La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



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jeudi 10 août 2017

Je suis celui au cœur vêtu de noir.

Hella S. Haasse, En la forêt de Longue Attente, traduit du néerlandais par Anne-Marie de Both-Diez, parution originale 1949.

Un roman historique sur Charles d’Orléans. Qui ça ? Famille de sang royal, guerre de Cent ans, Charles VI le roi fou, Azincourt et une poésie qui vous rappellera peut-être quelque chose : « L’hiver a laissé son manteau de froidure et de pluie… » En 670 pages, Haasse nous raconte la vie de Charles d’Orléans, de la naissance à la mort, en expliquant le contexte, la famille royale et toutes ces sortes de choses. C’est tout à fait clair – j’ai enfin compris quelque chose à cette histoire d’Armagnac et de Bourguignon – et c’est un plaisir de découvrir cette période d’une façon aussi simple et agréable.

Orléans fit un signe aux majordomes. Les rideaux de cuir devant l’entrée de service s’ouvrirent, et un cortège de figures masquées et costumées apportèrent les desserts. Des hommes déguisés en sauvages, couverts de feuilles et de fruits, apportèrent un énorme plateau sur lequel un paysage de montagne fait de gâteaux et de sucreries, entourait un lac où nageaient des cygnes ; c’était un hommage à Isabeau, censée y reconnaître la Bavière, son pays natal.

C’est un roman de facture tout à fait classique qui semble assez fidèle aux principaux faits historiques. En revanche, Haasse ne cherche pas à reconstituer un quotidien ou des habitudes qui nous sont trop étrangères, elle ne semble pas s’être documentée sur les habitudes, les ustensiles, les vêtements, les meubles. Pas ici de vocabulaire qui nous serait étranger. Elle ne craint pas non plus de se projeter dans la psychologie des différents personnages, en particulier de son héros, un personnage indécis et manquant de charisme, une sorte d’Hamlet, un poète de cour, un personnage tendu entre ses aspirations personnelles et le poids des devoirs, du fait de ses liens de famille et de fidélité. Le roman explique très bien les liens de famille et de féodalité, avec notamment une très bonne explication sur les mariages arrangés avec les enfants, qui nous dégoûtent tant que l’on ne perçoit plus leur fonctionnement et raison d’être. Ils s’insèrent ici naturellement dans les politiques diplomatiques les plus diverses.
Le château de Blois, photographie conservée au Mucem.


Haasse donne une épaisseur humaine à ces figures d’enluminures et à ces intrigues qui nous sont devenues obscures et beaucoup de vie et de chaleur à cette époque dure et violente.

Je l’ai lu avec bon appétit et j’ai envie de visiter à nouveau le château de Blois.

Charles écoutait, retenant son souffle – il n’avait jamais entendu dire que son père écrivait des vers ; il en fut profondément surpris. Le chant d’Herbelin parlait d’un chevalier errant à travers une forêt, la forêt de Longue Attente. Charles ne comprenait pas ; il se rappelait vaguement que, l’après-midi, sa mère avait parlé d’attente – mais qu’était-ce donc que cette forêt ?

L’avis de Dominique et de Claudia Lucia toujours plus éloquentes que moi.