La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



samedi 3 octobre 2026

Sissinghurst Garden

 

Tourisme dans le Kent...

Le jeudi doit être un grand jour, car j’ai prévu d’aller à Sissinghurst. Cela fait des années que j’en ai envie… Enfin !

Ce nom ne vous dit rien ? C’est un des plus beaux jardins d’Angleterre, celui de Vita Sackville-West. Et oui.

Comme je vous le disais la semaine dernière, Sackville-West n’a pas pu hériter de Knole. Avec son mari Harold Nicolson, elle achète le domaine de Sissinghurst en 1928. Les bâtiments en brique datent du 15e siècle, mais après les dégâts causés par les humains et les siècles, au 19e une ferme avait été installée dans les bâtiments restants. On voit toujours les tours où faire sécher le houblon. La demeure date de l’époque Tudor, comme Knole, et elle possède aussi une tour porche. C’est si romantique et cela rappelle Knole… les époux s’y installent.

Un mot de ce couple très atypique. Harold Nicolson était diplomate. Vita et lui sont restés soudés tout au long des années, chacun entretenant des relations homosexuelles de son côté. Ils ont certes eu des enfants, mais leur création commune est bien cet incroyable jardin qu’ils nous ont légué. L’un aime les choses un peu rectilignes et rangées, l’autre l’exubérance folle ; ensemble ils créent un jardin composé d’une dizaine de garden rooms, c’est-à-dire de jardins clos, où les vieux murs et les ifs servent de délimitation. Les allées y sont bien droites, mais les fleurs débordent de partout.

Nicolson et Sackville-West commencent à concevoir le jardin vers 1930. Celui-ci ouvre au public (de façon très limitée) dès 1938. Sackville-West aimait s’entretenir avec les visiteurs, elle-même ayant publié plusieurs articles sur le jardinage. Le National Trust acquiert la propriété en 1967. C’est aujourd'hui un des jardins les plus visités d’Angleterre.

Elle installe son bureau dans la tour. Son mari avait le goût des parterres bien droits, elle celui des associations végétales inattendues (faire pousser les rosiers dans les arbres !) ; ensemble, ils créent un jardin pour toutes les saisons de l’année.

L’endroit est extraordinaire. J’arpente les allées étroites, je photographie. Il y a des perspectives, des passages, des bancs… Je suis frappée par le fait que tous les visiteurs sont très calmes, parlent doucement, se montrent les plantes en souriant mais sans excitation particulière. Le lieu est apaisant et bénéfique pour tous.

Un vieux mur en brique, une ancienne fenêtre, des grandes fougères, une porte entre deux mondes...


L'un des jardins clos est un célèbre jardin blanc. Si l'on y vient au printemps, on voit notamment des roses blanches et des aubépines. D'ailleurs, les roses, surtout les roses anciennes étaient la spécialité de Vita Sackville-West - cela donne envie de venir à la "bonne" saison.

Les jardins clos ont du mystère, ils sont cachés, ils se dévoilent...

Originellement les allées étaient en herbe, mais il a fallu les faire paver du fait de la fréquentation. Ici on aperçoit les grandes lignes tracées par les if, qui délimitent les jardins et les atmosphères. Et puis les fleurs qui débordent de partout qu'il faut contourner prudemment. Je ne peux pas m'empêcher de noter des idées de plantes pour mon propre jardin (bien sûr, dans 30 mètres carrés, ce sera un peu difficile d'obtenir le même effet, mais bon...).



Il y a d'étranges effets de perspective et voici que la tour semble jaillir de la végétation...

Photo Wikipedia - quand tout est vert !

Bien sûr, en m’y rendant en août 2026, je savais que je verrai un jardin abîmé par la chaleur et la sécheresse (il n’avait pas plu depuis deux semaines et ce jour-là il faisait 36). L’herbe est rase, les fougères ont commencé à jaunir, les arbres du verger sont piteux. Oui, c'est triste et tout le monde est empreint de ce sentiment de tristesse. Le National Trust a créé un jardin adapté à la sécheresse : on y voit les plantes qui sont installées au bord du tramway à Marseille.

Je suis quand même charmée par le lieu. Je me promets d’y revenir au printemps, à une époque plus clémente. Je puise aussi de l’énergie et de l’espoir pour mon propre jardin, si minable et pelé.

Et je mange un gâteau à la cafétéria avec un soda à la rhubarbe. J'achète un sachet de graines parce qu'elles sont sûrement investies d'un pouvoir magique propre au lieu. Non ? Vous ne croyez pas ?



Et comment on y va ? Avec de bonnes jambes et une volonté tenace. C’est d’ailleurs pourquoi je n’avais pas tenté l’aventure en 2016. En temps normal le bus Arriva 5 de la ligne Maidstone-Hawkhurst dessert le village de Sissinghurst et il faut marcher environ un mile jusqu’au site. Cette année, la route était en travaux et le bus m’a laissée plus loin, il a fallu marcher deux miles. Vu la chaleur, j’étais épuisée.

Toutefois, je dois bien reconnaître que ce caractère inaccessible (vu de Marseille) contribue à l’aura de magie du lieu, un peu rêvé, difficile d’accès, bien caché, à la limite de la réalité.

Mais j’y retournerai à la saison des roses ! Na. Et je vous en reparlerai.


Semaines précédentes : un billet introductif ; Visite de Canterbury ; Isle of Thanet, visite de Ramsgate et Margate ; gothic revival : l'abbaye Saint-Augustin de Pugin ; visite de Knole House et rencontre avec la famille Sackville. 
La semaine prochaine, on marche le long du rivage.


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