La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



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jeudi 20 décembre 2012

La lecture est mon occupation favorite, quand j’ai du loisir et des livres à lire.


Anne Brontë, Agnès Grey, traduit de l’anglais par Isabelle Viéville Degeorges, 1e éd. 1847, Paris, Archipoche, 2012.

Je découvre Anne Brontë à travers ce roman dont la narratrice est une jeune femme, contrainte financièrement d'accepter le travail de gouvernante dans des familles riches et peu aimables.
C’est d’abord un livre très intéressant pour mieux connaître la hiérarchie sociale de la société britannique et la condition faite aux gouvernantes, vivant comme des étrangères dans de riches familles, loin de chez elles. Outre des considérations sur ce métier, le roman livre de nombreuses réflexions sur l’importance de l’éducation : les parents trop durs ou trop faibles, les enfants fragiles ou tyrans. Les Hauts de Hurle-vent d’Emily Brontë contenaient déjà des réflexions sur les conséquences d’une mauvaise éducation et sur les traumatismes subis dans l’enfance, le propos est ici bien plus riche et moderne. 

Je ne connais pas de situation comparable à celle de la pauvre gouvernante qui, désireuse de réussir, voit tous ses efforts réduits à néant par ceux qui sont au-dessous d’elle et injustement censurés par ceux qui sont au-dessus.

J’ai aussi apprécié le portrait contrasté des femmes de ce roman – il y a bien peu de héros masculins – même les plus antipathiques. Agnès, l’héroïne, est ainsi désireuse de travailler pour subvenir à ses besoins tout en ne désirant rien tant que se réaliser par le mariage. Son caractère droit, sa prudence, son goût pour la lecture, son esprit d’observation la rendent proche de nous. A contrario, son élève, Miss Murray, cruelle jeune fille riche et prétentieuse est à la fois un odieux personnage et une victime de cette société sexiste, ne parvenant pas à trouver un espace personnel dans son existence de lady – à la différence d’autres personnages d’autres romans comme Emily d’Anne Perry qui maîtrise à merveille tous les codes et est loin d’être passive. 

L. Knaus, La Promenade aux Tuileries, 1855
Paris, musée des Arts décoratifs
Dépôt du musée d'Orsay, image RMN.
J’ai enfin aimé le début de l’histoire d’amour entre Agnès et le vicaire de la paroisse pour sa simplicité : point ici de passion foudroyante mais un sentiment qui a tout de l’évidence tranquille. Voilà qui est humain et rassurant et qui contraste avec Les Hauts de Hurle-vent.

Gaieté de tête sans cervelle, rêves absurdes, espérances sans fondement, direz-vous ; et je ne vous démentirai pas : des soupçons semblables ne s’élevaient que trop souvent dans mon propre esprit. Mais nos désirs sont comme l’amadou : le silex et l’acier des circonstances font continuellement jaillir des étincelles qui s’évanouissent aussitôt, à moins qu’elles n’aient la chance de tomber sur l’amadou de nos désirs ; alors, il prend feu à l’instant et la flamme d’espérance est allumée en un moment.











jeudi 29 novembre 2012

Ma manière de procéder consiste à jeter dans les roues une barre de fer violente et imprévisible.


Dashiell Hammett, Le Faucon maltais, traduit de l’américain par Pierre Bondil et Natalie Beunat, 1e éd. 1930, Paris, Gallimard, 2009.

J’ai relu pour vous Le Faucon maltais, le roman de Dashiell Hammett où son fameux privé reçoit son nom. Encore une fois l’histoire est invraisemblable, une chasse à l’oiseau noir pas vraiment crédible, dans le San Francisco des années 30. Tout commence quand Sam Spade, le détective aux yeux jaunes, reçoit la visite d’une belle jeune femme éplorée et apeurée recherchant sa sœur. Spade envoie son associé sur l’affaire, lequel se fait descendre dans la nuit. Ensuite, tout se complique, la jeune femme est plus habile qu’elle en a l’air, arrive une petite frappe, des flics, des armes, une drogue et une histoire de faucon à dormir debout. Les détails ne sont pas très importants.
La narration est saisissante, rapide et précise, sans une once de psychologie. On suit Sam Spade de bout en bout mais on n’aura jamais accès à ses pensées. Il est impossible de savoir s’il ment, s’il est sincère, s’il croit ou non ses interlocuteurs. Bien souvent, c’est seulement à la fin d’un chapitre que l’on découvre que les trois pages qui précèdent sont une manipulation. Il faut se montrer attentif aux modifications des traits du visage de chacun.
Je l’ai relu très vite, c’est un des meilleurs Hammett. Loin d’être aussi sanglant que Moisson rouge, la belle fatale est là mais bien différente de celle de Sang maudit, la narration met l’accent sur des face à face entre ennemis et alliés provisoires, le rapport de force se fait beaucoup grâce au langage et à la capacité de Spade de retourner la situation par les mots. Un petit chef d’œuvre.

Dashiell Hammett. Image Wiki.

Mes deux lectures ont été identiques : persuadée que j’avais vu le film, j’ai réalisé au bout d’un moment que non, que je confondais avec Le grand sommeil, et j’ai vu à la place des deux personnages Humphrey Bogart et Ingrid Bergmann, ce qui est perturbant.

Spade avait désormais le visage jaunâtre, presque blanc. Sa bouche sourit, et il y avait des petits plis autour de ses yeux qui brillaient. D’une voix douce, agréable, il lui dit : « Je vais te dénoncer à la police. Il y a toutes les chances que tu écopes de la perpétuité. Ce qui veut dire que tu sortiras dans vingt ans. Tu es un ange. Je t’attendrai. » Il s’éclaircit la gorge. « S’ils te pendent, je ne t’oublierai jamais. »

Nouvelle participation au Thursday Next Challenge d'Alice.




mardi 27 novembre 2012

Mon père avait une tête à arrêter les pendules.


Jasper Fforde, L’Affaire Jane Eyre, traduit de l’anglais par Roxane Azimi, 1e éd. 2001, Paris, 10/18, 2004.

Me voici à mon tour séduite par l’univers délirant de Fforde… Ce monde de science-fiction où le plus grand loisir consiste à échafauder des hypothèses pour déterminer qui a bien pu écrire les pièces attribuées à Shakespeare, où Richard III devient un spectacle collectif… où, à la place des juke-box, on trouve des Shakesparleur, c’est-à-dire des distributeurs automatiques de monologues de Shakespeare. L’animal domestique favori est un dodo obtenu par divers clones (si vous utilisez des gênes d’autruche, votre dodo a le cou un peu long). La légalisation du surréalisme vient d’engendrer des émeutes… tout est à l’avenant ! Les touristes japonais adore se promener dans Jane Eyre, appareils photos en main.
L’héroïne Thursday Next est agent à la Brigade littéraire, elle doit élucider le vol de manuscrits rares, élucider la disparition d’un personnage d’un roman de Dickens, jusqu’à ce que le criminel décide de s’attaquer à Jane Eyre en l’enlevant… imaginez le roman de Charlotte Brontë sans sa narratrice ! Il n’en reste plus grand chose. Heureusement tout finit par s’arranger.
C’est très distrayant et enlevé. Lisez-le pendant vos vacances sinon vos heures de sommeil seront écourtées.

Wordsworth, je crois, a été surpris que moi de notre rencontre. Ce n’est pas très courant de se retirer dans son meilleur souvenir pour y découvrir quelqu’un d’autre, en train d’admirer la vue.
Polly Next.
Interview exclusive pour La Chouette du Dimanche.

Les avis de Marie, de Yuko, de Claudia Lucia, de La Mante, de Sylire (la seule à ne pas succomber au merveilleux). Première contribution au challenge d’Alice The Thursday Next challenge et participation au Challenge victorien d’Aymeline.



samedi 8 septembre 2012

Humeur du samedi-manche



Humeur de milieu de week-end pour une semaine sur les chapeaux de roue. C’était ma première semaine de boulot à la FNAC et mon rythme n’est pas encore très au point, ce qui explique que j’ai déserté vos/mon blog(s). Pas de souci pour la lecture, il y a la pause-déjeuner pour ça ! Mais tout devrait bientôt rentrer dans l’ordre.
J’en profite pour annoncer que je me suis inscrite à un nouveau challenge. Alice a listé toutes les références littéraires de la série Thursday Next de Jasper Fforde en proposant de les lire. Tout cela tombe bien car : j’ai le premier volume, L’Affaire Jane Eyre de Fforde à lire (je précise que j’ai lu Jane Eyre de Jane Austen il y a quelque temps, je ne vais pas le relire tout de suite). Je pourrai également lire : tout des sœurs Brontë, tout Eschyle et tout Euripide, quelques titres de Dashiell Hammett et Robert Louis Stevenson. Un programme varié, en parfaite concordance avec mes projets ! La liste complète ICI.
Je vous laisse, j’ai rendez-vous avec Moustachu à notre resto préféré (merci les tickets restaurants).


Addendum. Bon comme Asphodèle me le rappelle, Jane Eyre n'est pas d'Austen mais d'une des Brontë, j'ai du chemin à parcourir.
Le resto était top.