Inga Moore, Le Biblio bus, parution originale 2021, traduit de l'anglais par Aude Gwendoline, édité en France par l'école des loisirs.
Chez Élan et ses voisins, personne ne possède de livres pour raconter des histoires le soir. Alors il a une idée...
Voilà, c'est une histoire toute douce, avec des familles d'animaux gentils et des livres et l'amour de la lecture et des histoires – c'est exactement ce dont le monde a besoin.
Gentillet peut-être. Pourtant les familles suivent des standards plus diversifiés qu'on ne croit. Et on prend soin de tenir Renard à l'écart de Lièvre.
Et surtout les dessins sont adorables, pleins de vie et de détails à scruter de près. L'image du salon d'Élan plein à craquer de tous les animaux de la forêt en train d'écouter la lecture de Cendrillon est une merveille. On devine que les petits marcassins sont de joyeux chenapans et les jeunes castors peut-être un peu remuants.
Ce livre pour les enfants s'adresse à tous les bibliothécaires. De Moore, j'ai également lu La Maison dans les bois.
Cet instrument de musique a été inventé à Londres par Benjamin Franklin en 1762 et Mary Ann Davies en est la première interprète. C'est ce que raconte ce gros livre d'histoire... avec pas mal de nuances.
D'abord Franklin, imprimeur, diplomate, négociateur entre les jeunes États-Unis et la France, inventeur du paratonnerre et musicien (s'il n'avait pas existé, il aurait fallu l'inventer). C'est en effet bien lui qui invente ce prototype, mais il s'inscrit pleinement dans la dynamique des ingénieurs et des bricoleurs du 18e siècle européen, qui mettent au point toutes sortes de machines. De fait de nombreux instruments de musique actuels et familiers ont été conçus à cette époque. Traversier raconte donc toute la chaîne d'inventions, de petites corrections, de tentatives, collectives, individuelles, conservées ou oubliées, qui participe de cette création.
C'est une double curiosité (…) : l'une pour une jeune musicienne prodige, l'autre pour un instrument de musique exceptionnel par son caractère prototypique et par sa qualité sonore. Cette double stratégie promotionnelle s'inscrit parfaitement dans les pratiques qui animent alors le marché musical londonien.
Un instrument de musique tout seul, ça ne donne pas grand-chose. Il faut une interprète, de la publicité, des concerts, une tournée – il n'y a pas d'enregistrement et l'instrument existe en très peu d'exemplaires – une tournée européenne, des compositeurs qui écrivent spécifiquement pour lui – ce sera le cas du jeune Mozart.
Car Traversier étudie également le fonctionnement de la vie musicale à Londres, Paris, Vienne et en Italie : comment Mary-Ann Davies peut se faire connaître en tant qu'interprète exclusive d'un nouvel instrument, comment sa sœur Cecilia peut envisager de devenir cantatrice, mais aussi, comment pour une femme célibataire, il est particulièrement difficile de durer sur le marché de l'opéra, qui est hyper concurrentiel. Les stratégies, les protections, les réseaux... Nous avons la chance que toutes les lettres de recommandation des sœurs Davies aient été conservées, ce qui permet cette étude très fine. Au passage nous croisons donc Mozart, mais aussi Johann Christian Bach, Laura Bassi qui est une scientifique de Bologne (physicienne et électricienne), Anne-Louise Brillon riche aristocrate parisienne, férue de musique et amie de cœur de Franklin.
Les sœurs Davies n'ont pas accumulé d'autres ressources pour compenser ses pertes relationnelles. Elles ne disposent plus des recommandation nombreuses et variées qui avaient joué en leur faveur lors de la tournée des années 1767-1773.
Houdon, Franklin, 1778 marbre, Met
Mais l'harmonica de verre, ce n'est pas seulement de la musique. D'abord il est utilisé par Mesmer pour ses expériences. Surtout, ses sonorités étranges et nouvelles sont qualifiées à plusieurs reprises de « célestes », mais finissent aussi par susciter une certaine inquiétude... et si cette musique agissait défavorablement sur les nerfs ? Il est certainement inquiétant et déconseillé pour les personnes fragiles (= les femmes) de trop en écouter. L'historienne suit donc la trajectoire et l'oubli progressif (et relatif) où tombe l'étrange harmonica de verre.
Le livre porte donc tout autant sur la vie musicale européenne (le phénomène des enfants musiciens virtuoses, les nouveautés techniques en matière d'instrument de musique) que sur l'histoire des sciences et techniques, il est tout à fait original et intéressant. Dans ce cadre, au vu de la forte compétition entre la France et l'Angleterre, nous croisons aussi un moment de l'espionnage industriel entre les deux nations.
Il y a même un petite revue de l'apparition de l'harmonica de verre dans les romans du 19e siècle (Bouvard et Pécuchet, le saviez-vous ? mais aussi Rimbaud).
Comme toute innovation, cette machine de musique perfectionne des artefacts existants mais demeure elle-même imparfaite : une fois passée la première phase enthousiaste de réception, elle fait l'objet d'observations critiques et de propositions d'améliorations techniques. L'instrument conçu par Franklin est saisi dans ce processus banal et cumulatif de perfectionnement, encouragé par l'obsession de l'improvment qui est aussi l'un des moteurs puissants de la société anglaise au 18e siècle.
Si le sujet vous intéresse, mais que vous avez la flemme (le livre est gros et dense), il y a heureusement un podcast sur le sujet.
Ainsi que le suggère Ingannmic, je suis en mesure de participer à l'activité Sing me a song grâce à ce gros livre !
Aujourd'hui, nous partons à la source du gothique. Non pas l'architecture gothique des cathédrales de Reims ou de Chartes, mais le renouveau gothique dans l'architecture civile. Si vous pensez à Victor Hugo, vous vous trompez. Nous partons au 18e siècle en Angleterre.
Horace Walpole est né en 1717 (et mort en 1797), il est le plus jeune fils d'un Premier ministre, rejeton d'une famille très riche et très sérieuse. Il voue sa vie à l'art et, après un grand tour en France et en Italie, se lance dans son grand œuvre. Il passera le reste de son existence à créer de toute pièce un little Gothic castle. Pas un château fort, pas un château médiéval, ni non plus une chapelle gothique, non : un château gothique, sachant que l'on parle du gothique tardif (flamboyant ou perpendicular). Autant dire qu'il crée et invente à grande échelle.
En 1747 il achète une villa à Twickenham, un terrain avec une belle vue sur la rivière, et rebaptise la propriété en lui donnant un nom, Strawberry Hill House.
Il constitue un petit comité d'hommes de goût : Richard Bentley dessinateur, John Chute architecte amateur, Robert Adam architecte professionnel et George Vertue peintre et dessinateur, expert pour copier des œuvres anciennes. Pendant 30 ans, les travaux s'enchaînent, en plusieurs étapes. On ajoute, on transforme...
L'extérieur allie la blancheur des villas italiennes aux créneaux des châteaux. Le plan est volontairement irrégulier. Voilà qui ne ressemble à rien d'autre.
Nous entrons par cette muraille d'opérette... un château de conte de fées derrière le portail ?
Voici les fenêtres ornées d'encadrements cintrés, les créneaux, les pignons, les tourelles qui camouflent les cheminées, l'irrégularité affirmée :
À l'intérieur, on transforme les pièces. Walpole constitue une immense collection d'objets d'art, mais il fait aussi fabriquer un certain nombre d'objets et d'éléments de décor en piochant dans les livres et ses souvenirs voyages. Ces milliers d'objets faisaient partie intégrante du lieu, mais ont été malheureusement dispersés au 19e siècle. Quelques-uns ont été retrouvés ou reconstitués à partir de dessins anciens, mais aujourd'hui la maison est presque vide.
Vrai ou faux gothique ? Copie de vrai gothique ou invention fantaisiste ? Un peu de tout cela à la fois. Le motif du garde-corps de l'escalier s'inspire de l'escalier des libraires de la cathédrale de Rouen. Au mur, c'est du papier peint avec un motif en trompe l'oeil de boiseries. Le jour de ma visite, la lumière du soleil tombait à la perfection (et la petite chaise assortie).
Partout dans la maison les fenêtres sont ainsi : vrais morceaux de vitraux Renaissance récupérés notamment en Flandres, mais aussi en France et en Angleterre, copies de vitraux anciens réalisées au 18e siècle, vitraux réalisés au 18e siècle à partir de dessins s'inspirant de motifs médiévaux, sans oublier les copies des années 2000 afin de restituer l'ambiance du lieu. Un mélimélo d'atmosphère.
La bibliothèque a été achevée en 1754. Elle s'orne d'une voûte peinte célébrant l'ascendante réelle ou mythique de la famille en remontant jusqu'aux croisades.
Notez la petite ouverture en forme de trèfle : tous les détails sont absolument soignés. Nous sommes ici dans une démarche des plus sérieuses.
Les étagères en bois s'inspirent d'un motif pris dans une gravure représentant l'ancienne cathédrale Saint-Paul de Londres. Chacune des arches est en réalité une porte sur charnières, qui s'ouvre pour donner accès aux ouvrages. En tout 4000 livres étaient rassemblés seulement dans cette pièce (mais il y en avait d'autres ailleurs). Comme Walpole était considéré comme le guignol de la famille, tout a été malheureusement vendu après sa mort.
La démarche de Walpole mêle érudition et invention, dans ce que peut faire de mieux le 18e siècle. En 1757, il crée sa propre imprimerie et maison d'édition (c'est donc une des plus anciennes imprimeries privée d'Angleterre). Il édite ainsi quelques dizaines d'ouvrages, notamment des recueils de poèmes de ses amis, le catalogue de sa collection et la description de sa demeure.
En 1764, Walpole publie le Château d'Otrante chez une maison d'édition londonienne : c'est le tout premier roman gothique, un genre promis à une gloire immortelle.
Continuons la visite et entrons dans la chambre. Nous pénétrons alors dans une des plus anciennes period room jamais créées puisque le décor de la pièce s'inspire de l'époque Henri VIII et Tudor (un gothique tardif, mais le gothique anglais a sa propre chronologie, qui n'est pas celle de l'Italie).
Les murs mauves et violets s'ornent de copies de peintures d'Hans Holbein (par George Vertue). La cloison en bois, qui sépare la pièce en deux, est inspirée par les portes du choeur de l'église Saint-Ouen à Rouen, à laquelle est ajoutée une tête de sarrasin (souvenez-vous, les croisades). L'écran de cheminée reprend le motif d'une tombe de Canterbury.
L'un des sièges appartient au type "Glastonbury Chair" : c'est une copie du 17e ou du 18e siècle d'une chaise du 16e siècle ! Je suis fascinée par cette ouvre d'art totale.
Ce spectaculaire plafond est copié d'après celui du Queen's Dressing Room à Windsor, mais il est entièrement en papier mâché !
Enfin nous arrivons à la galerie, the cherry on the cake n'est-ce pas.
Elle a été créée de 1761 à 1763 et il faut le dire : évidemment aucun château médiéval ne possède une galerie. Ce lieu d'apparat apparaît à la Renaissance, mais on sait que Walpole a visité le château de Chantilly. Il a dû se dire que ce serait idéal pour présenter ses collections dans un espace aristocratique par excellence. L'agencement de la galerie n'est pas pour nous surprendre : des fenêtres, des miroirs, des peintures dans des niches.
Mais l'extraordinaire plafond !!!! Blanc et or, en papier mâché, conçu par Thomas Bromwich d'après une chapelle de l'abbaye Westminster.
Le papier mâché (qui n'est pas vraiment mâché bien sûr, c'est du papier et de la colle) est un matériau peu coûteux, léger, facile à manipuler et à peindre, et qui peut être assez rapidement mis en place.
Les murs étaient couverts de tissu rouge.
Les fenêtres sont ornées de vitraux avec les armoiries de la famille Walpole créés spécifiquement pour le lieu.
Voilà un gothique perpendicular qui a tout du rococo à la française avec cette alliance de l'or et du blanc.
Cette architecture qui est à la fois rococo et gothique n'a rien de la reconstitution savante, même si elle se nourrit d'une impressionnante érudition. On invente et on crée un lieu merveilleux, qui n'existe nulle part ailleurs, un château de contes de fées. Walpole s'invente aussi une nouvelle identité, très différente de celle des autres nobles de son temps.
Cette maison est extraordinaire. C'est une création unique et originale, l'invention d'un style gothique qui n'a jamais existé. Nous sommes bien loin de l'architecture néogothique ou gothic revival qui sera si répandue au 19e siècle. C'est un petit château de conte, un lieu rococo, une fantaisie. Loin des palais fastueux et grandioses ou des hôtels particuliers, la demeure nous plonge dans un nouveau monde.
Strawberry Hill a été intégralement restauré il y a quelques années. Le lieu est géré par l'English Heritage et ses adorables bénévoles vous raconteront toute l'histoire de la demeure avec beaucoup d'enthousiasme. Vous pouvez vous y rendre en train depuis Londres (gare de Twickenham à 15-20 minutes à pied et gare de Strawberry Hill à 5 min à pied, avec un vendeur de délicieux sandwichs).
La semaine prochaine nous serons au portes de Paris.
1725, des alliés amérindiens à la cour de Louis XV, catalogue d'exposition sous la direction de Jonas Musco et de Paz Núñez-Regueiro, 2025.
(Les légendes étant imprimées tout petit et pas très contrastées, j'espère qu'elles ne contiennent pas d'info décisives.)
En 1725, c'est une réception diplomatique peu ordinaire qui se déroule à la cour de France : Louis XV, âgé de 15 ans, reçoit cinq dirigeants des nations autochtones venus de la vaste région du Mississippi : Maspéré (chef Missouria), Aguiguida (chef Otoe), Ouastan (chef Osage), Chicagou (chef Illinois) et Ignon Ouaconetan (fille d'un chef Missouria).
Coiffe masculine, nation Osage, ancienne collection de la bibliothèque municipale de Versailles, Musée du quai Branly
Une exposition et un livre retracent l'événement, dont je vous livre quelques aspects :
Les différents peuples dans toute leur diversité qui vivent dans ces immenses régions ;
Le projet français sur place (surtout s’opposer aux Anglais), sachant que les Français sont très peu nombreux, mais déjà avec des esclaves africains ;
La diplomatie du calumet ;
Un voyage à hauts risques (le navire contenant les présents des chefs à Louis XV a d'ailleurs fait naufrage) organisé par la Compagnie des Indes ;
Le programme parisien : soirée à l'opéra, démonstration de danse (qui inspirera Rameau pour sa célébrissime Danse des sauvages), démonstration de chasse (à pied, sans chevaux), visite de Versailles avec le spectacle des grandes eaux, réception à la Cour de France à Fontainebleau, discours (traduits par un père jésuite) et échanges de présents ;
La rencontre officielle entre les chefs dans leur tenue protocolaire à eux (pagnes de peau, peintures corporelles, coiffes) et le jeune roi tout à fait fasciné et curieux ;
Le résultat concret proche du néant ;
La présence aujourd'hui à Paris (Versailles et Quai Branly) d'objets extraordinaires (on a très peu d'objets anciens autochtones), à la provenance légitime et assurée, qui font pleinement partie de l'identité des Américains autochtones, mais aussi de la nôtre.
Dessin de Louis Nicolas, 1675, Capitaine de la nation Illinois, Tulsa, Gilcrease Museum
Trois siècles plus tard, on s'interroge.
Voilà une époque où la France recevait les délégations autochtones comme les ambassadeurs de la Sublime porte ou du Siam. L'espace de quelques années, parce que la France avait besoin de ces peuples pour le commerce de fourrure et contre l'Angleterre, elle signe des alliances – comme la Paix de Montréal de 1701 dont je vous ai parlé. Mais il faut raison garder. Les peuples du Mississippi et les Français ne donnent pas le même sens aux termes de « propriété » et d' « alliance ». Ne rêvons pas. La situation sur le terrain et la cohabitation n'ont rien d'idyllique et nous avons traversé le 19e siècle conquérant comme les autres. N'empêche que, on ne peut s'empêcher de rêver à une autre histoire possible, avec davantage de respect et moins de massacres. Pendant quelque temps, ce fut possible, car l'histoire n'était pas écrite à l'avance.
Peau peinte (bison), artiste Quapaw vallée de l'Arkansas, 18e siècle, ancienne collection de la bibliothèque municipale de Versailles, Musée du quai Branly
L'exposition s'inscrit dans un moment historiographique intéressant, où, de Gilles Havard à Pekka Hämäläinen, les historiens réévaluent ce que l'on pensait savoir sur les peuples autochtones du Canada et des États-Unis. Oui, ils étaient nombreux et très diversifiés, non ils n'ont pas tous été tués par la variole, oui pendant plusieurs années ils ont tenu la dragée haute aux Européens qui n'auraient jamais pu s'implanter sans leur alliance, non en dépit des politiques de destruction systématique ils n'ont pas disparu et oui ils sont là aujourd’hui en face de nous.
Si le sujet vous intéresse, mais que vous avez la flemme 1. de vous rendre au château de Versailles visiter l'exposition ; 2. de lire le catalogue de l'exposition ; je vous conseille vivement l'écoute de ce podcast.
Witi Ihimaera, La Baleine tatouée, parution originale 1987, traduit de l'anglais par Mireille Vignol, édité en France par Au vent des îles.
À mon tour de plonger dans ce roman.
On est dans une petite ville de Nouvelle-Zélande. Deux fils narratifs donnent une vision large – l'un est un mythe des origines et l'autre est la vie dans un groupe de baleines – et un fil principal raconte la vie de la petite Kahu. Elle naît dans une famille maori où l'arrière-grand-père cherche un héritier – un garçon – à qui transmettre le rôle de leader de la communauté et la charge de réactiver les mythes fondateurs. Mais Kahu a décidé que ce serait elle qui réactiverait l'alliance immémoriale entre les humains et les baleines.
C'est un petit roman bien agréable à lire.
Koro Apirana poussa un cri tragique, car ce n'était pas une bête ordinaire, pas une baleine ordinaire. Elle venait du passé et son chant satura l'atmosphère.
Karanga mai, karangai mai,
karanga mai. Appelez-moi.
Ses compagnons brisèrent à leur tour la surface de l'eau, orchestrant le refrain d'une musique surnaturelle.
Une fois surmontée la petite difficulté liée à la présence de tous ces noms propres maoris, le lecteur peut se laisser porter par les évocations de l'océan ancien. Certes, c'est écrit dans une langue simple, mais elle suffit à nous baigner. En parallèle, la vie sur terre s'inscrit dans le contemporain, motos et téléphones portables. La narration est portée par l'oncle de Kahu, un jeune homme et à travers son regard, nous sommes en plein dans une société animée par diverses tensions : sexisme puissant, honte de l'homosexualité, relation ambiguë aux grandes villes australiennes et aux tribus de Papouasie, etc. Tout cela ne constitue pas des sujets, mais fait partie de la réalité compliquée et quotidienne des personnages.
J'avoue m'être interrogée sur la famille qui nous est présentée, dans la mesure où il manque une génération, dont rien ne nous est dit.
Reid, Trois baleines, pierre lithographique, 1985, Gallery Bill Reid à Vancouver
En parallèle, on rêve bien sûr à une possible et paisible cohabitation avec les baleines, dans un vaste océan. C’est un conte où un petit individu – une petite fille – parvient à porter l'histoire de tout un peuple, un peuple constitué de différentes espèces, simplement en croyant au pouvoir des mots sacrés.
Dans les temps anciens, dans les années qui nous ont précédés, la terre et la mer éprouvèrent un sentiment de grand vide et d'ardent désir. Les montagnes semblaient mener droit au paradis, et la forêt humide, verte et luxuriante ondoyait comme une cape multicolore.