des Saints-Apôtres de Constantinople. Il savait ce qu'il faisait. Aujourd’hui encore, cette construction marque le paysage local.
Vous ne comprenez pas bien ce que c’est que cette histoire de chrétiens et d’ariens ? Il en sera justement question la sem... dans deux semaines, il en sera question dans deux semaines !
La semaine dernière : Mausolée de Galla Placidia.
