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mercredi 20 juillet 2016

Elle était mortifiée, révoltée, confondue.

 Jane Austen, Raison et sentiments, traduit de l’anglais par Jean Privat, parution originale 1811.

Un bon gros roman sur le mariage !

Au départ, il y a Mrs Dashwood et ses trois filles, et notamment les deux aînées, Elinor si raisonnable et Marianne, pleine de passion. Elles emménagent dans un cottage et commencent apparaître les voisins sympathiques, ainsi que les dames soucieuses de susciter les mariages et les célibataires prometteurs. Qui épousera qui ?

Marianne ne se fût pas pardonné si elle avait pu dormir tant soit peu la première nuit après le départ de Willoughby. Elle aurait eu honte de regarder les siens en face, le lendemain matin, si elle ne s’était pas levée plus fatiguée que lorsqu’elle s’était couchée la veille au soir. Mais elle ne courut nullement le danger d’une telle disgrâce. Elle resta éveillée toute la nuit et en employa la plus grande partie à sangloter. (…) C’était l’effet de sa vibrante sensibilité !

École anglaise, Mrs Arbuthnot, vers 1805, Madrid, Musée Lázaro Galliano, M&M
J’ai beaucoup aimé ce roman, sans doute en raison de sa grande richesse psychologique. Les personnages sont nombreux et offrent des portraits contrastés. Les interactions sont variées entre eux et évoluent avec subtilité. Les plus désagréables apparaissent finalement assez humains, la plus sotte devient la plus habile. Certains qui semblent insignifiants ou agaçants se révèlent généreux ou pleins de finesse, sans que ces évolutions ne soient invraisemblables. Elles nourrissent au contraire la richesse du roman qui semble étudier diverses versions de l’amour, du couple et du mariage comme autant de variations possibles. Si le lecteur suit essentiellement le récit depuis le point de vue d’Elinor, qui a la capacité d’analyser de façon modérée les événements, le lecteur peut également se projeter dans le personnage de Marianne ou s’intéresser aux différents hommes qui croisent le chemin de deux jeunes femmes.

Cependant, comme il était maintenant impossible d’éviter leur visite, lady Middleton se résigna à cette idée avec toute la philosophie d’une femme bien élevée, se contentant simplement de donner à son époux une amicale réprimande à ce sujet, cinq ou six fois par jour.

L’humour et l’ironie d’Austen décrivent avec cruauté, et néanmoins affection, l’hypocrisie de la vie sociale et les fêlures internes des personnages. Cela rend la lecture très agréable. Je dois dire cependant que j’ai ressenti un certain agacement, car Elinor et Marianne ne côtoient qu’un tout petit monde, qui me semble bien limité, et que tout tourne autour de leur possible mariage. Cela se comprend vu les conditions d’existence des femmes, surtout des jeunes filles qui sont sans cesse soumises à leurs chaperons pour décider de leur hébergement, de leur correspondance, de leurs visites, mais le roman ne dit pas un mot de la ville de Londres où elles résident pourtant pendant une longue période. Cette intrigue ressemble un peu trop à un huis clos malgré ses immenses qualités.
Raison et sentiments n’a pas la jeunesse, la vivacité et la naïveté de Northanger Abbey. Je sais que c’est l’auteur qui a grandi, mais cela pourrait être les héroïnes. Elinor connaît mieux la vie, la société, les désillusions possibles que Catherine et cette expérience nourrit la profondeur de son personnage. Le roman contient plusieurs pages sur l’éducation à donner aux hommes, chez qui l’oisiveté semble source de nombreux maux. Les points communs sont nombreux avec l’intrigue d’Orgueil et préjugés.

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