La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



Affichage des articles dont le libellé est Pays-Bas. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Pays-Bas. Afficher tous les articles

mardi 28 avril 2026

La civilisation et la curiosité ne débarquent pas à Tiku avec les Dieppois : elles les y attendent de pied ferme.

 

Romain Bertrand, L’Histoire à parts égales. Récits d’une rencontre Orient-Occident (16e-18e siècle), paru au Seuil en 2011.

Un gros livre d’histoire qui s’intéresse au moment où les premiers navires hollandais arrivent en Indonésie en 1496. Mais ici, l’histoire sera racontée « à parts égales ». C’est-à-dire non pas exclusivement du point de vue des triomphateurs Européens qui ont tout vu, tout vaincu. Non pas non plus en racontant l’histoire d’une domination et d’une appropriation. Mais en alternant le point de vue sur un même événement. C’est que les acteurs sont nombreux : marchands hollandais (dans un contexte où la Hollande est en guerre contre l’Espagne et est donc coupée des ports méditerranéens), Malais et Javanais, qui connaissent déjà bien les Portugais et qui ne sont pas du tout épatés de voir des Européens acheter du poivre, négociants chinois aux moyens incomparablement plus élevés, sans parler d’Indiens et de gens de l’empire Ottoman oscillant d’un monde à l’autre au gré des mouvements de la mousson.

Quel est l’univers mental de chacun ? Leur conception de la religion (l’islamisation de Java est plutôt récente et n’a rien d’uniforme), du commerce, de la royauté ? Comment le moment s’est inscrit dans l’histoire nationale (du côté javanais : il ne s’est rien passé) ? Quel matériel utiliser pour peser le précieux poivre ? Et quelle monnaie utiliser ? Et qui guide les navires dans ces terres ? Qui établit les cartes (les Chinois et les Coréens !) ?

La plupart des théories des « premiers contacts » entre les Européens et les populations asiatiques ou amérindiennes présentent cette particularité de tenir pour acquise l’unicité du monde de la recontre.

Gros livre touffu, j’ai passé les passages les plus théoriques, mais je suis impressionnée par la plongée de Bertrand dans un monde qui nous est aussi lointain et par sa tentative de raconter les choses de façon totalement renouvelée. Mention spéciale au chapitre consacré aux calendriers des uns et des autres.

En quoi, d’ailleurs, la pittoresque mais modeste ambassade de Houtman aurait-elle dû faire sensation ? (…) Banten n’était pas une petite théocratie murée sur elle-même, mais une ville résolument cosmopolite, où se croisaient marins et marchands hadramis, chinois, gujératis, péguans, malais (de Johore et de Malacca) et… portugais.

Cornelis Pieterz de Mooy, Marine, HB 1691 Caen BA


Romain Bertrand, Les Grandes déconvenues. La Renaissance, Sumatra, les frères Parmentier, édité au Seuil en 2024.

Le titre laisse transparaître l’humour et le sujet. Il ne s’agira pas vraiment de « grandes découvertes ».

J’ai acheté ce livre en 2024 après ma visite enthousiaste du manoir d’Ango, à l’excellente librairie de Dieppe, La Grande Ourse. J’avais envie d’en savoir plus sur ce personnage et la libraire m’a conseillé cet ouvrage, dont l’auteur m’était connu.

Toute une première partie campe la situation de Dieppe au début du 16e siècle, situation sociale et économique, et présente les notables de la ville, dont Ango, mais au plus près des archives, loin de la légende dorée des armateurs. Le ton est, je dois le dire, plutôt décapant. Cette première partie est celle qui m’a le plus intéressée.

Ensuite Bertrand s’intéresse particulièrement à une expédition menée sous la conduite des frères Jean et Raoul Parmentier (aucun rapport avec la patate) (Jean étant marin et poète) jusqu’à Sumatra. Une expédition désastreuse, mais que la légende du 19e siècle a tenté d’ériger en contribution française aux grandes découvertes. De fait, les cartels de visite du manoir sont plutôt flatteurs pour Ango.

J’ai particulièrement apprécié la façon dont Bertrand insère les épisodes des grandes navigations au sein de l’économie de la France et de la Normandie, rappelant qu’elles prennent place parmi les expéditions de pêche au hareng, de piraterie, de commerce officiel, mais aussi parmi la rente liée aux terres et aux offices. Elles ne sont pas sorties de nulle part et les expéditions dites normandes ont bien souvent des pilotes portugais. Et les marins qui embarquent sur les navires rencontrent des royaumes constitués et complexes, où l’on connaît déjà beaucoup de choses sur les Européens et où le commerce international existe depuis des siècles.

Je suis impressionnée par la plongée en archive, qu’il s’agisse de Sumatra ou de l’argot des marins normands, pas un mot ne semble avoir échappé à l’historien !

Les historiens – qui ont plus d’imagination qu’on ne le croit – disent de lui qu’il est « le Jacques Coeur du 16e siècle », « le Médicis normand », « l’homme qui a fait trembler le roi de Portugal ». Ils lui prêtent le « rêve d’une Venise océane », lui devinent des ambitions à faire pâlir un Richelieu, s’émerveillent de son goût du profit et des belles choses, lui attribuent la découverte française des Indes et des Amériques, font de lui tout à la fois un maître corsaire et un érudit humaniste : il est la Renaissance faite homme.



mardi 9 décembre 2025

Seuls les gazons et les gentlemen anglais se rasent tous les jours.

 

Karel Čapek, Lettres d'Angleterre, dessins originaux de l'auteur, parution originale 1924, traduit du tchèque par Gustave Aucouturier, publié en France par La Baconnière.

En 1924,  Čapek est invité en Grande-Bretagne. Il voyage dans diverses villes (Londres, Oxford, Cambridge, York, Liverpool, etc.), se rend jusqu'en Écosse, mais ce qui semble le plus le frapper, ce sont les paysages de la campagne anglaise. L'Angleterre est un jardin dit-il, avec les haies, les murets, les moutons, les beaux arbres, les vaches... Sa description de Londres est légère et ironique, il relève toutes les bizarreries (il en fait des tonnes sur le flegme anglais), mais il donne la pleine mesure de son talent une fois rendu dans l'herbe. J'ai pleinement apprécié sa description de l'Écosse, qu'il a visiblement beaucoup aimée.

Il y a certes des moutons partout en Angleterre, mais les Moutons des Lacs sont particulièrement frisés ; ils broutent des herbages soyeux et font penser aux âmes des bienheureux au ciel. Nul ne les garde et ils passent leur temps à brouter, à dormir et à rouler des pensées pieuses.

Son enthousiasme ne l'aveugle pas. La vraie Angleterre, est-ce celle de la country ou celle des faubourgs misérables et crasseux qui abritent des milliers de personnes ? Et à la British Empire Exhibition, où sont les habitants de l'empire ? Pourquoi n'y en a-t-il que pour la métropole ? Et pourquoi donc personne ne parle jamais de l'Irlande ? Et surtout : pourquoi pourquoi pourquoi le dimanche anglais ?

Cela reste une lecture légère.

Le jour où l'on ne fait pas de cuisine, où les voitures ne marchent pas, où l'on ne regarde pas, où l'on ne pense pas. Je me demande pour quelles inexpiables fautes le Seigneur a condamné l'Angleterre au châtiment hebdomadaire du dimanche. (…) Nul ne saurait rayonner et faire des roulades en mâchant du pressed beef assaisoné de moutarde diabolique. Nul ne saurait extérioriser une joie bruyante en décollant de ses dents un tremblotant pudding au tapioca.

Moutons anglais.
Habitants de la Hollande.


Karel Čapek, Tableaux hollandais, 1932, traduit du tchèque par Michel Chasteau, en France aux Éditions La Baconnière.

La Hollande (oui, les Pays-Bas) est un petit pays qui plaît beaucoup à Čapek (qui ne perçoit absolument pas la puissance coloniale bien réelle). Il se plaît à décrire et à dessiner les canaux, les reflets dans les canaux, les maisons en briques et leurs pignons, les rues, les campagnes... Il décrit les polders et les cultures et s'extasie devant les inventions d'un pays bâti en-dessous du niveau de la mer. Tout ce système semble le fasciner.

De fins connaisseurs du contexte local assurent que l'on compte aujourd'hui aux Pays-Bas près de deux millions et demi de bicyclettes, soit une bicyclette pour trois habitants, y compris les nourrissons, les marins, la famille royale et les pensionnaires des hospices. Je ne les ai pas comptées, mais il me semble qu'il y en a un tout petit peu plus.

Par ailleurs, il visite les grands musées et admire la peinture hollandaise, s'interroge sur l'impact du tourisme et réfléchit (avec humour et humanisme) au rôle des petits pays en Europe : on ne sait pas vraiment les situer sur la carte, mais ils ont su conserver leur identité tout en s'intégrant à un empire – il y a là quelque chose qui pourrait inspirer l'avenir... ainsi se conclut le livre.

La Hollande, c'est-à-dire l'eau. La Hollande, c'est-à-dire un parterre de fleurs. La Hollande, c'est-à-dire un pâturage. Un vert polder entouré ce canaux et des vaches noir et blanc au milieu ou, si vous voulez, des vaches noires avec la tête blanche, ou des vaches noires avec une ceinture blanche et un mufle bleu, ou bien tachetées de noir et de blanc comme des haricots secs.


Čapek a aussi écrit des lettres depuis l'Italie, l'Espagne et la Scandinavie. Il n'est pas exclu que je les lise.
Sur le blog, j'ai chroniqué :

samedi 14 mars 2020

Les natures mortes des Claesz

J’inaugure une série de billets peinture, dont le prétexte sera le calendrier chrétien du printemps. En gros, nous allons suivre toutes les étapes de la Passion.
Toutefois, pour le moment, nous n’en sommes pas là. Les catholiques se trouvent depuis le 26 février dans le carême, cette longue période de 40 jours, période de jeûne en signe de pénitence avant la fête de Pâques, période où le croyant est invité à réfléchir à sa pauvre condition. Peu de catholiques suivent cette tradition (ou alors ils se contentent de se priver de chocolat), mais j’en ai rencontré !
J’aurais pu vous montrer des peintures avec des plats de poissons, mais j’ai décidé d’étendre le sujet aux natures mortes, qui sont en quelque sorte la variante séculière de la vanité. Il s’agit bien de montrer la brièveté et la fragilité de la vie, on n'est pas si loin !
Exceptionnellement, il ne sera pas question aujourd’hui de Chardin, mais de Claesz… ou des Claesz ! En effet, grâce à Wikipedia, je découvre qu’il y en a plusieurs, que je mélange totalement.
D’un côté, nous avons Pieter Claesz (1596-1661). Et de l'autre, nous avons Willem Claeszoon Heda (1593-1680) qui abrège souvent son prénom en Claesz. Je les mélange totalement. Et ils ne sont même pas de la même famille...
Willem Claeszoon Heda,  Nature morte, 1635 Met
Des huîtres et un citron (on mange maigre !). Les objets renversés, prêts à tomber. Les fruits ouverts, montrant leur pulpe, bientôt desséchée. Tout comme les huîtres, dont la chair tremblotante va bientôt se figer. Tout est fragile, vous dis-je.

Willem Claeszoon Heda,  Nature morte à l'aiguière, 1643, Petit Palais
Les natures mortes jouent sur le contraste entre le vide et le plein, entre un fond vide et neutre et une table surchargée, entre le vide de la représentation et la survalorisation du métier du métier du peintre, entre les contenants vides et renversés, en position instable, montrant leur intérieur, avec ce couteau toujours en surplomb, et ce trop plein de signification...
Claesz Pieter, Nature morte, vers 1635 Gemäldegalerie Berlin
Un verre tout en transparence, troublé par le liquide transparent. Des plats en métal avec des reflets qui se reflètent dans les reflets (tout est fait pour faire admirer la virtuosité de l'artiste). Et juste une olive. Un camaïeu de bruns et de gris.

Willem Claeszoon Heda,  Nature morte avec tarte, 1634, Thyssen Bornemisza
Une tarte éventrée, émiettée, mangée, qui va s'abimer inexorablement, le citron va tomber, les verres sont renversés, mais quand même on montre les transparences multiples (la double épaisseur du verre, l'épaisseur de l'eau), les reflets du métal, le blanc de la nappe qui n'est pas du même blanc partout... Tout est éphémère, mais quand même la peinture est immortelle !

Baugin, Le dessert de gaufrettes, 17e Louvre, image RMN.
En bonus, les célèbres gaufrettes du Louvre, juste pour le plaisir de les casser en les grignotant.

La semaine prochaine : des natures mortes du XIXe siècle.

jeudi 10 octobre 2019

L’inventaire du possible.

Timothy Brook, Le Chapeau de Vermeer. Le XVIIe siècle à l’aube de la mondialisation, traduit de l’anglais par Odile Demange, parution originale 2008.

Ce livre d’histoire est paru il y a quelques années. Il me tentait pour son sujet, mais j’avoue avoir reculé pour m’y plonger à cause de sa forme. Je ne m’étais pas trompée !
Donc, d’abord ce qui m’agace. Brook parle de la mondialisation à partir de quelques tableaux de Vermeer, qui sont autant de portes d’entrée sur son sujet. Pourquoi Vermeer ? Parce qu’il est connu du grand public qui lit ce genre de livres ou parce qu’il est particulièrement pertinent ? Le peintre n’est ici qu’un prétexte. C’est normal, nous ne sommes pas dans un livre d’histoire de l’art, mais j’ai le sentiment qu’il sert un peu d’appeau à lecteurs. Je suis plus embêtée par l’absence d’introduction ou de programme (oui, ça fait un peu universitaire à l’ancienne mode). Brook divise son propos en 8 parties, mais nous ne savons pas s’il traite intégralement du sujet (sans doute pas), ou seulement d’une partie, il ne nous précise pas ses limites : qu’a-t-il privilégié ? qu’a-t-il exclu ? pourquoi choisir ces aspects-là et pas d’autres ? quels sont ses partis pris méthodologiques ? Cette organisation est un peu arbitraire.

Se rendre en Chine est le fil onirique qui parcourt toute l’histoire de la lutte de l’Europe du début des Temps modernes pour échapper à l’isolement et s’ouvrir sur le vaste monde. Ce fil commence à la fin du XIVe siècle, au moment où un marchant vénitien revint de ses voyages en Chine et régala tous ceux qui lui prêtaient l’oreille de descriptions des pays étrangers et des richesses fabuleuses que recelait l’Asie.

Et maintenant les louanges. C’est un livre extrêmement intéressant. Brook est spécialiste de la Chine et il nous raconte la mondialisation du XVIIe siècle avec ses longs voyages entre l’Europe et l’Asie, au large de l’Asie et entre l’Amérique et l’Asie. L’or voyage, ainsi que les soieries, les porcelaines, les êtres humains, les idées… Nous avons peine à imaginer tous ces vastes mouvements. Il donne de nombreux exemples d’interactions entre des acteurs très éloignés géographiquement et culturellement, mais qui ont dû apprendre à se parler ou se comprendre, directement ou avec un truchement, dans leur intérêt mutuel.
La pauvreté de la langue et de la forme permet donc de disposer d’un bon livre de vulgarisation. Si vous aimez l’histoire sans apprécier les ouvrages universitaires, il vous plaira certainement sans aucune réserve. Ce livre aère incontestablement l’esprit en nous faisant comprendre à quel point la mondialisation est ancienne et intimement liée à notre vie quotidienne.
Je retiens notamment : un Français vêtu d’une robe de soie chinoise, brodée de fleurs et d’oiseaux, pour rencontrer un chef Algonquin, quelque part au milieu du Canada ; la capacité des potiers chinois à s’adapter aux goûts de leurs clients (Chinois, Perses ou Européens), avec la création d’un bol à soupe spécifique pour ces derniers ; la création de la céramique de Delft ; l’extension irrépressible du tabac ; les naufrages, les tempêtes, les pirates, les conflits divers ; un marin hollandais installé en Corée et qui n’a nulle intention de revenir au pays.
Les navires rassemblaient des Portugais (du Portugal ou de Macao ou d’ailleurs), des Espagnols (de vieille ou de nouvelle Espagne), des Noirs venus d’Afrique ou des colonies américaines, des Indiens d’Inde et des Indiens d’Amérique, des créoles, des Maures, des Japonais…
Tout cela appuyé sur des sources et des études très solides.

Ils durent se faire à l’idée que le monde était une surface continue sur laquelle il n’existe nul lieu qui ne puisse être atteint, nul endroit qui ne soit suggéré par tous les autres, nul événement appartenant à un monde différent de celui qu’ils devaient désormais partager. Il leur fallut également trouver place dans une réalité marquée par une agitation constante, où les hommes étaient perpétuellement en mouvement et où les objets pouvaient parcourir la moitié du globe afin qu’un acheteur se procure ici ce qu’un fabricant avait réalisé là-bas.

Japon, Vase 19e siècle, cartographie, col. privée.


jeudi 10 août 2017

Je suis celui au cœur vêtu de noir.

Hella S. Haasse, En la forêt de Longue Attente, traduit du néerlandais par Anne-Marie de Both-Diez, parution originale 1949.

Un roman historique sur Charles d’Orléans. Qui ça ? Famille de sang royal, guerre de Cent ans, Charles VI le roi fou, Azincourt et une poésie qui vous rappellera peut-être quelque chose : « L’hiver a laissé son manteau de froidure et de pluie… » En 670 pages, Haasse nous raconte la vie de Charles d’Orléans, de la naissance à la mort, en expliquant le contexte, la famille royale et toutes ces sortes de choses. C’est tout à fait clair – j’ai enfin compris quelque chose à cette histoire d’Armagnac et de Bourguignon – et c’est un plaisir de découvrir cette période d’une façon aussi simple et agréable.

Orléans fit un signe aux majordomes. Les rideaux de cuir devant l’entrée de service s’ouvrirent, et un cortège de figures masquées et costumées apportèrent les desserts. Des hommes déguisés en sauvages, couverts de feuilles et de fruits, apportèrent un énorme plateau sur lequel un paysage de montagne fait de gâteaux et de sucreries, entourait un lac où nageaient des cygnes ; c’était un hommage à Isabeau, censée y reconnaître la Bavière, son pays natal.

C’est un roman de facture tout à fait classique qui semble assez fidèle aux principaux faits historiques. En revanche, Haasse ne cherche pas à reconstituer un quotidien ou des habitudes qui nous sont trop étrangères, elle ne semble pas s’être documentée sur les habitudes, les ustensiles, les vêtements, les meubles. Pas ici de vocabulaire qui nous serait étranger. Elle ne craint pas non plus de se projeter dans la psychologie des différents personnages, en particulier de son héros, un personnage indécis et manquant de charisme, une sorte d’Hamlet, un poète de cour, un personnage tendu entre ses aspirations personnelles et le poids des devoirs, du fait de ses liens de famille et de fidélité. Le roman explique très bien les liens de famille et de féodalité, avec notamment une très bonne explication sur les mariages arrangés avec les enfants, qui nous dégoûtent tant que l’on ne perçoit plus leur fonctionnement et raison d’être. Ils s’insèrent ici naturellement dans les politiques diplomatiques les plus diverses.
Le château de Blois, photographie conservée au Mucem.


Haasse donne une épaisseur humaine à ces figures d’enluminures et à ces intrigues qui nous sont devenues obscures et beaucoup de vie et de chaleur à cette époque dure et violente.

Je l’ai lu avec bon appétit et j’ai envie de visiter à nouveau le château de Blois.

Charles écoutait, retenant son souffle – il n’avait jamais entendu dire que son père écrivait des vers ; il en fut profondément surpris. Le chant d’Herbelin parlait d’un chevalier errant à travers une forêt, la forêt de Longue Attente. Charles ne comprenait pas ; il se rappelait vaguement que, l’après-midi, sa mère avait parlé d’attente – mais qu’était-ce donc que cette forêt ?

L’avis de Dominique et de Claudia Lucia toujours plus éloquentes que moi.