La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



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jeudi 23 août 2018

Il y a la peine, qui ravine ; il y a le froid qui gagne

Philippe Jaccottet, poème tiré du recueil Le mot joie, 1983.

Les nuages se bâtissent en lignes de pierres
l’une sur l’autre,
légère voûte ou arche grise.

Nous pouvons porter peu de chose,
à peine une couronne de papier doré ;
à la première épine
nous crions à l’aide et nous tremblons.

Jan Brueghel dit de Velours et H. von Balen, Allégorie de la Terre détail, musée de Nice.

jeudi 16 août 2018

La barrière sonore est refermée

Philippe Jaccottet, poème tiré du recueil Pensées sous les nuages, 1983.

–     Je ne crois pas décidément que nous ferons ce voyage
à travers tous ces ciels qui seraient de plus en plus clairs,
emportés au défi de toutes les lois de l’ombre.
Je nous vois mal en aigles invisibles, à jamais
tournoyant autour de cimes invisibles elles aussi
par excès de lumière…
                                   (À ramasser les tessons du temps,
on ne fait pas l’éternité. Le dos se voûte seulement
comme aux glaneuses. On ne voit plus
que les labours massifs et les traces de la charrue
à travers  notre tombe patiente.)

Jan Brueghel, dit de Velours et Hendrick von Balen, Allégorie de la Terre détail, musée de Nice .

samedi 18 mars 2017

Le socle des montagnes fume de trop de brouillard…


Philippe Jaccottet, poème issu du recueil Pensées sous les nuages, 1983.

Maintenant nous montons dans ces chemins de montagne,
parmi des prés pareils à des litières
d’où le bétail des nuages viendrait de se relever
sous le bâton du vent.
On dirait que de grandes formes marchent dans le ciel.

La lumière se fortifie, l’espace croît,
les montagnes ressemblent de moins en moins à des murs,
elles rayonnent, elles croissent elles aussi,
les grands portiers circulent au-dessus de nous –
et le mot que la buse trace lentement, très haut,
si l’air l’efface, n’est-ce pas celui que nous pensions
ne plus pouvoir entendre ?

Qu’avons-nous franchi là ?
Une vision, pareille à un labour bleu ?

Garderons-nous l’empreinte à l’épaule, plus d’un instant,
de cette main ?