La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



jeudi 22 janvier 2015

La douleur est infinie, la joie a des limites.

Honoré de Balzac, Le Lys dans la vallée, 1836.

Enfin lu ce célèbre titre de Balzac – à la réputation méritée.

Félix, le narrateur livre ses secrets dans une longue lettre à une femme aimée. Il y raconte son enfance malheureuse, dans une famille qui le délaisse et le méprise, et sa rencontre avec Madame de Mortsauf. Je ne vous dis rien de cette rencontre, tout entière sous le signe de la magie, du rêve et de l’amour romantique. J’ai aussi apprécié son caractère sensuel, ayant toujours eu une faiblesse pour la fin de La Peau de chagrin et son hymne au désir.
Le roman raconte la longue relation entre cette femme, le lys d’une vallée de l’Indre, mère et épouse, et ce jeune homme. Toutes les étapes sont détaillées de l’approche à l’intimité, de la vénération à la trahison, aux erreurs et au pardon.
Ce presque huit clos est l’occasion d’un magnifique portrait de femme et permet l’évocation des charmes de la vie intime dans une nature douce. L’action est tout près de Saché, l’endroit où Balzac choisit de s’installer, et il s’agit aussi pour lui de vanter les mérites de la vie de gentilhomme en Touraine, au bord de la rivière, auprès des herbes. La vie à la campagne dans une ferme bien administrée (les vendanges très particulièrement bien traitées) est douce, ainsi que le chante George Sand dans ses romans.

Je note l’ambiguïté du point de vue posé sur la sensualité, surtout quand il s’agit de celle des femmes. Les exaltations de la vertu sont pénibles et sonnent faux, notamment parce que le doute est posé avec subtilité sur les convictions des différents personnages. Cette équivoque les rend humains et est un signe de la finesse de Balzac.
Par ailleurs, le XIXe siècle est décidément le siècle du coup de théâtre politique. Dans tous les romans de Balzac, il est nécessaire de situer les sources de la fortune de chaque personnage afin de préparer les renversements, les ascensions et les chutes, à la fois théâtrales, à la fois plausibles.
 
Achille Devéria, Portrait de Balzac, Tours, musée des Beaux-arts, M&M.
Mes yeux furent tout à coup frappés par de blanches épaules rebondies sur lesquelles j’aurais voulu pouvoir me rouler, des épaules légèrement rosées qui semblaient rougir comme si elles se trouvaient nues pour la première fois, de pudiques épaules qui avaient une âme, et dont la peau satinée éclatait à la lumière comme un tisse de soie. Ces épaules étaient partagées par une raie, le long de laquelle coula mon regards, plus hardi que ma main. Je me haussai tout palpitant pour voir le corsage et fus complètement fasciné par une gorge chastement couverte d’une gaze, mais dont les globes azurés et d’une rondeur parfaite étaient douillettement couchés dans des flots de dentelle.

Au final, la belle comtesse apparaît comme un personnage tourmenté, mais d’une grande noblesse, modèle inatteignable, sorte de fantôme flottant au cœur. Félix, lui, est plus ambigu et à cet égard la toute fin du roman est exemplaire. Héros torturé à secret, ou homme banal, inapte à l’amour, il oscille.
C’est aussi un hommage rendu auxhéroïnes balzaciennes sacrifiées dans la terrible Comédie humaine, à l’intérêt, à l’hypocrisie, à la cruauté et qui disparaissent des romans et de la vie.


Voilà comment finissent les plus beaux sentiments et les plus grands drames de la jeunesse. Nous partons presque tous au matin, comme moi de Tours pour Clochegourde, nous emparant du monde, le cœur affamé d’amour ; puis, quand nos richesses ont passé par le creuset, quand nous nous sommes mêlés aux hommes et aux événements, tout se rapetisse insensiblement, nous trouvons peu d’or parmi beaucoup de cendres.

L'avis de George.

6 commentaires:

  1. je garde un bon souvenir de cette lecture, ne serait-ce que pour la vallée de l'Indre...

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    1. En effet, c'est une belle évocation de cette région.

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  2. Honte à moi, je l'ai lu il y a des années, et n'en garde aucun souvenir.....

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    1. Ce n'est pas grave (il ne s'y passe pas grand-chose après tout).

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  3. Je dois absolument le lire. Je l'ai dans ma bibliothèque en tout cas. J'ai hâte !

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