La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



samedi 19 septembre 2020

Quelques églises toulousaines

Maintenant que nous avons visité Saint-Sernin, nous sommes prêts à aborder les autres églises de Toulouse.
Petit panorama non exhaustif des endroits où il faut aller faire « oh » et « ah ».
Suite à l’épisode « cathares, massacres et rattachement à la France », un grand nombre d’églises furent bâties à partir du XIIIe siècle, églises destinées à la prédication pour ramener au bercail toutes les brebis égarées. Nous découvrons le gothique méridional, un plan à nef unique, permettant la prédication, en rassemblant les fidèles sous la chaire, dans un style austère et dépouillé, avec des murs assez imposants.
Rue du Taur, il y a Notre-Dame-du-Taur. J’aime assez sa façade de brique qui se dresse, vertigineuse, comme un décor de théâtre. L’intérieur en revanche est plutôt sombre.

Rue du Lieutenant-Colonel Pélissier il y a la petite église Saint-Jérôme qui est surtout intéressante par son plan au sol ovale. C’est à la fois sobre et baroque, c’est le XVIIIe siècle.

Rue du Périgord, il y a la Chapelle des Carmélites, qui est très mal éclairée et c’est bien dommage, car nous avons là une vraie rareté. Le bâtiment date du XVIIe siècle et les merveilleuses peintures du XVIIIe. Au programme, apothéose de Sainte Thérèse d’Avila, vertus, vies saintes. Clés de voûte pendantes. Peintures de Jean-Pierre Rivalz et de Jean-Baptise Despax. Un magnifique exemple de chapelle baroque.

Et… la cathédrale de Toulouse. Et oui, car Saint-Sernin est une basilique. Mais le siège de l’évêque se trouve à la cathédrale Saint-Étienne, un édifice d’un peu toutes les époques. Il y a une grande nef dans le style gothique méridional (un genre d’immense halle) et un chœur dans le style gothique français (du nord de la Loire, quoi), mais pas exactement dans l’axe. L’orgue est très beau et spectaculaire (il repose sur une simple console). Il y a des belles stalles en bois.


Vous pensiez en avoir fini ? Que nenni, la semaine prochaine, visite du couvent des Jacobins.

Visite de Toulouse : un tour dans les rues ; les façades des hôtels particuliers de la Renaissance ; basilique Saint-Sernin

jeudi 17 septembre 2020

Il a un grain, not’ berger chéri.

F’Murr, Le Génie des alpages, no 13 : Cheptel maudit, Dargaud, 2004.

Vous connaissez ? J’avais lu Le Génie des alpages il y a bien des années, en bibliothèque. F’Murr est mort en 2018 et j’ai eu envie de redécouvrir cette série… si fabuleuse !
Nous sommes donc en montagne, avec un berger, son chien et son troupeau de brebis autogéré. Elles sont récalcitrantes, s’en prennent aux touristes, n’obéissent pas, font de la philosophie et des jeux de mots. Le chien réinterprète Shakespeare, mais n’est pas avare de calembour. Il y a aussi les autres animaux de la montagne : les vautours qui se crachent ou qui emportent un loup, un dinosaure dans l’arrière-plan, des chiens qui font des concours d’une niche à l’autre. C’est drôle, brillant et absurde. On revisite Jean de La Fontaine aussi. Et Ötzi l’homme des glaces suscite bien des questions quand il est découvert par les brebis.
J’adore pleinement.


mardi 15 septembre 2020

Ce qui mérite d’être fait mérite aussi d’être mal fait.

Terry Pratchett, Les Annales du Disque-monde : La huitième fille, parution originale 1987, traduit de l’anglais par Patrick Couton, édité en France par L’Atalante.

Ce volume des Annales peut se lire indépendamment des deux premiers sans aucun souci.
Ceci dit, retour sur le Disque monde, un disque reposant sur des éléphants, eux-mêmes portés par une tortue géante. À la suite d’une petite erreur d’inattention, Esk, la huitième fille du forgeron de Trou d’Ucques, un patelin paumé, est faite mage. Sauf que seuls les hommes peuvent devenir mages, c’est bien connu. Dans un premier temps, Mémé Ciredutemps tente donc de lui apprendre le métier de sorcières qui, lui, est exclusivement féminin. Mais non, ce ne sera pas si simple.
Ce volume est moins foutraque que les deux précédents. Disons même que le lecteur a des repères plus familiers, avec ce bon vieux sexisme des familles. D’un côté, les mages, qui pratiquent la magie compliquée des livres, et de l’autre les sorcières, qui pratiquent la magie de la nature, avec des herbes et des animaux, pour les trucs de bonne femme, les aphrodisiaques et autres fortifiants. Il y a d’ailleurs des choses tout à fait intéressantes sur le rapport aux fausses médecines. Le tout traité avec beaucoup d’humour et de clins d’œil malicieux – évidemment que la petite fille ne va pas en rester là ! Et c'est l'entée en scène de la fameuse Mémé Ciredutemps.
Je note le portrait des nains en garagistes et les mages qui se comportent comme des cow-boys de western avec leurs cigarettes.
C’est bien agréable à lire.

Esk n’aurait pas reconnu un nom collectif s’il lui avait craché dans l’œil, mais elle savait ce qu’étaient un troupeau de chèvres et un convent de sorcières. Comment on appelait un tas de mages, ça, elle ne savait pas. Un ordre de mages ? Une association criminelle ? Une coterie ?
 
Vitrail, La planète Saturne chassant un moine à tête de porc, 1530, V&A
Terry Pratchett, Les Annales du Disque-monde : Mortimer, traduit de l’anglais par Patrick Couton, parution originale 1987, édité en France par L’Atalante.

Mortimer, qu’on appelle aussi Morty, est un adolescent pas très dégourdi, mais qui est choisi par La Mort pour être son apprenti. Le voici à la découverte de cet étrange métier, apprenant à manier la faux et l’épée et le sablier. La Mort va enfin pouvoir se prendre une petite soirée de congé, partir à la pêche et envisager un avenir moins solitaire. Mais il y a aussi une princesse à sauver et Ysabell, la fille de La Mort.
Ici un épisode sans rebondissements sensationnels, mais bien agréable, qui joue de toute l’imagerie associée à la mort. Sauf que notre grand squelette s’ennuie dans ce travail répétitif. La perspective d’être celui qui rangera les chaises sous la table et qui éteindra la lumière quand tout sera fini n’est guère réjouissante quand on aime les chats et les œufs au bacon.
Ici vous verrez La Mort prendre une cuite.

Contentons-nous donc de dire qu’Ankh-Morpork est aussi animée qu’un vieux fromage par une journée de grosse chaleur, aussi bruyante qu’un juron dans une cathédrale, aussi brillante qu’une marée noire, aussi colorée qu’une ecchymose et aussi agitée, industrieuse, grouillante, exubérante qu’un chien crevé sur une termitière.

Le firmament, je pense. C’est le nom chic pour le néant à l’état brut.

L’apprenti s’attendait à une écriture gothique, voire anguleuse comme sur les pierres tombales, mais La Mort avait en fait étudié un ouvrage de référence sur la graphologie avant de se donner un style et il avait adopté une calligraphie qui dénotait une personnalité équilibrée, bien dans sa « peau ».


samedi 12 septembre 2020

Basilique Saint-Sernin de Toulouse

Le blog raconte mes vacances à Toulouse. Aujourd’hui, visite de la basilique Saint-Sernin.
Saturnin était évêque d’une petite communauté chrétienne au IIIe siècle. Refusant de renier sa foi et d’effectuer un sacrifice en l’honneur de l’empereur romain, il fut attaché à un taureau qui le traîna sur le sol. Traîné tout le long de la future rue du Taur comme il se doit. Saturnin mourut et son corps, récupéré par deux femmes, fut enterré à un endroit où les pèlerins commencèrent à affluer pour rendre hommage au martyr, l’emplacement de la future basilique Saint-Sernin. L’église abrite les reliques de Saturnin et se trouve sur la route du chemin de Compostelle, elle est donc conçue pour accueillir du monde.
Reliquaire de Saint-Saturnin (bois, argent doré), XII-XIIIe siècle, conservé Basilique Saint-Sernin.
On voit le pauvre martyr piétiné par le taureau furieux.
L’église actuelle a été bâtie entre le XIe et le XIIIe siècle. C’est une magnifique église romane. Le cloître et les bâtiments de l’abbaye ont été détruits après la Révolution.
La façade principale - assez massive.
Le chevet a des proportions parfaites. Le clocher octogonal, avec des retraits successifs à chaque étage, a une ligne élégante. L'alternance entre la brique et la pierre, ainsi que le rythme des ouvertures, donne du dynamisme à cette architecture. L'ensemble est très harmonieux.

Porte Miègeville, qui donne rue du Taur. Par où l'on entre dans la basilique.

À l’intérieur, 5 nefs (une nef centrale et des bas-côtés doubles). Ces bas-côtés permettent aux pèlerins d’accéder aux reliques (situées derrière le chœur) sans déranger la vie liturgique habituelle.
Bon... fans de l'architecture romane, à vous ! Cette belle voûte en berceau, ces beaux arcs en plein cintre. Le petit niveau de galerie au dessus des grandes arches. Monumentalité et sérénité.

Le déambulatoire qui permet aux pèlerins d'accéder à la crypte où sont conservées les précieuses reliques.
Et la crypte ! 
Il y a aussi des fresques, un très beau Christ catalan du XIIe siècle, des bas-reliefs en marbre.
L’église a été consacrée en 1096 (avant son achèvement) par le pape Urbain II lors de sa tournée de lancement de la première croisade.


À la fin de ce billet, grande révélation : oui, Saint-Sernin et Saint-Saturnin se confondent ! Ce sont les deux noms donnés au même évêque martyr.

Les semaines précédentes, nous avons arpenté les rues de Toulouse et admiré les façades des hôtels particuliers de la Renaissance. Maintenant, achetez des cartes postales et reprenez des forces, car la semaine prochaine, on continue à explorer les églises toulousaines.

jeudi 10 septembre 2020

Il avait conscience d’avoir parlé à point et pas une minute trop tôt.

Jack London, La Petite dame de la grande maison, parution originale 1916, traduit de l’américain par Louis Postif.

Quelques mots d’un roman que je n’ai pas du tout apprécié.
Le roman nous dresse le portrait de Dick Forrest, le patron d’une grande ferme aux États-Unis, un homme d’affaires décidé. Puis nous rencontrons Paula, son épouse, et plusieurs de leurs amis, dont Evans Graham.
Un roman très sexiste (ah les femmes et la fécondité, les mâââles, la jument et l’étalon) et raciste (mon dieu, les domestiques chinois). C’est d’autant plus regrettable que les 50 dernières pages sont consacrées aux affres des sentiments de Paula et de Dick. Les pages où la parole est donnée à Paula sont pleines d’une grande sensibilité. Malheureusement, elles sont peu nombreuses et le sachant Dick reprend vite le contrôle de la narration. Une certaine incertitude règne dans les dernières pages. Il est dommage que London ait choisi de ne pas laisser le lecteur dans le doute. Dick impose son point de vue au lecteur alors qu’il aurait été tellement plus intéressant de nous laisser dans l’incertitude ou de nous livrer des versions différentes. C’est le retour à la norme.
Je me demande si London ne dresse pas également le tableau de la maison-ferme de ses rêves, un lieu idéal où il recevrait éternellement en toute liberté ses amis rencontrés dans le monde entier. Bon, c’est un fantasme de la mécanisation et de la mainmise de l’homme sur la nature.
Quant à Paula, c'est le portrait idéalisé de Charmian, la compagne de toutes les aventures de London, collaboratrice dans l'écriture, passionnée d'élevage de chevaux, écrivaine, femme d'affaires... Oui, il lui sert là un bel hommage, même si trop limité.
Sans moi, je crois.
Le billet de Claudia Lucia.

Tandis qu’elle appuyait sa nuque à la vaste encolure, ses cheveux d’un brun doré, défaits et trempés, semblaient entortillés dans la noire crinière. Mais son visage surtout frappa Graham : une physionomie de jeune garçon en même temps qu’une figure de femme, à la fois sérieuse et animée, exprimant un plaisir mêlé de crainte, blanche et moderne, néanmoins parfaitement païenne.

Je vous compare tous deux, je pèse, je vous mesure. Je me souviens de Dick et de toutes nos années passées ensemble. Je consulte mon cœur pour vous. Et je ne sais pas... je ne sais pas. Vous êtes un homme admirable. Mais Dick est encore plus grand que vous. Vous contenez plus d’argile, vous... je ne sais comment vous décrire... vous êtes plus humain.
 
Sargent, Le Ruisseau noir, 1908 Tate
À la suite de La Chasse au Snark, j’ai lu La Croisière du Snark (1911) de Jack London (il y a une logique) mais j’ai été déçue. Il se concentre sur les aspects pittoresques de son voyage, alors qu’il y aurait tant d’autres choses à dire. Je n’ai pas retrouvé le contenu de l’exposition vue il y a quelques années et qui m’avait vraiment intéressée. Et puis, c’est d’un racisme insupportable. C’est dommage, car les passages sur le surf, sur la pêche au caillou, sur Tahiti, sur certains paysages montrent qu’il avait tout pour écrire un récit de voyage à la hauteur de celui de Stevenson. Cela se trouve peut-être dans un autre titre ? Je vais continuer à explorer.

Jack London sur le blog :