La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



lundi 2 septembre 2013

Demain, ou tout à l’heure, je repositionnerai mes mains sur la barre de bois ronde, je prendrai ma respiration, et hop. C’est un peu ça la traduction : et hop.


Cet été, j’ai eu une soif de biographies. En plus de celles de Malaparte et de George Sand dont je vous ai parlé, place à deux autres ouvrages, consacrés l’un à Virginia Woolf et l’autre à Thomas Pynchon.

Mary Ann Caws, Virginia Woolf, The Overlook Press, 2004.
Si je n’ai pas tout compris à cette biographie en anglais, j’ai apprécié les abondantes illustrations et notamment les peintures de la sœur de l’écrivain. Je suis impressionnée par toutes les relations qu’entretenait Woolf : des peintres, élèves de Matisse, des écrivains, Dorothy Bussy traductrice de Gide en anglais, l’économiste Keynes, Vita Sackeville-West, Robert Fry et son insatiable curiosité et goût du savoir, Freud, T. S. Eliot, etc. Mais l’ouvrage est très centré sur la vie et néglige l’analyse des œuvres. Il n’y a pas grand-chose sur le travail de l’écrivain (les éditions Hogarth press par exemple).

V. Woolf, dessin de R. Kennedy,
image scannée du livre

À propos de Proust
« Oh, if I could write like that ! I cry. And at the moment such is the astonishing vibration and saturation and intensification that he procures – theres something sexual in it – that I feel I can write like that, and seize my pen and then I can’t write like that. »

« And so I go on to suppose that the shock-receiving capacity is what makes me a writer… I make it real by putting it into words. It is only by putting it into words that I make it whole ; this wholeness means that it has lost its power to hurt me ; it gives me, perhaps because by doing so I take away the pain, a great delight to put the severed parts together. Perhaps this is the strongest pleasure know to me… making a scene come right ; making a character come together. »




Face à Pynchon, livre collectif, édité par Le Cherche midi, 2008.

J’aime beaucoup le romancier américain Pynchon même s’il m’embarrasse souvent. Ici j’ai parlé de V. et de Vice caché mais il m’est arrivé de reposer ses livres en ayant plutôt aimé mais en étant incapable d’en parler. C’est un auteur fascinant dont les romans sont foisonnants, déroutants, plaçant en permanence le lecteur en une position instable et glissante. J’ai donc lu en diagonale intéressée ce livre qui lui est consacré.
Il y a d’abord une longue introduction pour essayer de faire le point sur la biographie de Pynchon, c’est-à-dire presque rien, puisqu’il vit à l’écart du monde depuis des années, publiant simplement des romans, des articles de science et de musique. Parmi les textes intéressants, celui du traducteur de Pynchon, Claro. Parmi les informations étonnantes, le projet d’Orson Wells d’adapter Vente à la criée du lot 49. Il y a surtout beaucoup de choses sur la littérature américaine et sur la place que Pynchon y occupe. Je n’ai pas tout lu mais cela m’a bien intéressée et je compte continuer à lire cet auteur. 

Laird Hunt (écrivain) :
J’avais lu des choses élégantes, des choses d’une fluidité parfaite, des choses écrites une tasse de thé ou un verre d’alcool exquis à la main ou à l’esprit. Ne vous méprenez pas, j’apprécie encore énormément la plupart de ces tours de force des belles lettres (que je nommerai pas), mais j’avais 23 ans et j’attendais désespérément de trouver un moyen de laisser de côté ma pipe et mon monocle imaginaires et de me mettre enfin au travail, nom d’un chien. J’étais insensible à Bukowski, j’avais déjà fait une overdose du puissant Faulkner, je savais pertinemment qu’il n’y avait aucun avenir à imiter Hemingway (et qu’il n’y en avait jamais eu aucun), et j’adorais Gertrude Stein mais n’avais encore aucune idée de ce que je pourrais en faire. Je fréquentais la jack Kerouac School of Disembodied Poetics à l’Université Naropa de Boulder (Colorado) où l’on m’avait bourré des écrits des auteurs de la Beat Generation (ce qui ne fut d’ailleurs pas entièrement improductif). Kerouac et Ginsberg m’avaient fait réfléchir longuement et attentivement à la nécessité de se soucier de la façon dont même la plus modeste des proses devait pouvoir être scandée, mais mes camarades de classe et un bon nombre de professeurs invités frisaient la mièvrerie en s’extasiant sur les envolées verbales (« howl », « holy », « cosmic », « starry ») de ces grands voyageurs. Si bien que ce qui devait venir devait nécessairement venir d’ailleurs.
Et c’est à ce moment que Mr Pynchon entra en scène.


Tom Robbins
Mark Twain est d’accord avec le fait que la différence entre le mot parfait et celui qui est, seulement adéquat, est la même qu’entre un coup de foudre et une coupure d’électricité. OK, bon vent, Zeus ! Envoie les péquins moyens aux confins de l’orage ! Pynchon a déjà le doigt sur la gâchette de la foudre.
  
Pierre Senges (excellent !)
Le grand roman américain, entre autres choses, c’est infini + pâte dentifrice, ou angoisse de la mort + boîte aux lettres déglinguée (et ainsi de suite : Idées + bagels ; ontologie + base ball) – déjà Steinbeck confiait à des agriculteurs empoussiérés des amorces de discours sur la providence, en des termes agricoles ponctués de coups de pied donnés dans des pneus, et de rappels à la modestie.

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