Anna Funder, Stasiland, parution originale 2002, traduit de l’anglais par Mireille Vignol.
La narratrice et autrice de ce qui se présente comme un roman visite le musée de la Stasi à Leipzig en 1996. Et puis elle rencontre Miriam, qui lui raconte son histoire, ses années en prison, son histoire avec son mari, son mari dont elle recherche le corps. La narratrice travaille pour une chaîne de télévision qui ne s’intéresse pas du tout au vécu de la RDA et elle décide de faire passer une petite annonce pour rencontrer d’anciens employés et informateurs de la Stasi. Elle plonge dans un drôle de monde.
Un livre très instructif et même un peu vertigineux. La RDA est le pays qui a compté le plus grand nombre de personnes payées pour surveiller les citoyens, des écoles maternelles aux immeubles d’habitation, au point où certaines manifestations de 1989 semblent surtout composées de mouchards. Les chiffres donnés sont proprement hallucinants. Les histoires rapportées tant par les victimes que par les espions de l’intérieur sont totalement glaçantes.
En RDA, une personne sur 63 était agent ou indicateur de la Stasi. Si l’on compte les indicateurs occasionnels, certains estiment que la proportion peut atteindre une personne sur 6,5.
Le livre met également en valeur la façon dont l’Allemagne réunifiée se désintéresse de cette histoire, qui n’est tout simplement pas perçue comme une partie de son passé. Le mépris et l’ignorance recouvrent le linoléum marron.
Les officiers de la Stasi reçurent l’ordre de détruire les dossiers, en commençant par les plus compromettants – ceux qui nommaient des résidents de l’Ouest ayant espionné pour la Stasi et ceux des affaires de décès. Ils détruisirent des documents jusqu’à l’effondrement des broyeurs. Il y avait à l’Est une pénurie – parmi tant d’autres – de ces machines ; des agents clandestins furent donc envoyés à Berlin-Ouest pour en acheter d’autres. Dans le seul bâtiment 8, on a trouvé plus d’une centaine de ces engins déglingués d’avoir trop servi.
Je ne serai toutefois pas très enthousiaste sur ce livre dont j’ai du mal à comprendre le projet. S’agit-il d’un livre vulgarisant une recherche historique ? Dans ce cas, il n’est pas très structuré et semble léger. Les remerciements montrent que Funder a bénéficié de plusieurs bourses d’écriture. Pourquoi porte-t-il l’indication « roman » ? Il n’est pas précisé ce qui correspondrait à un vernis romanesque. Le livre laisse tout à la fois penser à une recherche suivie et structurée et à un trajet personnel un peu porté par le hasard des rencontres. Je suis sceptique. Je me demande pourquoi il a eu autant de succès. N’y a-t-il donc rien d’autre sur la RDA ?
| Piranèse, Prisons imaginaires 1745-60, Fondation Cini |
« Vous n’êtes pas au chômage, mademoiselle, a-t-elle aboyé.
- Bien sûr que si, sinon qu’est-ce que je ferais ici ? lui a répondu Julia.
- C’est l’agence pour l’emploi, ici pas le bureau du chômage. Vous n’êtes pas au chômage, vous êtes à la recherche d’un emploi. »
Julia ne s’est pas laissé impressionner.
« Je cherche du travail, dit-elle, parce que je suis au chômage. »
La femme s’est mise à hurler si fort que la foule a courbé les épaules.
« Je viens de vous expliquer que vous n’êtes pas au chômage ! Vous êtes à la recherche d’un emploi ! »
Elle a terminé d’un ton frôlant l’hystérie :
« Il n’y a PAS de chômage en République démocratique allemande ! »
La page anglophone Wikipedia indique « non fiction ». Pourquoi les éditions Héloïse d’Ormesson ont-elles ajouté cette mention de "roman" ?
C'est un livre avec de la musique et vous pouvez écouter Die Ketten werden knapper de Klaus Renft Combo.
Une lecture commune.
L’avis très positif de Et si on bouquinait un peu. Les billets de Keisha, d'Ingannmic, de Sacha, d'Une Comète, de Livrescapades, d'Alex Mot à mots, d'Electra et évidemment je suis la seule à râler.



