La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



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mardi 30 août 2011

Jeune homme de grand avenir, employable à n'importe quoi.

André Gide, Les Faux-monnayeurs, 1e éd. 1925.

Un roman bien étrange et j’éprouve une difficulté à expliquer l’intérêt que je lui porte. Je l’ai lu sans doute d’abord parce qu’il se trouvait dans la bibliothèque familiale mais pourquoi l’ai-je relu deux fois déjà ? Ce roman est la preuve vivante que ce n’est pas le sujet qui importe parce que les élans du cœur de ces jeunes gens issus de la riche bourgeoisie parisienne, a priori, ce n’est guère attirant. C’est donc la langue de Gide et la construction de la narration qui fait toute la tenue de ce livre.
   Le roman fait alterner les points de vue, d’abord celui de Bernard, jeune homme qui claque la porte de chez lui parce qu’il vient d’apprendre qu’il est en réalité un bâtard (on est dans un milieu et une époque où ce mot a un sens – quand je vous dis que c’est désuet et ridicule). Il se sent des aspirations élevées dans l’âme mais n’en sait guère plus. Il y a Olivier, son meilleur ami, fragile et timide, attiré par l’éclat du comte de Passavant et une promesse de direction de revue littéraire (une revue d’avant-garde !). Et surtout Édouard, qui fait le lien entre tout le monde. Écrivain peu connu, il prépare son prochain roman dont le titre sera Les Faux-monnayeurs, il cherche surtout à pouvoir vivre au plus près d’Olivier, qu’il aime avec constance. Édouard tient un journal intime, un journal d’écrivain où il apparaît comme un observateur, presque un expérimentateur de la nature humaine. Autour de tout cela, il y a de la vraie fausse monnaie, parce que ces jeunes gens sont à l’orée de la vie et mesurent mal les dangers de la vie qui les attend. C’est aussi un roman d’apprentissage…

Le voyageur, parvenu au haut de la colline, s’assied, et regarde avant de reprendre sa marche, à présent déclinante ; il cherche à distinguer où le conduit enfin ce chemin sinueux qu’il a pris, qui lui semble se perdre dans l’ombre et, car le soir tombe, dans la nuit. Ainsi l’auteur imprévoyant s’arrête un instant, reprend souffle, et se demande avec inquiétude où va le mener son récit.
Je crains qu’en confiant le petit Boris aux Azaïs, Édouard ne commette une imprudence. Comment l’en empêcher ?

Alors ? Les points de vue alternent savamment et le lecteur en sait toujours beaucoup plus que les personnages (Vincent, le frère d’Olivier, connaît ainsi un sort tragique que seul le lecteur comprend) qui naviguent dans l’obscurité. Le narrateur, double d’André Gide, choisit explicitement d’explorer telle ou telle voie narrative, agitant ironiquement ses marionnettes. Avec les Faux-monnayeurs, Gide met à bas le roman hérité du XIXe siècle mais construit un édifice de langue, édifice précis et choisi qui se lit lentement. Les maximes et les réflexions truffent les phrases, notamment le journal d’Édouard qui semble construire le roman que l’on est en train de lire. J’ai été intéressée par le décalage constant entre les émotions ressenties par les personnages et l’impression qu’ils donnent à leurs proches : incommunicabilité, isolement, demi mensonge, erreur de jugement, tout ce qui semble très contemporain.
Le relirais-je une 4e fois ?

Antonio de La Gandara (1862-1917), Le Luxembourg, la statue de Minerve, Beauvais, musée départemental de l'Oise, image RMN.

Une lecture commune avec George et Asphodèle... qui me rejoindront quand elles le pourront ou voudront. Quand je vois comment d'autres jonglent avec leurs agendas et les petits soucis de la vie, je mesure quelle est ma chance : avoir eu un vrai été de vacances comme j'en avais besoin (ce n'était pas arrivé depuis 7 ou 8 ans). C'est simple, j'ai bonne mine et cela veut tout dire.

jeudi 2 juin 2011

Avis de lectures communes


Avec l'été, certaines farfouillent dans leur grenier et (re)découvrent des livres... C'est l'occasion pour Asphodele de lancer l'idée d'une nouvelle lecture commune : Les Faux-Monnayeurs de Gide. Je l'ai déjà lu deux fois et je me fais une joie de récidiver. Si vous voulez faire comme nous, vous avez jusqu'au 30 août (je veux bien publier les billets des ami(e)s dépourvu(e)s de blog).
Bon, c'est surtout l'occasion d'inaugurer mon logo trop chouette, j'avoue...