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mardi 7 décembre 2021

Personne n’est plus ennuyeux ni plus sombre, ma chère, mais il est à la mode.

 Honoré de Balzac, L’Histoire des treize.

 

Il y a bien des années j’ai commencé ma lecture/relecture de Balzac par L’Histoire des treize, sauf que je n’avais pas compris que les trois récits qui la composent forment un tout et j’avais tout lu n’importe comment. J’ai donc eu envie de la reprendre, dans l’ordre, de façon un peu suivie.

 

Ferragus, 1833.

C’est le premier. Un long prologue où Balzac nous explique que 13 hommes se sont associés et qu’ils sont les maîtres de Paris. On a surtout l’impression que ce sont des criminels sans scrupules et qu’il n’y a pas lieu d’être baba, mais arrivons dans le vif. Balzac nous racontera 3 exploits de ces gentlemen.

Ici, un jeune et brillant officier surprend la belle et riche jeune femme qu’il adore (tout platoniquement) dans une rue malfamée, où elle n’a rien à faire (et lui ?), sinon se compromettre. Il décide de mener l’enquête (et déchaine une suite de catastrophes et de morts violentes). Nonobstant le point de départ qui est profondément agaçant (être amoureux d’une femme donne le droit de connaître ses secrets, surtout que les secrets d’une femme ne peuvent être que de l’ordre sexe et dépravation – what else ?), c’est un petit roman qui est très agréable à lire. Ferragus, qui donne son titre au texte, apparaît à peine, comme une ombre menaçante et gigantesque. Il y a surtout le portrait de Monsieur et Madame Jules, qui s’aiment, qui s’adorent et qui sont un beau couple de la Comédie humaine. Mais qui sont horriblement broyés par les conventions sociales.

Mon premier billet.

 

Je note la dédicace à Berlioz et la très belle évocation du Requiem du musicien et une scène au cimetière du Père Lachaise qui a son petit écho avec Rastignac.

 

Le début me plaît beaucoup, un bel hommage au promeneur parisien.

Il est dans Paris certaines rues déshonorées autant que peut l’être un homme coupable d’infamie ; puis il existe des rues nobles, puis des rues simplement honnêtes, puis de jeunes rues sur la moralité desquelles le public ne s’est pas encore formé d’opinion ; puis des rues assassines, des rues plus vieilles que de vieilles douairières ne sont vieilles, des rues estimables, des rues toujours propres, des rues toujours sales, des rues ouvrières, travailleuses, mercantiles.

 

La jeune femme qui se trouvait en présence de monsieur et madame Jules avait le pied si découvert dans sa chaussure qu’à peine voyait-on une légère ligne noire entre le tapis et son bas blanc.

Quel portrait en une phrase !

 

La Fille aux yeux d’or, 1835.

Le jeune héros est ce fat insupportable de de Marsay, déjà ami avec Ferragus. Il voit un jour une jeune fille aux Tuileries. Elle a des yeux d’or. Il apprend qu’elle vit recluse dans un hôtel particulier. Évidemment il fait tout pour s’y introduire. Et c’est là que le roman devient intéressant, parce que figurez-vous Paquita est à la fois vierge et pas du tout innocente – chose totalement insupportable pour notre jeune possédant.


Il fut fasciné par cette riche moisson de plaisirs promis, par cette constante variété dans le bonheur, le rêve de tout homme, et que toute femme aimante ambitionne aussi. Il fut affolé par l’infini rendu palpable et transporté dans les plus excessives jouissances de la créature.


Un roman où Balzac dévoile un autre pan de l’amour, traité de la façon la plus mystérieuse du monde. Le jeune mâle n’en sort pas grandi, il est ici le jouet de l’auteur et de la maîtresse. Ironie et moquerie des hommes.

Le roman baigne dans un climat orientaliste un peu pénible, mais qui sert de prétexte à Balzac pour rendre hommage à Delacroix. C’est un roman des plus sensuels.

Mon premier billet.

 

Quand, après avoir fait un excellent repas, les deux jeunes gens eurent arpenté la terrasse des Feuillants et la grande allée des Tuileries, ils ne rencontrèrent nulle part la sublime Paquita Valdès pour le compte de laquelle se trouvaient cinquante des plus élégants jeunes gens de Paris, tous musqués, haut cravatés, bottés, éperonnaillés, cravachant, marchant, parlant, riant, et se donnant à tous les diables.

 

La Duchesse de Langeais, 1834

Ce court roman s’ouvre par une rencontre dans un monastère espagnol entre une carmélite et un officier français. Antoinette et Armand. Ils se sont aimés, ils s’aiment peut-être encore. 

Retour en arrière dans les salons parisiens. Une histoire entre une coquette et un farouche. Le caractère de la duchesse est le plus fouillé, produit de son milieu et de son éducation, incapable d’en sortir autrement, ignorante et affolée d’elle-même. De lui, on ne sait pas grand-chose, si ce n’est qu’il baigne dans une légende d’Orient et de mystère, d’aventure et de résolution. Mais il ne semble guère consistant.

Le roman est rattaché au cycle des 13 qui apparaissent brièvement et tragiquement dans les dernières pages. Le roman entrelace de façon étonnante l’évocation des salons et des pages au climat plus fantastique, l’ensemble est plutôt réussi.

Il y a aussi plusieurs allusions troublantes à Madame de Beauséant.

Mon premier billet.

 

Quel âge a la sœur Thérèse ? demanda l’amant qui n’osa pas questionner le prêtre sur la beauté de la religieuse.

Elle n’a plus d’âge, répondit le bonhomme avec une simplicité qui fit frémir le général.

 

Tes baisers, mon cher ami, seraient essuyés avec l’indifférence qu’une femme met aux choses de sa toilette. La duchesse épongerait l’amour sur ses joues comme elle en ôte le rouge.

 

Barye, Lion au serpent, 1832, Lyon BA


Supplément au Lys dans la vallée, 1832.

(sans aucun rapport)

Balzac a commis des Contes drôlatiques, soit-disant dans la veine de Rabelais (c’est beaucoup moins bien). L’un d’eux, Les Joyeusetés du roi Louis le onzième, met en scène une vieille fille qui souhaiterait bien ne plus l’être, au point de ressusciter un pendu grâce à ses caresses (insérer ici une blague de bon goût). Ce drôle de couple est l’ancêtre lointain de Monsieur de Mortsauf. De là à imaginer que la vieille fille est une variante ironique de l’Henriette qui se tord de désir sur son lit de mort, parce que le narrateur est incapable de comprendre une femme bien terrestre... Ce court récit constitue une sorte de contrepoint dont la Comédie humaine est coutumière, comme un ricanement que l’on entend au loin et qui fait douter de bien des choses qui sont affirmées dans Le Lys dans la vallée.

 

jeudi 27 août 2020

Elle me regarda d’un air doucement stupide.

Honoré de Balzac, Le Lys dans la vallée, 1836.

Oui, c’est une relecture.
Le narrateur adresse une longue lettre à une femme soi-disant aimée (une certaine Natalie qui lui répondra comme il faut) pour lui raconter sa jeunesse et surtout ses amours de jeunesse. La rencontre par hasard avec une jeune femme, belle et malheureuse, la comtesse de Mortsauf, vivant avec mari et enfants dans une gentilhommière au bord de l’Indre. Ils s’aiment, mais resteront chastes. Ce n’est que la moitié du roman, car ensuite notre Félix commence sa carrière politique, conseillé par son bon ange. Et il a une maîtresse.

Mes yeux furent tout à coup frappés par de blanches épaules rebondies sur lesquelles j’aurais voulu pouvoir me rouler, des épaules légèrement rosées qui semblaient rougir comme si elles se trouvaient nues pour la première fois, de pudiques épaules qui avaient une âme, et dont la peau satinée éclatait à la lumière comme un tissu de soie.

Il ne s’agit pas vraiment d’un roman d’amour, à peine d’un roman d’apprentissage. En réalité, nous voyons tout à travers la parole boursouflée du narrateur, déjà vieux sans jamais avoir été jeune, infatué de lui-même et vaguement insupportable. On ne peut s’empêcher de se dire qu’il ne comprend guère la belle comtesse, certainement plus sensuelle et plus noble qu’il ne se l’imagine. Il est souvent question d’ironie à propos de ce roman, mais je me demande s’il s’agit d’une ironie voulue par Balzac ou d’une ironie présente chez le lecteur, celui qui a pris ses distances avec le XIXe siècle et avec le romantisme, celui aussi qui a lu L’Éducation sentimentale (ah ! « Leurs yeux se rencontrèrent »), qui fait que on lit la destinée de Félix à travers celle de Frédéric – c’est peut-être d’ailleurs une erreur.
Toujours est-il qu’il reste ce beau portrait de femme, Blanche ou Henriette, mariée à un incapable à la santé mentale chancelante, mère de deux enfants, abandonnée par ses parents, n’étant pas un fils aîné n’est-ce pas, gestionnaire d’un vaste domaine agricole (où l’on retrouve tout le plaisir qu’a Balzac à calculer le rendement d’une terre), aimée, mal aimée et capable de calculs tout à fait de mauvais goût pour sa fille.
Le narrateur semble toujours se tromper dans ses interprétations sur les sentiments de la belle, s’imaginant sans cesse qu’elle pense à lui quand ce n’est pas le cas, lui prêtant des pensées séraphiques quand elle est plus simple, au point où on se demande ce qu’elle a vraiment pu penser de lui. S’il était moins sexiste, il serait peut-être moins aveugle. Et si tout était faux ?
Il est question aussi du désir trompé, de la chair palpitante et non caressée, des bouquets de fleurs explicites (je veux bien les mêmes !) et du charme inimitable de la vie à la campagne.
Il y a aussi une soi-disant mort exemplaire, encadrée par la religion, mais si fausse et insincère, trafiquée de justesse par les hommes d’église. Et enfin l’indifférence terrible de la société face au chagrin et à la douleur.
 
Moi aussi je fais des bouquets de fleurs champêtres (mais ils explicitent rien du tout)
Est-il possible que je meure, moi qui n’ai pas vécu ? Moi qui ne suis jamais allée chercher quelqu’un dans une lande ?

Il y a la présence discrète et ambiguë, à l’arrière-plan, de La Grenardière, comme un miroir pour la belle Madame de Mortsauf.

Mon premier billet, au ton beaucoup moins critique, mais assez proche sur le fond.
Le billet très fouillé, avec plein de détails que vous avez loupés à la lecture, de Claudia Lucia.
Le billet plus décapant de La petite marchande de prose qui m’a donné envie de cette relecture.

jeudi 12 mars 2020

Honoré et moi

Timbre de Delzers, 1939, Wikipedia.

(oui, le titre de ce billet est magnifique)
J’ai fini de lire Balzac. Ou plus exactement et modestement, j’ai fini là pour le moment mon grand tour de la Comédie humaine. Je n’ai pas tout lu, et je n’ai pas chroniqué tout ce que j’ai lu. Mais enfin, je peux me permettre un cocorico et un billet conclusif.
Que dire ?
Commençons par les points négatifs. Balzac, il ne faut peut-être pas trop en lire ou ne pas lire les différents titres de façon trop rapprochée, car on se lasse. Il y a une petite lourdeur et certains procédés un peu trop systématiques. Je suis en particulier devenue allergique au très long retour en arrière qui ouvre tous les romans et qui est censé nous expliquer tout le pourquoi du comment nous en sommes arrivés là. Bien sûr, la description de la pension Vauquer est un monument, mais enfin elle reste un peu sur l’estomac alors que l’on a simplement envie de découvrir les personnages et leur histoire (et ce procédé est loin d’être aussi réussi dans tous les romans). Au fil du temps, mon impatience a eu tendance à grandir.
De même, on ne peut pas féliciter Honoré pour son idéologie totalement sexiste, patriarcale et monarchiste. Oui, OK, c’est son époque, mais ce n’est pas une excuse. C’est d’autant plus agaçant que Balzac est un théoricien ringard, mais un très bon romancier. Quand il théorise, c’est barbant. Quelques pages plus loin, voilà que romancier prend le dessus et il campe des héroïnes tout à fait réussies, complexes et volontaires, en parfaite contradiction. C’est particulièrement évident dans Le Lys dans la vallée ou dans Mémoires de deux jeunes mariées qui contient des passages horribles sur la façon dont les femmes ont absolument besoin d’enfant pour se réaliser et juste après des évocations sensibles et subtiles des plaisirs physiques de l’amour et de l’amour maternel. Ou dans La Cousine Bette où la fameuse cousine est une méchante tout à fait fascinante pour un lecteur. Ou dans Les Chouans où Marie campe une héroïne romantique et une femme d’action remarquable (elle n'a pas dû lire Balzac). Certaines femmes du monde sont également très réussies, comme la princesse de Cadigan. Ou Honorine qui est carrément une héroïne féministe, presque malgré l'auteur. Le bon romancier est une machine à fabriquer de bons personnages. Sur ce plan, ça marche très bien !
Mais si on peut trouver ponctuellement tel roman réussi ou tel roman raté (ou disons inintéressant), cela apporte-t-il quelque chose de tout lire ? Oui, heureusement ! D’abord il y a ce monde de la Comédie humaine, où tout s’imbrique de façon plus ou moins cohérente. Je n’ai pas vraiment retenu les détails de l’ascension de tel ou tel (bisou Rastignac !), mais j’apprécie la façon dont les récits s’éclairent les uns les autres. Par exemple, le pesant, cruel et réaliste Père Goriot est à mettre en rapport avec la nouvelle L’Auberge rouge et avec le fantastique et fatal Peau de chagrin. Grâce à un personnage, la pension Vauquer prend une tonalité rouge sang tout à fait saisissante. De même, La Grande Bretèche apporte une lueur tragique à La Muse du département, qui est une histoire de mœurs plus réaliste centrée sur la vie littéraire. La circulation des personnages d’un récit à l’autre permet cette allure de kaléidoscope et ces coups de lumière un peu étonnants. Les Chouans et Pierre Grassou prennent la pose tous deux à Fougères. Le personnage de Gobseck prend ainsi une toute autre signification selon qu’il est le héros ou un personnage secondaire du récit. Impossible de figer les traits de chacun ! Et ça, c’est une force.
Tout cela traduit une vision bien sombre de la société, où les drames, les ignominies, les méchancetés et les meurtres se glissent sous les vêtements et les discours convenus.
Bisson, daguerréotype, 1842, wikipedia.
Mes préférés ? Que retenir de tout cela ? J’ai tendance à beaucoup oublier et beaucoup mélanger. Je ne me souviens plus bien de Ferragus et de l’Histoire des 13 qui m’avaient pourtant bien plu (j’ai presque envie de les relire !). Il y a Rastignac et la Cousine Bette, le peintre Joseph Bridau, un Chef d’œuvre inconnu, le colonel Chabert, la ville de SaumurLa Femme de 30 ans où il y a des pirates, des nouvelles où il y a des hommes de main dans Paris comme au XVIIe siècle, Honorine une femme qui veut être libre et à propos de laquelle les hommes s’interrogent sans fin (quels crétins), La Fille aux yeux d’or qui là encore suscite beaucoup de mystères alors que ce n'est pas si compliqué et un paquet de jeunes amants émouvants.
À la fin de ce parcours, j'ai l'impression d'avoir beaucoup oublié et d'être passé à côté de pas mal de choses. Le corpus est trop grand et difficile à saisir. Inégal aussi : je retiens des détails, mais j'ai du mal à avoir une vision d'ensemble. Il faudra que je m'y remette dans quelques années...

Voilà ! Merci Honoré ! Lisez Balzac !

 Balzac, Honoré de :
Adieu - Albert Savarus  - Auberge rouge (l') - Autre étude de femme - Bal de Sceaux (le)  -  Béatrix  -  Bourse (la)  -  César Birotteau  - Chef d'oeuvre inconnu (le) -  Chouans (les)  -  Colonel Chabert (le)  - Comédiens sans le savoir (les) - Contrat de mariage (le) -  Cousin Pons (le)  -  Cousine Bette (la)  - Curé de Tours (le) - Curé de village (le) - Début dans la vie (un) - Double famille (une) - Drame au bord de la mer (un) - Duchesse de Langeais (la)  - Elixir de longue vie (l') - Employés(les) ou La Femme supérieure - Envers de l'histoire contemporaine (l') - Épisode (un) sous la Terreur Esquisse d'un homme d'affaires d'après nature - Étude de femme - Eugénie GrandetFacino Cane (1er billet(2e billet) - Fausse maîtresse (la) - Femme abandonnée (la) - Femme de trente ans (la) - Ferragus  -  Fille aux yeux d'or (la)  - Gambara -  Gobseck  - Grande Bretèche (la) - Grenardière (la)  Honorine  -  Illusions perdues (les)  - Interdiction (l') - Lys dans la vallée (le)  -  Madame Firmiani  -  Maison du Chat-qui-pelote (la) - Maison Nucingen (la)  - Maître CorneliusMarana (les) - Médecin de campagne (le) -  Mémoires de deux jeunes mariées  - Message (le) - Messe de l'athée (la) - Modeste Mignon - Muse du département (la) - Paix du ménage (la) - Paysans (les) - Peau de chagrin (la) -  Père Goriot (le)  - Pierre Grassou - Pierrette - Rabouilleuse(la) - Recherche de l'absolu (la) - Sarrasine - Secrets (les) de la princesse de Cadignan - Splendeurs et misères des courtisanes  - Ténébreuse affaire (une) -  Ursule Mirouët -  Vendetta (la) - Vieille fille (la) - Voyage de Paris à Java
BD de Joris Clerté - Vivre avec Balzac
L'Artiste selon Balzac
Extraits du discours prononcé par Hugo aux funérailles de Balzac
Anecdotes sur Balzac par Léon Gozlan

Dessin de Nadar, 1850, Wikipedia.

vendredi 21 février 2020

Prenons la mesure !

Honoré de Balzac, La Peau de chagrin, 1831.

Un jeune homme réduit à la dernière extrémité et envisageant le suicide entre dans la boutique d’un antiquaire. Il découvre par hasard une « peau de chagrin », qui exauce tous les vœux, mais la vie de Raphaël sera dès lors mesurée à la taille de la peau. Il connaîtra l’amour et la fortune, mais sera hanté par sa propre mort, dont l’approche sera désormais visible à l’œil nu.
À ma première lecture, j’avais eu l’impression d’un truc lourd et un peu gris. À la deuxième, j’avais été très enthousiaste. Là, c’est un peu des deux.
Il faut dire un mot d’abord de Raphaël de Valentin. Ok, c’est mon prénom masculin préféré et c’est un point positif non négligeable. Ceci dit, le récit de ses malheurs m’a semblé interminable. De plus, il ne donne pas une idée très favorable du personnage. Que ce soit sur le travail, la science, l’argent, l’amour ou les femmes, on ne gagne pas à le fréquenter. Et puis, ce banquet masculin qui n’en finit pas… Heureusement, une fois la peau en main, le récit s’améliore nettement. Raphaël passe par tous les états : de la joie, de la terreur, de la panique, de la rage, de la mélancolie, avec un moment particulièrement doux quand il retrouve sa chère Pauline. D’ailleurs, la relation entre ces deux-là me semble particulièrement réussie. Ils sont amants, mais vont se marier. Il y a surtout beaucoup de sensualité et de désir entre eux deux – ils font véritablement l’amour – et le roman se clôt sur cette image. Ce n’est pas si courant chez Balzac et c’est vraiment très bien.
Il y a aussi la description du magasin d’antiquités comme un monde en réduction. Toutes les époques et tous les pays se retrouvent là, à la porte de l’Enfer.
H. Memling, Polyptique de la Vanité terrestre : l'Enfer, vers 1485 Strasbourg BA
Parce qu’au-dessus de tout cela, il y a l’aspect fantastique. Ce chagrin, qui est un onagre, apparaît bien mystérieux. Je note que l’expression « peau de chagrin » est passée dans le langage courant – belle création balzacienne ! La peau, c’est le destin qui marque inexorablement le moment de la mort et contre lequel les ruses humaines ne peuvent rien, avec toute la tristesse associée à ce mot de chagrin.
Je note la présence inquiétante de Taillefer (ceux qui savent savent).
Malgré ses défauts, c’est incontestablement un chef d’œuvre !

Où trouverez-vous, dans l’océan des littératures, un livre surnageant qui puisse lutter de génie avec ces lignes : Hier, à quatre heures, une jeune femme s’est jetée dans la Seine du haut du Pont-des-Arts. Devant ce laconisme parisien, les drames, les romans, tout pâlit, même ce vieux frontispice.

Elle lisait dans les yeux de Raphaël un de ces désirs furieux, jadis sa gloire à elle ; et à mesure que grandissait ce désir, la Peau en se contractant, lui chatouillait la main. Sans réfléchir, elle s’enfuit dans le salon voisin dont elle ferma la porte.
- Pauline ! Pauline ! cria le moribond en courant après elle, je t’aime, je t’adore, je te veux ! Je te ne maudis si tu ne m’ouvres ! Je veux mourir à toi !

vendredi 24 janvier 2020

Il était impatient de pénétrer les secrets de l’existence de ces purs catholiques.

Honoré de Balzac, L’Envers de l’histoire contemporaine, 1848.

Peut-être le dernier roman de Balzac. Le héros, si l’on peut dire, est Godefroid, un jeune homme falot, désabusé, qui a claqué ses rentes et qui est décidé à se trouver une sorte de retraite. Le hasard le mène dans une maison, à l’ombre de Notre-Dame, où vivent de bien pieuses personnes. Peu à peu il découvre l’histoire de leur vie et leur but. Il accepte également une étrange mission.
Nous voici plongés dans une conspiration de la charité parisienne. Tout cela est chrétien et royaliste bien sûr (c’est un peu agaçant), mais ce roman se lit agréablement grâce à l’insertion de plusieurs histoires dans l’histoire. Grâce à elles, nous sommes embarqués dans l’histoire révolutionnaire, riche en mystères et en rebondissements. Je regrette que celle de Madame de La Chanterie soit si mal traitée, car elle est propice à un excellent roman de 300 pages. L’ensemble montre une belle habileté dans la construction narrative.
Petite fatigue : ici le médecin juif est certes un sauveur, mais il incarne le mystérieux Orient compliqué (et pourtant il est polonais) et il aime l’argent. Pffff.
Il est fait allusion au Médecin de campagne et effectivement ce roman en constitue un parallèle.

Pour mon début, j’ai trouvé la plus extraordinaire de toutes les infortunes, un sauvage accouplement de la misère et du luxe ; puis des figures d’une sublimité qui dépasse toutes les inventions de nos romanciers les plus en vogue.

H. Braekeleer, L'Homme à la fenêtre, 1875, Musées royaux Bruxelles.


vendredi 10 janvier 2020

Ce petit commerçant finit par avoir la faculté de débiter des phrases où les mots ne présentent aucune idée et qui ont du succès.

Honoré de Balzac, Pierrette1840.

Un court roman qui se tient à Provins. Un frère et une sœur, riches, mais au cœur dur, y oppriment leur cousine Pierrette, une tendre petite Bretonne. Derrière ce récit privé, se cache celui d’une sourde lutte de pouvoir et d’influence dans une ville de province - et oui, encore les misères de la vie de province !
Il y a des qualités dans ce texte, comme les portraits des personnages simples et au bon cœur, ou des formules d’une cruauté ciselée à l’encontre des méchants de l’histoire. Mais je trouve l’ensemble assez mal fichu, avec une exposition qui couvre quasiment la moitié du roman et la description compliquée des relations entre personnages – je crois que l’on a droit à tous les notables de Provins. Je ne suis finalement pas convaincue.
Il y a aussi l’évocation lointaine et belle de la Bretagne, une terre étrangère à la médiocrité de la société nouvelle. Et encore un méchant portrait de vieille fille (hum… mais extrêmement réussi, je dois le reconnaître comme le montrent les extraits choisis).

Sylvie Rogron montra ses longues dents jaunes en souriant au colonel, qui soutint très bien ce phénomène horrible et prit même un air flatteur.

Il mit du linge blanc tous les soirs, il eut des cols de velours sur lesquels se détachait bien sa martiale figure relevée par les deux bouts du col blanc de sa chemise ; il adopta le gilet de piqué blanc et se fit faire une redingote neuve en drap bleu, où brillait sa rosette rouge, le tout sous prétexte de faire honneur à la belle Bathilde. Il ne fuma plus passé deux heures. Ses cheveux grisonnants furent rabattus en ondes sur son crâne à ton d’ocre. Il prit enfin l’extérieur et l’attitude d’un chef de parti, d’un homme qui se disposait à mener les enne de la France, les Bourbons enfin, tambour battant.

Il se rapprocha de Sylvie. "Et ! bien... (il lui baisa la main, il était colonel de cavalerie, il avait donné des preuves de courage), sachez-le, je ne veux pas avoir d’autre femme que vous."
S. Lépine, La rue de Calix à Caen. Temps de pluie, 1874, Musées de la ville de Cognac.



jeudi 12 septembre 2019

Pourquoi pas, madame ?

Honoré de Balzac, deux nouvelles pour aujourd'hui.

Un épisode sous la Terreur, 1842.

Le Balzac empli d’idées religieuses, monarchistes et même vaguement mystiques nous raconte un fait divers. Pendant la Terreur, d’anciennes religieuses, arrachées à leur couvent au nom de la liberté, cachent un prêtre. Une nuit, un homme mystérieux et vaguement terrifiant leur demande de célébrer une messe pour le repos du roi qui vient d’être tué.
Il s’agit d’un beau récit, court et bien mené. Les personnages sont évoqués en quelques traits efficaces. L’atmosphère de l’époque est bien rendue, avec sa neige, son froid, ses cachettes, ses héros torturés. On est en plein mysticisme avec relique et célébration. La chute de la nouvelle, si elle n’est pas totalement une surprise, est très bien amenée.

Pour les deux innocentes religieuses, une semblable aventure avait tout l’intérêt d’un roman ; aussi, dès que le vénérable abbé les instruisit du mystérieux présent si solennellement fait par cet homme, la boîte fut-elle placée par elles sur la table, et les trois figures inquiètes, faiblement éclairées par la chandelle, trahirent-elles une indescriptible curiosité.
 
Fantin-Latour, Chrysanthèmes, Madrid Thyssen Bornemisza.
Étude de femme, 1830.

Une nouvelle très bien ficelée. 
La marquise de Listomère reçoit une brûlante lettre d’amour écrite par le jeune Rastignac. Il y a là quelque méprise... et beaucoup d’humour de la part de Balzac qui met en scène son héros avec verve et talent.

Oh ! Avoir les pieds sur la barre polie qui réunit les deux griffons d’un garde-cendre, et penser à ses amours quand on se lève et qu’on est en robe de chambre, est chose si délicieuse, que je regrette infiniment de n’avoir ni maîtresse ni chenets ni robe de chambre. Quand j’aurai tout cela, je ne raconterai pas mes observations, j’en profiterai.



vendredi 5 avril 2019

Pauvre Bianchon ! ce ne sera jamais qu’un honnête homme.

Honoré de Balzac, L’Interdiction, 1836.

Une longue nouvelle qui nous plonge au cœur de l’un des crimes silencieux accomplis par la haute aristocratie. L’héroïne est la marquise d’Espard, une grande dame, star des salons parisiens, qui hante plusieurs des romans de la Comédie humaine. Elle souhaite interdire son mari, qui jetterait son argent par la fenêtre, au bénéfice d’une femme ignoble, et qui maltraiterait ses enfants. Le dossier est pris en charge par le juge Popinot, l’oncle du bon docteur Bianchon. Disons-le : la marquise d’Espard n’est guère sympathique.
Bien sûr, ce récit fait écho au Colonel Chabert et à quelques autres. Encore un cas où les riches et les puissants utilisent le droit, à défaut de la justice, à leur profit. Nous nous situons également peu de temps après les événements racontés dans Le Père Goriot et Rastignac, qui se demande si la marquise pourrait ou non être sa maîtresse, se plaît à rappeler leur jeunesse à Bianchon. Ces deux-là ont bien progressé d’un point de vue matériel, mais leur exploration de la nature humaine leur en montre surtout les vilains aspects.
Balzac fait ici une incursion du côté de la riche et vieille noblesse, celle qui a pu bénéficier d’événements tragiques et scabreux en son temps, sous l’allure la plus distinguée.
Daumier, Bons confrères, 1860, collection Burrell Glasgow.

vendredi 11 janvier 2019

Une si grande fortune couvrait d’un manteau d’or toutes les actions de cet homme.

Honoré de Balzac, Eugénie Grandet, 1834.

Une troisième lecture de ce classique exprès pour le blog.
Dans la bonne ville de Saumur, Balzac nous dresse le portrait du père Grandet, richissime avare. Dans sa maison vivent aussi la brave Nanon, madame Grandet (une sainte) et la fille, Eugénie, bonne et douce. Celle-ci (ou plus exactement sa dot) est très courtisée. Or un soir voici que débarque Charles, le cousin de Paris.
Une histoire bien connue, dont l’originalité réside avant tout dans le ton et dans la qualité des personnages. Grandet est un avare rusé, malin, qui se joue de ceux qui l’entourent, ce qui le rend plutôt sympathique et qui n’est pas totalement insensible aux larmes de sa femme et de sa fille. Eugénie est une jeune femme, pure, qui découvre tout un coup l’amour et la beauté, et dans le même temps, le chagrin et la cruauté. Quant au portrait de Charles, il est plus nuancé que ce qu’il semble. Tout d’abord un jeune fat, mais aussi un jeune homme sensible. Autour de tous ces gens, il y a Saumur, le vin de Touraine, les peupliers, le port sur la Loire, le commerce avec les villes alentours. Il y a d’ailleurs une mention de l’esclavage qui jette une lumière crue sur le caractère du personnage qui s’y livre.
À quoi tient la réussite de ce petit roman ? Son parfait équilibre, sa tension subtile et la langue, hésitant entre le lyrisme et l’ironie lapidaire. Balzac parvient tout à la fois à évoquer des tableaux subtils et délicats, où les fleurs s’allient aux tendres sentiments, et à rapporter les remarques cyniques des personnages.

Au secours, cette lecture m’a donné la mélancolie de la Touraine ! Je veux y retourner.

Il se trouve dans certaines provinces des maisons dont la vue inspire une mélancolie égale à celle que provoquent les cloîtres les plus sombres, les landes les plus ternes ou les ruines les plus tristes. Peut-être y a-t-il à la fois dans ces maisons et le silence du cloître et l’aridité des landes et les ossements des ruines. La vie et le mouvement y sont si tranquilles qu’un étranger les croirait inhabitées, s’il ne rencontrait tout à coup le regard pâle et froid d’une personne immobile dont la figure à demi monastique dépasse l’appui de la croisée, au bruit d’un pas inconnu.

Malgré ses quarante ans, malgré sa figure brune et rébarbative, flétrie comme le sont presque toutes les physionomies judiciaires, il se mettait en jeune homme, badinait avec un jonc, ne prenait point de tabac chez mademoiselle de Froidfond, y arrivait toujours en cravate blanche, et en chemise dont le jabot à gros plis lui donnait un air de famille avec les individus du genre dindon. Il parlait familièrement à la belle héritière, et lui disait : Notre chère Eugénie !
 
Un village de Touraine.

vendredi 7 décembre 2018

Avoir fait rimer crudeli affanni avec i miei tiranni dans une douzaine de sonnets

Honoré de Balzac, Gambara, 1837.

Dans cette longue nouvelle, le personnage principal est un musicien fou, génial et incompris. Sa folie hésite entre plusieurs tendances contradictoires et le lecteur a du mal à déterminer ce qui est du ressort du génie ou de la maladie – c’est plutôt pas mal. Ce court récit souffre de deux défauts : la longueur des développements théoriques sur la musique et la faiblesse de la narration. Mais ce qui est réussi, c’est la présence d’une figure grotesque en contrepoint : celle du cuisinier italien convaincu d’être génial, mais qui fait des trucs immangeables. La folie créatrice s’exerce là aussi sur le mode tragique et comique.
Il va de soi que le musicien est un frère du peintre du Chef d’œuvre inconnude l’alchimiste de La Recherche de l'absolu et de quelques autres (dont le cuisinier).
On croise un instrument peu connu : le panharmonicon.

Lecture presque commune (la vraie date est demain, mais ici, le week-end, place aux photos de vacances) avec Claudia Lucia et d'autres blogs.

Quand on se croit destiné à produire de grandes choses, il est difficile de ne pas les laisser pressentir ; le boisseau a toujours des fentes par où passe la lumière.

Au milieu de son brouhaha de notes, Gambara avait lancé de temps en temps des exclamations qui décelaient le ravissement de son âme : il s’était pâmé d’aise, il avait souri à son piano, l’avait regardé avec colère des inspirés ; enfin il paraissait enivré de la poésie qui lui remplissait la tête et qu’il s’était vainement efforcé de traduire. Les étranges discordances qui hurlaient sous ses doigts avaient évidemment résonné dans son oreille comme de célestes harmonies.

Les harpes du palais Lascaris à Nice.



vendredi 9 novembre 2018

Ô niais illustre ! Ne vois-tu pas que je t’aime follement ?

Honoré de Balzac, Les Secrets de la princesse de Cadignan, 1839.

Nous sommes après 1830. La princesse de Cadignan est ruinée et son mari est en exil, aux côtés de Charles X. Autrefois elle régnait sur les salons parisiens et avait de jeunes et beaux amants, elle vit à présent retirée dans un modeste appartement. La jeunesse est partie (genre... elle a 36 ans) mais elle regrette de ne pas avoir connu le véritable amour. Jusqu’à ce qu’elle rencontre d’Arthez, un des grands hommes de la Comédie humaine.

Depuis que, de jolie, de belle femme, la princesse était passée femme spirituelle en attendant qu’elle passât tout à fait, elle avait fait d’une réception chez elle un honneur suprême qui distinguait prodigieusement la personne favorisée.

Balzac fait preuve de cruauté envers son personnage mais avec beaucoup d’esprit.La princesse apparaît comme une séductrice quasi professionnelle, mais loin de la condamner, l’auteur se place du côté de d’Arthez, profondément amoureux, à la fois pris à l’illusion et conscient de la réalité des choses. Cette princesse et son amoureux sont simplement plus grands que les contraintes sociales étriquées de leur temps – et on dit bravo !
Cette nouvelle d’une cinquantaine de pages se lit très agréablement. C’est un beau portrait de femme et d’homme, ainsi qu’un long hymne à l’amour. Il m’a semblé cependant que Balzac disait trop de choses : dans son désir de mettre en avant toute l’intelligence de la princesse, il souligne la moindre de ses ruses. J’aurais préféré plus d’ambiguïté.

Ce caquetage fut sifflé d’une voix si doucement moqueuse, si mignonne, avec des mouvements de tête si coquets, que d’Arthez, à qui ce genre de femme était totalement inconnu, restait exactement comme la perdrix charmée par le chien de chasse.
L. Guglielmi, Femme voilée, 1850-80 Nice BA.



mercredi 5 septembre 2018

N’est-ce pas une histoire impossible à retracer dans toute sa vérité ?

Honoré de Balzac, plusieurs courts récits.

Facino Cane, 1837. 
J’ai relu cette nouvelle qui conte une histoire fantastique et merveilleuse qui met en scène un aveugle, peut-être fou, les prisons souterraines de Venise et des montagnes d’or (aventure et mystère, bonjour !). Le narrateur pourrait être le jeune Balzac, mais le ton du récit m’a rappelé celui de Sarrasine.

La Vendetta, 1830. 
Cette longue nouvelle campe des personnages qui sont les soutiens indéfectibles de Napoléon : les Corses. Balzac prend le prétexte de l’origine de l’empereur pour raconter une histoire qui, certes se passe à Paris, mais qui met en scène des Corses, orgueilleux, susceptibles, sauvages, avec des couteaux et des yeux noirs et tout et tout. Nous avons le récit d’une très belle histoire d’amour, avec une jolie évocation d’un atelier de peinture pour jeunes filles de bonne famille. Encore une fois, il est dommage que le récit soit si prévisible.

Par un singulier caprice de la nature, le charme de son visage se trouvait en quelque sorte démenti par un front de marbre où se peignait une fierté presque sauvage, où respiraient les mœurs de la Corse.
L. Guglielmi, Femme voilée, 1850-80, musée des beaux-arts de Nice.
Les Marana, 1834. 
Dans cette longue nouvelle, Balzac part de l’histoire d’une longue lignée de femmes, assez particulière, et d’un épisode des guerres de Napoléon en Espagne, pour raconter le destin de Juana, mariée avec un homme de peu d’intérêt. Ça se traîne pas mal, mais la fin est tout à fait surprenante et réjouissante. Décidément les héroïnes balzaciennes ont des ressources insoupçonnées !
Juana, luttant à toute heure contre sa nature à la fois espagnole et italienne, ayant tari la source de ses larmes à pleurer en secret, était une de ces créatures typiques, destinées à représenter le malheur féminin dans sa plus vaste expression : douleur incessamment active et dont la peinture exigerait des observations si minutieuses que, pour les gens avides d’émotions dramatiques, elle deviendrait insipide. Cette analyse, où chaque épouse devrait retrouver quelques-unes de ses propres souffrances, pour les comprendre toutes, ne serait-elle pas un livre entier ?

Il est regrettable que Balzac dégomme une fois de plus les méridionaux, ces gens trop superficiels.