La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



mardi 6 octobre 2026

Rien ne restait, la vie reprenait son niveau d’indifférence et de bêtise.

 

Émile Zola, Pot-Bouille, 1882.


Au début du roman, Octave Mouret, jeune homme arrivé de Marseille, emménage dans un immeuble haussmannien fraîchement construit (cf. La Curée). Le roman se passera donc dans les différents étages : le propriétaire, ses enfants et leur ménage, quelques autres familles, ainsi que les domestiques dans leurs chambres minables sous les toits, sans oublier l’horrible concierge.

C’était une paix morte de salon bourgeois, soigneusement clos, où n’entrait pas un souffle du dehors. Derrière les belles portes d’acajou luisant il y avait comme des abîmes d’honnêteté.

Le roman est constitué de plusieurs fils narratifs : la trajectoire d’Octave, ainsi que celle des autres habitants. Le but de Zola étant de raconter la corruption morale de l’ensemble de la société – avec sa subtilité habituelle – mais surtout celle des plus riches et des plus discoureurs sur la morale – l’hypocrisie habite à tous les étages.

Ils avaient la peau tendue, la digestion lente et égoïste de quatre bourgeois qui venaient de s’emplir, à l’écart des ennuis de la famille. Ça coûtait très cher, personne n’en avait mangé avec eux, aucune fille n’était là pour abuser de leur attendrissement ; et ils se déboutonnaient, ils mettaient leurs ventres sur la table.

Très vite dans le roman, Octave devient premier commis dans un petit magasin nommé Le Bonheur des dames. Nous le reverrons. On apprend aussi qu’Octave rêve de réussir par les femmes et qu’il lit Balzac. Nul doute qu’il ne se rêve en Rastignac, autre méridional à la conquête de Paris. Pas le plus désagréable de l’immeuble cet Octave, si ce n’est qu’il catégorise toutes les femmes selon l’intérêt et la possibilité de les « avoir », alternant cajolerie et brutalité.

Dans les autres logements, on suivra la chasse au mari pour les filles d’une des familles. Où l’on apprend que surtout on ne paie jamais jamais la dot. Un homme fait condamner aux galères une pauvre femme infanticide, sans savoir que la domestique qu’il a engrossée accouche seule au-dessus de sa tête. On joue beaucoup de piano, même les prostituées ont la furie du piano, ce signe du bon goût et de l’élégance (qui a failli faire disparaître les éléphants à cause de l’ivoire des touches). On cocufie, mais ce sont les pauvres qui font peur et que l’on chasse.

Il y a l’insistance à plusieurs reprise sur l’ignorance absolue dans laquelle il faut laisser les filles d’absolument tout. Les hommes sont le plus souvent représentés comme des minables égoïstes, peu maîtres de leurs passions, mais suinte du roman une véritable haine des femmes, tout azimut, assez pénible à lire.

Le roman se lit sans déplaisir, mais sans être totalement palpitant, il faut bien le dire, d’autant que Zola ne craint pas d’appuyer lourdement sur la touche.

Mais surtout elle se rattrapait des trois hivers où elle avait couru la boue de Paris en souliers de bal, à la conquête d’un mari : soirées mortelles d’ennui, pendant lesquelles, le ventre vide, elle se gorgeait de sirop ; corvées de sourires et de grâces pudiques, auprès de jeunes gens imbéciles ; exaspérations secrètes d’avoir l’air de tout ignorer, lorsqu’elle savait tout ; puis les retours sous la pluie, sans fiacre ; puis le frisson de son lit glacé et les gifles maternelles qui lui gardaient les joues chaudes.

R. Cogghe, Madame reçoit, 1908 Roubaix Piscine


Et le titre ? Wikipedia explique que le pot-bouille désigne au 19e siècle une popote modeste. Je me demande si aujourd’hui on ne partirait pas sur « la tambouille des familles » ou quelque chose autour d’un ragoût pas ragoutant. 


J’en suis à la moitié de la saga ! Je tiens bon.

La Fortune des Rougon : ascension d’un couple à l’occasion du coup d’état du 2 décembre et constitution de la famille Rougon-Macquart. Un très bon volume. La Curée : à Paris l’enrichissement permis par la spéculation immobilière et une chair triste (un certain dégoût). Le Ventre de Paris : le commerce de bouche aux Halles, la symphonie des fromages et on est un peu écoeuré de toute cette nourriture. La Conquête de Plassans : une vue de la société de province. La Faute de l'abbé Mouret : on frôle le conte de Daphnis et Chloé dans un jardin enchanté, mais le retour au naturalisme est brutal. Son Excellence Eugène Rougon : un bon roman sur le personnel politique de l'Empire. L'Assommoir : lecture ratée, je n'y arrive pas. Une page d'amour : l'ennui. Nana : un des romans les plus réussis, avec de grandes pages sur l'Opéra Comique.



4 commentaires:

  1. Je t'attends au Bonheur des dames..
    Oui, Zola ne fait pas toujours dans la subtilité, il vitriole pas mal.

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    1. Je suis contente de relire Le Bonheur, au moins un qui n'est pas plombant.

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  2. J'étais dans le métro et j'avais oublié mon livre, j'ai donc regardé quels étaient les livres gratuits disponibles tout de suite, et je suis tombée sur Zola, que j'ai eu envie de (re)lire. Je n'ai pas eu le temps de télécharger quoi que ce soit, j'étais arrivée à destination, mais je garde l'option pour un prochain oubli (et un voyage plus long).

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    1. Ah Zola on est plus dans le Catane-Helsinki en train que le petit trajet de métro, c'est sûr !

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