La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



jeudi 16 février 2012

Ils ont des robes noires, peut-être parce qu’ils portent le deuil de toutes les vertus, de toutes les illusions.


Honoré de Balzac, Le Colonel Chabert, 1832.

J’avais un souvenir vague de ce roman, ne me rappelant que l’intrigue : le colonel Chabert a été déclaré mort lors d’une bataille napoléonienne et sa femme s’est remariée. Le colonel revient misérable, ne parvient pas à recouvrer son nom ni ses biens et sa femme continue sa trajectoire vers la fortune.

Qu’a apporté cette deuxième lecture ?
D’abord une prosaïque bonne surprise : c’est très court ! Selon les éditions de 85 à 125 pages, rien du tout.
Je gardais un souvenir sombre et humide (oui) de ce roman sans doute à cause du début. J’ai relu Le Colonel Chabert dans le cadre du challenge Justice de Yuko car nous plongeons dans les arcanes des notaires et des avoués. Le pauvre colonel s’adresse à l’honnête Derville pour faire reconnaître ses droits. Mais les perspectives d’un procès, les détails des mouvements de fortune entre la Révolution, l’Empire, la Restauration et la Monarchie de Juillet campe un monde de procéduriers âpres au gain. Plus généralement, les romans de Balzac font la part belle aux hommes du droit (héritages à contester, faillites, escroqueries, spéculations) qu’ils soient honnêtes ou véreux – le droit étant souvent une arme pour les puissants leur permettant d’abattre légalement un adversaire.

J. Villon, Clerc de notaire assis 
de dos, 1894, Centre Georges 
Pompidou, image RMN.
Je n’avais pas de souvenir très précis du personnage du colonel Chabert. Il m’apparaît finalement assez contrasté. Il porte tout d’abord en lui le prestige de l’armée napoléonienne qui a conquis l’Europe et subi de grandes souffrances, qui ne peut s’adapter au monde bourgeois et  matérialiste de la Révolution de Juillet. Il est à la fois un peu naïf, d’une grande hauteur d’âme, désabusé et résigné devant l’injustice qui lui est faite.
Mais je regarde différemment le personnage de la comtesse, ex-épouse Chabert. J’avais en tête une femme dure et sans cœur, impitoyable, ce qu’elle est effectivement. Mais aujourd’hui je vois aussi la situation faite aux femmes au XIXe siècle, des biens meubles dépendant du bon vouloir de leur époux. La comtesse est cynique mais sait que si elle ne veut pas finir à l’hospice ni perdre ses enfants, elle doit manœuvrer sans une ombre d’émotion. Sans aucun doute une garce mais il est un peu facile d’en faire la grande coupable.

Cette Étude obscure, grasse de poussière, avait donc, comme toutes les autres, quelque chose de repoussant pour les plaideurs, et qui en faisait une des plus hideuses monstruosités parisiennes. 

Pour conclure je dirais que Le Colonel Chabert fait partie des très bons Balzac, sans longue description, enlevé et vivant, aux personnages plus ambigus qu’il n’y paraît, et dont il est difficile de tirer une leçon univoque.

Il s'agit d'une première Lecture Commune Approximative menée avec George et Marie.


Par ailleurs ceci est ma participation au Challenge Justice de Yuko (challenge accompli !) et une nouvelle au Challenge Balzac de Marie.








9 commentaires:

  1. Pour une lecture approximative, vous avez été drôlement synchro toutes les deux! Et moi je suis encore à la bourre!
    Tu as eu une vision du roman différente de celle de George mais tout aussi intéressante. C'est chouette de pouvoir comparer les avis.

    RépondreSupprimer
  2. Marie a raison sans nous consulter on publie le même jour : les grands esprits ;) !
    J'aime ta lecture plus historique que la mienne ! quant à la Comtesse je n'ai guère de compassion pour cette femme manipulatrice, mais ton point de vue se défend très bien !

    RépondreSupprimer
  3. Ton billet n'est pas "approximatif" lui ! Et m'éclaire cette histoire sous un jour différent... Sûre qu'à cette époque les femmes avaient intérêt à rester vénales, aujourd'hui elles le sont par intérêt tout court, mais il en reste pas mal des Colonelles... :)

    RépondreSupprimer
  4. Hé ho BS exagère là, il nous faut taper DEUX mots maintenant pour "prouver qu'on n'est pas un robot" ! Un blog n'est pas une banque suisse non plus, ho ! :lol:

    RépondreSupprimer
  5. Je suis tout à fait d'accord avec ce que dit George mais c'est vrai que j'ai mis en avant mon "ressenti" de relecture. Je ne peux pas dire que la comtesse me soit sympathique (non, vraiment pas) mais je suis plus mesurée qu'à mon adolescence.
    Aspho : les progrès des robots sont tels que les humains doivent taper des trucs illisibles en effet ! Tu parles d'un progrès !

    RépondreSupprimer
  6. Petite parenthèse pas sérieuse du tout : Tu es taguée ! avec mes salutations...

    RépondreSupprimer
  7. je viens de voir, je suis en train de rédiger ça...

    RépondreSupprimer
  8. Je viens de voir une expression que Flaubert utilise dans Madame Bovary : " grasse de poussière " . Balzac fut un exemple pour tant d'écrivains !
    J'ai lu Le colonel Fabert après avoir vu son adaptation au cinéma il y a une quinzaine d'années, comme quoi le ciné fait lire, et le film m'a semblé bien restituer le livre, ce qui n'est pas toujours le cas.

    Bon week-end !

    RépondreSupprimer
  9. "Grasse de poussière" : je ne connaissais pas cette expression mais elle s'applique TB à l'étude notariale balzacienne.

    RépondreSupprimer

Les commentaires sont libres mais ça empêche pas chacun d'être responsable de ce qu'il/elle écrit (ou, comme le dit une amie, "Ce n'est pas une raison pour faire les cons").