La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



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samedi 30 septembre 2023

Bath vert

 


Le blog est à Bath. Entre diverses visites de musées, la touriste aime à marcher dans l’herbe verte. C’est aussi pour cela qu’on aime l’Angleterre (n'oubliez pas que je vis dans les Bouches-du-Rhône - c'est minéral ici).

Bath offre plusieurs possibilités pour se dégourdir les jambes et l’esprit.

Tout d’abord, les parcs urbains.

J’en relève plusieurs, dont le Royal Victoria Park, mais j’ai bien aimé le Jardin botanique. Petit et gratuit avec la possibilité de dévorer un très bon gâteau dans l’herbe fraîche.


Autre parc remarquable, Prior Park. Ce parc paysagé a été imaginé au XVIIIe siècle par Alexander Pope et Capability Brown. Le premier propriétaire du lieu était Ralph Allen (dont je vous ai parlé dans le 1er billet). 

Il y a un pont palladien qui est la copie de celui de Wilton House et le parc suit une très élégante courbe et descente en S, effet wahou garanti.

L'accès à Prior Park est payant.

 

 


Un des innombrables ponts palladiens que compte l'Angleterre et qui fait toujours son petit effet.

On peut aussi marcher le long du fleuve Avon et paresser le long des écluses et CUEILLIR DES MÛRES et admirer hérons et hirondelles.


Enfin, la Bath Sky Line ! Sous ce titre un peu pompeux se cache une série de chemins situés sur les collines et entretenus par le National Trust. On a l’impression d’être à la campagne, on admire des lapins et des rapaces, mais on peut aussi admirer la ville. On y croise tous les locaux qui y promènent leur chien. On peut emprunter les chemins simplement pour circuler ou pour pique-niquer ou pour filer des rencards.

Si c'est pas champêtre...


Il peut y avoir du bétail dans les prés, donc n'oubliez pas de bien refermer les barrières derrière vous.




Une bonne marche à pied, ça ne coût pas cher et c'est très sain. Cela vous ouvre l'appétit et c'est reposant quand même.


Découverte de Bath ; les bains romains ; les Assembly Rooms ; architecture (Circus et Crescent)

La semaine prochaine, nous entamerons une série de petites excursions autour de la ville de Bath.

 

samedi 23 septembre 2023

Bath, The Circus and The Crescent

 


Le blog est à Bath et il continue sa découverte de la ville.

J’ai fait allusion aux nouveaux quartiers construits au XVIIIe siècle et je vous ai montré des photographies de ces alignements de maisons, dans des rues assez larges. Aujourd’hui, deux ensembles architecturaux prestigieux, situés tous deux sur les hauteurs de la ville.

 

The Circus

Le Circus est une place circulaire, bordée de 30 maisons identiques. Trois rues y donnent accès. Il s’agit d’un projet John Wood l’aîné, mais réalisé par son fils et achevé en 1768.




Les maisons présentent une façade à trois niveaux, avec les trois ordres superposés selon l’ordre canonique : ordre dorique en bas, ionique au milieu et corinthien à l’étage. Ce vocabulaire antique est toutefois réinterprété avec élégance : d’abord avec cette courbe douce et élégante, puis avec les proportions, l’ensemble me paraissant très équilibré et pas trop grandiloquent, et enfin avec la fantaisie puisque les métopes (les carrés de la frise dorique au rez-de-chaussée) présentent des petits motifs qui sont tous différents. J’imagine bien quelqu’un donner son adresse ainsi : « J’habite au numéro 10, la maison avec le crocodile. »




L’impression un peu solennelle provient en réalité de la répétition à l’identique du même module. Elle est aussi due, il faut le reconnaître, aux cinq platanes, gigantesques et magnifiques, qui trônent au centre de la place.

 

The Royal Crescent

Le Crescent est une place qui suit une sorte de demi-lune et qui rassemble 30 maisons. Elle a été conçue par John Wood le jeune dans les années 1770. Les maisons ouvrent sur le Royal Victoria Park.


C’est un ordre colossal ionique. C’est froid et pas du tout charmant à mon goût.


En revanche, j’aime bien le plan au sol, avec ce jeu de courbes, qui me semble très harmonieux.

Il paraît que l’une des maisons se visite et montre un exemple d’aménagement et de mobilier georgien, mais vu le prix de l'entrée, je n’y suis pas allée.


La scène finale du film Persuasion (2007) est tournée devant ces belles façades (c’est pas du tout le cas dans le roman, mais ça devait faire un beau décor identifiable). Dans le roman, les Eliot résident dans un quartier moins huppé que celui-ci, Austen maîtrisait trop les codes sociaux de son temps pour commettre un tel impair.

Petite citation de Northanger Abbey pour vous donner l'ambiance :

Après être restés assez longtemps à la Pump Room pour s’apercevoir que la foule y était intolérable et qu’on n’y voyait point un visage aimable, découverte que tout le monde fait chaque dimanche de la saison, ils se hâtèrent d’aller au Crescent pour y respirer la pure atmosphère d’une société plus choisie.


Les précédents billets :  découverte de Bath ; les bains romains et les Assembly Rooms. La semaine prochaine, un peu de verdure.


L'envers du Circus.




samedi 16 septembre 2023

Bath, les Assembly Rooms

 


Le blog est à Bath. Il s’est promené dans les rues, puis a visité les bains romains (et a bu un verre d’eau). Aujourd’hui, sans transition, le XVIIIe siècle et les Rooms ! Et plus exactement, les Assembly Rooms, une sorte d’établissement festif.

Les Assembly Rooms étaient autrefois désignés comme les Upper Rooms, en opposition aux Lower Rooms (mais les Lower ont été détruites par un incendie en 1820).

Le bâtiment a été construit par John Wood le jeune en 1771. On est dans le plus pur style georgien sobre et pompeux (plat et sans grand intérêt pour mon goût). Il est situé légèrement en hauteur (les Lower étaient au bord du fleuve), un peu à l’écart du centre historique, très près des nouveaux quartiers dont il sera question le week-end prochain.

Ces grandes pièces sont aujourd’hui vides, à l’exception notable des lustres dont plusieurs sont d’origine, ce qui les rend remarquables.

L'entrée principale

 

Que faisait-on dans ce bâtiment ?

L’entrée était payante (tarif différencié pour les hommes, les femmes, mariées ou à marier). Les portes ouvraient à une heure précise – ce qui faisait que tout le monde arrivait en même temps et ce qui engendrait un encombrement de chaises à porteur.

Un beau couloir vous mène jusqu’à l’octogone, une sorte de vestibule desservant les trois pièces principales et où se tenait le maître de cérémonie (Mr King dans Northanger Abbey). Ces trois pièces étaient :

  • ·      Une grande salle de bal
  • ·      Une salle de jeu
  • ·      Une salle de thé

À noter qu’une tribune fait le tour des trois salles en hauteur. Des musiciens y jouent des airs adaptés aux différentes activités. Ils peuvent ainsi se déplacer aisément d’une tribune à l’autre.


 

Photos de l'octogone (la photo de droite provient de Wikipedia).


Dans la salle de bal : on danse. On danse des menuets et autres danses codifiées. Il vous faut absolument un cavalier désigné pour danser. Si vous ne connaissez personne et cherchez à faire connaissance, vous ne dansez pas. Dans Northanger Abbey, la première fois que Catherine s’y rend, elle ne connaît personne et reste donc collée au mur à s’ennuyer. D’ailleurs, n’oubliez pas que les hommes choisissent leur cavalière et que les femmes peuvent seulement accepter ou refuser sous un prétexte poli, pas question pour elles de viser le grand maigre, là, qui leur plaît tant. C’est quand même le bon endroit pour faire du repérage et comparer sa robe avec celle des autres.



Dans la salle de jeu : il n’y a que les messieurs. Les messieurs jouent, mais sont supposés aussi entretenir leur réseau professionnel et amical, proposer et nouer des affaires, etc. On y joue une musique d’ambiance. Dans Northanger Abbey, c'est là où se rend Mr. Allen.

Dans la salle de thé : au moment où le thé est servi, tout le monde quitte en courant la salle de bal et fonce pour arriver en premier et réussir à être servi (cette scène est également très bien décrite dans Northanger Abbey). La collation est évidemment payante et là encore on a une petite musique d’ambiance. La salle était originellement meublée de tables et de sièges.



La saison de Bath était en hiver. Il faut donc imaginer que le bâtiment était chauffé, qu’il y avait plein de monde, tous en nage, en train de se bousculer, dans un boucan pas possible. Une certaine vision de l’enfer. On imagine bien qu’Austen n’était pas fan.


J’aime beaucoup cette occasion assez rare où la lecture d’un roman brillant permet de comprendre les usages d’un lieu, aujourd’hui totalement vide, et des pratiques de sociabilité disparues et où la visite d’un bâtiment permet de comprendre certains points sous-entendus dans le roman. Les deux s’éclairent mutuellement.

 

Illustration prise sur Wikipedia : Fancy Dress Ball at the Bath Assembly Rooms par Thomas Rowlandson.

 

L’ensemble a été bombardé durant la Seconde guerre mondiale et restauré. Il est à nouveau en travaux (des fouilles archéologiques sont en cours dans les soubassements du bâtiment). En ce moment, il se visite uniquement en réservant une visite guidée auprès du National Trust (un anglais très compréhensible, même pour moi). Le musée de la mode qui se trouve dans le bâtiment est également fermé pour travaux.

Mon conseil : après la visite, allez au Same Same But Different, Bartlett Street, où tout est vraiment très bon, à un prix décent, dans un endroit calme.

 

J’espère que vous avez apprécié ce reportage au plus près du terrain. La semaine prochaine, nous restons au XVIIIe siècle, mais il sera davantage question d’architecture.

 





 

samedi 9 septembre 2023

Bath : les bains romains

 


Le blog est à Bath. C’est le premier jour, je me suis levée de bon matin pour découvrir la ville encore presque déserte et hop, première visite pour les fameux bains qui lui ont donné son nom.

 

Une source d’eau chaude (46 degrés) jaillit donc naturellement et abondamment du sol.

Les celtes rendaient déjà un culte à la déesse Sulis et avant l’arrivée des Romains ces eaux étaient déjà connues pour leur vertu curative. Mais les Romains voient les choses en grand. Ils fondent une ville, Aquae Sulis, Sulis étant identifiée à Minerve (déesse de la Santé), avec un grand sanctuaire et des thermes.

Quand les Romains plient bagage, tout s’écroule un peu même si en réalité les Saxons ont continué à utiliser les thermes et surtout à recourir à cette source quasi miraculeuse. Tout un tas de légendes de guérison circulent et ont alimenté, si je puis dire, la notoriété de la ville à partir du XVIIIe siècle, époque à laquelle l’eau avait plutôt tendance à être bue.

Et c’est justement au XVIIIe siècle, quand la ville se trouve cette vocation thermale à la mode et qu’il est décidé qu’elle a besoin d’un décor grandiose – à la romaine CQFD – que le bâtiment actuel est aménagé. C’est donc un bâtiment du XVIIIe siècle qui est édifié (par John Wood père et fils) sur un soubassement romain, mais en intégrant des parties médiévales et avec des aménagements importants au XIXe siècle.

Les premières fouilles archéologiques n’ont lieu qu’à la fin du XVIIIe et surtout pendant le XIXe siècle, mais les recherches se poursuivent toujours et ce sont grâce à elles que nous pouvons visiter ce grand musée.

Ce pavillon fait partie du Jardin botanique et a été édifié au XIXe siècle.
Il porte le nom de la ville antique.


Le célèbre bassin principal rectangulaire est bien romain. Il est particulièrement grand, tout simplement parce qu’à Bath il n’était pas nécessaire de chauffer l’eau. Grosse économie ! Les thermes romains de Bath sont donc exceptionnellement grands. Cette piscine est alimentée par une canalisation romaine en plomb, qui la relie directement à l'endroit où jaillit la source. Il reste également les fondations des autres bassins et bâtiments des thermes (chaud, froid, sudation, lieu de sport, vestiaires, etc.).

Attention, seul le bassin est romain ! La promenade sur le toit terrasse et les sculptures sont du XVIIIe siècle. Elles ont pour but de mettre en valeur le lieu et de camper une ambiance impériale. Du temps des Romains, le bassin était couvert par une vaste voûte de briques, dans laquelle s'ouvraient des fenêtres. L'endroit était éclairé par des torches et des bougies. Limiter la lumière permettait également de limiter la présence des algues.

(le jour de ma visite, l'eau tombant du ciel n'était pas spécialement ni chaude ni sacrée).


La source jaillit dans un bassin plus petit, qui est situé à la jonction de la partie thermale et de la partie religieuse du site. Ici c’était le cœur du culte, avec cette eau chaude, la vapeur qui s’en dégage, l’encens, la possibilité de jeter des ex-voto dans l’eau, la présence des prêtres, la musique… Mais il ne reste rien du grand temple et de tout cet ensemble. Le niveau du sol antique est situé bien plus bas que celui du sol actuel et nous pouvons seulement contempler les fondations.


La source tant attendue ! Les canalisations romaines sont bien solides. Et le bassin sacré.


On a retrouvé des fragments du fronton du temple de Sulis Minerve, avec ce visage comme un soleil. Flammes ou algues entourent un visage impressionnant.


La tête de bronze doré de la statue de culte de Sulis Minerve, qui était presque invisible pour les citoyens romains ordinaires, puisque seuls les prêtes pouvaient approcher du cœur du sanctuaire.


Le musée expose des objets très rares : les malédictions. Quand on voulait jeter une malédiction (le plus souvent pour un vol, de bien peu de valeur selon nos critères actuels), il suffisait de payer un scribe et celui-ci la transcrivait sur une tablette de plomb. Elle était ensuite transmise à la déesse. Ces tablettes mesurent seulement quelques centimètres carrés. Elles sont conservées par millier à Bath.




L’entrée est excessivement chère (26 livres !), mais évidemment le musée est extrêmement bien fichu, pédagogique et tout et tout. Et on peut goûter à la fameuse eau.


Si vous avez envie de grignoter, rendez-vous ensuite à The Pump Room ! Ce salon de thé est situé dans le même quadrilatère que les bains et a conservé son décor georgien. Jane Austen a dû y prendre le thé.  Et d'ailleurs, dans Northanger Abbey (que je suis en train de relire au moment où je rédige ce billet), il est abondamment question de ce lieu. On peut y boire un verre de l'eau de la source (à la pompe !) comme le fait Mr. Allen. La fontaine est conservée, dans son petit pavillon, comme vous le voyez. On peut aussi y boire du thé et converser (c'est toujours possible) et parader comme le fait Isabelle (bon, je pense qu'aujourd'hui les employés seraient un peu étonnés de nous voir arpenter la salle en reluquant les jeunes gens).

 

Les prix sont tout à fait décents et le décor est fastueux. Pour un premier jour pluvieux, c’est réconfortant.

(j'espère que vous appréciez tous les efforts que je fais pour écrire des articles bien documentés) 


Précédemment, sur le blog, il a déjà été question des Romains en Angleterre avec le palais de Fishbourne et ses superbes mosaïques.


Découverte de Bath. La semaine prochaine, les Rooms ! Nous retrouverons Jane Austen.