Astrid Fontaine, Le Peuple des
tunnels, Ginkgo éditeurs, 2012.
Ce livre n’est ni un livre
d’histoire ni un livre de témoignages, mais un peu des deux. Le sujet est
passionnant : le peuple des employés de la Compagnie Nord-Sud, qui a géré
pendant la première moitié du XXe siècle l’actuelle ligne 12 du
métro parisien.
Fontaine a eu accès aux archives
de la Compagnie et aux dossiers du personnel. Elle raconte la provenance de ces
employés, passant de petits métiers disparus à celui, envié, d’employé du
métropolitain, lieu de modernité, où les soins médicaux sont gratuits. La
Compagnie est paternaliste et se mêle de tous les aspects de leur vie : on
y lit les justificatifs de retard, les aveux de difficulté, les récriminations,
les ras-le-bol… Ce livre est une plongée au cœur de la France modeste qui
construit le Paris moderne : les terrassiers qui creusent dans des
conditions lamentables les tunnels (qui sont toujours ceux utilisés
aujourd’hui), l’alcoolisme des employés, les relations avec les voyageurs, la
tuberculose, la faiblesse des salaires, leur rapport à l’autorité… la vie était
rude. Cette génération a été ravagée par la Première Guerre mondiale, par les
maladies professionnelles, par la pauvreté et une certaine violence des moeurs.Tout
cela est passionnant car vivant, le livre s’appuyant sur de longs extraits
d’archives (avec leur orthographe et leur syntaxe d’origine, c’est la parole
même d’employés qui est présentée ici) et des photographies. C’est un document
riche sur une époque révolue et pourtant fondatrice.
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| Affiche de Joé Bridge. Marseille, Mucem, image RMN. |
Un bémol :
l’auteur-narratrice se met en scène en cruche naïve, ce qui est
particulièrement agaçant, alors même qu’elle a su sélectionner les archives,
les organiser et les analyser. Ce style soi-disant spontané n’est pas
nécessaire, le matériau de base étant suffisamment riche par lui-même. Il faut
donc surtout retenir les témoignages de l’époque.
Formulaire Modèle 61
Vous me faites demander le motif
de mon retard du 14 juillet. Il est bien simple, aussi je me demande ce que ça
veut dire de toujours demander les motifs des retards, car si je me serais
réveillé à l’heure j’aurais arrivé à l’heure et vous ne devez pas l’ignorer.
Mais quand on fait du rabiot, on ne vient jamais me demander le motif, aussi
j’en ai marre de faire vos 61, je ne suis pas une machine à répétition.
A été licencié.
Je remercie les éditions Ginkgo
pour cette lecture.
