Kapka Kassabova, Élixir. Dans la vallée à la fin des temps, parution originale 2023, traduit de l'anglais par Morgane Saysana, édité en France par Marchialy/J'ai lu.
Kassabova, née en Bulgarie, mais vivant depuis longtemps en Écosse, se rend à plusieurs reprises dans une forêt reculée de Bulgarie, à la fois à la recherche des plantes qui sont ici ramassées par tonnes et exportées dans toute l'Europe, mais aussi de ceux qui se chargent de cette cueillette et de ce commerce, mais plus encore des femmes guérisseuses sachant utiliser ces plantes et plus généralement des populations qui vivent là et dont l'existence a été dévastée par l'histoire des frontières et des régimes politiques (leur histoire étant racontée dans Lisière).
Avant de lire ce livre, j'avais deux a priori :
Crainte d'une bouillie mal digérée autour des femmes, des sorcières, de l'influence des astres et de la lune, et les quatre éléments, mais en se reconnectant à la nature, et blabla et blabla.
Curiosité pour le sujet (les guérisseurs et guérisseuses ont tendance à être bien présents sur ce blog).
Ensuite, les plantes. Alors il y a l'évocation de dizaines de plantes, de leurs feuilles à leurs racines, de tous leurs noms vernaculaires et de leurs propriétés sur la santé. C'est hélas un peu trop le fouillis à mon sens : on ne sait pas grand-chose des plantes elles-mêmes et puis le catalogue des vertus n'est pas très convaincant. J'apprécie davantage la description concrète de l'utilisation de telle ou telle plante par telle ou telle guérisseuse (je crois que notre autrice gagnerait à davantage pratiquer le terrain).
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| Art Maciejka, Hoja Santa, photographie |
J'ai lu ce livre avec plaisir (et aussi avec agacement), appréciant cette exploration d'une forêt aux confins de l'Union européenne. J'ai regretté de ne pouvoir sentir les plantes : les humer quand elles sont vivantes, sur pied, dans leur environnement, et m'imprégner des parfums des plantes séchées. J'aurais bien goûté une petite tasse d'infusion de certaines, pour la curiosité, pour le plaisir des sens. J'aimerais également beaucoup pouvoir manger ces yaourts de brebis, si souvent mentionnés, peut-être avec un filet de miel.
À la fin, il y a des chevaux libres, presque sauvages.
Il y avait quelque chose de tellement concret à toutes les opérations – le pain, le couteau, le cercle tracé dans le sol, la répétition du verbe « couper », les deux femmes robustes incitant les forces de la terre et de l'éther à s'unir au service du visage de Dulezar – que je ressentis ce que cela faisait d'être sous l'effet d'un sort. Un état de docilité totale.
Demain, quand je serais partie, il remonterait ici. Et le jour suivant aussi. En hiver, il avait de la neige jusqu'aux genoux ou à la taille. Ce n'était par simplement l'immense distance parcourue, l'échelle incommensurable, la solitude, la privation, les prédateurs, la dévotion chimérique digne de Don Quichotte, le mépris de ceux du monde d'en dessous. Il y avait autre chose.
J'ai donc très nettement préféré Lisière.
L'avis enthousiaste de Miriam, mais aussi celui de Claudia Lucia.


