Jiří Weil, Vivre avec une étoile, parution originale 1949, traduit du tchèque par Xavier Galmiche, édité en France par Denoël/10-18.
Le narrateur s’appelle Josef Roubíček et il vit dans une baraque insalubre presque vide. Il a brûlé ses meubles et s’en trouve d’autant plus libre. Il essaie tant bien que mal de se faire à manger à partir de maigres rations. Il vit dans un monde qui s’est peu à peu rétréci, interdit de faire ceci, interdit de faire cela ; il vit dans un monde intérieur où il s’efforce de rappeler à lui par le souvenir Růžena, une jeune femme, un ancien amour.
Je n’y tenais pas trop, à cette étoile. Elle était jaune, avec une inscription en langue étrangère, en caractères noirs et pointus, ce n’était pas une bonne affaire de l’échanger contre un ticket de sucre. J’avais besoin de sucre pour améliorer le faux café que je me faisais.
Au début du roman il se plonge fréquemment dans ses souvenirs d’avant, ceux avec Růžena, quand ils se promenaient ensemble, qu’ils se parlaient, qu’ils faisaient des projets… Růžena avec qui il n’a pas eu le courage de fuir quand c’était encore possible. Est-il lâche ? Au fur et à mesure, le lecteur en vient à se demander si Růžena existe vraiment, si elle n’est pas un subterfuge pour fuir la réalité.
Un petit roman d’une immense poésie, pleine de pudeur, et d’une grande puissance, autant pour sa portée historique que pour ce qu’il raconte de l’individu humain.
La musique occupe une très faible place dans le roman et pourtant L’Hymne à la joie de Beethoven (Neuvième symphonie, avec des paroles de L’Ode à la joie de Schiller) y joue un rôle essentiel dans l’évolution du héros, lui faisant advenir un mot qui lui paraissait interdit : l’espoir.
Je savais que la joie allait venir, je savais qu’elle était là, silencieuse, que maintenant il n’était plus possible de l’anéantir avec des cris et des claquements de fouet.
C’est pourquoi je propose ce livre à l’activité Sing me a song.
Nous avancions au milieu d’un frou-frou de papiers froissés, on nous changeait nos numéros et nous n’avions pas le droit de pleurer, ni d’avoir des convulsions, ni de nous taper la tête contre le mur, nous n’avions même pas le droit de chanter des psaumes ou d’entonner une marche funèbre.
Je ne m’étonnais plus qu’ils ne cherchent pas par quel chemin ils auraient pu s’enfuir. Ils contemplaient un tremblement de erre, ils voyaient leurs maisons détruites et leurs biens dévorés par des incendies, ils regardaient le déluge recouvrir le petit lopin qui leur restait encore, ils étaient hébétés à force d’attendre, ils tremblaient jour après jour à l’idée qu’on allait les convoquer.
Il est difficile de ne pas penser à Kafka pendant la lecture, un autre juif tchèque, du fait de la peinture de cet univers de bureaucratie dépourvu de sens, sans repère ni historique ni chronologique, où l’on remplit des formulaires sans fin et répétitifs, où les gens sont seulement des numéros qui mangent, et où surtout, comme dans Amerika, c’est l’imaginaire du cirque qui s’impose, énorme, monstrueux et angoissant, avec ses dresseurs équipés de fouets et ses imprésarios en uniforme rutilant, ses acteurs interchangeables, son public passif et complice, et puis le nom d’Oklahoma qui apparaît brusquement, mystérieux, lointain et menaçant.
Et maintenant j’ai très envie de lire Mendelssohn est sur le toit.
Bon pour la Rentrée à l’Est de Sacha.





