La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



samedi 17 octobre 2026

Marcher sur les public footpaths

 

On pourrait croire que je suis une inconditionnelle de l’Angleterre, mais ce n’est pas le cas (bonjour le système de santé et les écoles privées). Cependant, il y a des choses qui existent là-bas et qui mériteraient d’être importées chez nous pour le bien-être de tout le monde : les toilettes gratuites partout, la présence de personnel avec un fort sens du service dans les transports et les public footpaths. Aujourd’hui, je vous parle des chemins, des sentiers, des voies…

Si l’on s’écarte de Londres et des centres villes, on constate rapidement que les villes sont quadrillées par un réseau d’allées ou de contre-allées. Elles passent à l’arrière des maisons, elles ne portent pas de nom, mais sont visibles sur Google Map, 1 ou 2 mètres de large, quelquefois des lampadaires, en général avec un minimum d’entretien pour éviter que les ronces ne les envahissent… Elles passent derrière les maisons, sont parallèles aux routes, empruntées par les vélos et les piétons… Ce sont ces voies qui en France sont systématiquement privatisées, car il est impensable que « des gens » passent derrière la maison sans qu’on puisse les voir. En Angleterre, elles sont utilisées, pas seulement pour promener son chien ou pour rendre visite à une voisine, mais bien pour circuler chaque jour pour se rendre au travail, ou à la fac, ou prendre le train, etc.

À 10 minutes du centre de Canterbury...

À la campagne c’est encore mieux. Voici que le chemin se glisse le long des champs, des prés, traverse une forêt… tiens, il faut pousser une barrière, un peu bizarre, et le chemin continue… il traverse un champ de maïs ( ??? oui, il manque bien une rangée de maïs pour laisser le passage à la piétonne française déboussolée), traverse carrément un pré avec des moutons ( ??? mais !) ou des vaches, soyons fous. Et là, il prend à travers le golf. Je me demande si j’ai bien le droit d’être là, on dirait bien que oui, mais quand même, qu’est-ce que donc que cela ?

C'est par là, oui, entre les plants de maïs.

Pardon madame, sorry...

Tous ces chemins se situent sur des terrains privés, mais il y a un droit de passage public, et ils font partie des libres espaces de circulation ouverts à tous.

Je pense que l’on s’est tous retrouvé un jour dans un village de campagne où le seul moyen de 1. rejoindre un autre village ou acheter le pain, 2. rejoindre un chemin de randonnée, 3. circuler au sein du village, était de marcher au bord de la route, sans trottoir, sans accotement. C’est tellement dangereux qu’on en conclut qu’une voiture est indispensable pour parcourir les 3, 4 ou 5 kilomètres. Ne parlons pas du bord de mer où évidemment les propriétaires s’efforcent de fermer les chemins passant au bout de leur terrain. Il faut dire qu’en France les chemins sont destinés avant tout à se promener, et non à circuler au quotidien. Compliqué de penser qu'une paire de jambes puisse être un moyen de transport... On se rend en voiture sur les voies vertes. J’ai toujours vu les paysans labourer la route et faire disparaître les chemins du cadastre sans qu’aucune autorité ne s’en offusque.


Et donc je me suis mise à faire attention au sujet. Par exemple, dans le roman Persuasion, une des jeunes filles se tord le pied en sautant d’une barrière. Et on le voit très bien dans le film. Car en effet il y a des barrières, notamment pour empêcher le bétail de partir. Et tout le monde est très discipliné, et ouvre et ferme la barrière bien sagement. Par exemple, le chemin des falaises de Douvres qui est très fréquenté est aussi emprunté par de jolies petites vaches noires et le monsieur qui vient les soigner.

Bien sûr, je fréquente ces chemins en tant que touriste, et non au jour le jour. N’empêche que j’ai bien vu des endroits où le chemin qui traverse un pré relie la gare au centre du village. Il n’y a pas que les touristes.

Bref, ce serait si bien d’avoir ça chez nous.

On pousse, on tire, quelquefois un peu d'escalade...

Ces droits n’ont pas été gentiment donnés, mais ont été conquis de haute lutte, comme le raconte Rebecca Solnit dans L’Art de marcher, au chapitre « Au pays de la région des Lacs ».
La liberté d’aller et venir dans la campagne ne fut cependant obtenue qu’au prix d’un long combat qui n’est pas sans rapport avec la lutte des classes.
Il faut dire que la majorité des terres constitue des propriétés privées.
1824 : création à York d’une Association pour la protection des anciens chemins
1845 : naissance de la Société écossaise pour les droits de passage, qui existe toujours et qui est la doyenne du genre.

Il y a eu au 19e siècle l’organisation de randonnées collectives pour marcher sur des terres privées et fermées, notamment dans la région des Lacs, lieu du tourisme naissant pour la population ouvrière des villes. Finalement les tribunaux ont donné raison aux marcheurs et désormais les chemins publics ont un statut légal.

Je laisse brièvement la parole àWikipedia :

« In England and Wales, public footpaths are rights of way on which pedestrians have a legally protected right to travel. Other public rights of way in England and Wales, such as bridleways, byways, towpaths, and green lanes are also used by pedestrians. »

Comme le dit Solnit, la propriété ne confère pas des droits absolus sur l’espace et le paysage est un patrimoine collectif.

Un des grands plaisirs de la marche telle qu’elle se pratique en Angleterre tient sûrement au sentiment de cohabitation créé par les droits de passage : il faut pousser les tourniquets pour traverser les pâturages à moutons, franchir des échaliers, contourner les champs cultivés qui composent un paysage à la fois utilitaire et esthétique.

Entre Canterbury et le village de Chartham, chemin emprunté par tous les gens qui bossent en ville.


Voyez le chemin avec moutons entre la gare d'Hever et le château du même nom (et surtout les magnifiques jardins).


Un des cartels du château de Knole fait allusion au fait que ce droit a été acquis de haute lutte.

Cela fait partie des raisons pour lesquelles j’aime passer mes vacances en Angleterre : le climat est supposé plus clément qu’à Marseille, je visite des musées, des châteaux et des jardins, il y a le National Trust, j’achète des vêtements à fleurs et je peux marcher, marcher, marcher presque où je veux – c’est un tel plaisir.
Les semaines précédentes : un billet introductif ; Visite de Canterbury ; Isle of Thanet, visite de Ramsgate et Margate ; gothic revival : l'abbaye Saint-Augustin de Pugin ; visite de Knole House et rencontre avec la famille Sackville ; jardin de Sissinghurst ; marche de Deal à Sandwich et découverte des Cinque Ports.

La semaine prochaine : dernière billet, au bord des falaises.

6 commentaires:

  1. En France il y a la fédération française de la randonnée qui balise les chemins, c’est fait par des bénévoles. Ce genre de tourniquet, je l’ai vu en Aubrac, quand il y a des troupeaux. Des chemins pour rejoindre les villages il y en a parfois mais peu de gens les pratiquent ou les connaissent. Je suis un peu dubitative quant au fait qu’en Angleterre une majorité des gens les pratiquent mais si c’est le cas tant mieux. En Auvergne nous avons beaucoup de chemins. praticables.

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    1. Beau plaidoyer pour l'Auvergne, mais moi je parle d'une législation nationale spécifique.
      Quant au fait d'être dubitative... il suffit d'aller voir.

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  2. Je suis plus une adepte du vélo que de la marche mais ces petits chemins me font quand même envie. Dans mon coin de Bretagne, il est très facile de se déplacer à deux roues à l'intérieur de la ville, vers le centre ville. Par contre, dès que tu veux faire un trajet plus excentré, tu as intérêt à avoir un sacré sens de l'orientation ! les pistes cyclables sécurisées existent mais par petits bouts qu'il faut repérer entre deux barres d'immeubles pour éviter de se retrouver sur la rocade ... Mais bon, au moins, elles existent et ça fait une aventure.

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    1. Oui c'est galère, il faut contourner la rocade, longer le truc, et puis on se trouve bloqué... S'il y avait des chemins de contournement bien fichus, ce serait plus pratique et sécurisé. Mais les piétons sont en général la variable d'ajustement de la voirie.

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  3. Ha là un thème passionnant (si on aimé marcher!) (et c'est mon cas) Je découvre cette belle histoire des footpaths, bravo l'Angleterre (et si en plus il existe plein de toilettes ^_^)
    En France, hélas certains se récupèrent les 'raccourcis' bien pratiques et installent grilles ou grillages. Le règne du chacun chez soi. Heureusement il existe les chemins de halage, j'en profite quotidiennement. De plus je fais de la rando 'locale'

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    1. Oui mais les raccourcis sont utiles au quotidien, pas seulement pour se promener. Je trouve qu'on manque d'espaces de circulation en France.

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