Émile Zola, Nana, 1880.
Les hommes y sont portraiturés, à quelques exceptions près, comme autant d’êtres vulgaires et faibles, en proie aux sens et à l’orgueil – les hommes de l’Empire.
Il le sentait, sur un signe de Nana, prêt à s’allonger pour lui servir de tapis.
Étonnamment la mort de Nana, misérable et conservant son mystère, entourée de ses amies, coïncide avec la déclaration de guerre de 1870. Une énergie furieuse envahit alors les rues. Les personnages du roman ne le savent pas encore, mais tout le régime est sur le point d’être balayé – le lecteur le sait, lui.
On piétinait sur la légende, on cassait les antiques images. Jupiter avait une bonne tête, Mars était tapé. La royauté devenait une farce, et l’armée, une rigolade. Quand Jupiter, tout d’un coup amoureux d’une petite blanchisseuse, se mit à pincer un cancan échevelé, Simonne, qui jouait la blanchisseuse, lança le pied au nez du maître des dieux, en l’appelant si drôlement « Mon gros père! » qu’un rire fou secoua la salle. Pendant qu’on dansait, Phébus payait des saladiers de vin chaud à Minerve, et Neptune trônait au milieu de sept ou huit femmes, qui le régalaient de gâteaux.
À Cherbourg, il avait vu le nouveau port, un chantier immense, des centaines d’hommes suant au soleil, des machines comblant la mer de quartiers de roche, dressant une muraille où parfois des ouvriers restaient comme une bouillie sanglante. Mais ça lui semblait petit, Nana l’exaltait davantage ; et il retrouvait, devant son travail, cette sensation de respect.
Note. Nana est un prénom, diminutif d’Anna (même si le vrai prénom de Nana est Thérèse). Dès la seconde moitié du 19esiècle, le prénom désigne une concubine ou une prostituée, puis une femme en général. Le roman a grandement contribué à la généralisation du mot.
| Assiette en faïence, où les livres de Zola attirent les mouches comme de la m***, 1898-1899 Musée de la faïence de Quimper |
Zola, Une page d'amour, 1878.
C’est le volume précédent Nana, mais on peut pas dire que c’est une réussite.
Le roman se tient à Passy et raconte la brève passion d'une femme de la bourgeoisie pour un médecin, sachant que sa fille est d'un tempérament nerveux et maladivement possessif (héritage familial). En raison d'un ennui croissant, je l'ai abandonné rapidement. Je note quand même le récit d'une séance de balançoire, où l'on voit une jeune femme avide d'air et de liberté, mais prenant garde à bien lier ses jupes pour rester décente, ainsi que la brillante description de Paris, en panorama lointain, qui se répète au fil des journées et qui reflète le fil des pensées de l'observatrice. La fin, avec sa neige et sa présence obsédante du blanc, est particulièrement évocatrice.
La Fortune des Rougon : ascension d’un couple à l’occasion du coup d’état du 2 décembre et constitution de la famille Rougon-Macquart. Un très bon volume. La Curée : à Paris l’enrichissement permis par la spéculation immobilière et une chair triste (un certain dégoût). Le Ventre de Paris : le commerce de bouche aux Halles, la symphonie des fromages et on est un peu écoeuré de toute cette nourriture. La Conquête de Plassans : une vue de la société de province. La Faute de l'abbé Mouret : on frôle le conte de Daphnis et Chloé dans un jardin enchanté, mais le retour au naturalisme est brutal. Son Excellence Eugène Rougon : un bon roman sur le personnel politique de l'Empire. L'Assommoir : un raté.
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