La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



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mardi 15 septembre 2026

Tu veux voir des Serbes, je te présente des Serbes.

 

Lionel Duroy, L’Hiver des hommes, Julliard, 2012.

Dix ans ou plus après la guerre de Yougoslavie, qu’il a suivie en tant que journaliste, le narrateur (qui prétend s’appeler Marc, mais qui est un clone de Duroy) revient sur les lieux à Belgrade, puis dans divers lieux de la République serbe de Bosnie. Il cherche à rencontrer les proches de ceux qui sont désormais considérés comme des criminels de guerre, sauf là-bas où beaucoup tiennent un discours négationniste. Les héros auraient protégé l’Europe d’une invasion musulmane. Ils sont fiers de vivre dans un petit pays ethniquement pur.


Le personnage qui constitue le centre des questions du narrateur est Anne Mladić, la fille de Mladić, qui s’est tuée en 1994. Ils disent tous qu’elle a été assassinée. Dans les réflexions du narrateur, les souvenirs de lecture des livres consacrés aux enfants des criminels nazis (les fils d’Hans Frank, la fille d’Himmler), mais également sa propre relation à son père collaborateur et fidèle de l’Algérie française. Il interroge la notion de fidélité, celle de trahison, les perdants qui se trompent de combat…

Puisque Gudrun Himmler n’a pas pu réhabiliter son père aux yeux du monde, elle a pris le parti de se glisser dans sa peau, d’endosser ses idées. De cette façon, elle a pu continuer à l’aimer. Elle n’a pas trouvé le moyen de le défendre, mais au moins ne l’a-t-elle pas trahie.

Face à lui, sincère, on nie, on réécrit l’histoire, on affirme sans savoir, on fantasme, on accuse, on a peur… Je suis impressionnée par le calme du journaliste et sa façon de réussir à rencontrer et à parler avec les personnages les plus durs et les plus hermétiques.

Pavlusko avait dans le regard quelque chose de mon père, un éclair d’incertitude, de détresse. Mais bien sûr ! C’était cela qui avait fait qu’en dépit de mon agacement, le premier matin, j’avais supporté jusqu’au bout ses diatribes de malade mental.

Bien sûr, Duroy ne serait pas Duroy s’il n’était pas question entre les lignes du désastre de son mariage et de sa famille, et de son rapport à l’écriture, mais heureusement ici, ce n’est pas le centre du livre.

Après tout cela, il y a la sidérante arrivée à Sarajevo. Après des semaines à entendre parler d’une ville aux mains des islamistes où l’on recruterait en vue de l’invasion de l’Europe, et après avoir réalisé que le bus de Bosnie contournait soigneusement la ville pour ne pas même la frôler, il suffira au narrateur de franchir un fossé pour arriver dans une ville occidentale normale – un pas que feront seulement deux de ceux qu’il a rencontrés.

Il est aussi question du petit garçon et du père de La Leçon d’allemand de Siegfried Lenz. Ivo Andrić est également cité à plusieurs reprises. On croise l’écrivain Nebojsa Jevrić, dont non seulement les œuvres ne sont pas traduites, mais dont les pages Wikipedia sont dans trois langues que je suis incapables de lire. Dommage...

Crécy, Fantôme architectural, 2023 privé

Passant devant Auschwitz, Norman Frank [fils d’Hans Frank] n’en a pas moins, dans un coin de sa mémoire, le dessin de son camarade sur le Juif et la machine infernale, de sorte qu’il en sait sans doute plus que sa raison ne l’imagine. Pas au point d’attenter à sa vie comme Anne Mladić, ni même de signifier verbalement à son père son immense désarroi, mais suffisamment pour se projeter en vieillard, ce qui aurait dû alerter son père.

Ils ont obtenu les frontières qu’ils souhaitaient des accords de paix, mais ces frontières les condamnent à un isolement qui les précipite dans le malheur et la dépression. Néanmoins, il sont condamnés à défendre cet isolement, ces frontières, et même à en vanter les mérites pour ceux qui ont le plus souffert de la haine des autres. Comment Pavlusko pourrait-il tenir un autre discours, lui dont ils ont tué l’enfant ? Et Slobodan Jasnić, dont la famille a été anéantie par les oustachis, que pourrait-il souhaiter de mieux pour ses enfants et petits-enfants que ces frontières ? (…) Comment vont-ils survivre à cette folie ?

Je confesse une méconnaissance totale des guerres de Yougoslavie (même si ça ne me viendrait pas à l’idée de dire que l’Europe est en paix depuis la fin de la Seconde guerre mondiale alors qu’elle a presque été constamment en guerre). J’étais au collège à l’époque, on ne m’a jamais rien expliqué, tout le monde partant du principe que « les Balkans c’est compliqué » et que « ils se tuent entre eux ». Après ma lecture, je suis un peu allée sur Wikipedia pour comprendre ce qu’est cette mystérieuse République serbe de Bosnie, faisant partie de la Bosnie-Herzégovine, mais distincte de la Serbie.

Nous avons appris il y a trois semaines la mort en prison de Ratko Mladić. À ses funérailles étaient présents le gouvernement serbe et l’église orthodoxe de Serbie (très proche de celle de Russie).

Il s’agit d’une relecture ; il y a déjà eu un billet en 2012. C'est aussi ma participation pour le mois de septembre aux Escapades européennes de Cléanthe.





jeudi 10 septembre 2026

On a trop de mal à naviguer aujourd’hui, car tout le monde se fait corsaire !

 

Laure-Hélène Gouffran, Corsaires à Marseille. Onze portraits d’aventuriers des mers à la fin du Moyen Âge, éditions Anacharsis, 2025.


Corsaires et pirates ; pirates et corsaires : ce sujet donne lieu depuis plusieurs années à des recherches historiques passionnantes, loin des fantasmes du cinéma et des romans, mais tout aussi riches de portraits hauts en couleurs. Par exemple : au large de l’Amérique ou dans le port de Dieppe.

Au début du XVe siècle, la course est devenue un mercenariat dans lequel des hommes, peu regardants sur les projets politiques qu’ils contribuent à servir, louent leurs navires et leurs bras armés aux employeurs les plus offrants, travaillant parfois pour leur ennemi de la veille.

Aujourd’hui, le point de vue est celui de Marseille à la fin du Moyen Âge. Non pas qu’il y ait plus de « corsopirates » à Marseille qu’ailleurs en Méditerranée, mais la ville est de taille raisonnable et ses institutions sont bien étudiées. De plus, dans les années 1380-1430, la région est en proie à d’incessants conflits entre le royaume d’Anjou et celui d’Aragon (pour le contrôle de Naples), avec intervention du roi de France, de la ville de Gênes ou du pape – ces belligérants ne rechignant pas à employer des mercenaires sur terre, mais aussi sur mer. On charge des corsaires d’attaquer les bateaux de l’ennemi, mais ces corsaires sont aussi pirates à leur propre compte… À cela il faut ajouter les fameuses incursions sarrasines (sans doute de Tunis), qui s’emparent des navires et contre lesquelles on peut aussi armer des corsaires.

Se constitue en 1392 un groupe composé en majorité d’hommes d’âge mûr, plutôt expérimentés, provenant d’un même milieu tissé au fil de liens familiaux, commerciaux, vicinaux et politiques. Ce groupe d’investisseurs constitue une réduction très éclairante de l’élite marseillaise de la fin du XIVe siècle : leur engagement révèle la capacité des opérations corsaires à fédérer un large éventail de notables autour d’un projet économique commun.


Bref, Gouffran nous dresse onze portraits, glanés dans les archives de Marseille, du royaume d’Aragon, de Gênes, ou d’ailleurs (archives notariales, actes municipaux, correspondance royale, dossiers judiciaires...) de gens qui sont autant nobles que forbans, commerçants qu’aventuriers, ou simplement financiers.
Apparaît aussi l’importance du commerce du corail.

C’est l’occasion de découvrir :
Un pirate seigneur de Brégançon, qui parvient à s’implanter localement et à vivre aussi bien de butin que des rentes et des offices qui lui sont concédés officiellement. Un homme suffisamment puissant pour exiger un tribut de la Ville de Toulon en échange de l’engagement à ne pas attaquer le port.
Un homme d’affaires marseillais, chargé du ravitaillement de la Ville, négociateur au besoin, mais également corsaire.
L’examen de contrats dressés chez le notaire permet de savoir que les investisseurs s’associent pour équiper un navire en vue d’expéditions corsopirates – quand le commerce légal patine, les armateurs doivent bien trouver d’autres sources de revenus ! Parmi eux, plusieurs juifs membres de l’élite marseillaise, mais aussi au moins une femme.
L’inventaire après décès d’un corsaire : un bourgeois ordinaire, vivant de ses rentes et des attaques de navire, possédant femme, esclaves et domestiques, et pressoir à vin, dans une bonne maison du Panier.
Alicante, le lieu idéal pour revendre ses prises quand on est pirate en Sicile et en Sardaigne.

Les corsaires jouissaient d’une large autonomie dans la gestion des conflits maritimes, et la négociation apparaît comme un mode courant de règlement, sans doute plébiscité par l’ensemble des parties. La perspective d’un retour sur investissement a pu, dans ce cas prévis, inciter Chaucenne [négociant dont les marchandises ont été volées par le corsaire] à financer la galère des Moranza : en entrant dans le capital de l’armement du navire, le marchand pouvait sans doute espérer participer à ses profits éventuels. Cet accord opportuniste suggère ainsi, en creux, les formes paradoxales de compromis que les marchands pouvaient consentir pour préserver leurs affaires dans le contexte incertain du commerce maritime à la fin du XIVe siècle.

(Après cette lecture, on se demande bien comment des bateaux réussissaient malgré tout à arriver à destination.)

F. Detaille, Navire et marchandises au quai aux huiles, 1904, Marseille Musée d'histoire

Le livre se déroule autant à mer qu'à terre et il permet de mieux connaître les élites marseillaises en cette fin de Moyen Âge. Je me demande si ce book trip en mer ne serait pas aussi bon pour Sous les pavés les pages... 




mardi 8 septembre 2026

J’appelle ça le réenchantement cartographique.

 

Jean Leveugle avec Emmanuelle Vagnon, Geographia. L’odyssée cartographique de Ptolémée, coédition BnF et Futuropolis, 2024.


En général, le nom de Ptolémée nous dit vaguement quelque chose, mais c’est tout, et on serait bien en peine de dire en quoi il est important (ou pas).


Cet album de BD retrace une bonne partie de l’histoire de la cartographie. En effet, Ptolémée est mort et il doit prouver aux entités qui régissent l’endroit où il se trouve combien son œuvre est essentiel et sa postérité incontestable. Pour cela, une seule solution : voyager dans dans les siècles et dans les différentes cultures afin de voir si leur méthode cartographique s’inspire (ou non) de ses principes.
On démarre à Babylone (quelques siècles avant Ptolémée donc), arrêt à Alexandrie, puis Séville, Pékin, Anvers, etc. Et évidemment c’est passionnant. À chaque étape, Ptolémée et sa guide rencontrent différents savants qui leur montrent leurs cartes, mais expliquent aussi quels sont leurs principes et objectifs.

Pour Ptolémée, il existe un seul objectif valable : trouver un moyen de représenter une sphère sur un papier plat sans déformer les distances – c’est impossible. Lui a inventé et a calculé les coordonnées en latitude et en longitude de 8 000 points géographiques grâce aux méridiens et à des lignes parallèles à l’équateur. Mais pour des tas d’autres cartographes, une carte doit servir à représenter une vision du monde (religieuse, politique), doit aider à se déplacer (en indiquant des points de repère), doit se concentrer sur la distance, doit être esthétique, doit fournir des informations historiques, naturalistes, topographiques, ou doit être au service de la guerre et de la conquête.
Dans l’album nous lisons les explications et les vulgarisations de tous les scientifiques, mais nous voyons aussi les reproductions de toutes les cartes (du moins, de celles qui nous sont parvenues) puisque l’album est coédité par la BnF qui les conserve.

J’ajoute que c’est très bien fait. La narration n’est pas répétitive, il y a des péripéties (un bateau touristique, Marco Trafic, un avion, le Minotaure, etc.), des clins d’oeil à des peintures célèbres et des tas de jeux de mots débiles, et on peut piocher plein d’idées de nouvelles insultes à envoyer à son ennemi.

Je retiens le génial Ératosthène, scientifique de haut vol et maître de la bibliothèque d’Alexandrie, qui a calculé la circonférence de la Terre, avec une erreur de seulement 375 kilomètres.

Il y a surtout la façon dont l’oeuvre de Ptolémée a réussi à passer les siècles et à atteindre l’Occident, grâce à un manuscrit découvert à la Renaissance. Auparavant il était seulement connu à Bagdad, mais pas par chez nous, sachant que la majorité des savoirs de l’Antiquité ne nous pas parvenus. Il y a aussi le passage très intéressant sur les cartes administratives chinoises que l’on peut reproduire, avant même l’invention de l’imprimerie, et l’évocation de cartes mexicaines ou des îles du Pacifique. La rencontre avec Mercator, et sa maison un peu bizarre.

Et à la fin des pages retracent tous les faits dans le bon ordre.

(on clique sur les images ; on les agrandit)





Étonnamment, cette lecture est d’une brûlante actualité puisque l’ONU a décidé récemment de renoncer aux représentations cartographiques issues de Mercator.




mardi 7 juillet 2026

Il veut bien essayer encore. Il remonte l’allée centrale en compagnie de cette petite force têtue – oh, arrêtez tout.

 

Jean Rouaud, Les Champs d’honneur, 1990, Éditions de Minuit.


Un récit familial qui commence par l’évocation presque simultanée de la pluie en Loire-Atlantique, du grand-père à l’éternelle cigarette, et de la 2CV qui laisse passer l’eau. Il est aussi question de la grand-mère, mais on apprend incidemment que le père du narrateur est mort jeune, à 40 ans. Puis c’est un autre portrait, celui de la tante bigote et de sa litanie de saints, attachante, qui confond peu à peu les âges et les générations et se remémore ses deux frères, Émile et Joseph, tués pendant la Première guerre mondiale. Il s’est aussi passé quelque chose à Commercy. Puis c’est la vie qui continue, un grenier à ranger, des anecdotes, des figures du village. Au dernier chapitre, tout sera raconté en un souffle en un récit bouleversant.
Un grand petit livre.

Grand-mère jugeait ces pluies ineptes. Pour elle, il devait pleuvoir une fois pour toutes et qu’on n’en parle plus. On lui confiait la responsabilité du régime des pluies, elle bloquait huit jours dans l’année pour y faire tomber la quantité d’eau étalée sur douze mois et partageait le reste entre saison chaude (pas trop) et froide (pas trop non plus).

Sa force provient de sa construction. Il semble au premier abord que l’on soit dans un portrait de famille, dans un village de l’Ouest, petits commerçants, rapports entre des générations qui se comprennent plus ou moins. Mais le récit se focalise progressivement sur des décès, et sur des traumatismes – qu’est-il arrivé à la tante quand elle avait 26 ans ? Sur une boîte contenant des lettres. Après toutes ces hésitations, et ces façons de tourner autour, les événement nous seront finalement racontés avec une infinie délicatesse.
Délicatesse qui n’empêche pas l’évocation concrète de la vie dans les tranchées, et de l’asphyxie par le gaz, alors une nouvelle façon de tuer.


C’était la loi des séries en somme, martingale triste dont nous découvrions soudain le secret – un secret éventé depuis la nuit des temps mais à chaque fois recouvert et qui, brutalement révélé, martelé, nous laissait stupides, abrutis de chagrin.
C’est le début.

L. A. Moreau, Nappe de gaz, La Contemporaine 

Elle a tiré un à un les fils et recomposé le canevas de sa mémoire. Tout y était. La petite tante n’avait perdu la tête que pour mieux la retrouver. La confusion ne venait pas d’elle, mais de nous, de notre lecture de ses visions. Le nœud de l’affaire, c’était que, tout à notre chagrin, nous faisions comme si papa était le seul Joseph à être mort depuis les débuts officiels de l’univers, c’est-à-dire jusqu’où portaient nos souvenirs. Pour la tante, il était le second : Joseph blessé en Belgique, transporté à Tours où il meurt, Joseph le frère aîné, à vingt et un ans, le 26 mai 1916.

Ce n’est pas tant la confirmation de cette mort qu’elle a de toute façon apprise il y a douze ans maintenant, mais ce trait final qui clôt l’attente, cette porte qui se referme. Elle fait le compte de son bonheur au cours de sa jeunesse enfouie, et le bilan est si pauvre, si maigre : voilà bien de la peine pour bien peu de profit.

Keisha adore Jean Rouaud, et il y a quelques lignes au sujet des Champs d'honneur ici.



mardi 30 juin 2026

J’étais l’eau ; l’eau passait en moi, et je ne sentais plus le sol gluant de l’île.

 Henri Bosco, Malicroix, 1948, Gallimard.

L’histoire se tient en Camargue, sans doute à la fin du 19e siècle. Le narrateur est un jeune homme qui hérite d’un grand-oncle Malicroix une terre quelque part dans un endroit paumé. Une île en réalité, au milieu du Rhône, une île basse que traverse le mistral quand il descend vers la mer, et un troupeau de mouton sur la terre ferme, ainsi qu’un homme pour le servir – à condition qu’il se montre à la hauteur de son étrange héritage.

C’est que notre homme se trouve apparemment envoûté par cette nouvelle existence, restant assis des journées entières dans la petite maison, attendant la fin de la pluie, s’aventurant parfois à explorer l’île, mais si peu, si peu. Au point où le lecteur commence à s’interroger sur sa stabilité d’esprit – cet homme ne se ferait-il pas beaucoup d’idées pour peu de choses ? Je n’ai pas été sans penser au Horla.

Jusqu’au jour où débarque le notaire et son clerc, un homme inquiétant. Le narrateur découvre le testament et ses clauses inattendues. Les semaines se succèdent, le vent, la neige, et puis les événements. On peut être perdu sur une île au milieu du Rhône et se retrouver au coeur d’un roman noir aux tonalités vaguement médiévales.

Or, j’étais dans les régions basses, entouré partout par les eaux ; et leur présence me semblait sensible sous le sol de cette île plate, simple banc de limon tenu par la végétation, mais que les vapeurs et la pluie imbibaient et rendaient presque flexible. La matière argileuse fléchissait à tous les pas et je savais que les racines des grands saules buvaient au fil même du fleuve, au-dessous de ce sol pourri d’humidité.

Un excellent roman, à peine terni par les réflexions sur la race – celle des Malicroix – noblesse de sang inexistante, mais qui suffit à créer des prétentions et des ambitions, et à poser un homme face à un autre. Quelle stupidité. Écrire ça en 1948...

Bien sûr, le roman tient grâce à la description jour après jour de l’île. Le vent vivant qui la traverse et lui donne vie. Les arbres sont en proie direct aux éléments, aux entrées maritimes qui remontent, aux neiges qui fondent, à l’eau du fleuve qui emporte les alluvions tout en en déposant d’autres. Île imaginaire où le narrateur arrive de nuit après une marche dans la forêt et une traversée en barque, île perdue où personne n’aborde, île comme un paysage intérieur, habitée par un horizon sans limite.

Debout à la pointe de l’île, sur cette proue où se fendaient les eaux sauvages, je n’avais devant moi que leur immensité, et le pays entier n’étant qu’une eau en marche, j’étais seul, immobile au centre de cette ruée liquide.

Un monde sauvage et farouche, sans le confort des petits hameaux fleuris où la proximité humaine apporte le réconfort. Ici c’est la grande solitude et le face-à-face avec soi-même.

Richier, Le Griffu, 1952 bronze, coll. privée

La première plainte de l’être nocturne ne fut, sur le chaume du toit, qu’un frôlement. Le vent flotta. Il fit flotter les feuilles. On entendit frémir la cime des arbres, et, très douces, sous deux poussées, frissonner, au faîte du chaume, les pailles sensibles. Puis tout se tut. Mais un bruissement s’éleva à quelque distance de la maison, et le monde des branches tressaillit. Un souffle. La forêt ondula nerveusement. Et un sourd murmure courut au-dessus de l’île enveloppée d’ombre.

Le ciel détachait par moments de l’horizon la masse lente et lourde d’un nuage qui prenait aussitôt la direction des terres invisibles, vers l’Ouest ; et il traversait la Camargue, très haut, les flancs dans le soleil, comme un colossal amoncellement de neiges. Ces premiers signes du printemps créaient dans l’espace des trous où tout à coup passaient de longs bras de lumière.

Vous auriez pu lire ce roman pour l’escale insulaire de Cléanthe ! Toutefois, du fait que l’essentiel de l’action se déroule entre novembre et février, vous pouvez le garder pour la thématique hivernale.


jeudi 11 juin 2026

Ana Maria, est-ce que tu es sûre, absolument sûre que nous sommes seuls sur cette île ?

 

Julien Maffre (dessin) et Frédéric Maffre (scénario), Stern. Hors du monde, Dargaud, 2026.
Couleur : Julien Maffre, Bastien Bazar, Karamba Dramé et Croque-Forme.

Ah une BD pour tout oublier !
Au début de l’album, à la Nouvelle-Orléans, à la fin du 19e siècle, le héros, à bout de ressources, accepte l’offre d’un riche italien. Sterne servira de traducteur pour une transaction d’armes américano-espagnole. Cela ne se passe pas comme prévu, bien sûr, et il se trouve embarqué, pris en otage, emmené sur une île déserte. La bande est celle de révolutionnaires cubains, en lutte contre l’Espagne pour l’indépendance. L’album sera donc empreint d’espagnol.
Sur place, les aventures se succèdent, car une présence inconnue manie la machette… l’île est-elle si déserte que cela ?

L’album peut se lire comme cela, pour le plaisir de voir cet Elijah Stern, grand maigre silencieux, aux yeux gris clair, se tirer d’affaire des bagarres, cautériser une blessure, rencontrer une femme fascinante et surtout se plonger dans la lecture. Ah ! Se plonger dans un roman sans être dérangé, voilà l’objectif réel du héros !

Mais il s’agit aussi d’une série, celle du croque-mort mélancolique qui se retrouve toujours au coeur de toutes les explosions et qui traîne un passé très lourd derrière lui. S’il n’aspire qu’à la compagnie des morts et à la lecture, il lui faut hélas rencontrer ses contemporains. J’aime bien le contraste entre ce tempérament et le « ça part complètement en waï ».

J’ai pris grand plaisir à ma lecture. Je me rends compte que j’ai chroniqué les quatre premiers albums sur le blog, mais pas le cinquième qui, effectivement, m’avait un peu déçue.

Stern. Le croque-mort, le clochard et l'assassin 
Stern. La cité des sauvages
Stern. L'Ouest, le vrai












jeudi 4 juin 2026

Le monde des Anciens de mon peuple et celui des Espagnols n’appartenaient-ils pas tous deux au passé ?

 

Romain Bertrand et Jean Dytar, Les Sentiers d’Anahuac, 2025, édité par La Découverte et Delcourt.

Une BD de vulgarisation historique où tout est réel.

Au Mexique, 20 ans après la conquête par les Espagnols, Antonio, un petit garçon issu d’une famille noble aztèque, entre comme novice chez les moines franciscains. Il apprend le latin, mais surtout rencontre le père Bernardino de Sahagún. Ce missionnaire estime que, pour convertir efficacement la population au christianisme et extirper toute trace d’idolâtrie diabolique, sans laisser la moindre chance au syncrétisme, il convient certes de parler le nahuatl, mais aussi de comprendre les croyances et le monde de ces gens. Voilà notre padre lancé dans une grande entreprise de collecte et d’enquête qui débouchera sur L’Histoire générale des choses de la Nouvelle-Espagne.

L’album raconte tout cela : le projet de Sahagún qui, s’il fait preuve de sincère curiosité, ne se veut pas un érudit ethnologue, mais vise bien le triomphe du christianisme, le rôle des anciens qu’il consulte, la façon dont les récits (création du soleil et de la lune, calendrier, pratiques religieuses, rôle de l’empereur, les rites, les boissons, etc.) sont recueillis, traduits et mis par écrit en étant insérés dans le paradigme chrétien. Il raconte aussi les états d’âme d’Antonio (Antonio Valeriano a réellement existé, on connaît son parcours officiel, mais pas son individualité) et des autres novices, nés après la conquête, qui découvrent leur propre histoire, s’interrogent, sont tiraillés entre différents mondes.

Ce ne serait rien sans l’extrême réussite graphique de l’album. Ici les dessins racontent et mettent sous les yeux. Ils reprennent tantôt l’esthétique des gravures sur bois occidentales du 16e siècle, tantôt celle des glyphes et des codex, montrant ainsi la contradiction ou la superposition ou la coexistence des différentes pensées. Une image raconte la vie d’Antonio à Mexico en reprenant ainsi le plan de la ville tel qu’il nous est parvenu dans un codex. C’est tellement inventif, créatif et efficace ! Voilà, c’est ça les BD qu’on veut !

Saint Michel face à une divinité païenne - tempête sous les crânes !


Vous pouvez regarder à quoi ressemble le vrai codex de Sahagún, une colonne en nahuatl, une colonne en castillan (il faut chercher « codex florentine »).


Romain Bertrand est historien et déjà bien présent sur le blog :

Jean Dytar est bédéiste, j'ai essayé de lire Florida, mais sans succès.




mardi 2 juin 2026

Alors, Nana devint une femme chic, rentière de la bêtise et de l’ordure des mâles, marquise des hauts trottoirs.

 

Émile Zola, Nana, 1880.

C’est le roman d’une prostituée, Nana, à la conquête de Paris – engloutir les hommes les uns après les autres.
Je dois bien avouer qu’il s’agit d’un des romans les plus réussis de Zola. Malgré la misogynie et l’antisémitisme, et malgré surtout la lourdeur d’écriture (mais c’est quoi tous ces imparfaits ?) qui m’a fait passer quelques pages, j’ai vraiment apprécié ma lecture.
La réussite provient du fait que Zola ne raconte pas, comme à son habitude, une ascension et une chute, mais une ascension, un peu chaotique certes, et davantage qu’un triomphe, le moment où Nana surplombe Paris, telle une divinité lascive et cruelle – une vision fantasmatique originale et haute en couleur.

Elle devenait une force de la nature, un ferment de destruction, sans le vouloir elle-même, corrompant et désorganisant Paris entre ses cuisses de neige, le faisant tourner comme des femmes, chaque mois, font tourner le lait.

Les hommes y sont portraiturés, à quelques exceptions près, comme autant d’êtres vulgaires et faibles, en proie aux sens et à l’orgueil – les hommes de l’Empire.

Il le sentait, sur un signe de Nana, prêt à s’allonger pour lui servir de tapis.

Parmi les différentes scènes du roman, je retiens certes celle du Grand Prix hippique, avec cette belle évocation des courses, mais surtout celles du théâtre et de l’Opéra comique. Difficile évidemment de ne pas penser à certaines pièces d’Offenbach où la mythologie grecque est passée à la moulinette de la bourgeoisie, mais ici le spectacle est aussi celui du roman et des relations entre personnages. Le monde du spectacle est aussi celui de la prostitution et de l’argent, on y entretient son actrice ou on y vend sa fille, les corps et les désirs cavalent dans les couloirs, Son Altesse côtoyant les filles et les bassines d’eau sale. Zola est complaisant bien sûr (ce voyeurisme ayant aussi contribué au succès du livre), en rajoute dans l’abaissement des élites, ce qui donne toute leur puissance aux filles, grandes et petites. L’entrecroisement des répliques de scène, des dialogues nécessaires au roman et des portraits satyriques est très réussi.
(Bon, le thème de la corruption morale de la société est bien lourdement traité.)


Le roi Dagobert est dans le corridor, qui demande à trinquer avec son Altesse Royale.

Je note la présence d’un homme discrètement homosexuel, ami de confiance des affaires des dames. En revanche l’homosexualité féminine est très présente, mais contrairement à , il s’agit ici d’une perversion et d’un abîme de soi.

Étonnamment la mort de Nana, misérable et conservant son mystère, entourée de ses amies, coïncide avec la déclaration de guerre de 1870. Une énergie furieuse envahit alors les rues. Les personnages du roman ne le savent pas encore, mais tout le régime est sur le point d’être balayé – le lecteur le sait, lui. 

Devant eux, une queue s’écrasait au contrôle, un tapage de voix montait, dans lequel le nom de Nana sonnait avec la vivacité chantante de ses deux syllabes. Les hommes qui se plantaient devant les affiches l’épelaient à voix haute ; d’autres le jetaient en passant, sur un ton d’interrogation ; tandis que les femmes, inquiètes et souriantes, le répétaient doucement, d’un air de surprise.
Nana, c’est un nom et un corps, des cuisses un peu fortes et des cheveux blonds, une chair comme dit Zola.

On piétinait sur la légende, on cassait les antiques images. Jupiter avait une bonne tête, Mars était tapé. La royauté devenait une farce, et l’armée, une rigolade. Quand Jupiter, tout d’un coup amoureux d’une petite blanchisseuse, se mit à pincer un cancan échevelé, Simonne, qui jouait la blanchisseuse, lança le pied au nez du maître des dieux, en l’appelant si drôlement « Mon gros père! » qu’un rire fou secoua la salle. Pendant qu’on dansait, Phébus payait des saladiers de vin chaud à Minerve, et Neptune trônait au milieu de sept ou huit femmes, qui le régalaient de gâteaux.

À Cherbourg, il avait vu le nouveau port, un chantier immense, des centaines d’hommes suant au soleil, des machines comblant la mer de quartiers de roche, dressant une muraille où parfois des ouvriers restaient comme une bouillie sanglante. Mais ça lui semblait petit, Nana l’exaltait davantage ; et il retrouvait, devant son travail, cette sensation de respect.

Note. Nana est un prénom, diminutif d’Anna (même si le vrai prénom de Nana est Thérèse). Dès la seconde moitié du 19esiècle, le prénom désigne une concubine ou une prostituée, puis une femme en général. Le roman a grandement contribué à la généralisation du mot.

Assiette en faïence, où les livres de Zola attirent les mouches comme de la m***, 1898-1899 Musée de la faïence de Quimper


Zola, Une page d'amour, 1878.

C’est le volume précédent Nana, mais on peut pas dire que c’est une réussite.

Le roman se tient à Passy et raconte la brève passion d'une femme de la bourgeoisie pour un médecin, sachant que sa fille est d'un tempérament nerveux et maladivement possessif (héritage familial). En raison d'un ennui croissant, je l'ai abandonné rapidement. Je note quand même le récit d'une séance de balançoire, où l'on voit une jeune femme avide d'air et de liberté, mais prenant garde à bien lier ses jupes pour rester décente, ainsi que la brillante description de Paris, en panorama lointain, qui se répète au fil des journées et qui reflète le fil des pensées de l'observatrice. La fin, avec sa neige et sa présence obsédante du blanc, est particulièrement évocatrice.

La Fortune des Rougon : ascension d’un couple à l’occasion du coup d’état du 2 décembre et constitution de la famille Rougon-Macquart. Un très bon volume. La Curée : à Paris l’enrichissement permis par la spéculation immobilière et une chair triste (un certain dégoût). Le Ventre de Paris : le commerce de bouche aux Halles, la symphonie des fromages et on est un peu écoeuré de toute cette nourriture. La Conquête de Plassans : une vue de la société de province. La Faute de l'abbé Mouret : on frôle le conte de Daphnis et Chloé dans un jardin enchanté, mais le retour au naturalisme est brutal. Son Excellence Eugène Rougon : un bon roman sur le personnel politique de l'Empire. L'Assommoir : une lecture ratée, c'est sans moi.


jeudi 21 mai 2026

Vous êtes un faquin de ne pas savoir qu’il faut fermer doucement les portes dans une maison où on lit les romans anglais.

 

Léon Bellin de La Liborlière, La Nuit anglaise, 1799 (réédité par Anacharsis avec une préface de Maurice Lévy).

Titre complet : La Nuit anglaise ou les Aventures jadis un peu extraordinaires, mais aujourd’hui toutes simples et fort communes de M. Dabaud, marchand de la rue Saint-Honoré, à Paris, roman comme il y en a trop (…) ouvrage qui se trouve partout où il y a des revenants, des moines, des ruines, des bandits, des souterrains et une tour de l’Ouest.

Au début du livre, nous faisons connaissance avec M. Dabaud, bourgeois enrichi pendant la Révolution, notamment par le rachat de terres à un noble, qui se trouve en butte à une difficulté : son fils veut épouser une Ursule noble et sans le sou. Lui-même préférerait rester plongé dans la lecture de ses romans préférés.

M. Dabaud saisit l’un après l’autre chaque volume, examine chaque gravure, voit des spectres, des magiciennes, des poignards : il tremble d’émotion, son coeur palpite de plaisir, le délire le transporte.

Un soir, le fantôme d’un homme qu’il a tué en duel lui apparaît. Peu après, M. Dabaud se trouve embarqué dans une aventure entre terreur et humour. Tout comme les héros et les héroïnes des romans gothiques, le voici contraint de suivre un moine italien dans des souterrains parcourus de soupirs et de grincements. Lui apparaissent tour à tour le fantôme, la chambre funéraire du tué, le portrait d’une jeune femme, des traces de sang, des bandits féroces, un cachot, etc. Aucune exagération terrifiante ne sera oubliée (même si le lecteur comprend bien vite de quoi il retourne).

Une originalité : l’accumulation concerne également la langue, puisque le texte est constitué par les très nombreuses citations de plusieurs romans gothiques (qu’il n’est pas nécessaire d’avoir lus), ceux d’Ann Radcliffe en tête, mais également Le Moine de Lewis ou Célestine écrit par le même Bellin de La Liborlière. Ces énumérations de citations produisent un indéniable sentiment de lassitude (ne le nions pas) (c’est très très répétitif), mais également d’humour – difficile de prendre au sérieux les dangers auxquels le héros est exposé.

Le vieillard prit M. Dabaud par la main, et tous deux marchèrent vers la porte du Nord qui s’ouvrir avec un grincement aigu, avec un cri aigre, en un mot avec tout ce que peut faire une porte en pareil cas.

Ce livre n’est sans doute pas un chef d’oeuvre en tant que tel, mais son existence constitue un témoignage passionnant sur l’immense vogue de la littérature gothique.

Le 18e siècle, ce n'est pas que de la dentelle.
Écorché d'anatomie d'Honoré Fragonard, Musée de Maisons-Alfort


Rappel pour les distraits : le roman gothique est né en Angleterre dans la seconde moitié du 18e siècle. Un genre créé par des puritains pour se délecter des histoires troubles survenant en terres catholiques. Le Château d’Otrante d’Horace Walpole est le premier du genre, il se veut terrifiant mais il me paraît aussi déjà comme l’outrance de lui-même. Je vous ai parlé du petit château gothique de Walpole, dépourvu de tout passé prestigieux et de tout fantôme. Ann Radcliffe publie également des romans au succès colossal (comme Les Mystères du château d'Udolphe ou L'Italien ou Le Confessionnal des pénitents noirs). Des dizaines d’autres auteurs, plus ou moins doués, plus ou moins anglais, s’inscrivent à la suite. Les cryptes mystérieuses et leurs inévitables fantômes s’empilent sur les bibliothèques… La préface de Lévy signale d’autres imitations burlesques, notamment un More Ghosts ! dont le titre donne le ton. Leur nombre est le signe du considérable succès du genre gothique, et du roman en général, dans toute l’Europe. Vous connaissez la plus célèbre des œuvres inspirée par ce succès gothique : c’est Northanger Abbey que Jane Austen rédige en 1798.

Le héros n’est plus rien dans un roman, c’est le lecteur qui est tout : pourvu qu’il frissonne et qu’il soit en suspens, les personnages ont beau faire tout ce qu’ils veulent, peu importe. Au surplus, voilà l’escalier par où vous devez monter.

Bellin de La Liborlière écrit en 1799, mais il possède moins de talent qu'Austen. C’est un noble que la Révolution a chassé à l’étranger, qui ne revient qu’en 1800 après l’amnistie prononcée par Bonaparte. Le roman fait état de ces changements brusques de fortune, de la Terreur de la guillotine, des duels, de l’apparition d’une nouvelle jeunesse. C’est surtout le prétexte à une fête de la lecture, où le héros sait bien que l’accumulation de péripéties a pour seul objectif de distraire le lecteur et pas du tout d’être crédible – de la terreur pour de faux !


- Vous irez passer le reste de la nuit dans la tour du Sud-Ouest.
- Du… ?
- Du Sud-Ouest. Cela vous étonne ?
- Je vous l’avoue. Je connaissais bien la tour de l’OUEST de l’Abbaye de Grasville ; la our de l’EST du château deLindenberg ; la tour du MIDI du château de Mazzini ; la tour de l’Orient du château d’Udolphe ; la tour du NORD du château de Blangy ; mais la tour du Sud-Ouest, mon père, celle-là est nouvelle.
- Soyez tranquille ; vous verrez qu’elle vaut bien toutes les autres ensemble, répartit le moine d’un ton sérieux et important.
- Quoi ! Il y a des figures qui se montrent à la fenêtre, des lumières, des bruits, des soupirs, des Nonnes sanglantes, des squelettes, des…
- Plus que tout cela encore.

1. J’avais vaguement envisagé de proposer cette Nuit anglaise pour la thématique de la nuit dans le cadre des escapades européennes de Cléanthe, mais j’ai trouvé bien des nocturnes européens bien plus terrifiants dans ma bibliothèque.

2. L’éditeur Anacharsis qui propose cette rareté a besoin d’argent. Si vous voulez lire d’autres manuscrits incroyables, soutenez-les ! Et si vous êtes perdus, je vous conseille la contribution « gens du peuple », deux des livres sont chroniqués sur le blog.

3. Je savais que c'était une relecture, mais j'avais complètement oublié qu'il y avait un premier billet !




lundi 11 mai 2026

Je vais relever mon col dans les rues livrées au vent.

 
Louis Brauquier, « Chanson de l’escale », Et l’au-delà de Suez, 1923.

Et nous boirons du gin mélangé dans les verres
Avec de l’eau de mer ;
Nous flamberons du punch sous le roufle d’arrière
Avec un feu d’enfer.

Nous rirons de mépris pour le signal des phares,
Et nous promènerons
Sur les mers de Corail, notre coque bizarre
En chassant au harpon

Les grands albatros verts, les requins et les morses
En chœur, nous chanterons
Un chant sinistre et doux. Avec l’alphabet Morse
Nous télégraphierons

Aux pingouins policés de la côte polaire,
Des injures d’argot,
Et nous reconnaîtrons un système solaire
Absolument nouveau.

Le port des ferry à Marseille


Voyagez, voyagez et réfléchissez à vos escapades européennes littéraires. Cléanthe a concocté pour cette année des thèmes assez ensoleillés (encore que les stations balnéaires peuvent être sur des rivages nordiques). Profitez-en, car l'année prochaine on aura sûrement "les châteaux hantés d'Écosse" ou le "charme glacé de la Baltique" !

***

Par ailleurs Ingannmic et moi-même vous proposons de lire un titre au choix de William Faulkner pour le jeudi 30 juillet - la chaleur du Sud des États-Unis. Pour notre part nous continuerons dans la trilogie de Snopes, mais voici quelques pistes de lecture pour les indécis et indécises :
Descends, Moïse et Le Bruit et la fureur : pour ces deux-là, on est dans le dur
Sanctuaire le deuxième plus facile pour commencer, mais il est sombre, sombre.
Tandis que j'agonisele plus facile pour commencer, une farce macabre brillante.
Lumière d'août : un bon roman (mais très sombre)
Sartoris : un excellent roman qui n'est pas dénué d'espoir. C'est aussi un bon titre pour découvrir l'univers de l'auteur.

Reprise des billets à la fin de la semaine.