La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



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mardi 17 décembre 2019

Ce petit village produisait des cadavres et des repas gastronomiques en proportions égales.

Louise Penny, Une illusion d’optique, traduit de l’anglais par Claire Chabalier et Louise Chabalier, parution originale 2011, édité en France par Actes Sud.

Tout commence avec le vernissage de l’exposition de Clara au Musée d’art contemporain de Montréal. La consécration. Sauf que le lendemain le cadavre d’une critique d’art est retrouvée dans les parterres de fleurs.
Les cadavres ne s’arrêtent jamais de tomber à Three Pines. Cette fois-ci l’enquête de Gamache et de son adjoint Beauvoir nous amène à fréquenter des artistes plus ou moins bien dans leur peau, des galeristes prêts à tout pour mettre la main sur les œuvres d’art qui se vendront et des critiques plus ou moins assassins. Il y a aussi les Alcooliques anonymes qui racontent (plutôt bien) les étapes de leur parcours.
Après une série de livres un peu moyens, mais comme ci comme ça, c’est un vrai bonheur de se plonger dans un roman policier à l’ancienne et même un peu ringard, comme je les aime. La petite communauté villageoise, les gens venus de l’extérieur qui sont excentriques, les bières et les bons petits plats, la vie quotidienne des uns et des autres, avec les petites angoisses personnelles des policiers (mais pas trop).

- Je commence à croire que vous portez malheur, dit-il. Chaque fois que vous venez à Three Pines, il y a un cadavre.
- Et moi, je pense que vous fournissez des corps seulement pour pouvoir jouir du plaisir de ma compagnie, répondit Beauvoir en serrant chaleureusement la main de Gabri, puis celle d’Olivier.
Ils s’étaient vus la veille, au vernissage. À ce moment-là, ils avaient été dans un environnement que Peter et Clara connaissaient bien, où ils étaient dans leur élément. Le musée. Maintenant, cependant, ils se trouvaient dans l’habitat de Beauvoir. Une scène de crime.
H. Sharrer, série Les Mondes de l'art, 1979 crayon, Coll. privée.
Louise Penny sur le blog :

Une autrice.


lundi 19 novembre 2018

Comme tous les écoliers québécois, son héros avait été Samuel de Champlain.

Louise Penny, Enterrez vos morts, roman traduit de l’anglais canadien par Claire Chabalier et Louise Chabalier, parution originale 2010, édité en France chez Actes Sud.

L’inspecteur chef Armand Gamache prend quelques jours de repos chez son ancien supérieur dans la bonne ville de Québec. Quand soudain… le corps d’Augustin Renaud, un archéologue amateur super archi fan de Samuel de Champlain, est découvert dans le sous-sol d’une bibliothèque d’histoire anglophone. Fin du repos et reprise de l’enquête, avec le soutien de Henry, le berger allemand.
C’est le troisième roman que je lis de cette série. J’avais beaucoup aimé le premier, Nature morte, où Gamache et son adjoint Jean-Guy Beauvoir découvraient le petit village de Three Pines, une communauté chaleureuse très sympathique, et le deuxième, Sous la glace, où le meurtre venait conclure un match de curling – so canadian. Enterrez vos morts est apparemment le sixième volume de la série.
Je commence par ce qui m’a déplu. L’intrigue principale, le meurtre survenu à Québec, se mêle à deux autres : l’une raconte une opération précédente de la police ayant très mal tourné, Gamache et Beauvoir en subissant le traumatisme, et l’autre raconte comment Beauvoir reprend une enquête sur un autre meurtre, car il semble qu’un innocent ait été arrêté. Deux intrigues secondaires, qui sont donc racontées partiellement, c’est beaucoup. Elles ne sont pas traitées complètement et il est difficile de s’y intéresser réellement.
Mais le point fort, c’est la ville de Québec ! Quel plaisir de marcher dans les rues de cette cité, au milieu des touristes, sur la terrasse qui domine le fleuve, puis de boire un truc réchauffant au café du château Frontenac. Il faut dire que c’est l’hiver. De plus, une partie de l’intrigue tourne autour de la personne de Samuel de Champlain, un français que seuls les Québécois connaissent, car il est le fondateur de la ville de Québec, autant dire un des créateurs de ce nouveau monde ! Les considérations sur le XVIIsiècle sont franchement naïves, mais le roman évoque très bien les enjeux symboliques forts du personnage, tant pour les anglophones que pour les francophones. La place des anglophones à Québec fait d’ailleurs l’objet de considérations très intéressantes et rappelle les débats contemporains qui agitent la province. Il est aussi question de James Cook, de Bougainville et des savants excentriques du XIXsiècle. Tout cela donne furieusement envie de retourner à Québec (mais pas en hiver) !
Donc, un roman mal fichu, mais qui m’a bien plu.
Caricature présentée au musée de Gatineau.


Au lieu de se rendre directement au Château Frontenac, il décida d’aller marcher sur la terrasse Dufferin, la longue promenade en bois attenante à l’hôtel et qui dominait le fleuve Saint-Laurent. En été, elle était envahie par des vendeurs de crème glacée, des musiciens et des gens se relaxant dans les kiosques. En hiver, le vent humide et glacial cinglait le visage des piétons, leur coupant le souffle et leur arrachant presque la peau. Malgré tout, des gens venaient se promener sur la terrasse, parce que la vue y était si grandiose.

Une autrice. Penny est anglophone, pas du tout québécoise, mais vu le lieu de l'action, ce roman me semble tout à fait indiqué pour le mois de novembre, le mois du Québec sur les blog.

Une récente découverte archéologique à Québec a mis la main sur des fortifications de 1693, on est en plein dans le sujet. Je ressens encore plus le décalage avec la côte Ouest du Canada où l'arrivée des Européens est tellement récente !


mercredi 27 juillet 2016

Ce qui le renversait, c’était que tout le village ne soit pas mort d’ennui.

Louise Penny, Sous la glace, traduit de l’anglais par Michel de Saint-Germain, parution originale 2006.

Un polar d’hiver, parfait pour se rafraîchir !

Dans le petit village idyllique (où il y a un meurtre par volume) de Three Pines, au moment de Noël, CC Poitiers, une femme que tout le monde déteste est assassinée de manière très bizarre. Nous suivons l’enquête d’Armand Gamache et de son équipe auprès des différents habitants. Et c’est vachement bien.

Était-il en train de planifier un meurtre ? Les saucisses représentaient-elles les joueurs de curling ? Les pancakes étaient-ils des chaises ? Le bacon, les câbles de démarrage ? Et CC, qu’est-ce qui l’évoquait dans l’assiette ? Le couteau ?

L’intérêt de ce roman policier ne réside pas vraiment dans le nom du meurtrier (j’ai rarement trouvé aussi vite), mais dans le mystère qui lie et qui noue différentes personnes entre elles. Nous plongeons dans l’enfance et les rêves des uns et des autres, dans les disputes et les espoirs de tout un groupe. C’est très bien raconté. J’ai apprécié la façon dont les anglophones ou les francophones, les jeunes et les vieux, racontent leurs propres préjugés. Le roman commence très lentement avant de s’accélérer et permet une plongée tout en douceur.
Par ailleurs nous passons 450 pages au Québec, dans un micro-village, à Noël, sous la neige, avec une tempête de neige, un froid extraordinaire, du curling, des voitures aux sièges chauffants, des pancakes… Oui, c’est couleur locale et j’ai aimé ça, j’avoue !
J.-P. Lemieux, La Visite, 1967, Ottawa musée des Beaux-Arts
- Patron ! dit Olivier en venant embrasser Gamache sur les joues. Il va neiger, paraît-il.
- Quelques centimètres demain, répondit Gamache en hochant dignement la tête. Peut-être davantage.
- C’est le bulletin de MétéoMédia ou de Burlington ?
- De Radio-Canada.
- Oh, patron, ils croyaient que les souverainistes allaient remporter le dernier référendum. On ne peut pas se fier à une prédiction de Radio-Canada.
- Il y a du vrai dans ce que vous dites, Olivier.

Destination PAL (hors programme) – La liste des lectures de l’été.