La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



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mardi 11 mars 2025

Elle n’avait rien de la typique épouse de pasteur - encore que, tandis que j’écris ceci, je me demande ce que je peux bien savoir des épouses de pasteurs.

 


Agatha Christie, La Plume empoisonnée, parution originale 1942, traduit de l’anglais par Élise Champon (éditions du Masque).

 

Les habitants d’un village paumé reçoivent des lettres anonymes, particulièrement vulgaires et répugnantes. Jusqu’au jour où la femme du notaire se suicide.

La réussite du roman vient sans doute du fait que le narrateur est un jeune homme, en convalescence après une blessure de guerre (il est aviateur). Il réside là avec sa sœur et en bons Londoniens modernes, ils portent un regard caustique sur les hiérarchies sociales, l’armée de vieilles filles, le voisin pas très viril, etc. Cela ne les empêche pas d’avoir leurs préjugés, mais en étant capables de prendre leurs distances. Ils ont le sentiment de se trouver face à des personnages pittoresques.

Le livre rend bien également le climat de suspicion délétère que peuvent créer des lettres anonymes. Heureusement, miss Marple surgit à la fin pour tout résoudre.

Et heureusement aussi, on ne s’attarde pas trop sur l’invraisemblable rétablissement de la santé du narrateur.

 

Nous vivions à Little Furze depuis une semaine lorsque miss Emily Barton vint en grande cérémonie déposer sa carte de visite. Ce fut ensuite le tour de Mrs Symmington, l’épouse du notaire, puis de miss Griffith, la sœur du médecin, de Mrs Dane Calthrop, la femme du pasteur, et enfin de Mr Pye, de Prior’s End.

Cette porte du château de Harewood House a un décor de bibliothèque.
Quand elle est fermée, elle passe inaperçue.
 


Agatha Christie, Un cadavre dans la bibliothèque, parution originale 1941, traduit de l’anglais par Jean-Michel Alamagny (éditions du Masque).

 

Un beau matin, les Bantry se réveillent avec le cadavre d’une parfaite inconnue dans leur bibliothèque. Et c’est parti.

L’ayant déjà lu, je me souvenais assez bien des deux ressorts principaux du dénouement. C’est un roman assez bien ficelé. Je retiens ce passage, c’est Miss Marple qui parle :

 

Je vous l’ai dit, je suis très méfiante de nature. Mon neveu Raymond me répète – pour rire, bien entendu, et en toute affection – que mon cerveau est une poubelle, un cloaque. C’est, d’après lui, typique des victoriens. Tout ce que je peux dire, c’est que les victoriens en savaient long sur la nature humaine.

 

De fait, tout ce monde-là est très conservateur. Quand on lit le réconfort qu’ils éprouvent tous à ce que la peine de mort soit appliquée…

 


Agatha Christie, L’Affaire Protheroe, parution originale 1930, traduit de l’anglais par Raymonde Coudert (éditions du Masque).

 

Le narrateur est le pasteur de St Mary Mead, qui ne tarde pas à découvrir le cadavre du colonel Protheroe dans son bureau. Heureusement, sa plus proche voisine n’est autre que Jane Marple et elle passe beaucoup de temps dans son jardin.

C’est le premier roman où apparaît la vieille dame. Je dois dire qu’il est très plaisant à lire. Si l’intrigue policière m’a paru compliquée – je ne suis pas sûre que quelqu’un ait compris quelque chose au déroulement des faits – le récit se tient grâce à la qualité de ses personnages : vieilles filles médisantes, flic obtus, pasteur pas si à la ramasse que ça…

 

Je note que Jane Marple est qualifiée de vieille pie-grièche 😂 .







jeudi 17 novembre 2022

Comme le monde était devenu vieux, au cours de cette année !


Anna Seghers, Transit, écrit en 1941-1942, première parution en anglais et en espagnol en1944, première parution allemande en revue en 1947, traduit de l’allemand par Jeanne Stern.

 

Marseille, 1940.

C’est le sujet du roman, il est à peine nécessaire d’en dire plus. Nous sommes dans la nasse, là où se pressent tous ceux qui fuient ou qui voudraient fuir, de toute provenance, pour n’importe quelle destination, par n’importe quel moyen.

Il est tout à fait dommage, n’est-ce pas, que ce roman soit écrit avec les pieds et que la narration soit aussi plate. Bref.


Je m’étais toujours demandé, au cours des derniers mois, où pouvaient bien se déverser ces rigoles, ces égouts de tous les camps de concentration, ces soldats épars, les mercenaires de toutes les armées, les profanateurs de toutes les races, les déserteurs de tous les drapeaux. C’était donc ici que cela se déversait, dans ce canal, la Canebière, et, par ce canal, dans la mer, où il y avait enfin de l’espace pour tous, et la paix.


Ceci étant dit, je pense que le roman transcrit mieux que ne le ferait n’importe quel livre d’histoire l’absurdistan administratif qui s’empare de la ville. Pensez que pour fuir il faut qu’un pays vous accorde un visa, que les pays que vous traverserez sans vous y arrêter vous accordent un transit, que la France et pourquoi pas l’Allemagne vous donnent une autorisation de sortie, qu’il y ait un bateau, que vous possédiez un billet, et que les dates de tout cela concordent. Et que vous prouviez ceci. Et cela. Et aussi ceci. Ne soyez pas une femme seule. Et la police ne vous autorisera à rester à Marseille que si vous prouvez que vous voulez en partir. 


Il me semblait que c’était le dernier feu, la dernière auberge du vieux continent qui nous donnait asile, oui, et un dernier répit pour nous décider à rester ou à partir. Les murs étaient saturés d’innombrables sursis donnés ici même à d’innombrables hommes, afin de leur permettre de réfléchir, une dernière fois, devant le feu, à l’essentiel : ce qui les retenait.


Le héros est le narrateur, un Allemand dont on ne sait quasiment rien, sinon qu’il s’est enfui d’un camp. Il donne l’impression d’être là par hasard, de s’être laissé emmener là comme par un fleuve. Il regarde l’effervescence des consulats avec détachement, ne parvenant pas à prendre tout ce cirque au sérieux, jusqu’au jour où il voit Marie. Marie, celle qui court comme une ombre devant le mistral et parcourt toute la ville sans jamais se poser. Alors le narrateur plonge vraiment dans le jeu des files d’attentes et des entourloupes et des espoirs déçus, avec ce sentiment d’urgence, car tout le monde sait que les nazis approchent.

Le livre a des airs de longue déambulation à peine interrompue par les ersatz de café. Et la ville ? On en voit les bars, la Canebière, les rues du quartier qui a été détruit en 1943, le mistral surtout qui règne en maître, le pont transbordeur qui n’existe plus, la pizzeria. Le camp des Milles est une ombre à l’arrière-plan. Dans ce contexte, pas de soleil. Marseille semble si sombre alors.

C’est un classique de la bibliographie marseillaise. Je suis très contente de l’avoir enfin lu, car il est vraiment intéressant, même si ses qualités littéraires me paraissent très dispensables.

 

On part toujours de Marseille.

Partir, partir de ce pays écroulé, de cette vie écroulée, de cette planète ! Les gens vous écoutent avidement tant que vous parlez de départs, de bateaux capturés qui jamais n’arriveront au port, de visas achetés et de visas falsifiés, et de nouveaux pays de transit. Tous ces racontars servent à abréger l’attente, car les gens sont rongés par l’attente. Ce qu’ils écoutent de préférence, c’est l’histoire de bateaux partis sans eux, mais qui, pour une raison quelconque, n’ont jamais atteint leur but.

 

Une autrice. Bon pour les feuilles allemandes d'Eva, Patrice et Fabienne.





jeudi 26 septembre 2019

Des livres ouverts ; pas de conclusion ; et lui, obligé d’être là dans l’auditoire.

Virginia Woolf, Entre les actes, parution originale 1941, traduit de l’anglais par Charles Cestre.

Oui, je l’ai déjà lu. Oui, je relis sans cesse les romans de Woolf.
C’est son dernier roman et j’ai eu envie de le relire en écoutant la Grande traversée que France Culture a consacrée à Woolf cet été.
Dans une grande demeure à la campagne a lieu une représentation de théâtre amateur au profit de la paroisse. Nous suivons à la fois la représentation et tout ce qui se passe entre les actes, avant, pendant et après. Il y a notamment Isa, mère de famille, qui aime et déteste son mari volage et qui suit des pensées mélancoliques, la belle Mrs Manresa, le vieux Barth et son chien, un lévrier afghan, Miss La Trobe qui dirige les acteurs, de la musique et plein d’autres gens. Et nous sommes à l’été 1939.

Il dit (sans paroles) : « Je suis terriblement malheureux. »
« Moi aussi », dit Dodge, faisant écho.
« Moi aussi », pense Isa.
Ils se considèrent comme des prisonniers, des encagés, condamnés à assister à ce spectacle. Il ne se passe rien. Le tic-tac de la machine est affolant.

C’est un roman qui m’était apparu compliqué à la première lecture, mais beaucoup plus simple cette fois-ci. Compliqué, car il est littéralement truffé de citations et d’allusions à la littérature de langue anglaise, à des poèmes, à des comptines, à l’histoire du pays. C’est so british. Et pourtant, ce n’est pas si complexe, car je me suis concentrée cette fois-ci sur ce qui se passe entre les actes et sur les émotions des personnages. Elle est naturelle, il est séduisant, il préfère les hommes, elle vit avec une femme, ils vieillissent, ils sont fatigués et angoissés sans savoir pourquoi. Un climat d’inquiétude et d’instabilité plane sur le roman : nous sommes en 1939, mais le texte a été écrit en 1941, à un moment où l’Angleterre apparaît comme un îlot fragile, prêt à être submergé par la sauvagerie. Le temps d’une pièce de théâtre, nous sommes pourtant plongés dans l’Angleterre éternelle et rêvée.

Il pose le journal et ils regardent tous le ciel pour voir si le ciel obéit au météorologue. Sans aucun doute le temps est variable. Le jardin est tantôt vert, tantôt gris. Le soleil se montre – et une extase de joie infinie se répand, embrasant toutes les fleurs, toutes les feuilles. Puis, par compassion, il se retire, se cachant le visage, comme pour s’abstenir de regarder la souffrance humaine.
Oui, la météo aussi, est typiquement anglaise.

J. Dean, Céramique, Vaches et ferme, 1899, V&A.
L’important est aussi dans ce qui n’est ni montré ni dit et tout se passe comme si ce que nous lisions n’était que le prélude au cœur du sujet, à la conversation qu’Isa et son mari vont avoir, une fois le soir venu.
Le caractère fragmentaire de la personnalité humaine, ainsi que de la société qui se disperse et se dissout.

Mrs Haines n’ignorait pas l’émotion qui les enveloppait, l’excluant, elle. Elle attendait, comme à l’église on attend que les dernières vibrations de l’orgue soient tombées, avant de sortir. Dans l’auto qui allait les reconduire chez eux, à la villa rouge au milieu des champs de blé, elle détruirait cette émotion, comme une grive arrache à coups de bec les ailes d’un papillon.

Mon premier billet. J’écrivais en 2013 que mon exemplaire était tout corné. Je crois qu’il part à présent en morceaux. 

Virginia Woolf sur le blog :

lundi 1 avril 2013

Les mots formaient deux cercles, deux cercles parfaits, qui les portaient, elle et Haines, comme deux cygnes au fil du courant.


Virginia Woolf, Entre les actes, traduit de l’anglais par Charles Cestre, 1e publication 1941, traduction de 1974 pour Stock.

Quel plaisir de lire Virginia Woolf ! Je pourrai la relire aussitôt et savourer tout autant la poésie de cette langue et sa sensibilité.
Le livre est court et raconte quelques heures dans une famille huppée anglaise, à la campagne, à l’occasion d’une fête paroissiale et de sa pièce de théâtre. Nous sommes dans la tête des protagonistes, chacun un petit peu, mais surtout dans celle d’Isa, la belle-fille, la femme délaissée, la mère des enfants, qui se récite de la poésie et erre, un peu vide et triste.

Les heures passent, entre les événements, les émotions, les sensations intérieures, les demi-mots, les murmures que les autres entendent ou pas, les exclamations (plus rares). C’est une petite société complexe. S’agit-il d’une journée comme une autre ou annonçant quelque renversement ? Le lecteur hésite, se rendant compte progressivement que quelque chose est en train de changer entre les personnages, même s’il est difficile de dire quoi précisément.

Le texte est nourri de toute la littérature anglaise, poésie, pièce de Shakespeare et d’autres auteurs, comptines, chansons… au passage j’ai reconnu une comptine qui joue un rôle central dans une enquête de Miss Marple ! Le livre donne envie de se plonger dans cette culture qui pour moi est totalement inconnue (je suis ignare en ce qui concerne la poésie anglaise). J’ai loupé nombres d’allusions.
Le récit se déroule en mai 1939 mais le délitement de l’Europe et l’approche de la guerre semblent ne concerner personne. Les paroles et les pensées se croisent, ce qui aboutit à l’expression d’un récit collectif mais fragmenté, rompu par l’absence de communication.
Mon exemplaire est tout corné…


La pièce était vide. Vide, vide, vide ; silencieuse, de toutes parts silencieuse. Cette pièce était une coquille, qui murmurait ce qui fut avant que le temps ne fût ; c’était un vase placé au cœur de la maison, d’albâtre, lisse, froid, contenant l’essence distillée, stagnante, du vide, du silence.

Lecture commune avec Lou, qui patronne le challenge Virgina Woolf. Une première participation au challenge Lire avec Geneviève Brisac d'Anis. L'avis d'une Bouteille à la mer, de Keisha.

lundi 30 juillet 2012

Thorkel gagna alors l’autre extrémité du tronc d’arbre et commença à trancher la tête des prisonniers, l’un après l’autre, sans même les faire se lever.


Frans G. Bengtsson, Orm le Rouge, t. 1 : Sur les mers de la route de l’Ouest et t. 1 : Au pays et sur la route de l’Est, traduit du suédois par Philippe Bouquet, 1e parution 1941 et 1945, édité en France par Gaïa et Actes Sud, 1997 et 1998.

À la suite du billet enthousiaste de Marie-Neige, je me suis lancée dans l’aventure viking et c’est un bien bon livre d’aventures. Le héros est Orm, un de ces hommes du Nord, qui sont des brutes et qui, la belle saison venue, partent en expédition comme d’autres font les festivals ou les courses, pour ramener du butin. Les aléas de la mer, les batailles, les défaites, la ruse, la chance mènent le héros du grand Nord  jusqu’à Cordoue en passant par l’Irlande et ses moines, Londres et Westminster. Après quelques années de répit, il repart sur les mers... On suit aussi l’installation d’Orm et de sa famille dans sa ferme, avec les us et coutumes locaux.
Rien ne vaut la bonne viande et la bonne bière mais pour s’adapter aux circonstances, il faut savoir se faire païen, chrétien ou musulman. Le rapport à la religion est très pragmatique : même quand on est chrétien, on sait bien que sur un bateau, sacrifier un bouc est bien plus efficace. "Il en fut donc ainsi et le père Willibald dut se contenter de secouer la tête et de marmonner à voix basse quelques paroles bien senties sur l’impudence du démon dans ce pays."
Beaucoup d’aventures, de coups d’épée (ou d’enclume). Le tout est très bien écrit, dans un style volontairement un peu daté et « faisant ancien », juste assez pour nous dépayser et donner une atmosphère de saga.


Gravure d’Alphonse de Neuville, 
pour illustrer l’Histoire de France de Guizot,
 1883, image Wikipedia.

Le roman ayant 60 ans, j’imagine que les recherches archéologiques et historiques actuelles le contredisent sur certains points mais cela me semble très documenté et on découvre facilement le mode de vie viking. Personnellement je me suis mélangée dans les noms de lieux, je n’ai pas vraiment cherché à distinguer les différentes régions de Scandinavie évoquées.

Le scribe eut l’air navré de cette mésaventure mais ne parut pas inquiet outre mesure. L’essentiel, dit-il, c’était la peau de mouton.* Tant qu’il ne l’avait pas perdue, le reste n’avait pas grande importance. Il ne s’agissait que de neuf têtes, après tout, et il pensait qu’il lui serait possible d’en emprunter à Kiev, auprès de certains amis exerçant des fonctions semblables aux siennes. En général, il n’y manquait pas de malfaiteurs à exécuter.
* Peau de mouton qui sert de parchemin, elle porte la liste des têtes.


mercredi 4 janvier 2012

Prenons le large


Je laisse la parole à Marie-Neige, déjà auteur du billet sur les mythes et légendes, pour rendre visite aux vikings :

Frans G. Bengtsson, Orm le Rouge, tome 1 Sur les mers de la route de l’Ouest et tome 2 Au pays et sur la route de l’Est, traduit du suédois par Philippe Bouquet (1e éd. 1941 et 1945), Arles, Actes Sud, 2008 et 2009. Également édité chez Gaïa.

Embarquez-vous sur un langskip (non, il ne faut pas dire drakkar), assistez à un thing, écoutez chanter les scaldes, fêtez Noël à la cour d'Harald, affrontez les terribles petchénègues, applaudissez les jongleurs irlandais, achetez le sel aux marchands itinérants...

Je vous avoue qu'au début, j'étais très sceptique, je pensais que ce serait une histoire dénuée de tout contexte historique, tirant sur la fantasy, truffée de clichés et de caricatures. Et j'ai eu tort !! Tous les héros sont attachants et je ne m'attache pas aux personnages d'habitude. C'est la première fois depuis longtemps que je finis un livre avec un pincement.

Je ne peux pas dire dans quelle mesure l'auteur a respecté l'histoire ou s'est appuyé sur des données archéologiques bien sûr. Mais j'ai été happée par le récit comme cela ne m'était pas arrivé depuis longtemps. Ce livre est une vraie épopée, d'ailleurs Orm le Rouge rappelle un peu Ulysse. Ne lisez pas la quatrième de couverture qui dit « épopée (...) cruelle et sanglante (...) roman picaresque ». Oui, il y a des duels et des batailles, mais cruel ? Sincèrement, je cherche encore. Il y a la guerre, les pillages, les enlèvements, mais sans descriptions inutiles et racoleuses. Orm n'est pas un viking de caricature, il est pragmatique et rusé mais aussi hypocondriaque et superstitieux. Oh, bien sûr, on n'échappera pas au cliché digne du pire roman à l'eau de rose, la belle captive qui se prend d'affection pour son ravisseur !!
Les bons mots et les pointes d'humour vous donneront le sourire. Comme dans les sagas d'antan, les guerriers se feront poètes pour raconter leurs aventures lors des banquets. Vous croiserez des figures historiques tel le roi Harald à la dent bleue (Nathalie, souviens-toi du restaurant de Turku*) et ses soucis d'hygiène buccale. D'ailleurs, saviez-vous que le bluetooth qui équipe probablement votre téléphone portable est une référence à ce roi danois ? Regardez l'icône, c'est une rune.
Orm est un personnage de fiction. On imagine difficilement que quelqu'un de réel ait pu vivre autant d'aventures, mais on se laisse envoûter par ses voyages et même la longue période qu'il passera à entretenir sa ferme et élever ses enfants ne vous ennuiera pas. Parti pour son premier voyage contre sa volonté, il vivra l'esclavage, pratiquera trois religions, tombera amoureux d'une princesse et fera la guerre en Espagne, en Angleterre, en Scandinavie et aux portes de l'empire byzantin. C'est une belle vie pour quelqu'un qui pense tout le temps qu'il va prendre froid et mourir.



Evariste Luminais, Pirates normands au 9e siècle, XIXe siècle,
Moulins, musée Anne de Beaujeu, image RMN.

Ulf la Grimace fit remarquer qu'il ne fallait pas s'attendre à autre chose, puisqu’on avait appareillé sans faire de sacrifices aux divinités de la mer. (...) Gunne était d'avis qu'il serait plus sûr de sacrifier à Allah (...). Mais Toke objecta qu'Allah n'avait, selon lui, pas grand pouvoir sur la mer. Orm dit alors :
« Je pense, pour ma part, que personne ne connaît très bien la puissance de chacun des dieux et en quoi il peut nous être utile : et il vaut peut-être mieux ne pas négliger l'un au profit de l'autre. Ce qui est certain, c'est qu'il en existe un qui nous est déjà venu en aide (...) c'est saint Jacques (...). »
Les hommes (...) sacrifièrent alors (...) à Ägir, à Allah et à saint Jacques, se sentant plus confiants une fois que cela fut fait.

* Je m'en souviens...