Saga d’Oddr aux Flèches, traduit de l’islandais ancien par Régis
Boyer, composée aux XIIIe-XIVe siècles, publié en France par Anacharsis.
Très distrayant.
C’est un peu un roman de grosses
brutes qui n’aiment rien tant que de se foutre sur la tronche. Oddr n’obéit à
personne, tente de déjouer les prévisions d’une sorcière, possède flèches et
tunique magique. Il aime se battre et quand il est roi quelque part, il reprend
bien vite la mer. Il se bat contre des hommes, mais aussi beaucoup contre des
géants et des trolls et des créatures un peu entre les deux. Il explore les
rivages de la mer Baltique, va chez les Sames, les Irlandais, les Anglais, les
Russes, en Aquitaine ( ?) et jusque dans l’empire Byzantin. Bref, on voit
du pays.
Bien sûr, ce genre de texte est
dépaysant, d’abord pour ce qui est raconté. En voilà un autre monde ! Les
saumons et les dragons sont chassés à la hache, les trolls au gourdin, on s’embarque,
on se bat, on se meurt et les légendes courent sur les héros. C’est d’une
simplicité et d’une nudité tout à fait réjouissante.
| Détail d'un panneau montrant Saint-Michel tuant le dragon, Espagne, XVe siècle, Met. |
Mais le plaisir de lecture est
multiplié grâce aux notes de Régis Boyer. Ce grand connaisseur du monde
nordique, traducteur des sagas islandaises et d'Andersen, mort au cours de
l’été 2017, ne se contente pas de précisions linguistiques. Le voilà qui nous
signale les pièges tendus par la mythologie romantique sur les vikings et les
drakkars, qui traque les interprétations chrétiennes ajoutées au récit ancien
et qui nous met en garde contre cette langue si sobre, trop sobre, où
« courir assez rapidement » signifie s’enfuir à toute vitesse. Repose
en paix Régis.
Les flèches étaient empennées
d’or et elles volaient d’elles-mêmes de la corde de l’arc et revenaient, de
sorte qu’il n’était pas besoin d’aller les rechercher. « Ces flèches,
Ketille le Saumon les a prises à Gusirr, roi des Sâmes. Elles mordent tout ce
qui leur est assigné car elles ont été faites par des nains.»



