La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



jeudi 28 mai 2026

Je veux aller avec vous en Laponie.

 

Selma Lagerlöf, Le Merveilleux voyage de Nils Holgersson à travers la Suède, 1906-1907, traduit du suédois par Thekla Hammar en 1912.


Le petit Nils est un garçon cruel envers les animaux, feignant et peu obéissant. Le voici changé en tomte (un genre de lutin nordique) et cramponné au cou d’un jars, parti bon gré mal gré au-dessus de la Suède avec les oies sauvages.
Bon gré mal gré, car un garçon aussi désagréable est peu aimé et il ne semble tenir à personne, alors qu’il est séduit par la promesse d’aventures sensationnelles et de mois passés à ne rien faire. Bien sûr, l’aventure le grandira – c’est un roman d’apprentissage.

Nils qui pensait aux jours insoucieux et aux gaies plaisanteries, aux aventures et à la liberté, et aux voyages au-dessus de la terre auxquels il fallait renoncer, hurlait littéralement de chagrin.

Un classique de la littérature suédoise, mais que je ne connaissais pas. Un ouvrage de commande (de l’Association nationale des enseignants) auquel la prix Nobel se plie avec talent. Bien sûr nous découvrons les différentes régions de la Suède (mais comme je ne connais rien à ce pays, tous les noms me sont passés par dessus la tête), chacune avec son climat et sa végétation, toutes aussi importantes les unes que les autres, région de forêt, de champs, de mines de fer, de villages, de marais et de montagnes, avec quelques légendes locales en prime. L’idée est bien évidemment d’exalter la beauté de ce pays (mais on sent bien que Lagerlöf est capable de la même bienveillance à l’égard de tous les pays du monde, on est loin du nationalisme), tout en soulignant que tous les paysages possède leur valeur propre, même quand l’être humain s’en est détourné. Les animaux ont également leur place dans ce pays, habitants parmi d’autres.

Il n’avait plus qu’à essayer de se hisser sur le dos de l’oie. Il y parvint, mais avec beaucoup de peine. Il n’était pas facile non plus de se maintenir sur le dos lisse et glissant, entre les deux ailes battantes. Il dut plonger ses deux mains dans les plumes et le duvet pour ne pas être précipité.


Diverses personnalités sont prêtés aux animaux : un des renards est particulièrement méchant, les oies passent leur temps à narguer ceux qui restent au sol, mais il y a aussi des écureuils, des grues qui dansent, des rapaces…
Un peu lénifiant ? Et bien oui, mais j’ai bien aimé quand même. Le voyage est agréable et de bonne compagnie. Il est vrai que l’absence de personnages (eux qui font tout l’intérêt des autres romans de Lagerlöf) et de véritable enjeu de narration (difficile d’avoir un doute sur la fin de l’histoire) peut conduire à un certain désintérêt, mais cela n’a pas été mon cas.

Hiroshige, La descente des oies sur l'étang Shinobazunoike, série Huit vues de la capitale de l'Est,
1835, xylogravure, privé

Un mot de la traduction. J’ai lu le roman en édition numérique gratuite, par conséquente dans une traduction suffisamment ancienne pour être libre de droit. Il s’avère que l’édition a été raccourcie. Il manque certains épisodes (et de fait, il y a des trous dans le récit, ce qui m’a un peu étonnée), mais cela ne m’a pas gênée plus que ça. Si vous le lisez en papier, vous pourrez choisir un texte intégral et plus récent.


Les rayons du soleil jaillissaient en grandes gerbes, courant partout pour s’assurer des méfaits de la nuit, et toutes les choses rougissaient comme si elles avaient la conscience mal à l’aise : les nuages au ciel, les troncs soyeux des hêtres, les fins rameaux enchevêtrés de la forêt, le givre qui couvrait la couche de feuilles par terre, tout s’embrasait d’une vive rougeur.
Toujours plus nombreuses, les gerbes de rayons parcouraient l’espace ; bientôt il ne resta plus rien de la terreur de la nuit.

Je retiens un hymne au printemps qui redonne vie à tous les êtres et une invitation à vivre en harmonie avec toutes les espèces végétales et animales. Pourtant, il faut bien manger pour vivre et pour nourrir ses petits, et toutes les oies ne survivront pas au voyage.

Lagerlöf s’est peut-être inspirée du succès du Tour de la France par deux enfants écrit en 1877 par Augustine Fouillée-Tuilerie sous le nom de G. Bruno.


Selma Lagerlöf sur le blog :
Les Reines de Kungahälla : histoire d'une cité disparue, ambiance onirique et médiévale.
Gösta Berling : "Enfin, voici le pasteur qui monte en chaire". Roman manquant de fil conducteur, mais qui campe le monde disparu des héros et des villages.
L'Anneau des Löwensköld : une longue saga familiale dans le monde ancien.





2 commentaires:

  1. Eh bien, tu nous régales en ce moment de grands classiques pour petits et grand!. Et tu n'arranges pas mes lectures, dejà bien cinpulsives en ce moment. Après Peter Pan, voilà que j'ai maintenant envie de me jeter sur ce Nils Holgerson, que je me souviens avoir dans une belle édition cartonnée publiée par Actes Sud il y a quelques annees.

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    1. L'oie constitue un moyen de transport original pour visiter l'Europe, après le train et la bicyclette... Il existe moult éditions illustrées, mais j'avoue que je ne connaissais pas le texte auparavant.

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