La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



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jeudi 16 avril 2020

La saveur très sucrée en dominait une autre, plus douceâtre.

Nancy Peña, Le Chat du Kimono, Tea Party et It is not a piece of cake, 2007, La boîte à bulles.

Besoin de se faire plaisir : j’ai relu cette superbe histoire de Nancy Peña ! Si vous ne connaissez pas, je vous engage à vous précipiter dessus (mais pas avant plusieurs semaines, on a compris).
Tout d’abord, un kimono avec des motifs de chats tissé pour une belle japonaise. À la suite d’une histoire d’amour tragique, l’un des chats s’échappe du vêtement.
Quelques pages plus tard, voici le kimono à Londres sur le dos d’une jeune femme. Le chat, lui, cherche son kimono. Il croisera une petite Alice qui mange des biscuits magiques, Holmes qui voit des fantômes, Watson, un joueur de poker, un marin… Dans les volumes suivants, nous suivons un pari culinaire, à la recherche du meilleur thé et un autre en quête d’une mystérieuse recette de shortbreads. Voyage au pays lointain du thé, mais aussi dans un château écossais perdu dans la lande. Et voyage dans l’inconscient du héros Victor Neville – il est conseiller culinaire. Toujours en étant guidé par le chat échappé du kimono, un farceur et un malin.
On retrouve le goût pour l’Orient de l’empire britannique : thé, opium, kimono, épices exotiques… et des intérêts sordides, d’argent et de classe sociale. Il y a un petit côté série policière anglaise.
Au-delà des multiples clins d’œil à la culture victorienne, cette série vaut par ses superbes dessins. Si le kimono s’anime, les personnages sont également très bien rendus. Nous alternons grandes planches et détails, vues réalistes et visions oniriques. Trois couleurs : blanc, rouge, noir. 
C’est un très grand plaisir de relecture. Ces albums donnent envie de rêver à des voyages et de se boire une bonne tasse de thé.



Mes premiers billets qui détaillent chacun des volumes :


mercredi 11 mai 2016

Ça ne va pas être de la tarte.

Nancy Peña, It is not a piece of cake, 2011, La boîte à bulles.

Étape 1 : Dans Le Chat du kimono, on découvre un kimono magique ramené du Japon dans l’Angleterre victorienne et on croise une petite fille nommée Alice et Sherlock Holmes.
Étape 2 : Dans Tea Party, deux riches londoniens s’affrontent sur le thème du thé et nous suivons Victor Neville, counceller, c’est-à-dire cuisinier et cuisinier culinaire, malade des nerfs, mais aidé par le chat échappé du kimono.
Étape 3 : Nous y voilà. Le défi porte cette fois sur les shortbreads (= des biscuits sablés). Victor Neville s’affronte à son propre frère, Percy, engagé par Alice Barnes. Tout ce petit monde (Alice ayant son kimono dans sa malle) se retrouve en Écosse avec un seul objectif : retrouver le goût unique des shortbreads de la grand-mère du maître des lieux. Avec la complication d’une intrigue familiale autour du père de Victor et Percy. Et les nerfs de Victor ne vont pas mieux.

Le premier volume m’avait enthousiasmé, notamment pour ce dessin si beau, inspiré de la gravure sur bois. Le deuxième m’avait laissée légèrement sur ma faim, car j’y trouvais un peu moins d’imagination et de sensualité. Le troisième me plaît vraiment, car Victor semble mieux maîtriser ses nerfs et le chat du kimono tout en naviguant dans ses rêves et ses visions. Le décor est celui d’un château écossais perdu dans la lande, la domesticité est nombreuse, complice ou railleuse et les rebondissements sont nombreux, comme dans une bonne série policière anglaise. Les animaux sont importants dans cette série, lapin, chat, chien, corbeau, tous parlent une langue que les humains les plus rationnels ne perçoivent pas et ont le pouvoir de modifier la réalité.
Les dessins sont très réussis, nous voyageons sur une colonne vertébrale et dans un cerveau où les souvenirs collent comme de la mélasse. Ce sont toujours trois couleurs qui dominent les planches, blanc, noir et rouge avec un trait qui varie selon les humeurs des personnages.


J'ai testé la recette de base des shortbreads, fournie par VendrediLecture. Il convient d'y ajouter des épices et des parfums pour s'approprier le petit gâteau.

  


vendredi 3 juillet 2015

Et, par dessus tout, monsieur Neville, ne croyez pas tout ce que raconte Sir Conan Doyle.

 Nancy Peña, Tea party, 2008, La boîte à bulles.

Souvenez-vous, il y a deux ans je vous présentais Le Chat du kimono, l’histoire d’un kimono magique (avec un chat) qui traversait le monde pour gagner la Londres victorienne, tout en croisant le chemin de Sherlock Holmes. Voici la suite.
Le kimono aux mille chats est désormais porté par Alice, une jeune fille très intelligente. Son père et un lord se défient : qui fera boire à l’autre le meilleur thé ? Le lord s’adjoint les services de Neville, conseiller culinaire et narcoleptique.
L’album alterne les scènes d’intérieur bourgeois et les explorations des mauvais quartiers de Londres, avec les échappées sur l’Orient lointain d’où provient le thé. Alice et Neville manœuvrent chacun dans leur camp, alliant ruse et charme. Le chat du kimono les guide ou les trompe. Une grande place est faite à la rêverie et aux cauchemars de Neville. Et bien sûr, c’est un hymne au thé !


Je crois que j’ai préféré l’histoire du premier tome, peut-être parce que je découvrais cet univers et parce qu’il faisait plus de place à l’onirisme et à l’exotisme. Mais j’ai pleinement savouré le jeu subtil du blanc, du noir et du rouge. Les couleurs sont réellement expressives et certaines planches sont très loin de la narration, plongées dans le monde du rêve.
Je trouve beaucoup d’originalité à cette série, avec des faux semblants, des surprises, des retournements inattendus. Il ne faut pas croire ce que disent les personnages, même quand ils sont réels ou héros de romans, ni croire les dessins. C’est un bel hommage à la fiction et à la puissance de l’imagination.


vendredi 31 mai 2013

On ne parle que de kimonos dans les salons.


Nancy Peña, Le Chat du kimono, La boîte à bulles, 2007.

Un livre découvert aux Quais du Polar de Lyon, une pépite !
Il s’agit d’une très belle bande dessinée qui commence comme un conte japonais : on est au XIXe siècle, et un drame se joue dans une filature de kimono. Un chat échappe aux motifs d’un kimono, il s’enfuit et essaie ensuite de revenir vers le vêtement qui l’a engendré. Mais le kimono a été acheté par une belle londonienne… Le chat voyage de carpe en carpe ou dans les bateaux, on ne sait pas très bien et parvient à Londres pour essayer de retrouver son kimono… on croise dans l’histoire Alice (qui mange d’étranges champignons), un chat au sourire bizarre, Sherlock Holmes et Watson… le tout avec beaucoup d’humour.

Le graphisme est magnifique, œuvre d’art en soi. Les motifs de kimono mettent l’accent sur la magie. Les autres planches montrent un Londres plus sordide. Peña utilise des motifs de pochoirs ou de gravures sur bois – avec lesquels sont fabriqués les papiers japonais et les kimonos. L’album est poétique, élégant, mystérieux. Il joue du mystère de l’Orient, de la fascination pour les motifs compliqués des kimonos, met en scène un marin de l’empire britannique et son amour impossible pour les belles inconnues alors que  le chat est un animal bondissant et détenteur d’un long savoir. Mais le matou canaille de Toulouse-Lautrec croise aussi le pinceau du minet bourgeois de Bonnard…


Il y a deux autres volumes, j’ai hâte de les lire.