La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



Affichage des articles dont le libellé est Paris. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Paris. Afficher tous les articles

samedi 14 mars 2026

Le musée-jardin Albert Kahn

 

Aujourd'hui nous sommes aux portes de Paris, à Boulogne-Billancourt, et nous visitons le musée-jardin Albert Kahn.

Albert Kahn (1860-1940) était un banquier d'origine juive alsacienne, installé à Paris. En 1895 il commence à aménager un jardin à Boulogne-sur-Seine, en achetant progressivement les parcelles qui lui permettent de s’agrandir.

Un jardin à la française, un jardin à l'anglaise, un jardin japonais, mais aussi, plus étonnant, une forêt vosgienne. Une sorte de réduction du monde.

Kahn manifeste un goût certain pour le Japon, pays où il se rend à plusieurs reprises et où il multiplie les relations (financières, culturelles et amicales), y compris avec la famille impériale, à une époque où le pays est en pleine modernisation.

En 1898 Kahn crée sa première bourse de voyage à travers sa fondation. Des bourses qui permettent à de jeunes diplômés, d'abord Français, puis de diverses nationalités, de voyager durant un an.

À partir de 1908, il commence ses voyages photographiques. Il ramène des milliers de clichés de plusieurs pays. Finalement il embauche des photographes professionnels avec pour commande de constituer les « Archives de la planète ». D'après Wikipedia, « entre 1909 et 1931, ce sont ainsi quelque 72 000 autochromes et une centaine d'heures de film » qui sont réalisés. Le projet consiste à rassembler la documentation la plus exhaustive possible sur les différents pays, alors même que la modernisation en marche est en train de tout transformer, voire de faire disparaître certaines pratiques anciennes. Tout cela en lien avec diverses institutions du monde de la recherche et de l'enseignement.

Des milliers d'autochromes.

Les pays lointains et les différentes régions françaises.


La crise des années 30 met à mal sa fortune et les bourses de voyage. Le lieu est racheté par le Département, mais Kahn a l'autorisation de rester dans sa maison.

Le jardin n'a pas rétréci comme je l'avais d'abord compris, mais la partie japonaise a été fortement transformée depuis l'époque de Kahn. C'est aujourd'hui 'une longue bande, qui a donné lieu à une belle restauration. Il ravit les parisiens (qui n'ont pas la chance de connaître les jardins anglais).

La forêt vosgienne à Paris.

La visite du musée est également passionnante, je trouve que la présentation est très réussie. Elle donne envie d'écouter les témoignages et de parcourir les images, un peu au hasard.


Je regrette néanmoins qu'il ne soit pas fait mention de certains points :

Les images sont prises par des hommes (une seule femme photographe), ce qui a nécessairement des conséquences.

Les images sont souvent prises en contexte colonial, ce qui, là encore, a des conséquences. Le projet en général, tout philanthropique qu'il soit, s'inscrit pleinement dans les démarches européennes de cartographie du monde.

Le fait que Kahn ait dû se faire recenser comme Juif en 1940. Je dirais qu'il a eu la chance de mourir peu de temps après, ce qui lui a épargné de partager le sort tragique des milliers juifs de France (comme la famille Nissim de Camondo ou celle de Théodore Reinach), mais il a été inhumé dans une fosse commune.



Je m'y suis rendue en mai 2024, un enchantement pour cette après-midi très estivale. Flâner dans les allées du jardin, rêver au Japon ou à la forêt, parcourir les milliers d'images...

Métro ligne 10 pour les Parisiens !
La semaine prochaine, dernier billet touristique. On prendra le vert.



samedi 6 mai 2023

Musée Nissim-de-Camondo


 Le blog fait du tourisme à Paris. Aujourd’hui, il visite le Musée Nissim-de-Camondo.

C’est un musée bien connu des beaux quartiers parisiens. Petit rappel historique.

L’hôtel particulier fut construit par René Sergent en 1912 auprès du parc Monceau, à la demande de Moïse de Camondo, un collectionneur d’art. À sa mort, en 1935, il lègue ses collections à l’État (à l’Union centrale des arts décoratifs) pour en faire un musée. Le musée s’appelle Nissim-de-Camondo, en mémoire de son fils, tué lors de la Première guerre mondiale. Une pièce rassemble notamment plusieurs photographies du fils et c'est son portrait qui accueille le visiteur.


Les Camondo sont une famille juive sépharade de l’Empire Ottoman. Moïse collectionna passionnément l’art du XVIIIesiècle. Les œuvres sont présentées de la façon dont il les avait agencées et c’est ce qui fait tout l’intérêt et la spécificité du lieu.

L’histoire de la famille est particulièrement bouleversante, dans la mesure où l’État français s’est conduit à son égard avec la plus grande indignité. En effet, Béatrice, fille de Moïse et sœur de Nissim, est arrêtée pendant la guerre, enfermée à Drancy puis déportée à Auschwitz où elle meurt en 1945. Son mari et leur fille, Fanny, ont connu la même fin tragique. La famille est aujourd’hui entièrement éteinte.


Salon dit des Huet. Les murs sont ornés de peintures de Jean-Baptiste Huet. Camondo a reconstitué un intérieur aristocratique des années 1770-80 (ni rococo ni néoclassique pour ceux qui suivent), en installant les meubles et les objets aux provenances les plus prestigieuses (plusieurs provenances royales).


Amoureux des arts décoratifs, le musée est fait pour vous ! Ici, un secrétaire à cylindre. Chêne et sycomore, plaquette et marqueté de divers bois. Vers 1760.




À gauche, une table à gradin de type bonheur du jour, vers 1766. À droite : une table ovale en chiffonnière, 1775, bois marqueté et dessus en marbre (quelle délicatesse !).


Le salon bleu, avec un lit de repos.

C'est le grand bureau. Au mur des tapisseries d'Aubusson d'après des cartons d'Oudry. Au sol tapisserie de la manufacture d'Aubusson au point de la Savonnerie.


Deux tableaux d'ÉlisabethVigée-Lebrun : une Bacchante et un portrait.


Le service Mme Lefebvre. Porcelaine de la manufacture royale de Sèvres, 1792.


Le bureau de l'office où l'on recevait les fournisseurs, où aboutisse toutes les sonnettes de la maison, où on coordonne tout l'entretien et la vie courante d'une telle demeure.


La cuisine, avec d'immenses espaces de stockage et de préparation. Et la table des domestiques.



Un endroit bien connu des visiteurs : les salles de bain ! Immenses (pensez à la taille des chambres de bonnes). Il y a celle de Nissim de Camondo et celle du comte, son père. Installées par l'entreprise Kula en 1912 et restaurées à l'identique, avec la belle robinetterie et les carreaux. Il faut imaginer le chauffe-serviette, la baignoire, le bain de pied, le bidet, le lavabo, la table à coiffer et les WC avec un chasse à piston au fonctionnement silencieux. C'est ça le luxe, l'eau chaude pour se laver.

C'est un musée charmant et touchant, aux cartels vieux de 30 ans, dont l'accrochage est resté inchangé depuis toutes ces années, mais très aimé des visiteurs et des curieux. Tout ici a été assemblé par quelqu'un au goût particulier. Cette visite doit vous rappeler celle du château de Champs-sur-Marne. Les Cahen d’Anvers étaient cousins des Camondo et partageaient ce goût pour le XVIIIe siècle, dans un décor aménagé vers 1930. On y trouve également des oeuvres de la famille Huet.

Pleine de bonne résolution, j’avais décidé de lire le livre de Pierre Assouline consacré à la famille, mais j’avoue qu’il m’est tombé des mains. Trop d’effets de manche pour moi.
Et comment on y va ? Métro Monceau ! Et s'il ne fait pas trop mauvais, un petit tour dans le parc.

D'autres visites en Île-de-France : Visite du Panthéon ; Visite du Musée de la chasse et de la nature à Paris ; Musée Gustave Moreau à Paris ; Visite du Louvre avec David Prudhomme ; propos de tables (au Louvre) ; Château d'Écouen (musée de la Renaissance) ; Musée des années 30 à Boulogne-Billancourt ; église du Saint-Esprit à Paris ; église Saint-Jean-de-Bosco à Paris ; château de Champs-sur-Marne ; Cité de l'architecture et du patrimoine ; Sainte Chapelle ; château de Fontainebleau ; château de Chantilly ; immeubles de Jules Lavirotte ; maison La Roche ; Musée de Montmartre.

La semaine prochaine, je serai… en vacances ! Pour de bon, c’est moi qui serai en vadrouille. Le blog reprendra ses activités dans la dernière semaine de mai. Il y aura encore une visite francilienne (et celui-là, vous ne le connaissez sans doute pas).


 


samedi 29 avril 2023

Musée de Montmartre

 

Notre petit circuit de vacances s’arrête donc à Paris pour trois billets, pour trois lieux à visiter, dont l’un très connu et l’un beaucoup moins.

Aujourd’hui, plein de courage et d’énergie, nous partons à l’assaut de la colline Montmartre pour nous rendre au musée de Montmartre. Ce petit est très agréable à visiter, avec son joli jardin et ses divers bâtiments, un peu labyrinthiques. 



Le musée conserve divers documents illustrant la vie du quartier à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. Le tout raconte la vie de bohème, les ateliers, les cabarets. Il y a des peintures, beaucoup d'affiches, de revues... et je ne retrouve aucune photo. Étaient-elles toutes ratées ? Ou est-ce que je les ai supprimées sans les avoir triées, je ne sais pas, c'est le drame. Il reste la photo de ce Taxiphone (anciennement au mur du bar Le Rêve).

Bref, merci Wikipedia pour les photos des affiches du cabaret du Chat noir. Ceci dit, je vous ai déjà parlé de ce célèbre cabaret, avec le merveilleux théâtre d'ombres d'Henri Rivière.

Heureusement, je n'ai pas manqué l’atelier-appartement de Suzanne Valadon. Elle a enfin habité et travaillé à cette adresse avec Maurice Utrillo. Et oui, c'était vraiment un quartier d'artistes.

Bon voilà, vous n'avez qu'à y aller et cela vous plaira beaucoup, croyez-moi.

Et comment on y va ? À la force des mollets !

 

Mes précédentes visites franciliennes :

Île-de-France : Visite du Panthéon ; Visite du Musée de la chasse et de la nature à Paris ; Musée Gustave Moreau à Paris ; Visite du Louvre avec David Prudhomme ; propos de tables (au Louvre) ; Château d'Écouen (musée de la Renaissance) ; Musée des années 30 à Boulogne-Billancourt ; église du Saint-Esprit à Paris ; église Saint-Jean-de-Bosco à Paris ; château de Champs-sur-Marne ; Cité de l'architecture et du patrimoine ; Sainte Chapelle ; château de Fontainebleau ; château de Chantilly ; immeubles de Jules Lavirotte ; maison La Roche


Les semaines précédentes, nous étions à Lille et à Roubaix. La semaine prochaine, nous restons à Paris, pour un musée que vous devez être nombreux à connaître.


samedi 30 juillet 2022

Maison La Roche



Second billet autour des habitations parisiennes. La semaine dernière, je vous montrai quelques immeubles Art nouveau construit par Jules Lavirotte. Cette semaine, nous sommes 20 ans plus tard, avec un style très différent.


La maison La Roche a été construite entre 1923 et 1925 par Le Corbusier et Pierre Jeanneret pour Raoul Albert La Roche, un collectionneur et marchand d’art. Il s’agit à la fois d’une maison d’habitation avec cuisine et logement des domestiques et d’une galerie d’art moderne.


De l'extérieur, du blanc, du gris et des vitres (cette partie de l'habitation est sur pilotis). La maison est en béton armé et elle possède un toit terrasse.


Deux photos du hall, clairement la pièce la plus réussie et importante puisqu'elle relit et sépare tout à la fois la partie publique (galerie d'art avec entrée indépendante, salon et bibliothèque rikiki) et la partie privée (chambres, salle à manger, cuisine...). Deux escaliers et une coursive le long de la paroi vitrée articulent ces espaces comme autant de boîtes d'où l'on a de beaux effets de perspective.

Deux vues de la galerie de peinture (avec bien moins de toiles qu'alors). La lumière naturelle arrive d'en haut, par une grande baie vitrée. L'aménagement des meubles est dû à Charlotte Perriand et Alfred Roth.

Depuis la galerie, une grande rampe courbe permet de rejoindre un salon-bibliothèque. Il donne une sacrée perspective à la pièce et invite le regard et les jambes à parcourir tous ces espaces.

Sans transition, la salle à manger.  Je n'ai pas vraiment photographié les espaces privés, car ils sont assez peu intéressants (des boîtes vides quoi) et peu meublés (du moins pour le moment). Il faut dire que l'esthétique est à la sobriété et à la nudité. Il faut imaginer ces pièces avec des meubles modernes, des peintures d'artistes contemporains. Le mobilier était créé ou choisi par Le Corbusier ou par ses collaborateurs, en harmonie avec l'architecture de la maison.

L'oeil et les pas me ramènent irrésistiblement dans le hall, dans la coursive qui prend le soleil, dans les escaliers que je monte et descends à plusieurs reprises.

Et comment on y va ? En allant tout au bout du bout de la ligne 9 à Paris, rue Émile Blanche.

Le billet de Nourritures en tout genre qui m'a donné envie d'y aller. Y a une photo où l'arbre n'a pas de feuilles et où on voit mieux la structure de la maison ! Rappelez-vous que certaines visites s'effectuent en hiver !

Si vous aimez Corbu, il y a un billet sur la Cité radieuse.