La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



dimanche 24 mars 2019

Gâteaux à la farine de châtaigne et au citron bergamote et poires pochées à la cardamome

Petits gâteaux à la farine de châtaigne et au citron bergamote

J’ai découvert dans un vieux Elle à table une recette de canistrelli à la farine de châtaigne. Je ne sais pas comment la recette est fichue, mais elle n’est pas terrible. Verdict : dans une seconde version, j’ai changé pas mal de choses et voici ma recette qui est très bonne.

Ingrédients
160 g de farine de blé
90 g de farine de châtaigne
70-80 g de sucre
Levure chimique (un demi sachet)
1 pincée de sel
Du beurre ramolli… je n’ai pas pesé, mais je dirais 40 g.
Le jus de deux citrons – le citron bergamote est incomparable ! Si vous arrivez à en trouver, il surpassera tout !
De l’huile d’olive

Mélangez ensemble le beurre, les farines, le sucre, la levure, le sel de façon à obtenir une pâte sablée. Ajoutez le jus de citron. Mélangez. Ajoutez ensuite l’huile d’olive progressivement, tout en mélangeant, jusqu’à obtenir la boule de pâte adéquate.
Sur le tapis de cuisson en silicone, faites des petits tas, sortez l’emporte-pièce et hop hop hop ! Enfournez dans un four chaud à 160 degrés pour 15 minutes à peu près.
C’est vraiment très bon. Doux et parfumé.
Il est tout petit, il a besoin d'être mangé !


Poires pochées au vin blanc et à la cardamome

Les gâteaux sont un peu secs et ont besoin d’accompagnement, non ?

Pour 4 personnes
50 cl de vin blanc sec
1 cuillère à soupe de jus de citron
150 g de sucre en poudre
15 gousses de cardamome (fendues) (si vous avez de la cardamome fraîche, vous pouvez diminuer la quantité)
Du safran (pas mis) (la cardamome suffit)
1 pincée de sel
4 poires fermes, pelées, avec la queue. Personnellement je trouve qu’il est plus pratique de couper les poires en quartiers.
Crème fraîche

Versez le vin et le jus de citron dans une casserole et ajoutez le sucre, la cardamome, le safran et le sel. Portez à ébullition et plongez-y les poires. Veillez à bien les immerger dans le liquide en ajoutant de l’eau si besoin (ou en les coupant en morceaux). Couvrez et laissez mijoter 15 à 25 minutes, jusqu’à ce que les poires soient cuites.
Sortez les poires du liquide. Augmentez le feu et faites réduire le sirop de deux tiers environ. Arrosez les poires de ce sirop et laissez refroidir. Servez avec de la crème fraîche (bof).

C’est très bon !

Poires en beauté.
Cette recette-ci provient de : Yotam Ottolenghi et Sami Tamimi, Jérusalem, traduit de l’anglais par Christine Mignot, 2012, édité en France chez Hachette.

jeudi 21 mars 2019

Bien sûr, toutes les sociétés pratiquent le récit d’elles-mêmes.

François-Xavier Fauvelle (sous la direction de), L’Afrique ancienne, 2018, aux éditions Belin.

Un peu d’histoire.
Ce livre collectif (une trentaine d’auteurs) part sur les traces de l’histoire de l’Afrique, une histoire ancienne. Le livre s’arrête au XVIIsiècle, nous plongeons donc dans un lointain passé. C’est que, une fois que l’on s’est bien gaussé de ces crétins qui estiment que l’Afrique n’a pas d’histoire, la plupart d’entre nous n’avons pas grand-chose à dire, l’histoire de ce continent faisant rarement parti du bagage intellectuel de l’honnête homme/femme. Donc, voici de quoi être moins vide !

La notion de néolithisation, construite sur le modèle de l’histoire de l’Europe, désigne un processus dont les éléments caractéristiques apparaissent sous la forme d’un « paquet » complet comprenant sédentarité, agriculture, élevage et production de céramique, qui s’est propagé au gré de déplacements de populations ou d’une diffusion culturelle. Au contraire, en Afrique, il n’existe pas de schéma univoque, les processus débouchant sur la production de nourriture étant pluriels, complexes et non exclusifs.
On peut être nomade et éleveurs, sédentaire et chasseur.

Évidemment, je ne vais pas vous résumer les 600 et quelques pages de cette somme, qui nous balade sur l’intégralité du continent africain. Bien sûr aussi, certaines régions sont mieux représentées que d’autres (l’extrême sud du continent me semble un peu oublié) et on y va plutôt à grandes enjambées. Mais tout de même, voici quelques pistes.
Une première grande partie trace un parcours chrono-géographique : de grandes ères géographiques et des royaumes. L’Égypte ancienne, Méroé, la côte maghrébine, l’arrivée de l’Islam, le monde Swahili, les royaumes du Sahel, l’Éthiopie, le golfe de Guinée, le bassin du Congo… Une deuxième partie choisit une approche thématique : les variations climatiques du Sahara et les conséquences sur les populations humaines, l’élevage des bovins, la métallurgie, les chasseurs-cueilleurs… Une troisième et courte partie nous emmène aux côtés de l’historien : comment utiliser la linguistique pour écrire une histoire des populations, les documents écrits, les sources orales, l’histoire de l’art…

Commandé par un roi ibérique chrétien pour être offert au roi de France, l’Atlas catalan, une carte sur vélin dessinée par des cartographes juifs de Majorque (Baléares) en 1375, nous livre une représentation en majesté du roi du Mâli trônant en son royaume et présentant au monde une énorme boule d’or. De toute évidence, les informations réunies sur cette partie de la carte proviennent de sources islamiques, même si elles sont écrites en catalan.
Sabre de la culture Fon, Bénin, XIXe siècle, Musée du quai Branly.

On croise naturellement des civilisations dont on n’avait jamais entendu parler ou des problématiques anciennes, mais ici totalement renouvelées. On apprend que certaines plantes que nous associons à l’Afrique viennent d’Asie du Sud-Est (le bananier, la grande igname, le sorgho…). On croise la langue guèze, le sabéen, le grec et des tas de langues inconnues, des communautés juives, des berbères, des grandes villes, des nomades. Des êtres humains habitant sur les arbres pour échapper à la traite esclavagiste. Des peintures murales, des tombeaux, des églises enterrées et j’en passe. Un chapitre très intéressant sur les villages installés dans la forêt tropicale, qui sont un peu difficiles à étudier. L’hypothèse d’une épidémie mondiale de peste au XIVsiècle venue d’Asie jusqu’aux côtes atlantiques pour dépeupler la moitié du monde. La migration bantoue, qui est documentée par des études génétiques, linguistiques, ethnologiques et anthropologiques. Un royaume catholique noir au Congo. L’ampleur effarante de la traite transatlantique et les différents systèmes esclavagistes qu’a connu le continent.
Je note enfin que manifestement les recherches scientifiques sont loin d’être suffisamment nombreuses. À l’échelle d’un continent aussi étendu, les sites archéologiques sont peu nombreux à avoir été repérés et étudiés, plus rares encore à avoir été étudiés correctement, de façon aussi fouillée que peut l’être n’importe quelle ferme gallo-romaine. Dans les musées et bibliothèques des pays occidentaux, combien d’objets dont on ne sait pas s’ils sont des contrefaçons, d’où ils viennent, de quand ils datent et à quoi ils servent. Ils méritent amplement l’attention des chercheurs. Au boulot !

On est bien embarrassé lorsqu’il s’agit de décrire la religion de ces païens, car ceux-ci n’apparaissent dans la documentation écrite chrétienne que sous un jour négatif. Les vestiges archéologiques qu’ils ont laissés sont des monuments funéraires qui expriment davantage les pratiques que les croyances. Et le croisement entre données archéologiques et témoignages écrits est délicat : les morts inhumés dans les tumulus ou dans des fosses surmontées de stèles sont-ils les mêmes païens que ceux qui émaillent la documentation produite hors d’Éthiopie, par les Coptes d’Égypte ou par les géographes arabes ?

Merci Estelle pour la lecture !

Si le sujet vous intéresse, mais que vous êtes rebuté par l’idée de lire un livre de 1,6 kilo, je vous conseille extrêmement vivement Le Rhinocéros d’or.
Si le sujet vous intéresse toujours, sachez que Fauvelle a été nommé récemment professeur au Collège de France et que ses cours se trouveront donc un jour ou l’autre écoutables gratuitement sur le site internet de l’institution.


lundi 18 mars 2019

Mon Salon du Livre de Paris 2019

L’heure du billet rituel qui suit le Salon du Livre.

Oui, au Salon du Livre de Paris, il y a trop de monde, trop de bruit, on a mal au dos et aux pieds. Et cette année il n’y a même plus de square culinaire, c’est trop nul. MAIS d’abord c’est l’occasion de voir des amis que l’on ne retrouve qu’une fois par an parce que nous habitons tous dans des régions différentes. Pendant quelques heures nous n’arrêtons pas de parler et c’est trop bien. L’amitié vaut bien un peu de fatigue. Et puis c’est l’occasion de faire le tour des éditeurs peu ou pas présents en librairie.
Le bilan est extrêmement raisonnable puisque j’ai acheté seulement huit livres dont un qui est quasiment en communauté avec une amie. Petit tour d’horizon.
Première étape... au café pour prendre des forces. Puis sur le stand du Québec (à part La Peuplade qui a trouvé le chemin des libraires françaises, les autres éditeurs sont absents de chez nous). Je repars avec Confessions animales de Serge Bouchard où plein d’animaux prennent tour à tour la parole. Et avec Le Coureur de froid de Jean Désy (parce qu’il y a un renard sur la couverture) qui se passe dans le Nunavik.
J’ai réussi à ne rien acheter chez Phoebus et Noir sur Blanc grâce à ma volonté sans faille - on applaudit bien fort !
Étape en Île-de-France, sur le stand des éditions Interférences dont les livres sont extrêmement beaux. J’achète Le Sorcier de Gettysburg de Kate Choplin. La dame a traduit Maupassant aux États-Unis dès la fin du XIXe siècle. Ce recueil de nouvelles prend place dans les bayous de Louisiane - pour moi, c’est prometteur.
Pause sandwich et second café.
Comme tous les ans, il est l’heure d’aller voir Anacharsis (éditeur dont je suis particulièrement fan). J’ai choisi La Femme du capitaine de Martha Hodes, un livre qui retrace l’histoire d’Eunice Richardson née dans une famille ouvrière blanche en 1831 et qui épousa un capitaine de marine noir des Caraïbes. Du genre, de la race, de la classe sociale, en un mot, de l’histoire, c’est fait pour moi ! Et aussi Les Pierres de Claudio Morandini, un roman italien, avec un village de montagne et des rocs animés par une vie propre.
Comme tous les ans aussi, je me rends chez Asphalte (oui, on trouve leurs livres en librairie, mais ces éditrices sont des amies d’amie, alors c’est différent). Je prends Malgré tout la nuit tombe d’Antônio Xerxenesky, auteur brésilien, dont j’avais bien aimé Avaler du sable.
Puis grosse entorse à mes principes ! Normalement j’achète les livres d’Actes Sud à Arles ou à Marseille, mais pas plus au nord. Mais Le Reich de la Lune, dernier roman traduit de la finlandaise Johanna Sinisalo, me faisait vraiment très envie (c’est une écrivaine très présente sur le blog). D’ailleurs je l’ai commencé le soir même et c’est très bien ! Et je l'ai fini dans le train du retour, billet à venir bientôt.
Enfin, un éditeur marseillais âgé seulement de quelques mois, les éditions du Typhon - il faut soutenir les petits jeunes. Trois romans au catalogue et pour ma part, ce sera Eltonsbrody d’Edgar Mittelholzer, un auteur de Guyane britannique.
Voilà ! Ce sera tout pour moi ! J’en ai bien profité. Maintenant il n’y a plus qu’à tout lire et c’est une autre paire de manche.



vendredi 15 mars 2019

Tu ne sais pas ce que je peux détester les hommes.

Louis Aragon, Les beaux quartiers, 1936.

Tout commence à Sérianne, une petite ville des Alpilles où de riches fabricants de chocolat emploie une pauvre main d’œuvre, locale ou italienne. Il y a le maire, le percepteur, les adultères des uns et des autres, la moralité de certains, le bordel où tout le monde se retrouve, la grande affaire des élections en ces temps de IIIRépublique. C’est la bourgeoisie de province, riche et racornie, qui se partage le territoire et le pouvoir local. 

Comme on s’étonnait qu’il fût parvenu à la mettre enceinte, il disait que c’est tout simple quand on n’est pas feignant, il n’y a qu’à bien viser. Il n’avait pas son pareil pour abattre les cailles avec des pierres. (Cette citation gracieuse a également été relevée par Lili !)

L’attention se concentre progressivement sur les fils du maire : Edmond et Armand Barbentane. L’aîné, le beau gosse, destiné par son père à la médecine pour reprendre le cabinet et la clientèle politique. Le cadet, destiné par sa mère à la prêtrise. Mais tous ces beaux projets peuvent se heurter aux désirs enfouis des jeunes gens. Tout se détraque tout à coup et l’action bascule à Paris !
À Paris, Edmond étudie la médecine. Il se verrait bien grand ponte parisien, mais les études sont longues et peu gratifiantes, surtout quand il croise le chemin de Carlotta, une magnifique italienne… il va lui falloir de l’argent. Armand, quant à lui, abandonne peu à peu différents idéaux et erre dans la misère un long moment avant de trouver une autre voie, aux côtés du peuple.
C’est un roman balzacien en diable, où l’on truande en famille, où il y a des magouilles financières et des héritages à préserver, des fils désireux de tracer leur chemin. Mais Edmond n’est pas exactement Rastignac – il préfère lire Bel-Ami. Toute une partie du roman plonge au cœur des repas de famille, des secrets d’alcôves, des ambitions rentrées, des espoirs déçus.

Si elle lui mentait, pourtant, comme il a su, lui, mentir ? Il se rassure très vite, avec des arguments de violoniste. Mais d’où lui vient cette folie nouvelle ? Il regarde sans fin Carlotta dormir. Carlotta dormir. Carlotta. Dormir.

Mais en fait, il ne s’agit pas du tout de cela ! Ou pas seulement. Ou comme un détail d’un drame plus vaste qui se joue à l’échelle de la France et de l’Europe. C’est que le roman commence en 1911-1912, quand Les Cloches de Bâle s’interrompent sur un mouvement plein d’espoir pour les travailleurs et les femmes. Voici donc que l’action reprend, alors que les patrons d’usine se réorganisent après les grandes grèves, quelques années après les manifestations des viticulteurs dans le Languedoc et les émeutes anti-Italiens et surtout alors que les débats font rage autour de la Loi des trois ans. Les débats politiques sont loin de constituer uniquement un arrière-plan pour le roman, ils envahissent progressivement les pensées et les intérêts des personnages. Le pays se prépare-t-il à la guerre ? Les intérêts médiocres et à court terme du personnel politique, provincial et parisien, et des industriels et d’un certain nombre d’autres, semblent confluer vers un discours de plus en plus martial. Pourtant Armand ira écouter Jean Jaurès, à qui il est magnifiquement rendu hommage. Le roman se clôt en juillet 1913, dans un climat de presque joyeuse kermesse (et de sombre crapulerie). Certains passages m’ont rappelé les romans de Stendhal avec ces imbroglios de gouvernement et de parlementaires, auxquels je ne comprends rien, mais qui retransmettent une certaine atmosphère.
Picasso, Ma Jolie, 1911, Moma.

Le début (4 lignes qui m'ont immédiatement séduite)
Dans une petite ville française, une rivière se meurt de chaud au-dessus d’un boulevard, où, vers le soir, des hommes jouent aux boules, et le cochonnet valse aux coups habiles d’un conscrit portant à sa casquette le diplôme illustré, plié en triangle, que vendaient à la porte de la mairie des forains bruns et autoritaires.

L’ensemble est excellent ! Un très long roman qui se déploie lentement. Les beaux quartiers parisiens arrivent tardivement, après ce long début dans le Sud, qui a permis de camper les portraits des élites locales, personnages tout à la fois complexes et sans intérêt. Les hypocrisies de tous les jours en somme. Aragon raconte la lutte sociale intense, quotidienne, violente, souterraine qui anime la société, les petits fonctionnaires, les commerçants, les ouvriers, les très pauvres, les notables. Il y a l’évocation de la pauvreté, des filles placées comme domestiques et violées par leur patron le plus naturellement du monde. Armand et Edmond sont lentement mis en valeur et nous les quittons au seuil de leur vie et sur le point de s’engager chacun dans leur voie – tout est-il déjà joué ? Aragon raconte une jeunesse, une initiation, un apprentissage, nous ne saurons rien de la suite (sauf si nous continuons à avancer dans Le Cycle du réel). En effet, quelques personnages récurrents apparaissent sans en avoir l’air dans les autres romans. Il s’agit de raconter notamment la fortune d’Edmond Barbentane, un de ceux qui tirent les ficelles d’Aurélien.
Et les femmes ? Les Cloches de Bâle et Aurélien mettent en avant des héroïnes féminines tout à fait originales. Ici ce n’est pas le cas. Je retiens simplement la figure de Carlotta, lointaine descendante de Nana, mais soucieuse d’échapper à son destin, qui essaie de concilier sa liberté, son besoin d’aimer et son besoin d’argent et qui a aussi besoin de se venger de ce qu’elle a subi. C’est que nous sommes dans une société où les femmes ne sont bonnes qu’à trouver un mari ou un protecteur pas trop violent.
Enfin, la langue d’Aragon ! Cette langue souple alterne d’amples mouvements descriptifs et des formules familières, voire franchement vulgaires. La rapidité des dialogues, très vifs, qu’il faut suivre, complète des portraits croqués avec justesse et ironie pour croquer les portraits. Le tout sans lourdeur.

L’accent méridional de son père le mettait hors de lui plus encore que cette impuissante inquisition. Depuis qu’il était à Paris, Edmond avait appris à parler du bout des dents et en serrant les lèvres, comme toutes les personnes du Midi qui ont de l’éducation.

Ici sommeillent de grandes ambitions, de hautes pensées, des mélancolies pleines de grâce. Ces fenêtres plongent dans des rêveries très pures, des méditations utopiques où plane la bonté. Que d’images idylliques dans ces têtes privilégiées, dans les petits salons de panne rose où les livres décorent la vie, devant les coiffeuses éclairées de flacons, de brosses et de petits objets de métal, sur les prie-Dieu des chambres, dans les grands lits pleins de rumeurs parmi la fraîcheur des oreillers ! Dans ces parages de l’aisance, on voudrait tant que tout fût pour le mieux dans le meilleur des mondes. On rêve d’oublier, on rêve d’aimer, on rêve de vivre, on rêve de dispensaires, et d’œuvres où sourit l’ange de la charité. L’existence est un opéra dans la manière ancienne, avec ses ouvertures, ses ensembles, ses grands airs, et l’ivresse des violons. Les beaux quartiers !

Aragon sur le blog :

Le billet de Lili sur ce roman, elle-même ayant déjà rejoint Les Voyageurs de l’impériale. Elle met notamment l’accent sur la liberté et la fantaisie d’Aragon.
Plus qu’un volume à lire !
Le billet de Lili sur Les Voyageurs de l'impériale.


mercredi 13 mars 2019

Faut-y qu’ce soit un fantôme !

Guillaume Sorel, Le Horla, d’après Guy de Maupassant, 2014, édité Rue de Sèvres.

Après ma relecture du Horla, la longue nouvelle si réussie de Maupassant, j’étais curieuse de lire cette adaptation BD, qui a obtenu un certain succès. Elle tient plutôt ses promesses.
Le dessin est très beau, très précis, avec de grands aplats aquarellés pour rendre les paysages de bord de Seine, des contrastes de couleurs qui traduisent bien les états d’âme du personnage.
Deux bonus : D’une part, Sorel ajoute un chat à qui le narrateur peut se confier et parler. La fiction du journal intime est en effet moins propice à une BD qu’à une nouvelle et il paraît plus naturel de s’adresser au chat qu’au papier. Cela permet des effets plutôt réussis, car le chat est un animal susceptible de percevoir des « choses » qui échappent aux humains, ce qui renforce le propos général. D’autre part, le séjour à Paris du narrateur est le prétexte pour Sorel de rappeler, par le dessin, de célèbres œuvres du XIXsiècle, Degas ou Toulouse-Lautrec, ou une nouvelle de Barbey d’Aurevilly. Un moyen original d’ancrer l’œuvre dans un imaginaire et une époque.
Un petit bémol : il m’a semblé que la BD tranchait trop dans l’interprétation que l’on peut faire du « horla » alors que le texte de Maupassant prend soin de rester très ouvert. C’est peut-être inhérent au fait d’avoir affaire à un média visuel, ayant besoin du support des images.
Bref, bonne pioche !