La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



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jeudi 9 avril 2026

Il y a autre chose à dire des escargots.

Francis Ponge, "Escargots" dans Le Parti pris des choses, 1942.


Quel bonheur, quelle joie donc d’être un escargot. Mais cette bave d’orgueil ils en imposent la marque à tout ce qu’ils touchent. Un sillage argenté les suit. Et peut-être les signale au bec des volatiles qui en sont friands. Voilà le hic, la question, être ou ne pas être (des vaniteux), le danger.

Seul, évidemment, l’escargot est bien seul. Il n’a pas beaucoup d’amis. Mais il n’en a pas besoin pour son bonheur. Il colle si bien à la nature, il en jouit si parfaitement de si près, il est l’ami du sol qu’il baise de tout son corps, et des feuilles, et du ciel vers quoi il lève si fièrement la tête, avec ses globes d’yeux si sensibles ; noblesse, lenteur, sagesse, orgueil, vanité, fierté.


Les escargots tiennent une grande place dans mon jardin. Ce sont eux qui décident si une plante pourra y vivre ou si elle finira en salade. Ils sont voraces. N'empêche que je vous laisse en leur lente compagnie et vous retrouve le 15 avril pour un billet de lecture.



mercredi 8 novembre 2023

Tout l’automne à la fin n’est plus qu’une tisane froide.

 

Francis Ponge, "La fin de l’automne", Le parti pris des choses, 1942


 

Tout l’automne à la fin n’est plus qu’une tisane froide. Les feuilles mortes de toutes essences macèrent dans la pluie. Pas de fermentation, de création d’alcool : il faut attendre jusqu’au printemps l’effet d’une application de compresses sur une jambe de bois.

Le dépouillement se fait en désordre. Toutes les portes de la salle de scrutin s’ouvrent et se ferment, claquant violemment. Au panier, au panier ! La Nature déchire ses manuscrits, démolit sa bibliothèque, gaule rageusement ses fruits.

Puis elle se lève brusquement de sa table de travail. Sa stature aussitôt paraît immense. Décoiffée, elle a la tête dans la brume. Les bras ballants, elle aspire avec délices le vent glacé qui lui rafraîchit les idées. Les jours sont courts, la nuit tombe vie, la comique perd ses droits.




Les programmes reviennent à la normale dès samedi, avec un beau billet touristique. Mais cette semaine, pas de lecture, je me promène !