Gabriel García Márquez, Cent ans de solitude, parution originale 1967, traduit de l’espagnol par Claude et Carmen Durand.
Une immense farce.
L’histoire, pendant 100 ans et 400 pages, du village de Macondo et de la famille Buendia. Les hommes qui portent tous les mêmes prénoms. Les femmes à la vie recluse et qui meurent un peu facilement, parce que ce ne sont pas elles les héroïnes (leur rôle n’est guère enviable). Le sexe qui embrase tout. Les excentricités. La guerre, la guerre civile d’un pays imaginaire des Caraïbes, la sécheresse, la plantation américaine, le chemin de fer. Et les miracles. C’est que l’auteur ne fait pas les choses à moitié. Quand il pleut, il pleut trois ans.
Les années de maintenant ne sont plus comme dans le temps.
Si la vie est un éternel recommencement, il faut quand même sans cesse faire face à l’inattendu. Y compris pour le lecteur à qui le roman tend des chausse-trappes, car tout n’est pas raconté exactement dans l’ordre. Et puis des choses sont dites alors qu’elles sont fausses et d’autres ne sont pas dites, mais on peut quand même se poser la question.
Les automates merveilleux, le galion espagnol échoué, les oiseaux, le juif errant, les spectres, la terreur d’un train plein des cadavres des ouvriers, des couples touchants… mais tout sera oublié, renvoyé à l’état de légende ou de croyance, excepté pour une ou deux personnes qui ne pourront vraiment se souvenir ni faire part de leur expérience.
Un immense plaisir de relecture.
| Rousseau, Le Rêve 1910 Moma |
Bien des années plus tard, face au peloton d’exécution, le colonel Aureliano Buendia devait se rappeler ce lointain après-midi au cours duquel son père l’emmena faire connaissance avec la glace. Macondo était alors un village d’une vingtaine de maisons en glaise et en roseaux, construites au bord d’une rivière dont les eaux diaphanes roulaient sur un lit de pierres polies, blanches, énormes comme des œufs préhistoriques. Le monde était si récent que beaucoup de choses n’avaient pas encore de nom et pour les mentionner, il fallait les montrer du doigt.
C’est le début. Un début trompeur (parce qu’il laisse croire que… alors que pas du tout), qui inscrit le roman dans un temps géologique et mythologique, mais plein d’humour.
En reconnaissant la voix de son arrière-grand-mère, il tourna la tête vers la porte, essayé de sourire et, sans le vouloir, répéta une ancienne phrase d’Ursula.
- Que voulez-vous, murmura-t-il, le temps passe.
- C’est un fait, répondit Ursula, mais pas à ce point-là.
En disant ces mots, elle se rendit compte qu’elle était en train de lui adresser la même réplique qu’elle avait reçue du colonel Aureliano Buendia dans sa cellule de condamné et, une fois de plus, elle fut ébranlée par une autre preuve que le temps ne passait pas – comme elle avait fini par l’admettre – mais tournait en rond sur lui-même.
C’est une relecture. Il y a donc un premier billet.
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