La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



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samedi 30 novembre 2024

Gustave Mossa

 


Gustave Adolphe Mossa (1883-1971) est un artiste niçois, pas forcément connu en dehors de sa région.

Il est considéré comme un peintre symboliste tardif – ce qui explique en partie sa discrétion. En plein âge d’or de l’abstraction, on peut le trouver confiné dans les trucs malsains fin de siècle (je vous vois déjà en train de commenter « bah j’aime pas »). Notons qu’il a peu peint après 1918. Dans la suite de sa vie il s’est surtout consacré à son activité de conservateur de musée, à la culture niçoise, à l’illustration, au carnaval.



Œdipe vanqueur de Jocaste (1906 aquarelle, Coll. privée). Bon voilà, quel mauvais esprit. Œdipe et Jocaste au corps à corps, face à face, répulsion ou fascination, combat ou sexe, tout est confondu. Les vêtements d'Œdipe sont en lambeaux et ses doigts pleins de sang. Le tout, avec un dessin précieux.


Callisto (1906 aquarelle, galerie Ary Jan). Sachez que ce sont de grandes aquarelles, qui abondent de détails de dessins, qui provoquent tout à fait un effet trouble. Artemis tient Callisto étroitement contre elle et son visage reflète tout autant le désir que la cruauté. Notez l'étrange coiffure de la déesse : le chignon compliqué se fond dans l'aigle au regard féroce. Un croissant de lune rappelle qu'elle est la déesse de la nuit. Un grand arc barre le dessin et le carquois est entouré de fleurs rouges aux couleurs sanguinolentes.
Associer la peinture de Callisto aux amours entre femmes n'a rien de nouveau, mais Mossa donne à la scène un ton très inquiétant. Je me demande sur quoi est assise Artemis : un tas de rats ? La grosse tête en bas à droite n'est pas celle d'un fauve tué à la chasse et les petites têtes grises sont bien inquiétantes (et leurs colliers est composées de femmes nues). La déesse est ici prédatrice de chair fraîche.



David et Bethsabée (1906 Nice BA). Nous sommes loin ici de la traditionnelle scène de bain avec nudité. Ici, ce vieux dégueulasse de David (cliquez sur l'image, agrandissez-la, regardez les détails de son col) se saisit de Bethsabée, jeune femme victorienne, en rose et violet, yeux au ciel et résignée (mais aussi femme fatale). Il y a la tête du lévrier. À l'arrière-plan le mari s'éloigne vers la guerre.


Circé (1904 Musées royaux de Bruxelles). Le regard froid et impassible de la femme maléfique dénudée, serpent autour du cou, régnant sur les marins transformés en goret. Chair contre chair... au loin le bateau est à l'ancre.

Évidemment, Mossa a multiplié les peintures de femmes fatales et vénéneuses et Salomé arrive en bonne part. Mais je vous les montrerai une prochaine fois.


Il y a aussi plusieurs pastels qui représentent des scènes de genre de la vie contemporaine, comme ce Jockey tombé (1906 Musée Chéret) et cette Dame en blanc (1906 Musée Chéret). Je trouve que les attitudes sont très bien rendues. Il se dégage une incroyable lassitude de ces silhouettes.


Pierrot (1906, Musée Chéret Nice). Pierrot est un personnage omniprésent dans la peinture de Mossa, qui est familier des thèmes du Carnaval, mais il s'agit toujours d'un Pierrot inquiétant et vaguement perverti. Ici il se dresse, tout de blanc vêtu, le couteau sanglant à la main. Il est blessé. À l'arrière-plan, une foule de corps nus, comme une étrange bacchanale. L'envers des masques.

Ce qui est perturbant, c'est le jeu de glissement d'une figure à l'autre. Ce Pierrot ne ressemble-t-il pas à Œdipe ? De même que Bethsabée et Circé sont étrangement proches. Les figures se contaminent entre elles de façon particulièrement inquiétante.

Mossa a presque arrêté de peindre (ou du moins de produire des tableaux) au moment de la Première guerre mondiale. Le reste de sa production est consacré à Nice, à l'inspiration d'après les artistes primitifs niçois, à un art familier (peinture de sa maison, de cartes visites, d'illustrations, etc.)

Mossa a réalisé de nombreuses affiches et a conçu plusieurs maquettes de char pour le carnaval de Nice. Il participe d’ailleurs pleinement de la culture niçoise, notamment en étant l’auteur de pièces de théâtre en niçois pour des marionnettes.

Il a également été pendant longtemps le conservateur du musée de Nice et à ce titre il a participé à la protection et à la découverte de plusieurs décors peints anciens de sa région.


Affiche de Carnaval en Gargantua (1914 Nice Musée Massena). Un joli panorama de Nice et de la Baie des Anges derrière ce Gargantua colleur d'affiche.



Mossa et Jean Gilletta, le char de l'ours polaire (photo retouchée à la gouache).



Dessin pour le Char de Carnaval de la socca (Nice Musée Massena). La socca est une galette de pois chiche. On voit une vendeuse de socca et tous les personnages autour qui en mangent.


 Affiche pour une pièce de théâtre de Noël en niçois, créée en 1922 et reprise par plusieurs théâtres de Nice les années suivantes.


Avouez que c'est un étrange artiste, bien intéressant. La semaine prochaine, un peintre très connu.




samedi 22 juillet 2023

Èze

 


Aujourd’hui, nous sommes au bord de la Méditerranée. Rendez-vous dans une ville bien connue des cruciverbistes : à Èze.

Èze, c’est un village médiéval en pierres sèches. Maisons aux murs épais, passages tortueux, mimosas en fleur… De là on surveille la France et l’Italie et la Corse (l’Italie donc).



C'est charmant non ? Quelques boutiques d'artisanat occupent les lieux, mais aussi des chats et des humains.

L’église date du 18e siècle, avec un bel intérieur baroque.

À noter que Francis Blanche est enterré dans le cimetière du village.

On se croirait en Italie (et de fait, le coin a rejoint la France assez récemment).



Le village est dominé par les ruines du château. La destruction en a été décidée par Louis XIV, dans le cadre de la guerre de Succession d'Espagne. Mais désormais ces vestiges ont trouvé une nouvelle vie.

C'est en effet là que se trouve un surprenant jardin de cactus. Après la Seconde guerre mondiale, le maire d’Èze, décidé à profiter des brillants touristes d’alors, eu l’idée d’aménager ces ruines en jardin exotique. La terre, les pierres et les plantes sont montées à dos d’hommes et d’ânes. Le résultat est spectaculaire.




J'avoue beaucoup aimer les succulentes, les plantes grasses, les cactus, leurs formes étonnantes, leurs fleurs immenses et colorées, ainsi que leur adaptation au climat du sud. Ce sont les seules plantes avec lesquelles on n'a pas trop de surprises !



Depuis là haut, vue sur les cactus, sur le village, sur l'église, sur la Riviera et la mer. Comme il faisait voilé ce jour-là (et oui, je précise que c'est le mois de février 2022, le plein hiver), pas de vue sur la Corse, mais il paraît pourtant qu'elle est bien là.  Wikipedia me dit que nous sommes à plus de 400 mètres d'altitude.


Et comment on y va ? Èze est desservi par le train, mais la gare est proche du littoral. Si vous ne voulez pas vous farcir la petite montée caillouteuse (dite sentier Friedrich Nietzche, car le grand homme est venu ici), préférez donc le bus. Depuis Nice, Èze est desservi par les bus locaux du réseau Azur, qui vous poseront tout près de l’entrée du village.

Le blog aime bien Nice et sa région et il y a donc plusieurs billets :

Visite de Nice : musée Chagall et palais Lascaris ; Villa Kérylos ; Villa Ephrussi de Rothschild.



C’est le dernier billet de cette belle série touristique. Partis de Lille, nous sommes descendus par la région parisienne, puis par la Touraine élargie. Un crochet sur la côte atlantique et nous voici au bord de la Méditerranée. Il est temps de revenir à Marseille.


Les trois prochains billets du blog se tiendront au bord du Mississippi.

 


 

dimanche 20 mai 2018

Nice, Palais Lascaris

Vous vous souvenez peut-être, il y a quelques temps, je vous avais parlé d’un séjour à Nice. J’ai d’ailleurs commis à ce propos un billet hyper enthousiaste sur le musée Chagall. Vous n’en aurez pas sur le musée Matisse qui nous a paru très triste avec son éclairage jaunâtre (et faut mettre une rampe dans l’escalier bordel ! C’est hyper dangereux ce truc !). En revanche, billet ce jour sur le palais Lascaris.
Le palais Lascaris ? En plein milieu de la vieille ville, un très beau palais giennois (si si) du XVIIe siècle, avec un escalier à couper le souffle. Une partie du décor baroque d’origine est resté en place (statues, fresques, stucs).



Ce bâtiment accueille une collection d’instruments de musique anciens, avec des choses pas très courantes.
Des pochettes, c’est-à-dire de petits violons à trois ou quatre cordes. Sa petite taille le rend facilement transportable (pratique à une époque où l’enregistrement n’existe pas et où il faut faire déplacer les musiciens).
Une collection de très belles harpes.
Des violes.
Plusieurs instruments à vent anciens.

À visiter absolument !

samedi 24 mars 2018

Musée Marc Chagall à Nice

Récemment, je vous parlais de la ville de Nice. Un musée a été un vrai coup de cœur pour nous : le musée Chagall.
Ce musée a été inauguré en 1973, du vivant de l’artiste. Il est centré autour d’une série de toiles illustrant l’Ancien Testament (mais les collections se sont enrichies). Disons-le : cet endroit est magnifique. De la lumière, de la couleur, une chaleur incroyable se dégagent des peintures.


Sélection arbitraire de photos.

Abraham et les trois anges (avec Sarah sur le côté).

Une série de toiles est consacrée au Cantique des cantiques. Ici les fiancés sous le dais juif.



Une création du monde qui mêle toute l'histoire humaine, juive, chrétienne et au-delà. Un tableau tourbillonnant et lumineux.


On a craqué pour les arbres de Chagall. Celui-ci se tient au coeur du jardin d'Eden avec son or, son jaune, son rouge, ses petites fleurs.



La remise des tables de la Loi à Moïse, avec en arrière-plan le peuple adorant le veau d'or et devant un juif pieux.

Un Moïse constitué de tout le peuple qu'il est en train de guider à travers la Mer rouge. En bas ces personnes paniquées qui lèvent les bras constituent l'armée égyptienne qui va être recouverte par les flots.



Noé guidant les animaux vers l'Arche - coup de coeur pour cette vache à l'oeil immense.



Projet de vitrail pour la cathédrale de Metz. Mais ce bleu incroyable !