La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



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mardi 24 mai 2011

Ce sont des offrandes d’eau, des lentilles d’eau, de l’armoise, des petites chenilles vivantes que j’invente parfois.

Pascal Quignard, Tous les matins du monde, Paris, Gallimard, 1991.

Un court roman contemplatif. Monsieur de Sainte-Colombe vit seul avec ses deux filles et ne se remet pas de la mort de son épouse. C’est un joueur de viole réputé, un homme qui fréquente les jansénistes et qui refuse de se rendre à la Cour, jouer pour le Roi. Ils vivent à distance de Paris et de la foule. Monsieur Martin Marais approche cette famille ; que veut-il ? Il est séduit par les filles, l’une et l’autre, cet univers est si sensuel. Il veut accomplir une carrière de musicien du roi et prendre la suite de Lully. Il veut capter le secret de la musique et passe des nuits caché dans l’herbe à écouter Monsieur de Sainte-Colombe jouer pour sa femme morte.

Dans la nuit de la cave, il prit un verre et il le goûta. Il gagna la cabane du jardin où il s’exerçait à la viole, moins, pour dire toute la vérité, dans l’inquiétude de donner de la gêne à ses filles que dans le souci où il était de n’être à portée d’aucune oreille et de pouvoir essayer les positions de la main et de tous les mouvements possibles de son archet sans que personne au monde pût porter quelque jugement que ce fût sur ce qu’il lui prenait envie de faire. Il posa sur le tapis bleu clair qui recouvrait la table où il dépliait son pupitre la carafe de vin garnie de paille, le verre à vin à pied qu’il remplit, un plat d’étain contenant quelques gaufrettes enroulées et il joua le Tombeau des Regrets.


C’est un très beau roman que nous avons là. Une écriture tout en retenue et sobriété mais forte, qui fait passer les émotions, les passions, le désir et le mystère de la musique. Il est difficile d’en parler, encore plus difficile d’en choisir un extrait, j’ai envie de tout vous mettre…

Inutile de préciser que je n’ai malheureusement pas vu le film d’Alain Corneau. Sainte-Colombe et Marais ont réellement existé, l’un effectivement resté dans sa province et l’autre musicien de cour.

 Lubin Baugin, Le Dessert de gaufrettes, XVIIe siècle, huile sur bois, musée du Louvre (un de mes tableaux préférés), c'te brave RMN.