La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



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samedi 19 octobre 2024

Le Bois des Moutiers ou la Normandie Art and Crafts

 


Voilà. Le blog était dans le Yorkshire, mais la veille, vous avez descendu toute l'Angleterre en train et pris le bateau et vous êtes arrivée à Dieppe dans la nuit. Couchée à minuit, bien fatiguée, mais tranquillement heureuse avec tous vos souvenirs de vacances. D’autant qu’il vous reste quelques jours.


Après tout, vous êtes en villégiature à Dieppe.

Le marché de Dieppe. Le chocolat chaud sur la plage.

Une jolie balade à Saint-Valery-en Caux sous la pluie.

Une expédition à Rouen pour visiter la belle exposition Whistler et acheter le catalogue.


Et un beau matin, à 8h20, le bus 214 vous emmène à Varengeville.

Ah ! Varengeville, son église, son chemin de randonnée. Je vous ai déjà montré tout cela, c’était si beau.

Aujourd’hui, tout en étant à Varengeville, vous restez quand même un peu en Angleterre.


 

En 1898, Guillaume Mallet, issu d’une famille de banquiers protestants, demande au jeune architecte Edwin Lyutens et à la paysagiste déjà renommée Gertrude Jekyll de construire pour sa famille une demeure et un jardin, qui constitueront un ensemble des plus harmonieux. Ce sera le Bois des Moutiers.

À l’époque, il n’y avait pas ces grandes maisons fermées ni tous ces arbres, mais un paysage de falaises et de bocage, beaucoup plus ouvert qu’aujourd’hui.

C’est une réussite, avec un domaine Arts and Crafts au cœur de la Normandie.


Et qui est Lyutens ? Il est l'auteur de la planification de New Delhi, de plusieurs demeures en Angleterre, de l'aménagement de cimetières anglais en France dans l’Entre-deux-guerres.

Et Jekyll ? Elle est déjà renommée à cette date. Elle a aménagé plusieurs jardins en Angleterre, mais je n’en ai visité aucun.

 


En discutant à droite et à gauche, je me rends compte que les conditions de visite ont pas mal changé avec les années. Auparavant, la maison se visitait et on m’a abondamment parlé du salon de musique. À noter que la demeure a reçu tous les artistes et hommes de lettres du début du siècle. De grands musiciens ont joué ici. Désormais, la maison ne se visite plus. C'est dommage, car l'architecture, la décoration intérieure et certains meubles, tout forme un ensemble cohérent ! Cela doit être bien beau.


Le jardin et la maison constituent donc un tout harmonieux (les Mallet étaient théosophes et il est question de blablabla nombre d’or blablabla fumeux au cours de la visite) et ils conversent ensemble. C'est extrêmement réussi.



La maison côté jardin avec ses fenêtres si particulières.



Des lignes droites, des lignes courbes, des aplats, des asymétries...



Le jardin comprend plusieurs espaces, articulés entre eux par des portes. Portes maçonnées ou portes de verdure. À chaque fois nous passons dans une ambiance différente, par un jeu de hauteur de sol, de lignes qui conduisent le regard. Impression de jardin clos, impression de grand espace, impression un peu plus fantaisiste...




Les buis dessinent quatre espaces, de verger et de potager, se mêlant aux fleurs. Ici les plantes sont abritées et tranquilles.



La maison côté parc. Tous les arbres ont été plantés par Guillaume Mallet ou les membres de sa famille. Auparavant on voyait jusqu'à la mer. Les espèces ont été choisies pour composer une sorte de tapisserie verte, où les couleurs, les formes, les textures varient et se font écho.


Ensuite nous nous enfonçons dans le parc et nous admirons les beaux arbres et les jeux de vue créés par les sentiers et les percées entre les feuillages.




Le site est renommé pour ses spectaculaires rhododendrons, mais ils n'étaient plus en fleur au mois d'août (je note d'y retourner au mois de juin). Ils forment un massif gigantesque.

Les jardins qui auparavant se visitaient librement et qui attiraient énormément de monde sont désormais accessibles uniquement sur inscription et en visite guidée. Ne faites pas comme moi, inscrivez-vous sur le site internet (moi, je suis arrivée avec mes yeux de cocker en disant que j’étais venue en bus et ça a fait suffisamment pitié pour que je sois ajoutée au groupe). Normalement, la visite est assurée par le jardinier en chef, mais j’ai eu la chance de tomber sur une visite amicale, réalisée pour ses amis par l’arrière-petit-fils de Guillaume Mallet (il est aujourd’hui gérant, mais la propriété ne se trouve plus dans la famille). Nous y sommes restés 2 heures au lieu d’1h15, c’était formidable.

La semaine prochaine, nous serons bien bien en Normandie normande !



samedi 18 juillet 2020

La déesse-mère de Saint-Aubin-sur-Mer

Le blog est parti pour une mini-série consacrée à l’Antiquité, et même si j’ose dire, à l’Antiquité de nos régions, puisque l’accent est mis sur les vieilles pierres de chez nous. Les Celtes ne sont pas forcément très connus. Les découvertes archéologiques anciennes n’ont pas toujours été très bien comprises ni documentées, mais heureusement, depuis plusieurs années, les fouilles de l’INRAP ont permis d’apprendre plein de choses. Et au hasard des musées, on fait des découvertes !

Lors de l’été 2019, comme vous le savez, j’ai réalisé une tournée anglo-normande de qualité (un super voyage !). J’en ai profité pour visiter le Musée de Normandie (c’est-à-dire le musée d’histoire de Caen situé dans le château). On y voit une très grande sculpture de déesse-mère.
Elle provient de Saint-Aubin-sur-Mer, un village de la côte. La statue a été découverte en 1943, lors des travaux liés à la construction du Mur de l’Atlantique.

Elle est en calcaire et elle est haute de 1,40 mètre. On voit une femme assise. Elle porte un diadème, un torque (la touche gauloise), une belle tunique plissée. Il y a deux enfants à ses pieds. Aujourd’hui ses mains sont vides, mais elle devait tenir… les hypothèses penchent pour la corne d’abondance et une coupe.
Elle a de longs cheveux. Les yeux sont exorbités et on voit même les pupilles grâce à un habile trou creusé au foret.
Ses pieds sont chaussés de sandales (petite touche romaine ?), mais on les distingue à peine sur ma photo.
Et de qui s’agirait-il ? Sans doute une divinité, une possible déesse-mère. Elle a été trouvée dans un fanum : c’est ainsi que l’on désigne les sanctuaires gallo-romains. Les dieux locaux ont en effet continué à être vénérés pendant la romanisation et jusqu’à l’arrivée du christianisme. Et la statue daterait de l'époque augustéenne.
La statue a été trouvée brisée en 6 morceaux. L’examen des morceaux a montré qu’il s’agissait d’une destruction ancienne et volontaire… mais dans quel but ? Peut-être la christianisation ? On n’en sait rien.
Si vous allez au musée de Caen, vous verrez également… cette tuile romaine. Un chat est manifestement venu enquiquiner l’ouvrier en plein milieu de son boulot !

Les semaines précédentes, vous avez eu : La mosaïque avec la course de chars de Gérone ; les guerriers celtes de Bouches-du-Rhône ; le guerrier gallo-romain de Vachère
La semaine prochaine, vous aurez : euh… je ne sais pas encore. Peut-être une bête féroce.

Bien évidemment, ces billets constituent un amuse-bouche avant le mois d’août, passé à arpenter les musées !

samedi 28 décembre 2019

Jamais plus, capitaine, vous ne ferez de mal à un enfant, foi de Le Goazik !

Brigitte Piedfert, Sous le signe du jaguar, paru en 2017 aux éditions Sutton.

Un petit roman d’aventures invraisemblable, cela vous dit ?
Au premier chapitre, nous sommes en 1533 à Rouen, un jeune mousse vient de tuer un capitaine et de confier un bébé aux chanoines de l’église Saint-Maclou. Au deuxième chapitre, nous sommes beaucoup plus tard, à Caen, avec Florane, son grand-père et son frère de lait. Au troisième chapitre, ça démarre vraiment, avec le grand-père, alors jeune étudiant à Caen, amoureux de la belle Marion, riche héritière de la famille Du Val. Et puis nous suivons les aventures des petits-enfants de Marion, à la fois en Normandie, sur un bateau pirate, mais aussi au Mexique, dans la forêt et dans les geôles de l’Inquisition.
Vous trouvez que cela fait un peu beaucoup ? Je dirais que c’est un roman qui a le charme de la naïveté, qui raconte des histoires d’amour et de mort, et des retrouvailles invraisemblables, des cruautés inimaginables et des bontés inexpliquées. J’ai vraiment bien aimé ! On croise toute l’agitation du port de Rouen à la Renaissance, sa richesse et son agitation, le roi de France et un chef aztèque, le trafic de marchandises entre l’Ancien et le Nouveau monde.
Ce n’est pas très bien écrit, mais cela se lit très bien dans les salles d’attente des hôpitaux (croyez-moi). Cela distrait du méchant quotidien et c’est très rafraîchissant.

Les rires fusaient alors, les hommes d’équipage se donnaient de franches bourrades ou se tapaient allègrement sur les cuisses. Chaque bon mot, chaque nouvelle saillie chassaient des pensées plus funestes, des conversations obsédantes que les rires forcés n’arrivaient pas toujours à évacuer des esprits inquiets quand le soir venait, car l’enthousiasme du départ était déjà loin et bien malin était celui qui pouvait dire avec certitude s’il arriverait à destination. Ils n’étaient pas si nombreux encore ceux qui avaient franchi les océans et en étaient revenus pour conter leurs aventures.

Acheté par maman au salon du livre du Neubourg !
Panama, 800-1500, Femme et enfant, NY, Musée des Indiens américains.


samedi 28 septembre 2019

Guillaume le Conquérant et Caen

Caen, sous le cagnard.
Nous reprenons le fil des balades en vacances.
Cela fait plusieurs années que je visite châteaux et églises d’Angleterre (le château de Douvres par exemple) et c’est donc très naturellement que j’ai eu envie de mieux connaître Guillaume le Conquérant (appelé William outre-Manche), personnage dont on entend parler absolument partout et qui a quelque peu changé la face de l’Europe. C’est pourquoi j’ai décidé de consacrer quelques jours à la visite de Caen, après mon passage en Angleterre et avant de me rendre à Bayeux.

Le duché de Normandie, tel qu’en hérite Guillaume, descendant bâtard de Rollon, est centré sur Rouen. Il décide donc de créer un nouveau lieu de pouvoir dans le pays d’Auge, notamment en vue de la conquête de l’Angleterre. Sans créer de toutes pièces la ville de Caen, il la développe considérablement et cette politique sera poursuivie par ses successeurs. Guillaume fait notamment construire un château, dont il reste des vestiges imposants. Notez que l’enceinte du château comprend un bâtiment dit de l’Échiquier.
L’Échiquier de Normandie ? Cette institution normande, créée par Rollon, a d’abord été itinérante. Il s’agissait originellement d’une cour de justice et d’une sorte de cour des comptes, même si ces deux fonctions ont été scindées ensuite, au fil des siècles et de l’histoire du duché de Normandie.
Place à Wikipedia : 
Le nom d’« Échiquier » viendrait :
soit du fait que le premier échiquier de Normandie se serait tenu dans une salle dont le sol était constitué alternativement de pavés de pierres carrées noires et blanches, comme les tabliers ou échiquiers servant à jouer aux échecs ;
soit de ce qu’il y avait sur la table où se réglaient les comptes de la trésorerie, un tapis noir et blanc, servant à caser les différentes monnaies ayant cours dans le duché. Les ducs emmenaient partout avec eux ce tapis.
En anglais, exchequer  se rapporte au monde de la finance, les exchequer bills sont les bons du trésor.

Les Normands ont installé une salle de l’Échiquier dans tous les territoires qu’ils ont conquis (Angleterre et Sicile par exemple). Ce qui explique pourquoi le ministre du Royaume-Uni chargé des finances est aussi appelé Chancelier de l’Échiquier (Chancellor of the Exchequer en VO).
La Salle de l'Échiquier au château de Caen.
Soit-disant pour faire avaler au pape son mariage consanguin avec sa cousine Mathilde, mais surtout pour consolider son pouvoir politique et s’assurer l’appui de l’Église, Guillaume fonde deux abbayes à Caen : l’Abbaye-aux-hommes et l’Abbaye-aux-dames, ainsi que de nombreuses autres institutions religieuses en Normandie et plus tard en Angleterre.
L'église de l'Abbaye-aux-hommes et celle de l'Abbaye-aux-dames

Pour tout connaître de la fameuse conquête (Hastings, 1066), il faut se rendre à Bayeux (15 minutes de train depuis Caen) et admirer la magnifique tapisserie. Une merveille à contempler en prenant tout son temps. Une broderie chef d’œuvre où sont représentés Guillaume, ses alliés et ses ennemis, le Mont Saint-Michel, Dinan, la salle de l’Échiquier du château de Caen, Westminster, la flotte et l’armée qui conquit l’Angleterre... ainsi que des scènes de sexe et de pillage des corps laissés sur le champ de bataille.
Ensuite, un grand mouvement est lancé pour coloniser le pays conquis, avec la construction de châteaux, d’églises et d’abbayes et le développement des villes. Il faut préciser que plusieurs édifices anglais sont bâtis en pierre de Caen (!) selon le style normand – histoire de bien montrer qui est le patron. C’est par exemple le cas de la cathédrale de Canterbury.
Maquette visible à Bayeux, montrant le chargement de la pierre de Caen vers l'Angleterre.

 Façade de la cathédrale de Canterbury. Un certain William y a sa statue en façade.

La sépulture de Guillaume se situe à l’Abbaye-aux-hommes tandis que celle de Mathilde est à l’Abbaye-aux-dames.
Caen est aussi une ville qui a été massivement bombardée en 1944. Il reste malgré tout quelques édifices anciens, dont la très belle église Saint-Pierre.

Oui, j'ai un peu adoré l'église Saint-Pierre !

À visiter à Caen : les deux abbayes, le Mémorial (visite extrêmement intéressante), le musée des beaux-arts, le musée de Normandie. Y a plein de très bons restos !

Les précédentes étapes des vacances : présentation, deux étapes Néolithiques (Stonehenge, et les pierres dressées d'Avebury), le palais romain de Fishbourne et ses mosaïques.
La semaine prochaine, au cœur du royaume anglo-normand, à Salisbury !

Le Christ en bois de l'église Saint-Jean de Caen, survivant des incendies de l'été 1944.