La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



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samedi 23 juin 2018

Rome, église Santa Prassede

Retour dans les églises romaines. Après la visite du quartier du Trastevere, de la Villa Farnesina et de deux églises au Quirinal, une petite dernière en haut de l’Esquilin.
Je suppose que plusieurs d’entre vous ont déjà visité Santa Maria Maggiore, avec ses magnifiques mosaïques.
À quelques mètres à peine se trouve l’église Santa Prassede (Praxède !) où nous allons aujourd’hui.
Dans le chœur, là encore des mosaïques du IXesiècle dans l'abside et sur les deux arcs qui l'encadrent.


Sur le côté, la minuscule et éclatante chapelle Saint-Zénon. S’y trouvent la dépouille de Saint Zénon et un fragment de la colonne sur laquelle Jésus aurait été flagellé. Mais surtout des mosaïques de toute beauté, également du IXesiècle. Mosaïques, or, marbres polychromes.
Au centre de la voûte le Christ.

Tout cela est bien beau. Les mosaïques d'or renvoient la lumière de tous côtés et les couleurs sont éclatantes.

C'était le dernier billet romain ! Au moins pour le moment.

dimanche 17 juin 2018

Rome, deux églises en haut du Quirinal

Retour à Rome
Après un billet consacré au quartier du Trastevere et un autre à la Villa Farnesina, changeons du tout au tout. Aujourd’hui, les hauteurs du Quirinal. Un quartier bien moins sympathique avec ses bâtiments officiels (résidence présidentielle), ses barrières, ses longues rues bien droites avec les voitures et les autres où il y a plein de touristes… Mais il y a de très belles églises ! Simplement deux pour aujourd’hui, deux églises quasi jumelles.

Rendez-vous au carrefour des Quatre Fontaines. Entre les voitures et les feux de circulation, le Tibre, l’Arno, Diane et Junon prennent la pause.



San Carlo alle Quattro Fontane
Cette église est un petit bijou. Elle a été édifiée par Borromini. Façade baroque avec alternance de lignes concaves et convexes qui ondulent avec élégance et presque avec légèreté.
À l’intérieur, l’église est ovale, avec une coupole elliptique. Les caissons rapetissent en se rapprochant du sommet, pour accentuer l’impression de hauteur. Les éléments architecturaux sont recouverts de plâtre et de stuc (il n’y avait pas d’argent pour la construction) et cette blancheur apporte une grande clarté à un tout petit édifice.
Il y a aussi un petit cloître et une crypte où aurait dû reposer Borromini s’il ne s’était pas suicidé.


Sortez, prenez à gauche, passez devant le parc où l’on peut manger son sandwich tranquillement et vous atteignez :

Sant’Andrea al Quirinale
Ah ce n’est pas le même style ! Ici, c’est Bernin qui est aux manettes ! Sur un espace là-aussi restreint, nous retrouvons une coupole en ellipse. La lumière entre par les fenêtres de la coupole et du lanternon, elle est reflétée par tous ces caissons dorés.
La statue de Saint André qui surmonte le maître autel est du Bernin. C’est plutôt spectaculaire.


Il vous reste des jambes ? Un petit tour à Santa Maria della Vittoria s’impose (un chef d’œuvre du Bernin y repose) ou à Santa Maria della Concezione (avec une crypte pleine de squelettes, d’un goût ignoble). Ou alors au Palais Barberini pour admirer un ou deux Caravage et des choses de ce goût-là.

samedi 9 juin 2018

Rome, Villa Farnesina

Le blog se promène dans Rome et plus précisément au quartier du Trastevere. Cette fois, c’est décidé, vous visiterez la villa Farnesine ! C’est qu’il faut un brin d’organisation : en effet la villa ne se visite que le matin, tout comme les églises (qui ferment vers 13 heures pour ne rouvrir qu’à 16 heures). Mais bien organisés comme moi, à 9 heures 15, paf, vous pénétrez dans la jolie roseraie de la villa.
La villa Farnesina a été construite au début du XVIe siècle par Baldassare Peruzzi pour le compte d’un banquier siennois. Ici eurent lieu des fêtes et des banquets. La villa a ensuite appartenu aux Farnèse, d’où son nom. Elle appartient à présent à l’État italien et héberge l’académie des sciences (Académie nationale des Lynx) (ce n'est pas ce que vous croyez).
Première salle au rez-de-chaussée. Une fresque de Raphaël montre le Triomphe de Galatée, à côté du cyclope Polyphème.


Puis la magnifique loggia de Psyché (ma pièce préférée) : des centaines de fleurs et de fruits, comme un jardin de peinture. Au plafond, la légende de Psyché et Cupidon (dessins de Raphaël, réalisation par ses élèves).



Ça, c'est juste l'escalier, qui n'est pas mal non plus.

Au premier étage, la salle des Perspectives avec des vues de Rome en trompe-l’œil, réalisées par Peruzzi. La salle a souffert du sac de Rome en 1527 et les lansquenets ont laissé leurs graffitis sur les murs (ils prétendent avoir fait courir le pape ! les vilains !).


Petit couloir avec des grotesques.

Dans la chambre à coucher, les Noces d’Alexandre et de Roxane par le Sodoma (j'ai oublié de prendre une photo).

Pfiou ! Si vous n’êtes pas rassasié de belles choses, traversez la rue ! Et rejoignez le premier étage du Palazzo Corsini qui héberge l’Académie des Lynx, une bibliothèque et une belle collection de peinture (y a même un Caravage !).

Voilà, maintenant vous pouvez reprendre votre promenade dans ce très joli quartier ou marcher jusqu’au Vatican.










dimanche 3 juin 2018

Rome, quartier du Trastevere

Je suis récemment retournée à Rome (il y a des endroits comme ça…). Alors que la fois précédente, j’avais privilégié les « hot spots », c’est-à-dire les gros musées ou monuments phares, en allant d’un point à un autre, là j’ai choisi d’opérer par quartier pour mieux connaître la ville et maîtriser un peu mieux le plan de Rome dans ma tête.
Premier jour, au Trastevere, c’est-à-dire au sud, de l’autre côté du Tibre, très agréable pour se promener dans les petites rues, s’asseoir sur les places et flâner. Pas ici de grand axe ou de grosses ruines spectaculaire, on est dans quelque chose de plus simple, ce qui n’empêche pas d’en prendre plein les yeux.
On franchit le Tibre en faisant coucou à l'île Tibérine.
Première étape : Villa Farnesina et Palazzo Corsini dont je vous parle dans le prochain billet. Pour aujourd’hui, concentrons-nous sur quelques églises du quartier.

San Francesco a Ripa
Jolie et claire église du XVIIsiècle, connue pour conserver un chef d’œuvre du Bernin : la statue de La Bienheureuse Ludovica Albertoni(1671). Cette franciscaine morte en 1633 a été béatifiée en 1671. À cette occasion, un membre de la famille a commandé une statue au grand sculpteur. La religieuse est représentée en pleine extase, environnée de voiles tourbillonnant, la tête renversée.

La coupole n'est pas vilaine non plus.


À quelques pas de là se trouve la magnifique église Santa Cecilia in Trastevere. La première basilique a été construite au Vsiècle à l’emplacement d’une habitation où aurait vécu et où aurait été martyrisée Sainte Cécile. Quand sa dépouille fut retrouvée au XVIsiècle dans les catacombes, elle a été transportée là et le bâtiment fut rénové.
L'église s'ouvre par une cour charmante, avec des rosiers et une fontaine.
Il y a d’abord la très belle église, très claire et lumineuse, avec le dais en pierre gothique du XIIIsiècle et les mosaïques éclatantes du IXe siècle. De l'or ! Sous l’autel la Sainte Cécilede Stefano Maderno (1600), très émouvante et délicate. 

Le silence.
Nous pouvons accéder ensuite à la crypte. Les fouilles archéologiques ont découvert des restes d’une habitation romaine et peut-être d’une tannerie (supposément lieu du martyre de la sainte donc). Il y a aussi une salle magnifique, aux mosaïques néobyzantines (XIXsiècle), qui abrite les tombeaux de Cécile et d’autres saints. 


Un endroit voué au mystère et recueillement, avec l'éclat de l'or brillant dans la pénombre.

Enfin, un petit escalier sur le côté permet d’accéder à une salle du couvent où a été retrouvée une fresque du Jugement dernier de Pietro Cavallini de 1293. J’ai été impressionnée par les couleurs des ailes des anges ! Si éclatantes.
Continuons la flânerie (arrêtez-vous aux autres églises dont j’ai oublié le nom) (et buvez un capuccino) (et laissez tomber le musée di Roma in Trastevere) jusqu’à Santa Maria in Trastevere. Grande église, grande place. Une église de style roman, mais bien remaniée. 
C'est grandiose !

Le plafond à caissons est du début du XVIIe siècle. Au sol un pavement cosmatesque. C'est quoi ça ? Un marbrier romain du Moyen Âge a donné son nom à une corporation d'artisans, les Cosmates, qui met au point ce type de pavage en marbre, pierres dures diverses, pâtes de verre ou même de l'or. Ces sols sont absolument magnifiques !


Il y a de superbes mosaïques dans l’abside (XIIet XIIIsiècle), certaines exécutées par le même Pietro Cavallini dont les peintures ornent le couvent de Sainte Cécile.

Vous avez bien mérité de manger une des délicieuses pizza de la Renella (via del Moro ou via de Politeama) ! Un délice je vous assure. 

Maintenant que vous avez repris des forces, à l’assaut du Janicule pour découvrir une magnifique vue sur Rome et surtout le Tempietto de Bramante (1503) (oui il faut entrer dans le couvent espagnol). Un petit temple cylindrique, avec colonnade dorique, très élégante. Un bijou du classicisme, parfaitement proportionné.


Vous êtes épuisés ? Foncez manger une glace à Fior di Luna, via della Lungaretta, surtout la glace à la noisette. La culture, ça creuse.


dimanche 6 mars 2016

Du plâtre, à Rome.


Quelques moulages de l'Accademia di Belle Arti. Se côtoient les colossaux moulages des Dioscures, des esclaves de Michel-Ange, de la Vénus de Milo, des frises du Panthéon (originaux au British Museum)... L'Antiquité grecque et romaine et la Renaissance italienne !

Du plâtre, à Rome.

Lors de mon séjour à Rome j'ai pu assister à une journée d'études consacrée aux collections de moulages en plâtre dans les académies de peinture, écoles de beaux-arts et institutions pédagogiques. Et là vous me dites : aller à Rome pour voir du plâtre alors qu'il y a des milliers d'œuvres en marbre magnifiques ? Elle est folle...


Galerie des moulages de l'Université de la Sapienza : une histoire complète de la sculpture.

À partir de la Renaissance, l'Europe se construit comme héritière de l'Antiquité. Il s'agit essentiellement de l'Antiquité romaine, car on ne fait pas trop la différence entre Rome ou la Grèce (voir l'article sur Winckelmann). Ceux qui le peuvent (artistes, écrivains, princes, aristocrates, négociants, prélats) entreprennent le voyage à Rome (Du tourisme à Rome). Rome est la ville des empereurs, mais le faste et la puissance appartiennent aussi aux papes. C'est également la ville des arts et des créateurs géniaux. Revenu chez lui, le visiteur essaie de s'entourer des merveilles vues pendant son voyage par goût, pour épater la galerie et montrer sa culture et sa richesse. Quand on est un roi ou un prince on essaie de s'approprier la magnificence des papes et des empereurs. Bref, on veut des sculptures antiques dans son jardin ou sa bibliothèque (même quand on n’a pas effectué le voyage à Rome d’ailleurs).


Les moulages permettent de rassembler en un lieu toutes les statues célèbres de Vénus, dont les originaux sont éparpillés dans tous les musées du monde ! Voilà comment les artistes pouvaient comparer les plus beaux modèles, se former l'oeil et la main. Et quand on a une oeuvre antique sans bras ni jambe on peut proposer des essais de reconstitution.

Galerie des moulages de l'Université de la Sapienza.

Mais naturellement les œuvres antiques sont en nombre limité, d’autant que seules quelques œuvres ont le statut de référent universel de beauté et que les papes essaient autant que possible d’empêcher le départ des chefs d’œuvres de Rome. Bref, on a besoin de copies. Des copies pour ensuite recréer une œuvre en marbre ou en métal. Des copies pour fabriquer des modèles réduits. Des copies pour que toutes les écoles de beaux-arts puissent disposer de leur galerie d’art et reconstituer une histoire complète de la sculpture. En effet, les artistes dessinent d’après le modèle vivant, mais surtout d’après les œuvres des maîtres. S’approprier l’antique est la voie pour recréer des œuvres originales.



Copies d'éléments des frontons du temple d'Aphaïa d'Égine, dont les originaux se trouvent à la Glyptothèque de Munich. Notez qu'ils sont placés à hauteur des yeux, ce qui est bien pratique.

Galerie des moulages de l'Université de la Sapienza.

Quand on est (par exemple) roi de France on souhaite orner ses palais, mais aussi fournir à ses artistes les modèles des plus grands œuvres universelles (donc antiques).
La première commande date de François Ier qui charge Primatice de copier les antiques du Vatican pour orner la cour de Fontainebleau. Ses successeurs firent de même.


Et puis il y a des oeuvres que l'on voit mieux en copie... les copies de la relief de la colonne Trajanne qui sont en vrai totalement inaccessibles.
Gypsothèque de la Villa Médicis.

Les moulages en plâtre ont aussi permis la constitution de musée de sculptures et d’architecture. La Cité de l’architecture est l’héritière du Musée des monuments français qui montre les chefs d’œuvre de l’art médiéval français. Certaines pièces sont des témoignages de sculptures qui ont pu être détruites et ne sont donc connues que par leur moulage. Cela permet aussi d’organiser des expositions (il est difficile de déplacer un portail de cathédrale gothique).


Moulage de l'ange de la cathédrale de Reims : cet emblème a été exposé à Rome en 1919 pour que les Italiens découvrent les beautés de l'art gothique français juste après la Première guerre mondiale et les destructions opérées par l'ennemi allemand.

Réserve de la gypsothèque de la Villa Médicis.


Ce qui est fascinant aussi dans les plâtres, c'est que l'on voit les traces du travail du mouleur. On peut examiner de très près ces objets qui deviennent alors fascinants.


Gypsothèque de la Villa Médicis.


Les petites lignes qui strient ce visage sont celles des différents moules utilisés pour réaliser le moulage. Quand on a en effet un buste de marbre dont on veut réaliser une copie, on ne peut pas utiliser un seul moule parce qu'on ne le pourrait pas le démouler ("il y a le nez qui coince et l'oreille qui bloque"). On fait donc des moules pour les différentes parties. En assemblant ces moules, on peut alors réaliser le moulage. En général, un travail de polissage supprime ensuite ces traces du travail, d'autant que l'œuvre en plâtre est souvent recouverte d'un badigeon. 

Gypsothèque de la Villa Médicis.



Vous vous doutez que ces immenses collections de plâtre ont connu des vicissitudes. Les écoles des beaux-arts ne s'appuient plus autant sur le dessin et encore moins sur le dessin d'après les plâtres. On s'est attaché presque exclusivement aux oeuvres originales et on a eu du mal à voir l'intérêt de ces vulgaires copies. Il suffit de laisser faire le temps et l'eau pour réduire à néant une collection de plâtre. Heureusement le travail de restauration permet non seulement de retrouver ces œuvres, mais en plus de mieux comprendre leur réalisation.

Ci-dessus un élément du groupe des Niobides et le Christ de la Pietà de Michel-Ange dans les réserves de la gypsothèque de la Villa Médicis. 


On retrouve les morceaux, on ficelle, on attache, on étiquette... Réserve de la Gypsothèque de la Villa Médicis.


Les moulages sont aussi un outil pour les archéologues, avant la modélisation en 3D. Quand on trouve une statue antique mutilée, on peut essayer de reconstituer la position des bras ou les objets qui accompagnaient le personnage (plutôt une épée, une lance, une offrande ???).

Les galeries de moulages se visitent à Montpellier, à Rome, à Londres, à Strasbourg, à Paris et ailleurs.

Je vous invite à lire les articles de Peccadille  qui explique bien mieux que moi :
- sur la galerie des moulages de Versailles
- sur les moulages à l’université de la Sapienza 
- le récit d'une vente aux enchères de plâtres.



Et avouez que ces oeuvres ont leur propre beauté !