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mercredi 13 août 2025
Et le chœur de l’aube, tout le contraire.
mardi 20 août 2024
Fin de la ligne. Effleurements. Où est-il passé ?
Seamus Heaney, « Lancer, ramener » La Lucarne, 1991, traduit de l’irlandais par Patrick Hersant.
En ce temps-là, chaque rive avait son petit bruit :
Sur la rive gauche, un lancer effilé de soie verte
Chuchotait dans les airs, disant silence
Et sève, libre absolument, sifflement
Par-dessus les foins ou sur la rivière.
Sur la rive droite, comme une grive en vol,
Un cliquetis sec sans cesse tranchait
Le silence car un autre
Pêcheur ramenait son fil interminable.
Je suis là-bas encore, rêveur éveillé,
J’ai grandi mais je les vois tous deux
Lever bras et cannes, en plein travail,
Chacun d’eux absorbé, enveloppé par les sons produits.
L’un de ces sons dit : « Tu ne vaux pas un clou,
Mais personne ne vaut rien. Allons ! Sois rigoureux. »
Et l’autre dit : « Vas-y ! Donne du mou, tire un coup sec.
Tu es ce que tu sens au bord de la rivière. »
J’aimais l’air apaisé. Je crois à ce qui s’oppose.
Les années passent et je demeure :
Un homme lance sa ligne, l’autre la ramène,
Et puis vice versa, sans changer de côté.
Retour dans quelques jours...
lundi 15 juillet 2024
Salut, charmantes petites civilités de la vie, car c’est vous qui en aplanissez la route !
Laurence Sterne, Voyage sentimental en France et en Italie par M. Yorick, parution originale 1768, traduit de l’anglais par Léon de Wailly.
Quand Sterne entreprend la rédaction d’un récit de voyage, évidemment il ne rédige pas un récit de voyage. Seconde moitié du XVIIIe siècle et le genre est déjà éculé, particulièrement chez nos amis d’Outre-Manche qui ont créé le Grand Tour et le tourisme. Donc…
Ainsi la totalité des voyageurs peut-elle se réduire aux divisions suivantes :
Voyageurs désœuvrés,
Voyageurs inquisiteurs,
Voyageurs menteurs,
Voyageurs orgueilleux,
Voyageurs vains,
Voyageurs splénétiques.
Donc, nous le suivons, entre Calais et Turin, mais il s’agit pour lui de raconter ses rencontres, de bâtir des scénettes, d’entrelacer les réflexions. La préface est écrite dans une chaise de poste posée au sol dans une écurie de Calais, s’ensuit la rencontre avec une dame, face à la porte d’une remise, puis l’embauche du domestique français La Fleur d’une perpétuelle bonne humeur et l’observation d’un mendiant doté d’une technique infaillible pour obtenir de l’argent. Il faut ajouter la tentation charmante offerte par deux jeunes dames, et le récit d’une aventure en Italie. Le volume se clôt dans une auberge, sur la route de Milan, à un moment fatidique.
Je ne saurais trouver une occasion plus favorable de faire observer une fois pour toutes, que tant pis et tant mieux étant les deux grands pivots de la conversation française, un étranger ferait bien de se mettre au fait de leur emploi, avant d’arriver à Paris.
Évidemment, c’est décousu et sautillant et le propos peut être déconcertant ou laisser le lecteur sur sa faim. Le narrateur, le pasteur Yorick, double de l’auteur, ne répugne pas à l’idée de laisser les Français profiter de sa fausse naïveté pour gagner quelque argent. Il prend le pli de voyager sans se soucier d’en avoir pour ses sous, pour le plaisir sentimental de la rencontre.
Cela n’empêche pas un beau morceau critique contre la tyrannie et la prison de la Bastille, et un hymne à la liberté.
| Sablet, Portraits, fin 18e siècle, Nantes BA |
Le souper donc arrivant, et ayant d’un côté de ma chaise un frétillant épagneul anglais, et de l’autre un valet français avec autant d’hilarité dans sa contenance que jamais la nature n’en peignit – j’étais pleinement satisfait de mon empire ; et si les monarques savaient ce qu’ils voulaient, ils pourraient être aussi satisfaits que je l’étais.
Sterne sur le blog :
La Vie et les opinions de Tristram Shandy - un second billet
mardi 5 décembre 2023
J’ai une furieuse envie de commencer ce chapitre par une pure billevesée, et je ne vais point m’en priver.
Laurence Sterne, La Vie et les opinions de Tristram Shandy, parution originale 1760, traduit de l’anglais par Guy Jouvet.
À la première page, le narrateur raconte sa conception – et le fait que sa mère ait demandé en plein milieu à son père s’il avait remonté l’horloge. Page 323, il naît enfin – le nez abimé par le forceps d’un homme de l’art prétentieux. Entre les deux, il a été question de beaucoup de choses, notamment du goût immodéré de l’oncle Tobie pour les fortifications. Le roman s’arrête peu après la 900e page – hélas, nous n’en saurons pas beaucoup plus sur les amours de l’oncle Tobie avec la veuve Tampon.
Posez la question à ma plume, — c’est elle qui me commande, — je ne lui commande pas.
Tristram Shandy, c’est le grand modèle de Jacques le Fataliste, un roman où là encore le récit des amours de Jacques est sans cesse interrompu. Jacques le Fataliste est tout de même beaucoup moins décousu.
C’est l’évocation d’une famille anglaise, de la gentry, petits rentiers, de leurs domestiques, du pasteur et du médecin. Ici c’est le père du narrateur qui tient le grand rôle, discourant à tour de bras, ergotant, dissertant – se plantant assez souvent. Le narrateur, omniprésent, tient la plume, interrompt le récit à volonté, insère une anecdote, ou décide de sucrer la fin de celle-ci, jure ses grands dieux qu’il n’y a aucune allusion salace dans ces histoires de taille du nez, de boutonnière, de grandes moustaches, etc. Le roman canonique – à peine né, puisqu’on est en plein XVIIIe siècle – est déjà complètement cassé sans avoir à attendre les brillants théoriciens du XXe. L’illusion romanesque prend déjà très cher.
Les digressions, sans conteste possible, les digressions sont la Lumière : leur Soleil illumine nos lignes ; — elles sont la vie et l’âme de la lecture ; — retirez-les par exemple de ce livre, — autant vaudrait mettre le livre au rebut avec elles ; — le froid d’un éternel hiver régnerait à chaque page ; restituez-les à l’auteur : — il s’avance avec l’entrain d’un nouveau marié, vous ouvre les bras, met tout son monde à l’aise, se conjouit avec tous, introduit de la variété dans tout, vous rouvre un appétit qui s’émousse.
Alors, oui, c’est gros, j’ai passé les pages de dissertation philosophique, je me suis amusée de toutes les trouvailles de l’auteur, de ses inventions, de sa fantaisie, j’ai admiré le traducteur qui s’est bien échiné. Je sais que vous ne le lirez pas, pffffff.
Parmi les gens de sérieux dont se moque Sterne, citons les discoureurs philosophes, les prélats, les militaires, les esclavagistes, (les femmes hélas) les prudes, les romanciers qui font des romans qui partent de A pour aboutir à Z bien dans l’ordre, et j’en oublie.
Il y a évidemment beaucoup d’humour, d’hommage à Rabelais et à Cervantes, de mauvaise foi, d’inventivité, de vraie délicatesse aussi à propos de Tobie, la remise en cause des idées les plus évidentes (et pourquoi faut-il naître tête en avant, hein ?) (d’ailleurs les mères sont-elles apparentées à leurs enfants ?). Il est question d’un mystérieux tournebroche à vapeur, d’une anecdote sur François Ier, d’un petit voyage à Lyon et d’une dénonciation vigoureuse de l’esclavage, parce que l’auteur n’est ni fou ni hypocrite.
| Hogarth, Tête de ses six domestiques, 1750 Tate |
Il y a des astérisques pour masquer (et mettre en valeur) tous les mots qui mériteraient de l’être, des pages noires et des pages blanches pour vous laisser imaginer cette fameuse conversation.
C’est brillant.
Le texte convient admirablement à un seul en scène ou à une pièce radiophonique.
Certes non ! s’il me faut ici une digression, je la veux folâtre, je la veux cabriolante, je la veux jaillie légère de la croupe et du bond, et son sujet à l’avenant, et je veux que ni le califourchon ni son califourchonneur ne s’y puissent laisser surprendre autrement que dans la fugacité du rebond.
Pour moi, c’était une relecture.
Mon premier billet n’est pas mal du tout et met l’accent sur d’autres aspects du texte. Et s'il s'ouvre sur la même citation, qui donne bien le ton !
Me voici prête à me lancer dans le Voyage sentimental.
mardi 10 août 2021
Un employé banal qui a vu la poésie.
Seamus Heaney, La Lucarne, parution originale 1991, traduit de l’irlandais par Patrick Hersant.
« Le tir »
C’était le bon temps –
taper dans un ballon de cuir
plus juste et plus loin
qu’on ne l’aurait cru !
Il crépitait
dur et rapide par-dessus
herbe et pâquerettes,
il faisait un bruit sourd
mais il chantait aussi,
capturant les sons
clairs et secs.
Parfois le gardien l’attrapait au vol
et c’était un cri sur la touche :
Vas-y, tire ! Quel coup de pied,
et quelle incroyable chandelle !
Était-ce toi
ou le ballon qui toujours
continuait de s’élever,
de plus en plus haut,
libre lugubrement ?
lundi 17 février 2020
Peut-être que chaque comédien le devient mû par le désir d’avoir un jour une histoire à raconter.
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| T. Roussel, Femme lisant, 1886 Tate Britain. |
mardi 18 avril 2017
Rien de tout cela n’était impossible.
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| G. Clausen, Yeux bruns, 1891, Tate Britain, M&M |
vendredi 5 août 2016
Peut-être devrait-elle dire un mot.
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| I. Nonell, 1909, Madrid Reina Sofia, M&M. |
lundi 27 juin 2016
En moi s’insinuait une étrange mélancolie dont je ne désirais pas voir la fin.
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| G. Doré, Souvenir des Alpes, avant 1857, Musée Fabre de Montpellier |









