Jules Barbey d’Aurevilly, Le Chevalier des Touches, 1864.
Un classique de Barbey.
Un soir de tempête, en Normandie, l’abbé croise quelqu’un qui aurait dû être mort, le chevalier des Touches. S’ensuit un long récit rapporté. Les événements ont eu lieu il y a bien longtemps, à la fin de la Révolution, quand les Chouans se battaient contre les Bleus. Il est question d’exploits et de légendes.
La réussite du roman tient d’abord à tout le mécanisme du récit enchâssé. Ici, après la conversation préliminaire, c’est une narratrice qui raconte, mais c’est une femme d’action qui a participé aux faits d’armes et qui donne son point de vue sur les uns et les autres. C’est un conte, écouté avec attention, interrompu et suspendu. Mais un narrateur inattendu surgit à la fin pour ajouter un dernier détail.
« La prison blanchissait au bout de cette espèce de boyau sombre, sur une autre place. Nous nous arrêtâmes… le temps de respirer. »
Elle contait comme quelqu’un qui a vécu de la vie de son conte. L’abbé et le baron, eux, ne respiraient plus.
« Ah ! c’était le moment, fit-elle, le moment terrible où l’on va casser le vitrage et où l’on serait perdu si, en la brisant, une seule vitre allait faire du bruit ! »
De plus, nous plongeons au cœur de la fin sanglante de la chouannerie, armée clandestine en déroute. J’avoue que le récit des exploits me laisse sceptique (il y a une barbarie sanglante parfaitement inutile dont je ne comprends pas l’intérêt), mais enfin, c’est enrobé de courage et de mystère.
Il y a des évocations très réussies des lieux, du bocage, des villes, des falaises. Il y a l’amertume de ceux qui se sont battus pour la monarchie, mais n’ont pas été récompensés par elle après la Restauration. Il y a enfin le regret des temps anciens et définitivement disparus.
Le roman montre le rôle des femmes qui n’étaient pas exilées, contrairement aux hommes, et qui sont restées dans les châteaux et apportaient leur aide décisive aux combattants.
Un récit efficace, sans les préciosités habituelles de l’auteur, très bien mené.
| Anonyme, Les noyades de Nantes, fin 18e siècle, Château de Nantes |
Heureusement, nous n’aperçûmes pas l’ombre d’une patrouille dans cette ville, morte de sommeil. Des réverbères très rares, et à de grandes distances les uns des autres, tremblaient au vent à l’angle des rues. Suspendus à de longues perches noires transversalement coupées par une solive, et figurant un T inachevé, ils avaient assez l’air de potences. Tout cela était morne, mais peu effrayant. Nous enfilâmes une rue, puis une autre. Toujours même silence et même solitude. La lune, qui se brouillait de plus en plus, se regardait encore un peu dans les vitres des fenêtres, derrière lesquelles on ne voyait pas même la lueur d’une veilleuse expirante.
Grâce à Wikipedia, je découvre qu’il a existé un vrai Destouches ! Il y a probablement dans ce roman si réussi des souvenirs de récits au coin du feu, où l'on racontait les exploits des ancêtres pendant les guerres de la chouannerie.












