La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



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mardi 24 juillet 2018

Décidons-nous sur la route que nous voulons prendre pour passer notre vie.

Aki Shimazaki, Le Poids des secrets, 1999, chez Actes Sud.

Un roman composé de cinq petits romans. Dans le premier la narratrice lit une lettre que sa mère lui a laissée à son décès. Elle découvre qu’il y est question d’un demi-frère, d’un amour de jeunesse et du meurtre du père. Chacun des romans suivants adopte le point de vue d’un autre personnage de cette famille étendue.
L’originalité de ce roman réside bien évidemment dans sa composition. Il ne s’agit pas de raconter cinq fois la même histoire d’un point de vue différent, mais bien de s’intéresser à cinq personnages, qui ont chacun vécu leur histoire, avec leur secret, leur honte. Nous plongeons dans le Japon de la première moitié du XXesiècle, celui qui colonise la Corée, la dictature militaire, le bombardement de Nagasaki, le poids de la tradition et de la famille. J’ai trouvé ce dispositif intéressant, car il permet d’aborder des générations, des thématiques et des sujets différents. Le roman ne possède pas vraiment de centre ni de personnage principal. On pourrait presque l’attraper par n’importe quel bout et ce principe me paraît assez original. 
Toutefois la langue de ce roman me semble faire preuve de trop de retenue et de simplicité et m’a peu marquée. Tout semble un peu trop raconté sur le même ton et toutes les individualités se ressemblent trop. De plus, ces cinq voix me paraissent manquer d’articulation. J’avais beaucoup entendu parler de cet écrivain et j’étais curieuse de découvrir ces petits romans, mais je suis un peu déçue.

Le bonheur, c'est de photographier les papillons !

Émilie du Châtelet, Discours sur le bonheur, rédigé vers 1747, mais publication posthume.

Je ne sais pas pourquoi ce texte est arrivé dans ma bibliothèque (la philosophie m’intéresse autant que le sport). Une trentaine de pages, brillantes, où Émilie du Châtelet donne ses clés du bonheur en ayant conscience de s’adresser aux personnes sans souci d’argent. Elle sait que tout ne dépend pas de nous (la santé !) et que le bonheur est plus facile d’accès aux hommes qu’aux femmes, pour lesquelles nombre de portes sont fermées.

Il faut commencer par se bien dire à soi-même et par se bien convaincre que nous n’avons rien à faire dans ce monde qu’à nous procurer des sensations et des sentiments agréables. Les moralistes qui disent aux hommes : réprimez vos passions, et maîtrisez vos désirs, si vous voulez être heureux, ne connaissent pas le chemin du bonheur.

Pour le reste, c’est une morale bienveillante, modérée, qui rend hommage à la sagesse et à l’illusion, au plaisir et à la vertu, à la gourmandise, à l’amour et même au plaisir du jeu (car la distraction est indispensable au bonheur). Il y a surtout une louange vibrante pour l’étude. Ce n’est pas étonnant de la part de cette intellectuelle, mathématicienne, philosophe, polyglotte et traductrice de Newton. Les plaisirs de l’étude sont innombrables et ils ne vous trahiront jamais, eux !

Si le présent était notre unique bien, nos plaisirs seraient bien plus bornés qu’ils ne le sont. Nous sommes heureux dans le moment présent, non seulement par nos jouissances actuelles, mais par nos espérances, par nos réminiscences. Le présent s’enrichit du passé et de l’avenir. Qui travaillerait pour ses enfants, pour la grandeur de sa maison, si on ne jouissait pas de l’avenir ? Nous avons beau faire, l’amour-propre est toujours le mobile plus ou moins caché de nos actions ; c’est le vent qui enfle les voiles, sans lequel le vaisseau n’irait point.