La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



jeudi 2 décembre 2021

Comme lui, plus d’un ramena ses contradictions à un dénominateur, et c’était : la vie continue.

 Günter Grass, L’Appel du crapaud, parution originale 1992, traduit de l’allemand par Jean Amsler.

 

Au marché de Dantzig, en 1989, un veuf rencontre une veuve. L’entente est immédiate et après une marche au cimetière local émerge cette idée : donner aux Allemands exilés loin de Dantzig la possibilité d’être enterrés dans leur ville natale et que les morts trouvent la paix, la réconciliation. C’est aussi une histoire d’amour entre ces deux-là. L’entreprise naît bientôt et se développe tellement qu’elle échappe à nos deux héros. Le tout raconté a posteriori par un homme à qui tout le dossier a été transmis.


Voici du moins qui est exact : ils se rencontrèrent le 2 novembre 1989 par temps ensoleillé, peu de jours avant qu’à Berlin le mur ne devînt caduc. Quand aurait pu commencer une histoire banale, le monde, ou une partie de ce monde immuable, se mit à changer, et ce sans ambages, hors plan en plein, au galop piqué.


Un roman quelquefois un peu difficile à saisir. Je me suis rendu compte que ces réalités de l’Europe du mur, des exilés allemands, des Polonais, de la réunification, etc. étaient quand même un peu éloignées de moi. La langue de Grass ne coule pas de source, elle est rude et rugueuse – c’est ce qui donne au livre son ton si particulier.


Et quand Marian Marczak jeta dans le silence : « Personne ici n’est sans préhistoire », et baissa aussitôt les yeux, on l’approuva.


Spencer, La résurrection à Cookham, 1924 Tate 
C’est que nous sommes souvent proches de la satire. Ces deux amoureux sont touchants certes, mais on peut s’amuser des travers de l’un ou de l’autre. Il y a aussi cette étrange idée de la réconciliation des cimetières avec des champs illimités de morts. Les portraits des personnages secondaires : une vieille dame qui parle un allemand qui n’existe plus, un Bengali qui fait fortune en lançant des rickshaws à Dantzig, des pique-niques et de longues marches dans les églises et les cimetières.

Les événements de la grande histoire forment l’arrière-plan de ce roman, mais comme un fond ouaté et brumé, pas important et un peu menaçant. Le Mur tombe presque sans que l’on s’en aperçoive, les Polonais veulent se débarrasser des Russes et ont un complexe vis-à-vis des Allemands, le deutschemark est la devise phare de la région, la réunification fait craindre une Allemagne trop forte qui écrabouillerait ses voisins. Le pessimisme de l’auteur est certain et prend les allures d’un récit grinçant.

Je trouve le roman très intéressant et riche de réflexions, même si je ne suis pas vraiment séduite par la dimension littéraire. Mais j’aime cette utopie des cimetières.

 

Dès la fin juillet, il devint nécessaire d’aménager un champ d’urnes dans le cimetière de la Réconciliation, car un nombre croissant de « candidats à l’inhumation » tenait à la crémation. Beaucoup d’inscriptions venues des pays du machin est-allemand désormais dépourvu d’existence politique demandaient l’incinération et renonçaient aux rituels chrétiens.

 

 Seconde participation aux feuilles allemandes !

 

Désolée pour l’aspect fragmentaire de ce billet : si le roman manque de séduction, je l’ai lu en étant sans doute beaucoup trop fatiguée et j’ai un peu de mal à m’en faire une idée. Gros besoin de repos ici.




 

10 commentaires:

  1. oh voilà un auteur que je n'ai pas rencontré depuis une éternité, je vais passer mon tour j'ai déjà eu du mal avec le Tambour et je ne suis pas certaine d'avoir envie de repiquer

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    1. Je suis curieuse, je crois que je tenterai encore quelques titres.

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  2. OK, tu ne me convaincs pas. Quand je pense que j'avais acheté Le tambour, jamais lu, je l'ai donné avant. ^_^

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    1. J'ai un second titre, peut-être est le Le Tambour, quelque part... je tenterai donc !

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  3. ça n'a pas l'air simple... je suivrai d'abord tes avis sur les autres!

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  4. Pour ma part, je suis volontaire pour le lire, ayant apprécié Le Tambour et étant moins éloignée que toi de ces réalités de l'Europe du mur. Je le note donc, car je ne connaissais pas ce titre (te souviens-tu comment tu l'avais trouvé?)
    Autour de Gdansk/Danzig, j'avais bien aimé Hanemann, de Stefan Chwin (chroniqué sur le blog), peut-être plus facile d'accès?

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    1. Ah je note Hanemann, je vais aller lire ce que tu en racontes.
      Je ne sais pas comment le livre m'est parvenu, je l'avais déjà lu mais c'est tout. Je pense que j'avais envie de lire Grass, le Tambour ou En crabe, mais pour une raison que j'ignore ce titre m'est tombé sous la main.

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  5. Ce n'est pas tous les jours que je découvre un billet sur Gunter Grass. Merci tout d'abord pour ta participation aux Feuilles Allemandes. Le fond historique me tente beaucoup, mais j'avais eu du mal à m'immiscer à l'époque dans la lecture du Tambour. A voir !

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