La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature.



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samedi 27 juin 2020

Mosaïque à la course de chars

C’est donc parti pour une série de billets celto-romains (ici sévit une fan d’archéologie) !
Au mois de mai 2019, j’ai eu la chance de découvrir la belle ville de Gérone, en Catalogue. Le musée d’histoire de la ville conserve un chef d’œuvre : une mosaïque représentant une course de char.
Cette mosaïque, découverte en 1870, date d’environ 300 après Jésus-Christ. Elle provient d’une villa située près de Gérone. Elle mesure 3,40 mètres par 6,10 mètres.
En marbre et en pâte de verre, elle représente assez bien la réalité d’une course de chars.

(mosaïque très mal exposée, j'ai eu du mal à prendre des photos)
La course a lieu dans le Circus Maximus à Rome. Vous voyez le mur central qui divise le cirque en deux (la spina), décoré avec des sculptures diverses et un obélisque.
L’homme avec une amphore et un fouet (le sparsor) célèbre la victoire – oui, tout est représenté en même temps !

À l’extrémité du cirque, vous voyez le magistrat qui finance cette course et l’offre au peuple. Il est assis sous le pulvinar, une loge très décorée. Il donne le départ de la course en lançant une serviette.
On voit de chaque côté de la loge les grilles qui ont laissé entrer les chars sur la piste.

Vous voyez les quadriges, avec pour chaque couleur le nom de l’aurige et du meilleur cheval de l’attelage. Allez Patiniiiiiii ! Allez les bleus !

On voit très mal mais tout en haut de la photo, un quadrige est déjà accidenté et renversé.

Cette mosaïque donne une représentation très précise et pu servir de documentation pour l'archéologie expérimentale, pour reconstituer un char romain. Grâce à elle, ce notable de Gérone pouvait offrir une vue de Rome dans son salon et épater la galerie.
Pour connaître l’ambiance d’une course de chars, vous pouvez lire Le Voyage de Marcus de Christian Goudineau.

Gérone sur le blog : visite de la ville ; des randonnées dans la nature ; théâtre-musée Salvador Dalí à Figueres ; tapisserie de la Création.
D'autres mosaïques romaines : la mosaïque de Haïdra avec des poissons et des bateaux et les mosaïques de Fishbourne en Angleterre.

La semaine prochaine, nous serons en Gaule ! Un peu avant la pax Romana.

jeudi 30 août 2012

Exposer la philosophie à la foule c’est provoquer chez les hommes un grand mépris pour les réalités divines.


Maria Dzielska, Hypathie d’Alexandrie, traduit de l’anglais par Marion Koeltz, 1e éd. 1995, Paris, Des femmes, 2010.

Hypathie rode dans la pensée occidentale depuis le XVIIIe siècle comme étant une jeune et brillante philosophe d’Alexandrie, païenne, tuée et mise en pièce par des chrétiens. L’histoire est racontée depuis avec des variantes : elle incarne l’intolérance du christianisme, ou le fanatisme inhérent à toute religion. Elle incarne la fin de la brillante philosophie de l’Antiquité (avec sa douceur de mœurs) et le début d’une longue période d’obscurantisme qui ne s’achèverait qu’avec le siècle des Lumières. Elle symbolise tout à la fois la fin de la liberté intellectuelle due au christianisme et la disparition des dieux grecs, placés du côté de la tolérance. C’est la victime d’une foule bestiale, c’est la victime du sexisme chrétien, les interprétations psychanalytiques n’ont pas manqué non plus.
Maria Dzielska, en historienne, reconstitue ce qu’il est possible de savoir avec exactitude de l’enseignement philosophique qu’Hypathie tenait dans l’Alexandrie du IVe siècle (néoplatonisme, philosophie, mathématiques, pratiques occultes, enseignement privé ou public ? qui sont les disciples ?), de sa vie et des circonstances de sa mort. Elle précise les identités de tout le monde, sans fantasme. Elle aborde ainsi le climat religieux, politique et philosophie d’Alexandrie, remet en question la notion de fin d’Antiquité et mentionne de nombreuses femmes maîtres de philosophie.

Portrait funéraire, provenant de l'Égypte
romaine. Londres, British museum,
image RMN.
C’est un livre d’histoire, avec des mots grecs, ce n’est pas pour les enfants, c’est très intéressant et enrichissant, en nous faisant connaître une personnalité et surtout un climat intellectuel très particulier. Une respiration, une pause parmi les gros romans pleins de passions que j’ai lus cet été. Merci Sylvie qui me l’a prêté !

Début :
La vie d’Hypatie, marquée par les circonstances dramatiques de sa mort, était imprégnée de légende bien avant que des universitaires ne tentent d’en reconstruire une image exacte. Embellie dans les arts, déformée par les affects et les partis pris idéologiques, la légende d’Hypathie est extrêmement populaire depuis des siècles, mais jusqu’à ce jour toutes les tentatives pour présenter la vie de cette femme de manière impartiale ont échouée.

Un livre qui entre dans le pari Hellène et qui, à mon sens, pourrait dans le challenge Destins de femmes auquel certaines participent.