Canterbury donc. Je ne gardais pas vraiment de souvenir de la ville, je suis donc heureuse d’avoir pu m’y promener à nouveau. Des rues anciennes, agréables, qui, le week-end, sont envahies par la foule.
Le premier soir, je marche jusqu’au portail de la cathédrale. Je vérifie un détail de la façade où sont sculptées tous les rois d’Angleterre : comme en 2016 les monarques vont de Guillaume le Conquérant à Elisabeth II, sans ajout de nouvelle figure.🤭
Je me souviens que lors de mon premier voyage j’avais été étonnée par l’importance de Guillaume le Conquérant, bien plus grande qu’en Normandie.
| C'est de la pierre de Caen ! |
Le lendemain matin, les courses au marché (fromages, fruits et légumes du Kent) et j’arpente, je prends mes repères. Canterbury compte deux gares, C. East qui est située près de mon logement et C. West qui est plus éloignée, mais qui est la gare principale, où je me rendrai presque tous les jours.
Je retrouve ces beaux murs en silex, avec leurs irrégularités, brillants sous le soleil.Il y a un vieux donjon normand dont il ne reste pas grand-chose, un mur d’enceinte médiévale, de vieilles églises. Le Roman Museum évoque la période Dunovernum Cantiacorum, mais je ne l'ai pas visité.
À gauche, la West Gate.
Le roi saxon d’alors donne à Augustin les terrains nécessaires pour bâtir une abbaye et une cathédrale, la première de l’île (notez qu'au-delà de l'Angleterre, le premier monastère chrétien de Grande-Bretagne aurait été installé aux Hébrides).
Au 12e siècle, les relations entre l’Église et la monarchie deviennent à ce point conflictuelles que l’archevêque Thomas Becket est assassiné dans la cathédrale par quatre chevaliers envoyés par Henri II Plantagenêt. Ensuite, Thomas est canonisé et sa tombe devient le lieu d’un pèlerinage très populaire.
En 1538, Henri VIII décide la fermeture de tous les monastères et des abbayes, il s’empare des richesses de la cathédrale et de la châsse de Becket.
Aujourd’hui encore, la cathédrale de Canterbury marque l’une des extrémité du Pilgrim’s Way qui conduit jusqu’à Rome. Le site est classé à l’Unesco pour la cathédrale, l’abbaye Saint-Augustin et l’église Saint-Martin. C'est le siège de l'Église d'Angleterre.
Une porte monumentale, la Christ Church Gate, construite au début du 16e siècle, donne accès à la cathédrale, aux bâtiments administratifs (notamment la King's School) et aux logements ecclésiastiques, tout un quartier fermé.
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| King's School |
Les églises se sont succédées au fil des siècles et des incendies, et l’édifice actuel a été construit du 14e au 15e siècle (avec l'achèvement d’une tour au 19e) dans le style gothique Early English.
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| le choeur (plus ancien que la nef) |
La nef, très haute et large, avec sa très belle voûte, est due à l’architecte Henry Yevele.
La voûte de la tour centrale (à la croisée du transept) est dite en éventail - ça c'est vraiment beau. Toute cette jolie dentelle.
Le grand cloître est en style Perpendicular. Plus de 800 armoiries décorent les voûtes - c'est toute l'Angleterre qui est représentée !
Une chapelle de la cathédrale accueille le culte français des huguenots depuis le 17e siècle.
La ville poursuit son essor au fil des siècles : commerces, mise à bas des remparts médiévaux, construction d’une université, attractivité touristique… aujourd’hui c’est la grande banlieue de Londres, accessible en seulement une heure de train. Et toutes les 15 minutes un bus vous emmène au bord de la mer.
Chaucer a composé les fameux Contes de Canterbury.
On peut également visiter la chapelle des franciscains (les Greyfriars), la chapelle d'un hôpital médiéval et la Beaney House of Art and Knowledge, à l'architecture néo-Tudor, qui abrite la bibliothèque municipale et le musée (archéologie, histoire naturelle et art, en petit format, façon cabinet de curiosité).
Les rives de la Stour ont été aménagées, non pas seulement pour offrir des espaces de promenade, mais aussi pour permettre la circulation quotidienne des vélos et des piétons à l’écart des voitures, dans toute la ville et entre la ville et les villages. De même, des allées et des chemins passent à l’arrière des maisons, relient les quartiers les uns aux autres ; les public footpaths sont le coeur de l’Angleterre (je vous en reparlerai).
Difficile de ne pas repenser à la fin de La Voie des pélerins d’Abdulrazak Gurnah quand le personnage principal, si souvent rejeté, visite enfin la cathédrale, là où l'Angleterre contemple son nombril et la grandeur de son empire (je vous engage fortement à lire cet excellent roman d'un excellent écrivain, prix Nobel de littérature).
Dans la nef, il tourna les yeux vers les cieux avec une incrédulité éhontée. Les colonnes survivraient à Dieu lui-même, songea-t-il.
C'est pour cette raison que les pèlerins affluaient et qu'ils étaient si passionnés, pas comme ces badauds qui fixent bouche bée tout ce qu'ils ont sous le nez. (...) Ensuite, ils découvraient ces voûtes incroyables, bâties par des gens qu'ils ne connaissaient pas. Ils devaient se rendre compte alors, ils devraient savoir que cette foi qui les avait poussés à entreprendre ce pèlerinage était aussi celle qui était à l'origine de cet édifice en pierre où ils venaient se recueillir. Ce n'était pas Dieu le sujet. C'était l'ingéniosité qui avait permis de bâtir quelque chose d'aussi immense et sublime, un monument monstre à la souffrance et à la douleur liées au voyage de plusieurs milliers de kilomètres, accompli pour se recueillir devant un banal lieu saint. Et cela se reproduit continuellement.
Il était arrivé, chargé d'un passé vivant, source de force et de réconfort, mais il lui avait fallu tant de temps pour comprendre que ce qu'il avait apporté ne parvenait plus à atteindre ses racines. Puis cela s'était mis à suinter, à exsuder, à pourrir. Cela s'était transformé en une chose véreuse et difforme, une torture. Et il avait commencé à se considérer comme un corps meurtri et bouffi échoué sur une plage, nu parmi des inconnus. (...) La réalité était bien plus banale. Il était venu pour le même genre de raisons qui avaient incité l'homme-loup barbare à ériger ce monument de pierre, il s'inscrivait dans la même lutte douteuse de la psyché humaine pour échapper à ses névroses et à ses peurs.
Je note qu'en anglais le titre original du roman est d'ailleurs Pilgrims Way - les lecteurs anglais savent avant même d'ouvrir le livre qu'il se déroule à Canterbury, contrairement à nous.
En 2016 j'avais composé deux billets sur Canterbury : un sur la cathédrale et un autre avec des photos de l'abbaye et des églises anciennes.
Cette année, il y a eu un billet introductif. La semaine prochaine nous irons au bord de la mer.
Ceci constitue ma première participation à l'activité Sous les pavés, les pages d'Athalie et d'Ingannmic.






Participation retenue ! Et je teste au passage le dépôt de commentaire..
RépondreSupprimerDe Canterbury, j'ai le souvenir lointain, exact j'espère, d'être montée en haut d'une tour par un escalier.
RépondreSupprimerTes photos de voutes sont magnifiques.
Et le billet complet historiquement.
Tu crois qu'on va bientôt sculpter charles iiI
(Je suis toujours dans les snopes, une vraie dinguerie La ville.)
Tu es tombée dans la marmite faulknerienne !
SupprimerJe ne suis pas montée en haut de la tour, j'avoue.
Il reste de la place pour Charles (enfin, on pourrait le mettre dans les niches dont les anciennes sculptures ont disparu) mais je ne sais pas...