La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



Affichage des articles dont le libellé est 11e siècle. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est 11e siècle. Afficher tous les articles

jeudi 3 septembre 2026

On l’appela Thormod Scalde de Kolbrun. Mais les femmes disaient qu’il eût mieux mérité d’être appelé poète du cul de charbon.

 

Halldór Laxness, La Saga des fiers-à-bras, parution originale 1952, traduit de l’islandais par Régis Boyer, édité en France par Anacharsis.

L’éditeur présente ce roman comme un pastiche de saga islandaise. De fait, nous sommes en Islande et nous suivons la jeunesse de deux imbéciles, Thormod et Thorgeir, élevés dans les récits à la gloire des hommes féroces qui dévastaient les terres, les hommes et les femmes, mais aussi les dragons, et qui faisaient régner la terreur. L’un, Thorgeir, se promet d’être un immense guerrier au service d’un grand roi et l’autre, Thormod, lui promet d’en être le scalde, celui qui composera le poème qui transmettra sa gloire à sa postérité.

Ils ne cessaient de parler de la mesquinerie qui allait toujours croissant en Islande, puisque des hommes libres s’y adonnaient à la pêche à la ligne ou à la garde des moutons au lieu de faire fortune par le combat, la vaillance et le meurtre. (…) Ils étaient d’accord pour mener la vie des fiers-à-bras, sans se soucier de ce que les manants et les esclaves en pensaient, pour se faire des ennemis à la mode des braves et pour faire fortune par leur vaillance.

Le souci est qu’à l’exception de deux femmes qui se disputent Thormod, une à la forme de cygne et une sorcière, tout leur entourage est plutôt enclin à penser que vivre en paix avec ses voisins est une bonne chose et que le christianisme n’est pas si mal. Les débuts de leur existence héroïque est donc plutôt miteuse, à pourchasser des pouilleux, jusqu’à ce que Thormod s’embarque et rejoigne la grande troupe de Thorkell qui met régulièrement à sac l’Angleterre.

Ici la lectrice française découvre ce que les lecteurs islandais savaient sans doute depuis le début : le pastiche est aussi un roman historique. Nous voici aux alentours de l’an mil, avec le pillage de Canterbury par les vikings et la mise à mort de l’archevêque, la constitution du royaume de Knut, puis les raids en Normandie en compagnie des descendants de Rollon, et enfin les guerres entre les royaumes de Norvège, de Suède et du Danemark – ce roman est aussi un pastiche hommage à la grande Saga de saint Olaf de Snorri Sturlusson.

C’est qu’ici le grand récit chrétien de la conversion des peuples en prend pour son grade. Les moines de Normandie trouvent conforme d’incendier la cathédrale de Chartres et de piller et tuer tous les habitants, procèdent à des baptêmes collectifs expéditifs ; Grimkell, premier évêque de la Norvège, a été ordonné par des Arméniens dans une écurie ; le pape illettré ne s’intéresse qu’à l’argent ; Olaf le Gros, roi tyrannique, est transformé en saint patron de la Norvège par un obscur poète boiteux.

Il y en avait qui avaient accroché à leurs frusques des pichets émaillés et autres vaisseaux à boire, des chapelets, des colliers d’ambre ou de corail, des chaussures de femmes, brodées d’argent, du petit-gris, voire des rouleaux de tapisseries artistement exécutées. Certains avaient pendu à leur ceinture les têtes des femmes qu’ils avaient violées dans la journée. Ils trouvaient que la vie valait la peine d’être vécue. (…) Certains firent serment de ne plus jamais se battre pour un autre roi que le Christ qui leur avait donné de saints dogmes à servir par les armes.

Quelle bonne blague, ces sagas, et ces histoires nationales, semble nous dire Laxness. Les héros, les rois, les poètes, toute la matière des mythes et de l’histoire sont raillés de la plus belle façon. Les lecteurs islandais doivent évidemment avoir une lecture bien plus informée que moi, mais j’apprécie la façon dont l’auteur apparaît à plusieurs reprises dans le récit pour justifier ses choix entre des sources contradictoires. La voix de Laxness perce notamment quand il explique qu’un roi craint particulièrement, non tel ou tel ennemi, mais que le peuple découvre pouvoir vivre sans aucun roi (rappelons que l’Islande a vécu durant plusieurs siècles sans aucun roi).

Il faut peut-être être un peu familière des histoires des vikings et des sagas pour apprécier le roman ; j’ai trouvé qu’il se lisait avec beaucoup de plaisir, même si l’écriture de Laxness n’est pas très prenante. Après ma lecture, j’ai consulté Les Peuples du Nord de Lucie Malbos (Belin, collection Les Mondes anciens, 2024) et j’ai pu constaté que l’auteur semble avoir respecté les principales étapes historiques.

C’est aussi un roman d’ampleur, puisque nous voyageons d’Islande en Norvège, en Angleterre et en Normandie, à Kiev, mais il y a aussi une longue incursion au Groenland, d’abord aux côtés des scandinaves qui tentent d’y vivre, puis des Inuits vivant heureux sans roi, sans héros et sans scalde.

Tête de Viking, 11e siècle Suède, bois de cervidé, musée de Sigtuna


Il y a deux fiers-à-bras qui se sont rendus célèbres plus que les autres dans les Fjords de l’Ouest : ce sont les frères jurés Thorgeir Havarson et Thormod Bessason et, comme on peut s’y attendre, il court force récits sur leur compte dans le Djup, où ils ont grandi, de même que dans les Fjords du Glacier et sur les Rives du Horn ; aussi faut-il dire qu’en tous ces lieux, ils ont accompli de hauts faits.
C’est le début.

Vieillards, mendiants et voleurs mutilés combattaient avec leurs béquilles, et les enfants avec leurs jouets. Les pierres pleuvaient dru sur les vikings. Se précipitaient sur eux de dignes dames. Vierges intactes et putes se tenaient côte à côte, déversant sur les vikings de l’urine bouillante tandis que d’autres les aspergeaient de goudron en fusion ou d’eau tirée du fleuve.
C'est le récit de la résistance des habitants de Canterbury contre les vikings.

Et quand, avec quelques compagnons, nous passâmes par le Verdal un jour, quelques mille ans après, et vîmes vers l’est les landes montagneuses bleues d’où, pour la dernière fois, descendit vers la Norvège le roi, sans clercs, loin des scaldes, abandonné de ses amis et de ses maîtresses, uniquement soutenu par une armée de païens étrangers, les pierres, en vérité, étaient silencieuses à Stiklarstadir, et, de la Saga du roi Olaf, ne survivait que le bruissement dans les feuilles.
À la fin le pastiche rejoint le souffle ténu de la légende et l’on ne saura rien du grand poème composé par Thormod à la gloire de Thorgeir et de son roi.

Laxness a reçu le prix Nobel de littérature et sur le blog il y a :


mardi 17 septembre 2024

Nous sommes nous-mêmes la guerre, et le pèlerinage, et ce Saint-Sépulcre, vide depuis déjà plus de mille ans.

 

 

Tiit Aleksejev, Le Pèlerinage, publication originale 2008, traduit de l’estonien par Jean Pascal Ollivry, édité en France par les éditions Intervalles.

 

Fin du XIe siècle, première croisade. Le narrateur, un certain Dieter, âgé et vivant dans un monastère du Sud de la France, raconte comment, enfant, puis jeune homme, il a appris à manier l’épée et, dans les troupes du seigneur de Toulouse, s’est retrouvé dans cette immense armée, dans ce peuple, qui s’est mis en route, à pied jusqu’à Jérusalem. Le roman raconte cette longue et interminable pérégrination, ce presque chemin de croix, jalonné de morts, de souffrances subies et infligées, de combats terrifiants, de rencontres avec un autre monde.


Je m’appelle Dieter. J’ai été quelqu’un d’autre, naguère, mais cet autre ne veut plus rien dire. Le pays de mes origines a changé, et tous ceux qui se souvenaient de moi sont morts. Qu’est-ce qu’un pays, après tout, et un peuple ? Une goutte d’eau dans un seau d’eau, rien de plus. J’ai essayé, pourtant. Essayé de retrouver le rivage natal. Dans les manuscrits, les cartes, les récits de voyages. Il n’existe nulle part. Mais je me rappelle son ciel chargé de nuages, la brume au-dessus de ses prairies, la trace laissée par le serpent à tête ronde qui rampait au milieu des foins. Et je sais que je n’ai pas rêvé.

C’est le début.


C’est un roman d’apprentissage.

Quel destin est-il promis au narrateur ? Il a des rêves et des visions. Je me demande s’ils font de lui un être exceptionnel ou s’ils sont communs à cette époque de récits surnaturels, où des statues de dieux morts parsèment le chemin du désert, où la faim ou l’alcool brouillent la vision, où l’on prêche la fin du monde et les miracles, ou si c’est un peu des deux.


Le discours d’Urbain avait éveillé en moi un désir extraordinaire. Les fondations en étaient sombres et profondément ancrées en moi, mais au-dessus s’élevaient des voûtes blanches, des tours dorées et des toits flamboyant dans le soleil couchant.


Pour autant que je sois capable d’en juger, il me semble que le roman traduit très bien quel pouvait être l’état d’esprit d’un jeune homme curieux et courageux, embarqué dans la plus grande épopée de son temps, découvrant la lâcheté et la violence irraisonnée, mais se découvrant lui-même, rencontrant des Juifs, des Grecs, des Normands de Sicile, etc. Ce qui importe, est-ce réellement Jérusalem ? Ou plutôt le long chemin pour y parvenir, avec la longue succession de peines, d’espoirs et d’amitiés jalonnant les pas des hommes et des chevaux ? C’est un collectif dont chacun se sent part.


Nous marchions à la rencontre des païens, sur une route dont des païens avaient posé les pierres, et il nous semblait qu’aucune armée au monde ne serait capable de nous arrêter. Car nous étions choisis par Lui, d’une extrémité du firmament à l’autre, et nous n’avions que faire d’apparitions, d’auréoles ou de fanfares angéliques.


Je confesse pourtant être très légèrement restée en dehors, je ne sais pas exactement pourquoi. Quelque chose dans le ton ou dans le style, qui ne doit pas être très important, car j’ai lu le roman jusqu’au bout, attachée au personnage, et appréciant le résultat.

Je note l’extraordinaire église Sainte-Sophie de Justinien qui éblouit notre petit soldat, tout comme les anciens thermes romains. Et puis le récit des batailles est très réussi.

Coffret reliquaire des Saints Tibère et Benoit, avec un chevalier, vers 1400, Palais Madame, Turin 
 

Je donnai des éperons, et le cheval s’élança en avant. Il filait loin de toute cette horreur, loin jusqu’au bout, jusqu’à la ligne où commençait la voûte de cristal, où l’extrémité du monde se rue dans les profondeurs et où il fallait coûte que coûte un passage, dans le fracas du cristal brisé.

 

Cette connaissance passait au-dessus de moi comme des morts sortis de terre, comme une charge qu’on ne peut plus repousser et qu’on affronte le dos droit, l’épée brandie au-dessus de la tête, et on bascule dans les ténèbres sans avoir lâché son épée. Car on peut perdre, et l’on perd bel et bien, mais les choses qui tranchent et celles qui éclairent, il faut les garder jusqu’au bout.

 

Le but était la chose elle-même : les lanières de cuir marquant les épaules, des deux côtés, comme un signe de croix, la feuille d’acier et la courbe de l’arbalète, le vent du désert, le sang bourdonnant aux oreilles, la soif, encore la soif, et l’excitation, de plus en plus intense : maintenant ? maintenant ? maintenant ? La peur que le sentiment d’être vivant ne puisse jamais être plus fort.

  

En refermant le livre, j’ai la sensation d’un texte se suffisant à lui-même. Dans les dernières lignes, le soleil se lève sur Jérusalem qui apparaît au loin, là-bas, à l’horizon, et l’on sait que Dieter y parviendra et qu’importe qu’on ne comprenne pas toutes les allusions à des événements futurs non advenus.

Le billet de Passage à l’Est souligne que le volume se clôt bien avant l’arrivée à Jérusalem, avec de nombreuses questions ouvertes, et m’apprend qu’en réalité il s’agit du premier volume d’une trilogie (mais les deux autres volumes ne sont pas traduits). 

Le billet de Lili Galipette parle d'« un roman historique au souffle épique » (mais elle trouve la fin abrupte).


Participation à la quinzaine balte organisée par Sacha.

 

Dans le cadre de ces deux semaines sur la littérature des pays baltes, ayant précédemment apprécié Le Fou du tzar de Jaan Kross, j’avais commencé à lire Le Départ du professeur Martens. Las. Abondance de noms propres et d’allusions à des faits historiques, à des épisodes diplomatiques, avec des allers-retours peu clairs dans le temps. Abandon après 70 pages. 

La lecture d'Aleksejev constituera donc mon unique participation à la quinzaine balte.



 

samedi 28 septembre 2019

Guillaume le Conquérant et Caen

Caen, sous le cagnard.
Nous reprenons le fil des balades en vacances.
Cela fait plusieurs années que je visite châteaux et églises d’Angleterre (le château de Douvres par exemple) et c’est donc très naturellement que j’ai eu envie de mieux connaître Guillaume le Conquérant (appelé William outre-Manche), personnage dont on entend parler absolument partout et qui a quelque peu changé la face de l’Europe. C’est pourquoi j’ai décidé de consacrer quelques jours à la visite de Caen, après mon passage en Angleterre et avant de me rendre à Bayeux.

Le duché de Normandie, tel qu’en hérite Guillaume, descendant bâtard de Rollon, est centré sur Rouen. Il décide donc de créer un nouveau lieu de pouvoir dans le pays d’Auge, notamment en vue de la conquête de l’Angleterre. Sans créer de toutes pièces la ville de Caen, il la développe considérablement et cette politique sera poursuivie par ses successeurs. Guillaume fait notamment construire un château, dont il reste des vestiges imposants. Notez que l’enceinte du château comprend un bâtiment dit de l’Échiquier.
L’Échiquier de Normandie ? Cette institution normande, créée par Rollon, a d’abord été itinérante. Il s’agissait originellement d’une cour de justice et d’une sorte de cour des comptes, même si ces deux fonctions ont été scindées ensuite, au fil des siècles et de l’histoire du duché de Normandie.
Place à Wikipedia : 
Le nom d’« Échiquier » viendrait :
soit du fait que le premier échiquier de Normandie se serait tenu dans une salle dont le sol était constitué alternativement de pavés de pierres carrées noires et blanches, comme les tabliers ou échiquiers servant à jouer aux échecs ;
soit de ce qu’il y avait sur la table où se réglaient les comptes de la trésorerie, un tapis noir et blanc, servant à caser les différentes monnaies ayant cours dans le duché. Les ducs emmenaient partout avec eux ce tapis.
En anglais, exchequer  se rapporte au monde de la finance, les exchequer bills sont les bons du trésor.

Les Normands ont installé une salle de l’Échiquier dans tous les territoires qu’ils ont conquis (Angleterre et Sicile par exemple). Ce qui explique pourquoi le ministre du Royaume-Uni chargé des finances est aussi appelé Chancelier de l’Échiquier (Chancellor of the Exchequer en VO).
La Salle de l'Échiquier au château de Caen.
Soit-disant pour faire avaler au pape son mariage consanguin avec sa cousine Mathilde, mais surtout pour consolider son pouvoir politique et s’assurer l’appui de l’Église, Guillaume fonde deux abbayes à Caen : l’Abbaye-aux-hommes et l’Abbaye-aux-dames, ainsi que de nombreuses autres institutions religieuses en Normandie et plus tard en Angleterre.
L'église de l'Abbaye-aux-hommes et celle de l'Abbaye-aux-dames

Pour tout connaître de la fameuse conquête (Hastings, 1066), il faut se rendre à Bayeux (15 minutes de train depuis Caen) et admirer la magnifique tapisserie. Une merveille à contempler en prenant tout son temps. Une broderie chef d’œuvre où sont représentés Guillaume, ses alliés et ses ennemis, le Mont Saint-Michel, Dinan, la salle de l’Échiquier du château de Caen, Westminster, la flotte et l’armée qui conquit l’Angleterre... ainsi que des scènes de sexe et de pillage des corps laissés sur le champ de bataille.
Ensuite, un grand mouvement est lancé pour coloniser le pays conquis, avec la construction de châteaux, d’églises et d’abbayes et le développement des villes. Il faut préciser que plusieurs édifices anglais sont bâtis en pierre de Caen (!) selon le style normand – histoire de bien montrer qui est le patron. C’est par exemple le cas de la cathédrale de Canterbury.
Maquette visible à Bayeux, montrant le chargement de la pierre de Caen vers l'Angleterre.

 Façade de la cathédrale de Canterbury. Un certain William y a sa statue en façade.

La sépulture de Guillaume se situe à l’Abbaye-aux-hommes tandis que celle de Mathilde est à l’Abbaye-aux-dames.
Caen est aussi une ville qui a été massivement bombardée en 1944. Il reste malgré tout quelques édifices anciens, dont la très belle église Saint-Pierre.

Oui, j'ai un peu adoré l'église Saint-Pierre !

À visiter à Caen : les deux abbayes, le Mémorial (visite extrêmement intéressante), le musée des beaux-arts, le musée de Normandie. Y a plein de très bons restos !

Les précédentes étapes des vacances : présentation, deux étapes Néolithiques (Stonehenge, et les pierres dressées d'Avebury), le palais romain de Fishbourne et ses mosaïques.
La semaine prochaine, au cœur du royaume anglo-normand, à Salisbury !

Le Christ en bois de l'église Saint-Jean de Caen, survivant des incendies de l'été 1944.

vendredi 19 juillet 2013

Le voyageur voudrait connaître les secrets du passé ; Les statues restent muettes face au soleil couchant.


Un dernier voyage au sein de la poésie chinoise :

Houang T’ing-kien (1045-1105)
Sur l’air « musique pure et calme »

Où s’en est allé le printemps ?
Il est parti, sans bruit, sans route.
Rappelez-le, vous qui connaissez son abri,
Pour qu’il revienne nous tenir compagnie !

N’a-t-il pas laissé trace de son passage ?
Petit loriot jaune, peux-tu m’en informer ?
Mais nul ne peut comprendre tes cent ramages !
Voici la brise qui t’emporte par-dessus les rosiers.


Sie T’iao (464-499) 
Complainte des degrés de jade

Vers le soir, au palais, j’abaisse le rideau de perles ;
Les lucioles errantes volettent, puis se posent.
Tout au long de la nuit, cousant l’habit de soie,
Je pense à vous, combien intensément !


P. Ramette, Balcon II (Hong-Kong), 2001
Paris, musée national d'Art moderne, image RMN. 
Traductions d'Odile Kaltenmark et de Wong T’ong-wen.
Bientôt retour à la normale !