La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



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samedi 30 janvier 2021

Marius Cazeneuve

 Connaissez-vous Marius Cazeneuve ?

Dans le musée du Vieux Toulouse, visité au cours de l’été 2020, je découvre des peintures à thématique exotique d’un certain Marius Cazeneuve. Intéressée, je regarde. Ce n’est pas un cador de la peinture, mais c’est curieux. Je pense distraitement au douanier Rousseau avec ses environnements de jungle et de forêt vierge. Je trouve que ces peintures fleurent bon le carton -pâte et l’artifice – un conquérant d’opérette ? Je me rends compte alors que nous nous trouvons dans une salle consacrée… non pas à la peinture, non pas aux colonies, mais au théâtre… tiens, tiens. Les cartels du musée ne sont guère diserts, alors je me jette sur Wikipedia. Et je découvre un personnage digne d’un roman feuilleton.

Autoportrait en militaire (Musée du Vieux Toulouse)
Marius Cazeneuve (1839-1913) est un toulousain passionné par les arts et les sciences, mais de façon autodidacte. Il travaille dans le cirque oriental de Madrid, apprend la prestidigitation, collabore à plusieurs théâtres. Il effectue des tournées comme magicien dans toute l’Europe, c’est-à-dire jusqu’à Constantinople et Saint-Pétersbourg. Il est aussi inventeur. Il s’engage dans l’armée lors de la Guerre de 1870. En 1886 il se rend à Madagascar pour réaliser des tours de magie à la cour de la reine Rnavalona III, tout en jouant les diplomates pour la France (et contre le Royaume-Uni). Il semble que la reine et Marius s’entendirent fort bien, ce qui permit à la France de coloniser l’île. Il est aussi dessinateur, peintre, collectionneur…

Quelques livres ont été publiés sur lui, mais je pense que l’on pourrait faire mieux !

 

Cazeneuve, Chez les Indiens d'Amérique du Nord (Musée du Vieux Toulouse). Un blanc à chapeau melon ficelé à un arbre, des Indiens à plumes, une belle forêt.

Cazeneuve, Marius Cazeneuve transporté en palanquin (Musée du Vieux Toulouse). Je crois que la scène est censée se passer à Madagascar. On croirait les actualités des années 1920-30, la couleur en plus. En tout cas, c'est pittoresque !


C'est avec cet "artiste" que je ferme ma série sur des artistes pas très connus. La semaine prochaine, retour aux billets touristiques ! (ou pas...)

samedi 10 octobre 2020

Les Wisigoths

 Dernier billet toulousain.

L’une des raisons pour lesquelles je souhaitais absolument visiter Toulouse cette année est l’exposition que le Musée d’archéologie consacre aux Wisigoths. J’ai des lubies comme ça, ne me jugez pas.

Les Wisigoths ? Un nom qui ne nous dit pas grand-chose, à part dans des jeux de mots fins à base d’Huns et d’Ostrogoths.

Coupe faisant partie du Trésor de Pietroasa, IVe-Ve siècle 
(Musée national d'histoire de Roumanie). Reste une dentelle d'or, mais il ne s'agissait que 
du support pour des gemmes translucides et des pierres précieuses.

Le début de l’exposition est un peu déstabilisant, car nous voici très loin de Toulouse, en Poméranie et en Ukraine, on se demande bien pourquoi on nous fait démarrer d’aussi loin.

Grossier résumé… Le point de départ est autour de la Baltique, sur le rivage de l’actuelle Pologne. Avec peut-être des populations ou du moins des familles royales provenant de Scandinavie. Les archéologues trouvent leurs traces aux alentours du 1er siècle de notre ère.

À la fin du IIe et au début du IIIe siècle, ces gens migrent vers les terres fertiles situées sur les rives de la Mer Noire. Les archéologues commencent à identifier différents peuples, dont nos futurs Wisigoths. Les Goths sont alors aux frontières de l’Empire romain (cela se passe plus ou moins bien, mais disons que les choses romaines ne leur sont pas totalement étrangères). C’est aussi à cette époque qu’ils passent du paganisme au christianisme.

En 370, les Huns venus d’Asie centrale poussent de nombreux peuples vers l’Ouest. Les Goths s’installent alors dans l’Empire romain. Ils veulent être un peuple fédéré : nous entrons au service de l’Empire et en échange vous nous donnez des terres. L’accord ne se fait pas vraiment. Batailles, errance toujours plus vers l’Ouest. En 410, les Goths pillent Rome et capturent la sœur de l’empereur, dans l’espoir de fonder une dynastie régnante romano-gothique.

Diane chasseresse, marbre, trouvé en Gironde,
mais fabriquée en Asie Mineure (Musée d'Aquitaine).


Pendant quelques années, les Wisigoths sont employés par l’Empereur romain d’Occident pour maintenir l’ordre en Espagne, notamment contre les Vandales. Finalement, en 419, l’Empire décide de les fixer dans le Sud-Ouest de la Gaule. Pour les Wisigoths, fin du périple. Pour les Romains, pacification et maintien de l’ordre dans une région de l’Empire.

Ici, réflexion personnelle : je trouve toujours très mystérieuses ces migrations des peuples, qui parcourent en 100 ans des milliers de kilomètres. Des bandes guerrières, mais aussi des familles. Il faut imaginer les animaux et les chariots pour emmener tout le monde. Avec des éclaireurs, car on ne part pas complètement dans l’inconnu. On sait que loin dans telle direction il y a des villes ou des terres ou des possibilités d’alliance militaire. Mais que pouvait-il bien se passer dans la tête de ceux qui partaient, erraient, sans savoir s’ils pourraient s’installer quelque part, avec la crainte de s’arrêter quelque part, de perdre le groupe ? Les grandes flèches colorées qui traversent les cartes de l’Europe de cette époque m’impressionnent.

Sceau d'Alaric II, Ve siècle, Kunsthistorisches Museum Vienne.
Le saphir indique qu'il s'agit du sceau d'Alaric II, dernier roi des Wisigoths en Gaule. 


Bref, les Wisigoths sont à Toulouse. S’agit-il d’un royaume ? ou d’un état subordonné à l’Empire romain d’Occident, puis d’Orient ? On note que les Wisigoths ont toujours profité des faiblesses de leurs voisins pour augmenter le territoire qui leur était dévolu, s’étendant en Espagne et sur les côtes méditerranéennes. On note aussi qu’ils ont toujours joué la carte « fidélité à l’Empire » puisqu’ils participent avec les Romains à la bataille des champs Catalauniques en 451 face aux Huns d’Attila.

Plat en argent avec un sanglier, Ve siècle, trouvé à Toulouse (Musée national de Varsovie)

À Toulouse, il faut imaginer un partage des terres entre les Romains et les nouveaux venus. Il y a un palais, des églises. Les archéologues ont trouvé des tombes avec des squelettes aux crânes allongés, typiques de la culture goth (encore un truc mystérieux).

En 507, les Wisigoths perdent la bataille de Vouillé contre les Francs. Leur territoire se réduit progressivement, les contraignant à se réinstaller en Espagne et à créer une nouvelle capitale à Tolède. Tolède ! Où l’on voit de beaux vestiges ! Il y a aussi des objets au musée archéologique de Madrid. Le dernier royaume wisigoth s’écroule au début du VIIIe siècle, face aux armées berbères et arabes.





Grande désillusion : ces fibules en forme d'aigle, en décor cloisonné, qui, à nos yeux sont emblématiques des wisigoths, ne le sont pas en fait pas tant que cela. Cet aigle était à l'origine un élément de la parure féminine aristocratique en Europe de l'Est. L'objet se répand et se diffuse – comme toute mode. Sa production atteint son apogée vers 500-530. Ces fibules étaient produites en Italie, en Gaule, en Espagne. On les trouve chez tous les peuples et pas seulement chez les Wisigoths. Il y en a eu de très belles et très précieuses, mais beaucoup étaient plus simples. Cet élément de distinction s’est généralisé et de fait, a perdu de son prestige.

N’empêche… elles sont magnifiques !


Une émission de radio sur l'exposition.


Voilà. Il est temps de boire un thé glacé et de manger une glace dans le jardin du musée archéologique.

Visite de Toulouse : un tour dans les rues ; les façades des hôtels particuliers de la Renaissance ; basilique Saint-Sernin ; visite de quelques autres églises ; le couvent des Jacobins; visite du Capitole.


Après une courte interruption, le blog reprendra ses pérégrinations.

 

samedi 3 octobre 2020

Le Capitole de Toulouse

Retour à Toulouse, Après toutes ces églises, place à la Ville. Visite du Capitole pour aujourd’hui, un bâtiment emblématique de la cité.

Tout d’abord un peu d’histoire. L’autonomie municipale fut accordée à la ville par le comte Raymond V à la fin du XIIe siècle. Les grands bourgeois qui prenaient les décisions se nomment alors capitouls, d’où le Capitole. Ils restèrent en place jusqu’à la Révolution française. Tout cela contribue à la forte identité de la ville (et vous pouvez faire le lien avec les beaux hôtels particuliers précédemment évoqués).

Nous voyons une façade datant de 1750, qui recouvre comme un rideau des bâtiments assez divers.

Il y a une cour intérieure. Surtout il ne faut pas oublier de monter le grand escalier de cérémonie pour admirer les salles d’apparat. Le décor date du XIXe siècle et célèbre la grandeur de la ville, en faisant appel à des peintres toulousains (ce qui n’est pas sans rappeler l’hôtel de ville de Paris, reconstruit après 1870, où sont intervenus plusieurs des grands artistes français du temps).


Grand et bel escalier où une peinture célèbre l’Académie des jeux floraux, une société littéraire créée au XIVe siècle.


Une salle avec des peintures de Paul Gervais. Comme la pièce servait à l'origine à célébrer les mariages, les peintures ont pour thème l'amour (des légendes, des allégories), dans un décor luxuriant. Végétation abondante, fertilité du sol, éclat du soleil, de belles femmes voluptueuses pendues au cou des héros. Bon, la peinture de Paul Gervais nous semble un peu criarde aujourd'hui et on a tendance à trouver cela un peu ringard, mais quand même, la pièce ne manque pas d'allure.







Salle suivante : fresques d'Henri Martin. D'un côté, les bourgeois se promènent au bord de la Garonne. On reconnaît plusieurs des bâtiments de la ville. De l'autre les travaux des champs pour les travailleurs (le travail manuel est garant d'une vie saine, sachez-le). Une peinture plus impressionniste, la touche se divise et il se dégage une belle harmonie de ces grandes compositions. Les teintes sont douces et cette peinture nous parle beaucoup plus.


Nous passons à la salle des Illustres ! Ici ont travaillé vingt artistes toulousains, peintres et sculpteurs, à la gloire de leur patrie.

Ici le pape Urbain II lors de son entrée à Toulouse, pour appeler le comte de Toulouse à participer à la première croisade.

La Belle Paule, muse des poètes et des peintres, à son balcon.

Le plafond.


La visite est gratuite. La semaine prochaine, dernier billet toulousain. Nous remonterons plusieurs siècles en arrière.

Les semaines précédentes : Visite de Toulouse : un tour dans les rues ; les façades des hôtels particuliers de la Renaissance ; basilique Saint-Sernin ; visite de quelques autres églises ; le couvent des Jacobins




samedi 26 septembre 2020

Toulouse, le couvent des Jacobins

Suite de la visite de Toulouse. Je sais que vous n’en pouvez plus des églises, mais aujourd’hui tout de même, le couvent des Jacobins.

C’est un des chefs d’œuvre de Toulouse, à l’égal de Saint-Sernin.

Il s’agit d’un couvent de dominicains fondé en 1215, qui avait pour mission est de prêcher la bonne parole catholique contre les cathares.

Le bâtiment actuel date du XIVe siècle. Il est assez massif à l’extérieur, mais avec un clocher octogonal, de ligne dynamique et assez remarquable.



L’église est superbe et très lumineuse. Une grande nef unique, mais séparée en deux par une rangée de colonnes. Les colonnes supportent la voûte d'ogive, qui multiplie les arcs. On a donc un superbe palmier dans le choeur (un palmier de briques, oui) vers où courent toutes les lignes de la nervure de la voûte.

Il y a ici les reliques de saint Thomas d’Aquin.


Un très beau cloître très tranquille.


Le cloître ouvre sur le réfectoire et sur la salle capitulaire. J'aime beaucoup les voussures en arc brisé (en brique encore) de l'entrée de la salle capitulaire.



Le cloître ouvre également sur la chapelle Saint-Antonin, avec ses fresques du XIVe siècle.


Un épisode découvert lors de cette visite : lors de la Première guerre mondiale, le musée du Louvre décida d’évacuer ses œuvres d’art loin de la capitale, située très près de la ligne du front. C’est aux Jacobins qu’elles furent installées. Un sauvetage beaucoup moins connu que celui de la Seconde guerre.


Les précédents épisodes : un tour dans les rues ; les façades des hôtels particuliers de la Renaissance ; basilique Saint-Sernin ; visite de quelques autres églises

La semaine prochaine, nous visiterons le Capitole !


samedi 19 septembre 2020

Quelques églises toulousaines

Maintenant que nous avons visité Saint-Sernin, nous sommes prêts à aborder les autres églises de Toulouse.
Petit panorama non exhaustif des endroits où il faut aller faire « oh » et « ah ».
Suite à l’épisode « cathares, massacres et rattachement à la France », un grand nombre d’églises furent bâties à partir du XIIIe siècle, églises destinées à la prédication pour ramener au bercail toutes les brebis égarées. Nous découvrons le gothique méridional, un plan à nef unique, permettant la prédication, en rassemblant les fidèles sous la chaire, dans un style austère et dépouillé, avec des murs assez imposants.
Rue du Taur, il y a Notre-Dame-du-Taur. J’aime assez sa façade de brique qui se dresse, vertigineuse, comme un décor de théâtre. L’intérieur en revanche est plutôt sombre.

Rue du Lieutenant-Colonel Pélissier il y a la petite église Saint-Jérôme qui est surtout intéressante par son plan au sol ovale. C’est à la fois sobre et baroque, c’est le XVIIIe siècle.

Rue du Périgord, il y a la Chapelle des Carmélites, qui est très mal éclairée et c’est bien dommage, car nous avons là une vraie rareté. Le bâtiment date du XVIIe siècle et les merveilleuses peintures du XVIIIe. Au programme, apothéose de Sainte Thérèse d’Avila, vertus, vies saintes. Clés de voûte pendantes. Peintures de Jean-Pierre Rivalz et de Jean-Baptise Despax. Un magnifique exemple de chapelle baroque.

Et… la cathédrale de Toulouse. Et oui, car Saint-Sernin est une basilique. Mais le siège de l’évêque se trouve à la cathédrale Saint-Étienne, un édifice d’un peu toutes les époques. Il y a une grande nef dans le style gothique méridional (un genre d’immense halle) et un chœur dans le style gothique français (du nord de la Loire, quoi), mais pas exactement dans l’axe. L’orgue est très beau et spectaculaire (il repose sur une simple console). Il y a des belles stalles en bois.


Vous pensiez en avoir fini ? Que nenni, la semaine prochaine, visite du couvent des Jacobins.

Visite de Toulouse : un tour dans les rues ; les façades des hôtels particuliers de la Renaissance ; basilique Saint-Sernin