La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



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mercredi 20 août 2025

Je veux te traiter avec beaucoup de tendresse boucle d’herbe.

Walt Whitman, Extrait de Chanson de moi-même (6), recueil Feuilles d’herbes, 1855, traduction par Jacques Darras.

 C’est quoi l’herbe ? m’a posé la question un enfant, les mains pleines de touffes.
Qu’allais-je lui répondre ? Je ne sais pas davantage que lui.

Peut-être que c’est le drapeau de mon humeur, tissé d’un tissu vert espoir.

Peut-être que c’est le mouchoir de Notre Seigneur,
Laissé sciemment à terre par lui, cadeau parfumé pour notre mémoire,
Portant la marque de son propriétaire, dans un coin, bien visible, pour que nous demandions À qui est-ce ?

Ou bien l’herbe, qui sait, est peut-être aussi une enfant, la toute dernière-née de la végétation ?

Ou bien, pourquoi pas, une livrée hiéroglyphique
Qui veut dire : Je pousse indifféremment partout, zones larges ou étroites,
Je pousse aussi bien chez les Noirs que chez les Blancs,
Kanuck, Tckahoe, Congressistes, Cuff, tout le monde aura la même chose, tout le monde y a droit sans distinction.

Et puis je me dis, tout à coup, que c’est peut-être la splendide et folle chevelure des tombes.


Je vous laisse vous rouler dans l'herbe, je reviens bientôt de vacances.

mercredi 24 août 2022

J’ai ma part chez les jeunes, les vieux, les sages comme les stupides.

 

Walt Whitman, "Chanson de moi-même", Feuilles d’herbes, traduit de l'anglais par Jacques Darras, 1855, extrait de la strophe 46.


 

Que je jouis de la meilleure part du temps et de l’espace, que je ne fus oncques ni ne serai jamais mesuré, ça je le sais.

 

Je suis un routard de l’errance perpétuelle (écoutez bien tous !) ;

J’ai comme signes : manteau imperméable, chaussures solides, bâton coupé aux arbres du bois,

N’ai nulle chaise où laisser se reposer mes amis,

D’ailleurs n’ai ni chaise ni philosophie ni Église,

Ni ne mène personne vers aucune table, vers aucun livre, vers quelque échange que ce soit,

Par contre, chacun de vous, homme, femme, je le conduis sur un tertre,

Bras gauche passé autour de sa taille,

Main droite pointée vers les paysages continentaux, la route publique.

 

Votre route, ce n’est pas à moi, mais à vous, à personne d’autre que vous de la parcourir,

À vous et à vous seul, d’y voyager !

 

C’est tout près, à votre portée,

Peut-être même étiez-vous dessus depuis votre naissance à votre insu,

Peut-être vous attend-elle partout sur l’eau ou sur la terre.

 

Allez fiston, on prend ses frusques sur son dos, moi les miennes, et on y va,

Quand je pense à toutes ces splendides cités et nations qu’on va voir en chemin !


Je ne suis pas vraiment fan de la poésie de Whitman, mais quelques passages m'ont plu, alors vous y aurez droit en attendant septembre.


mercredi 17 août 2022

Du fond de la guerre j’émerge, j’ai fait un livre.

 

Walt Whitman, "Chanson de moi-même", Feuilles d’herbes, traduit de l'anglais par Jacques Darras, 1855, extrait de la strophe 24.

 

 

Pur produit de Manhattan, Walt Whitman : un kosmos !

Fort en gueule, charnel, sensuel, mangeur, buveur, baiseur,

Pas sentimental, pas au-dessus des autres hommes, ni des autres femmes ni à part d’eux,

Ni plus immodeste que modeste.

 

Qu’on dévisse les serrures aux portes !

Qu’on dévisse les portes de leurs charnières !

 

Si tu avilis quelqu’un c’est moi que tu avilis,

Quoi que tu dises ou fasses cela me reviendra.

 

En moi la foule des vagues de l’afflatus, en moi le courant et l’index.

 

J’énonce le mot de passe primitif, donne le signe de la démocratie,

Bon Dieu ! Je n’accepterai rien dont personne n’aurait la contrepartie aux mêmes termes.

 

Par moi toutes ces voix longtemps muettes,

Ces voix d’interminables générations de prisonniers, d’esclaves,

Ces voix de désespérés, de malades, de voleurs, de nabots,

Ces voix de cycles de préparation, d’accrétion,

De fils connectant les étoiles, d’utérus, de semence de père,

De droits d’individus opprimés par d’autres,

De difformes, de laids, de plats, de méprisés, d’imbéciles,

De la brume dans l’air, du scarabée roulant sa boule de fumier.

Par moi les voix interdites,

Les voix de la faim sexuelle, voix voilées – et moi j’enlève le voile – ,

Les voix indécentes, clarifiées, transfigurées par mes soins.


Je ne suis pas vraiment fan de la poésie de Whitman, mais quelques passages m'ont plu, alors vous y aurez droit en attendant septembre.

mercredi 10 août 2022

Plus question de dormir, je me dresse.

 Walt Whitman, "Envoi", Feuilles d’herbes, traduit de l'anglais par Jacques Darras, 1855.

 

« J’entends chanter l’Amérique »


J’entends chanter l’Amérique, j’ai dans l’oreille la variété des chants,

Le chant des ouvriers, chacun chante le sien comme il se doit, joyeux fort,

Le charpentier chantier le sien cependant qu’il mesure la planche la poutre,

Le maçon chante le sien, il se prépare pour son travail ou il le quitte,

Le marinier chante le sien, le chant de ce qui est à lui dans sa barque, l’homme de pont sur le pont du steamer chante le sien,

Le cordonnier chanter le sien, assis à son établi, le chapelier le sien debout à sa table,

Le chant du bûcheron, le chant du garçon laboureur qui s’en va dans le matin, ou au repos le midi ou au coucher du soleil,

La délicieuse chanson de la mère, la jeune femme à son travail, la jeune fille qui lave ou bien qui coud,

Chacun chante ce qui lui appartient à lui à elle, à personne d’autre,

Le jour ce qui est au jour – la nuit l’équipe de jeunes compagnons, robustes, amicaux,

Chantent la bouche ouverte leurs puissantes mélodies.



Je ne suis pas vraiment fan de la poésie de Whitman, mais quelques passages m'ont plu, alors vous y aurez droit en attendant septembre.