La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



vendredi 15 juin 2018

Sa tendresse était du patelinage.

Honoré de Balzac, La Recherche de l’Absolu, 1834.

Un petit roman qui ne s’en sort pas mal.
Nous sommes à Douai dans l’une des familles les plus riches anciennes, riches et respectables de la ville. Las ! Balthazar est miné par la passion de l’alchimie. Tout y passera. Le roman raconte les efforts de sa femme puis de ses enfants pour préserver la fortune familiale.

Ces larmes d’homme, ces paroles d’artiste découragé, les regrets du père de famille eurent un caractère de terreur, de tendresse, de folie qui fut plus de mal à madame Claës que ne lui en avaient faites toutes ses douleurs passées.

Autant le dire : pour moi ce récit est clairement trop prévisible. Toutefois l’article de Wikipedia est plutôt encourageant et j’ai décidé de m’accrocher. Tout d’abord il faut reconnaître que la famille est attachante. Plusieurs personnages sont tout à fait réussis comme celui du notaire. À la figure de la mère qui se sacrifie pour son mari, il faut ajouter celle de la fille aînée, Marguerite, maîtresse femme qui gère les finances et régente la maison comme personne. Un beau portrait de femme ! Ce roman se penche plus généralement sur ces familles mises en danger par l’un de ses membres, à cause de la folie, de l’alcool, du jeu ou d’autre chose. Faut-il l’exclure, le mettre sous tutelle, le protéger, lui mentir, l’affronter ? Voilà ce qu’expérimente la courageuse Marguerite.

La Société ne pratique aucune des vertus qu’elle demande aux hommes, elle commet des crimes à toute heure, mais elle les commet en paroles ; elle prépare les mauvaises actions par la plaisanterie, comme elle dégrade le beau par le ridicule, elle se moque des fils qui pleurent trop leurs pères, elle anathématise ceux qui ne les pleurent pas assez ; puis elle s’amuse, Elle ! à soupeser les cadavres avant qu’ils ne soient refroidis.
Isabey, Le cabinet d'un alchimiste, 1841, Lille BA.

Mon second agacement provient du fait que Balzac parle de l’alchimie comme d’une science et de Balthazar comme d’un vieux fou certes, mais aussi comme d’un bienfaiteur du genre humain. Et puis quoi encore ? Je comprends bien en revanche que Balzac se soit senti attiré par cette figure de créateur, de magicien incompris de sa famille et de son époque, perdu dans les méandres de son intelligence. À cet égard, Balthazar se rapproche du peintre du Chef d’œuvre inconnu.

On le calomniait en le flétrissant du nom d’alchimiste, en lui jetant au nez ce mot : - Il veut faire de l’or ! Que ne disait-on pas d’éloges à propos de ce siècle, où, comme dans tous les autres, le talent expire sous une indifférence aussi brutale que l’était celle des temps où moururent Dante, Cervantes, Tasse e tutti quanti. Les peuples comprennent encore plus tardivement les créations du génie que ne les comprenaient les Rois.

Je note avec intérêt que l'on mange de la soupe au thym dans le roman.

Bises à Dominique qui aime tant Balzac, mais qui est malade et qui ne lira sans doute pas ce billet.


4 commentaires:

  1. La passion de l'alchimie ? Cela ne m'étonne pas que Balzac s'intéresse à un personnage alchimiste. C'est dans la veine de La peau de chagrin, non ? un Balzac entre fantastique et réalisme ?

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    1. Ce serait fantastique s'il trouvait de l'or, mais c'est tristement réaliste et il ne trouve que la ruine.

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  2. Je l'avais noté, en même temps que "Le chef d'oeuvre inconnu" justement (que j'ai acheté depuis mais toujours pas lu hmm). Tel que tu le racontes, il ne me donne plus très envie, je dois dire.

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    1. Disons que pour un roman que je n'aime pas (je n'aime pas les histoires d'alchimiste !), il est plutôt réussi. Je ne comprends pas pourquoi ça ne te donne pas envie...

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