La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



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mardi 9 janvier 2024

Mais c’était sa femme, et elle savait tout ce qu’on pouvait savoir sur lui.

 


Raymond Carver, Les Vitamines du bonheur, parution originale 1983, traduit de l’américain par Simone Hilling, aux Éditions de l’Olivier en France.

 

S’il y a des vitamines, il y a peu de bonheur dans ces nouvelles mettant en scène les habitants ordinaires des villes américaines. Tranche de vie du quotidien, rencontre avec un personnage en proie aux difficultés, drame soudain, petit désenchantement de tous les jours… Un couple. Un homme qui essaie d’arrêter de boire et sa femme qui lui donne une seconde chance. Un homme qui a perdu son emploi et le frigo qui lâche. La répétition des jours qui se suivent et se ressemblent, ni tristes ni lumineux. Une fille qui vit en faisant du porte-à-porte et en vendant des vitamines. Un homme qui a un problème de bouchon d’oreille, mais peut-être d’autres problèmes aussi. Un couple de ramoneurs. Un homme qui explique à un aveugle ce qu’est une cathédrale (et ça, c’est assez chouette).


Ils hochèrent la tête quand le boulanger se mit à parler de la solitude, de cette impression de doute et du sentiment d’avoir atteint ses limites qu’il ressentait avec l’âge. Il leur dit ce que c’était que d’avoir passé toute une vie sans enfants. Il leur parla des jours qui se répétaient, avec les fours tout le temps pleins et tout le temps vides. La préparation des buffets, des fêtes. Les glaçages épais. Les petits mariés plantés en haut des gâteaux de noces. Des centaines, non, des milliers, maintenant. Les anniversaires. Vous voyez ça, toutes ces bougies qui brûlent. Il exerçait une profession utile, nécessaire. Il était boulanger.

Andrews, Portrait de T. Behrens, 1962, Thyssen Bornemisza

L’écriture a quelquefois la sécheresse absurde d’un Brautigan, mais la fantaisie et la folie en moins. Je pense à cette première histoire où le narrateur est invité chez un couple d’amis et regarde leur bébé – leur bébé moche – jouer avec un paon. Dans ce monde fait de petites déceptions et de passions tristes, il peut quand survenir des moments étranges.

 

Alors une espèce de vautour s’est envolé lourdement d’un arbre et a atterri juste devant la voiture. Il a secoué son plumage. Il a tourné son long cou vers la voiture, a levé la tête et nous a regardés.

« Nom de Dieu ! » j’ai dit. Je suis resté là, les mains sur le volant, à regarder la bête.

« C’est pas croyable, a dit Fran. J’en avais jamais vu un en vrai, avant. »

On savait tous les deux que c’était un paon, bien sûr, mais on n’a pas prononcé un mot.

 

Des petits textes qui font une forte impression.

 

Bon pour le mois des Bonnes nouvelles de Je lis, je blogue.